‹ L'autre mondeChapitre 10 sur 25 · LES KENTUCKIENS · texte numérisé non relu

LES KENTUCKIENS

Louisville est une cité régulièrement bâtie, qui grandit prodigieusement d'année en année. Il n'y a point de places publiques. Les rues sont tirées au cordeau et se coupent toutes à angles droits. Là, comme dans beaucoup de villes du centre et de l'ouest, on a remplacé les noms par des numéros d'ordre. Ainsi, au lieu de rue Saint- Pierre, rue Washington, rue Générale, c'est tout simplement première rue, deuxième rue, troisième rue... Voilà au moins qui est clair et qui n'a pas dû coûter un grand travail d'esprit. Les Kentuckiens, on le voit, aiment ce qui est simple et dédaignent souverainement l'imagination .

Je fus, dès mon arrivée, loger dans un boarding de la cinquième rue. C'était une maison de comfortable apparence, élevée au milieu d'un grand jardin et parfaitement isolée de ses voisines. Un grand nombre de constructions, à Louisville, sont ainsi placées au centre d'un grand carré de gazon qui est entouré d'une basse grille de fer. Cette

manière de bâtir est incontestablement plus intelligente, mais elle n'est possible que dans un pays vaste et nouveau comme le sont les États-Unis. Si on voulait rebâtir Paris dans ce genre, le mur d'enceinte en serait probablement porté jusqu'à Rouen.

La dame qui condmsait le boarding où j'étais allé vivre était une grande veuve qui semblait avoir été créée et mise au monde pour la position qu'elle s'était choisie. Elle paraissait avoir trente-huit ans et avait dû être jolie. Elle était blonde, avait des yeux d'un bleu terne, de grandes dents blanches et un teint encore assez clair. A tabje, lorsqu'elle présidait les repas, dans le salon, lorsqu'elle distribuait le thé, dans les moindres détails d'intérieur, lorsqu'elle parlait à ses esclaves, il était facile de deviner combien elle était heureuse d'avoir à gouverner, à diriger, à commander. Régulière en toutes choses et affectant sans cesse dans sa maison un air digne, presque imposant, elle ne parlait à ses anciens boûrdtrs qu'une fois par semaine.... pour leur rappeler their small bill (leur petite note).

Avec les nouveaux venus, pourtant, elle faisait quelques frais d'amabilité, et, tombant d'un extrême dans l'autre, devenait quelquefois presque obséquieuse. Recevait-elle un Espagnol ? elle ne manquait pas de lui dire qu'il appartenait à la première nation du monde ; un Anglais ? elle lui confessait qu'elle n'avait jamais trouvé de vrai» gentlemen qu'en Angleterre. A moi, elle ne se fit pas faute de me répéter qu'il n'y avait que les Français dans le monde qui fussent aimables. Toutes ces finesses voulaient dire : Je suis charmée de vous recevoir parce que vous

L'AUTRE MONIM 1M

allez augmenter la somme de mes receliez si Je vous liait. iour que vous rne trouviez agréable cl que

vous soyez porté :i demeurer hmttlenips chez moi en y ut La oui Heure pallie tl <irs t

Le dollar, en ellfL voilà !fl raison rlï'ire de toutes i s aux Étals-Unis. Mais s'il est l 1 objet d'uno passion liez les hommes, c'est assurément celui d'un culte chez es femmes. Rien n'est carré comme leurs opinions h cet gard. Les Américaines réclament, on lésait, une participation ad gouvernement de leur pays. Malheur au peuple de l'Union s'il les blasait entrer dans la vie politique ! Du moment où elles con naîtraient ses secrets, l'Étal il compromis j car pour elles, comme pour Jugurthn, jut est vendable dans ce monde : il ne s'agit que d*j mettre le prix !

Louisville esl la capitale du Kentucky. Les habitants de

cet État sont renommés pour leui I allures indépendantes,

pont leur dédain superbe de tende étiquelte et de toute

lia devant les ioouiu^ el aq société, llssord célèl»re>

ut leur racornie et leur aplomb en toutes cfattHfî

mt les Gascons des Etats-Unis. Leur intelli-

roarquable dans les choses qui se rapportent

leur commerce. Quelquefois même le cri de leurs inté-

i les faire parler en hommes de génie, Caal

parque! éc LoniwiUej roi j'étais n\l ; entendre phi-

der, que j'ai recueilli cette définition tout américaine du

gentleman :

— Monsieur Jones, vous dites que le défenseur est un gentleman ; que voulez-vous dire par là ?

