‹ L'autreChapitre 38 sur 150 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

suite, quand mon capital se serait arrondi dans les affaires, acheter une petite propriété et y vivre en bon gentilhomme sans dépendre de personne. Mon humble rêve est évanoui. Barlhez me dit que c'est à recommencer. Fourvières me coiifio à un capitaine au long cours qui promet de me faire voir du pays. Ce n'est pas précisément mon goût : la mer, ça me rend malade; le commerce, ça vous casse la tête; les nouvelles connaissances, il y a des pays où ça vous mange, sans même vous faire cuire! mais, puisqu'il n'y a plus d'autre ressource, après m'êlre demandé, ce malin, si je ne ferais pas sauter le peu de cervelle que je possède, j'ai pris mon parti, etje viens dîner avec toi en famille pour la dernière fois.

II É L t; >• E .

Non, Marcus 1 II ne f.iut pas t'en aller, je ne le veux pas.

M ARC us.

Ycux-tu me faire croire que tu en mourras de chagrin ?

HÉLÈNE

Je n'en mourrai pas, mais j'en aurai beaucoup.

MARCUS

Ah ! pourquoi ? Est-ce que j'en vaux la peine ?

HÉLÈNE

Je n'accepte [las l'idée qu'ayant passé presque toute ma vie avec toi, je serai heureuse en te sachant malheureux. Écoute, me voilà bientôt majeure etje n'ai aucune envie de me marier, ma bonne maman consentira à ce que je partage avec toi ce qu'elle compte me donner.

MARC us.

Tu dis des bêtises pour le plaisir d'en dire. Tu sais fort bien que je n'accepterai jamais rien de loi.

HÉLÈNE

Alors, tu es ingrat; tu n'as aucune amitié...

M ARGUS

Si fait! Avec ma bonne tanlc, tu es ma seule affection un

peu sérieuse en ce monde. Mais, à vin^l ans, ma pauvre Hélène, tu es une enfant aussi sauvage que le jour où tu nous es débarquée du fond de la Calédonie; tu ne sais pas encore qu'ua garçon qui se respecte ne peut rien accepter d'une personne de ton sexe, à moins qu'elle ne soit sa mère... ou sa femme.

Ou sa sœur ?

M ARGUS

Tu n'es pas ma sœur, et, si tu l'étais, je voudrais encore moins te prendre ta dot et entrer dans les idées de monsieur ton père, en te condamnant au célibat. N'insiste pas, tu m'offenserais.

HÉLÈNE

Alois... si j'étais ta femme, lu accepterais mon sort ? lu le partagerais? Eh bien, marions-nous !

MARC us.

C'est sérieusement que lu parles ?

HÉLÈNE

Tu le vois bien.

Mais... M. Maxwell?...

HÉLÈNE, étonnée.

Quoi, M. Maxwell?

MARCUS

Uion... Mais... est-ce que lu me crois épris de loi?

HELENE, avec une tranquillité un peu nffeclée.

Pas le moins du monde.

M A H c L' S , de m^me.

Kt loi, tu ne m'aimes pas... d'amour?

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