— Je donne ce nom, monsieur le juge, à tout homme qui paye ses billets la première fois qu'ils lui sont présentés.

Il y avait à peu près huit jours que j'étais à Loufeville, lorsque je fis la connaissance d'un Allemand, nommé Grootz, constructeur de steamboats à New-Albany.

New-Albany est une charmante ville de l'Indiana, située sur TOhio, à environ trois milles au-dessus de Louisvinc. C'est là que se construisent la plupart des bateaux à vapeur naviguant sur le Mississipi. New-Albany est remarquable pour la régularité de ses rues et l'élégance de ses maisons. Elle est bâtie au pied d'une colline, du haut de laquelle on découvre une partie de la capitale du Kentucky. On s'y rend par des ferries *, qui vous passent d'abord à Portland, sur le côté opposé du fleuve, puis ensuite par un chemin de fer dont les wagons sont tirés par des chevaux.

Grootz, comme presque tous ses compatriotes, était ar-

1 Ferries, petits bateaux à vapeur faisant le service entre deux places situées Tune en face de l'autre, sur les bords du même fleuve.

«jue Ions

rivé ëmigrant aux États-Unis. Misérable et réduit à tous les métiers en commençant, il était parvenu, en sept anà amasser une fortune de près de cent soixante nulle iastres [huit cent mille francs). L'Amérique est bien un pays merveilleux pour les gens d'affaires; on y réussit moins vite, il est vrai, qu'autrefois, niais on n'eu est pas moins sur encore d'y obtenir en quelques années un résultat qu'on atteindrait à peine ou Europe au bout d'un demi-siècle. Je m étonne de voir tant de jeunes lu uni nés intelligents s'obstiner, en France et en Angleterre» à poursuivre des positions chimériques, lorsque dans le Nouveau- Monde il leur serait si facile, par leur seule activité, d'arriver vite à la fortune. L'Europe n'est bonne à habiter que pour les intrigants ou les oisifs. Le travail depuis »ps a cessé d'y être un capital ; le ptuspelit usurier q équipage et les agioteurs se Huit b.Uir des bétels, tandis que les meilleurs ouvriers manquent souvent d'emploi.

En Amérique, si ec n'est pas le contraire, il y a au ins plus de marge pour les hommes qui n'ont d'apport tue leur énergie et leur esprit d'initiative* C'est là qu'il ut aller quand on a l'âme ardente et qu'on ne se sent faire sa fortune sou par sou comme un ugtiîsfe ou un mercier.

Grootz venait très-souvent à Louisviïle; il y pas même quelquefois plusieurs jours de mite, C'était un homme remarquable pour son intelligence des allai res, mail \ l'extrême quanl à ses opinions politiques,

n dehors du germain, il parlait parfaitement le fram ingiai gooL U s'était bâti en lace de Portland

une maison, mu plutôt mi palais, véritable merveille d'élé gaiice et d architecture. Il occupait sans cesse de nri vingt à cent ouvriers. Quoique parvenu, il était servia et même généreux. C'est en partie grâce à ses manœuv qu'une gflUlfe convention d'Allemands s'était rëun Cincinnati, les ï.\, %ê et %$ mars précédents, çooTention i laquelle assistaient des délégués de l'Ohio, du Michiga de L'Indiana, fie nilinois, du Missouri, de la Pensyh arâ et de l'Ktat de New- York. On y décida que la Bible n'efc qu'un tftiM de sonieltes et devait être exclue des écok publiques; que le jour du sabbat n'étant ni plus fleuri, ni plus brillant, ni plus long que les autres jours de la uiaiue , M devait plus fit te célébré par des chôm nuisibles ati commerce et à l'agriculture autant qifà l'industrie; «(ne la frivole fête du premier de l'an, qui, BQQ le nom de coutume, exerçait une véritable I les bourses des patrons, des parents et des amis, devait cire supprimée; enfla j que chacun ayant la lil prier chea lui, les temples et les églises étaient ta 00 struciione fiarfaitemcnt Inutiles et devaient être appr pi Um à fa services d'uLîlilé publique. Plusieurs aulr résolutions lurent aussi passées qui avaient trait à l'aboli lion de la peine de mort, à la fédération de toutes les j publiques, à la guerre d'Orient, aux Imités de eommer laits par les États-Unis avec le Japon, etc.. etc..

Il faut aller en Amérique pour voir de ces G* de fantaisie composées des éléments les plus hétérog

discutent * t rotofri des projets ù'm (uovernementatiofij comme pourrait Le faite le pnrte-

ment ti [vins orthodoxe. Le besoin de légiférer, aux \ I ni<. wi v 'uniuM'Milisant. J'en demande bien pardon it,,x \-mcmes, mais H n'y a pal de pays dans le monde OÙ r.'ii pérore autant que chez eux. Il ne se passe pas on jour où il n'y ait dans l'Union au moins cent assemblées tt le monde a le dmil de parler et cours; le plut grand nombre ne s'en pri\<nt.

On i DôB habitudes libre* et oei m

'Mjucnl tant de ineeftflff* jues-

Dri8 »ont effleurées et ou tontes les opinions ont le dn.il ae faire entendre, devraient au plus haut point fariner 1 éloquence #1 l'ait oratoire parmi eux : ni cu\ noma populaires, qui donc connait les

( des Mats-Unis?

ppelle avoir assisté à une séance (lu eongrta du -in. On discutait un projet de loi relatif aui écoles publiques; L'orateuTj parlant de certains aiuemlem Dposés par la conuoissioa, dit qu'il uen donnerait pus 1 . Personne ne rit el encore moins m çhi sûrement rd- ; qu'il ne portait pis là une belle bien teiriMe au\

qu'il v nu lait

I représentant aAQtSII ain-a ses conci-

i: \rn, lua-i peur votre représentant; J'ai

donné vus vutc iients! »

A Springfield, un alderman ayant été choisi par le suffrage populaire, ses amis vinrent en corps le féliciter. Ils s'attendaient à un discours, à une exposition quelconque de principes :

« Messieurs, leur dit-il, je suis content d'être élu! Vous trouverez dans la chambre voisine du pain, du fromage et de l'eau-de-vie. Allez ! »

Enûn, à Augusta, un membre du conseil de ville, beaucoup plus fort sur le son, l'ajroine et la morue, que sur l'antiquité, s'écria dans un meeting dont il avait été élu président :

« Notre pays, Vus la pression des whigs, court à sa ruine. Rome fut autrefois sauvée par des oies, qui vinrent avertir son peuple d'une grande conspiration. Nous autres, démocrates, crions à nos compatriotes qu'ils sont les dupes d'une clique et non les soldats d'un grand parti : soyons les oies de l'Union ! »

Mais il faut dire que, si les Américains suivent autant les réunions publiques, ce n'est pas qu'ils trouvent euxmêmes bien utiles ou bien récréatives les tirades qu'ils vont entendre. Ne sachant que faire de leurs soirées, ils ne vont là, le plus souvent, que pour se rencontrer et causer une partie de la nuit de ce qui a été l'occupation de toute leur journée : la hausse des farines ou la baisse du porc.

Du reste, le fait suivant, connu de toute l'Union, don-

nera la mesure du goût des Américaine peur l'éloquence.

L'un de râleurs les pi s célèbres s\l;iii postai

îirididat h je ne in» souviens plus quelle place dans l'État la Virginie. Espérant tiret partie de sa popularité, il I VMiij:i parcourir l< joea pour stottfltfr par

lui-même son élection. Partout ûù il se présenta d'abord, il fur accueilli atec euilmusiasme, et ses amis lui prédiimaniurilc. Mai? arrivé a uni' petite ville aui a l e n t < a 1 PR de Rie h m on d , son é toi 1 e ce m n icnça à pâlir. Le public, qui ne lui avait jamais manqué pmédeuuueul , lui fil tout à coup défaut II en lut ainsi durant linéiques jours dans tous les endroits où il s'arrèla. Bu avant « Im r-

Ichc la cause, il s'aperçut qu'un montreur d'ours, qui vuyai dans la même direction que luîj accaparait sans & pntiftmm qui eussent pu fermer son auditoire. Connaissant Irop le enraclère de ses compatriotes pour essayer même de continuer la concurrence, il fut hardinu ni Hvulsi le cornac américain.

« Mon ami, lui dit-il, votre ours me porte un tort immense, et je m'aperçois que je ne suis point de force h lutter avec lui. Au lieu de venir entendre ma profession de lui. mrs .unis comme mes adversaires s'en vont voir Mitre animal, Voulez-vous gagner dix piastres par -

■■moi donc profiter de vos spectateurs i Après eha-

i un< de vos ^présentations, avant que personne ne soit eu-

sorti de l viendrai prononcer mes discours.

journaux qui n iposéfl dironl qu'au lieu d'une

été vous en montrez deu.v : il y viendra ainsi plu qui Fera votre affaire et la mienne aussi, n • rché lui aeeepté*! el I»' cornac continua sa tour-

née, suivi du candidat orateur. Partout où il ^arrêtait et où il exhibait sa bête, son nouveau compagnon paraissait au milieu de l'arène, tournait à la manière de Tours et lançait ses réclames les plus éloquentes. Il était généralement gris lorsqu'il parlait. (Test probablement dans son ivresse même qu'il puisait cette verve qui faisait son succès. Les Américains , habitués à tous les genres de humbughs, ne s'étonnèrent pas de celui-ci ; seulement ils parlèrent beaucoup du candidat à Fours, qui, ayant trouvé le chemin de leurs oreilles, vit accroître ses chances et fut en effet nommé à une écrasante majorité.

Pour user d'un tel moyen il fallait être Yankee; pour le trouver surtout naturel il fallait être Américain.

La plus grande partie de mon temps à Louisville, je le passais donc avec Grootz, qui était bien l'homme spécial pour me faire connaître les hommes et les moeurs du pays. 11 avait un grand nombre de relations, et était aimé des Français et des Kentuckiens autant que de ses compatriotes. Gomme presque tous ceux qui émigrent aux États- Unis, il était partisan enthousiaste des institutions améri* caines. 11 désirait pourtant leur réforme dans un sens plus radical encore. 11 regardait comme devant se réaliser et arriver de son vivant la fusion de tous les peuples. Il applaudissait aux blooméristes et demandait l'avènement des femmes à la vie politique. 11 aimait les meetings bruyants, les élections orageuses, les luttes de la rue. Un jour il me

d'aller (roec lui à CfndmmUj pour aasteta à un t\\û devait avoir lieu entre Sullivan et Morrissey, les plus fumeux 1« États- 1 uis. J'acceptai, Nous

rendîmes en dix hétwei pif simwhoat, k travers points Ae vue délicieux. C'est là que t'Ohioest réellenl un beau fleuve. En Fnnu r, \A& sites admirables que en te ni ses rives seraient couverts de villa» et de cha- •nt livrés à des myriades d'animaux immondes. C'est affreux à l'œil, OBJ q>orte des dollars; 06 e le p!u> beau | nérieains, ipu aimeraient encore mieux contempler un champ de y mes de lerre que la baie de Napleson les bords du Bftlul Laurent.

Cincinnati est une ville très- riche, qui fait un eoni- ■re immense. Presque tout le wkiske{i> le ble fit te jambon qui se consomme dans les Ëluls luis, sort de se* fabriques ou de ses entrepôts. Elle «st la capitale de l'obin, qui est tut État libre. Les bommes de couleur ont un iustiiul itiati,

;! amené dans cette ville y avait

d Américains. Il y a quelque

ni de le voir, que ceux-ci aiment mieux que

|MflDI tes ours; ut.-iis il va quelque chose

te qu'ils phtieol fttHtoMOi Mi ours, ce sont In boxe, \ !few*Tofk, h la Nouvelle-Orldans, à Phideiphie, j'ai \u \<^ i esque vides, fondis (Jlla

■lient refusées 1 h f de vastes sali*' unit lutter deux saltimbanques.

i\enî aOBtî j . r i \u ,ni (lu h aiment belles

lier du milieu dune indifférence presque morne de la

part des spectateurs, lorsque des scènes de duels qui fin»saient à coup de poing étaient accueillies par des appka* dissements frénétiques et des bravos d'énergumènes. . {i

C'est que les Américains, habitués de bonne heure à ne ^ contempler de la vie que le côté léel et positif, sont incapables de goûter rien de ce qui part de l'âme ou pro- 1 ( vient du cœur. L'amour, l'ambition, les regrets, les sou- h venirs, les inspirations infinies, les espérances immur- |i telles, ils nomment tout cela des idéalités, c'est-à-dire des chimères, des songes nuisibles au travail et à la rectitude de l'esprit.

Un achat et une vente suivis d'un bénéfice, un dîner bien lourd, un spectacle d'animaux, une lutte d'hommes sur la place publique, voilà des choses à la portée de leur intelligence. Le reste, ils s'en moquent ou n'en savent même pas l'existence.

Il me serait impossible de dépeindre l'enthousiasme que firent éclater les Cincinnatiens lorsque parurent les deux rivaux. L'un et l'autre étaient effrayants à voir. Leur assaut, le plus célèbre peut-être qui se soit jamais donné, compta trente-trois coups. Ce fut un combat acharné et sauvage. De nez aplati en œil crevé ils en arrivèrent à ne plus s'apercevoir ; ils tombèrent tous lçs deux. Morrissey pourtant se releva, et trois coups de sonnette ayant été donnés sans que son adversaire eût répondu, ses amis en profitèrent pour le faire proclamer vainqueur. Mais Sulli-

L'AtJTUE MONDE 1. 1

n revenu à hit défia mm cfimï>étiteur;céhiî-cî J qui était le plus malade, prétexta que le défi arrivait trop tard de continuer lu lutte. La victoire fut ainsi ron- <>e.

J'ai appris depuis que ces deux boxeurs^ ayant îvsolu cîe «Urea mort, avaient parié chacun eu sa faveur la une de trente mille francs, Murrisse) cependant demandait quatre mois pour se remettre entièrement de soo tnier assaut. Quelques journaux faisaient prévoir torité s'opposerait a ce nouveau tombât.

— Avouez > disais-je au Gis d'un riche hôtelier de « nati, chez lequel Grootz et îpoi nous étions descendus, uez «pie ces luttes sont ignobles et qu'elles ne peuvent elopper dans le cœur de ceux qui vont les applaudir des instincts cruels et sanguinair t; est une erreur», nie répondît il ; la vue de ces tissants tpe les Américains. Elle les rend courageux et leur ftpnd à se détendre et à attaquer.

St-ee qu'il en serait ici comme dans ëampagnea louisianaises ou le poing remplao — Sans doute, et je trouve cela tout naturel. Quand ou

«bal, c'est qu'on a & m: ven-cr. A qooi sert uin is ce cas? Avec elle on tue, on blesi I dé mai avec le poings su contraire, vous nappez et refrappes rotre adversaire ; vous lui crevez un œil, vous brises les dent*, roua lui fendes I , vous lui

yez la tuez peu a

jeux

une arme ou un bâton; cas rtart votre poing qui fend ou broie '. Youï le sentez s'enfoncer dans

la chair de votre ennemi, et ce que oelui-ci perd, tt vû#

semble que tous le gagnez...

— Mais ce que tous dites là est odieux t m'écriahjâ en l'interrompant. Cette manière de se battre ne peut PW exister; ce ne serait pas un duel* ce serait un assassinat qui mettrait le faible à la merci du fort !

— Allons donc ! le faible peut par son adresse suppUtt à son manque de force. D'ailleurs, tant pis pour celui pi ne se sent pas du nerf! Il doit être prudent et sa Uw toujours à l'écart.

— L'empereur de Russie ne parlerait pas mieux que vous, lui dis-je.

— Celui qui n'est pas fort, me répondit-il, ne mérite pas d'être libre. En Allemagne, on brûle de la poudre; en France, on se balafra ; en Angleterre, on se dit des sottises... 11 n'y a qu'en Amérique où Ton se batte tout dé bon et où l'on sache se venger !

Au son de ses propres paroles, mon interlocuteur s'était animé; ses yeux brillaient d'un feu étrange et sa physionomie avait pris une expression féroce : si je n'avais eu envie de rire, j'aurais eu peur.

Je me retournai vers Grootz et lui dis en français :

— Voilà un homme que j'aurais du plaisir à assommer.

— Gardez-vous bien d'en faire seulement le geste, me répondit-il.

— Pourquoi me dites-vous cela ?

— Malgré ce qu'il vient de vous dire, on ne se bat pas

— Et que fait-on ?

— On a toujours sur soi un revolver ou un poignard. Dès qu'on est attaqué, on brûle la cervelle ou on perce le cœur à l'assaillant. La loi permet ce moyen de défense.

— Cet homme, en me parlant .ainsi, n'aurait-il donc voulu que faire paradfc de son courage ?

— Pas le moins du monde ; il prend seulement plaisir à dire non ce qui existe» mais ce qu'il voudrait qui existât. Tous ici, du reste, parlent comme lui.

— Tant pis ! Trouver qu'il est doux d'écharper un adversaire et l'anéantir pourtant du premier coup, cela serait considéré en France lâche autant que méchant.

— Dans ce pats, c'est une preuve de hardiesse et de bravoure.

— Plus que toute autre chose, cela vous prouve, mon cher Grootz, combien nous sommes encore loin de votre rêve, l'unité des peuples.

Peu d'heures après cette conversation, nous montâmes à bord du JTigh Flyer et retournâmes dans la capitale du Kentucky, où nous attendaient de bien plus curieuses scènes de mœurs...

REBECGA SMITH

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