‹ L'autre mondeChapitre 12 sur 25 · XIII · texte numérisé non relu

XIII

Le reste de la soirée fut ce que vous pouvez le prévoir.

Palmcr, redevenu joyeux, fit apporter de nouveau vin de Champagne ; il lui semblait ne pouvoir trop célébrer le départ de Rebecca.

Grootz, qui jetait sur moi de temps à autre un regard furtif et embarrassé, avait une mine éplorée; il semblait attendre mes épigrammes avec une résignation qui me toucha.

Quant à moi, je n'eusse pas trouvé Ketty une fort belle fille, que je l'eusse aimée de toute mon âme pour son intelligence et sa gaieté.

Nous nous séparâmes à une heure du matin. Palmer et Grootz restèrent dans l'hôtel, tandis que je fus achever la nuit avec Ketty, dans une promenade embellie par la lune à travers la campagne de Portland.

On vient de le voir donc; les femmes de l'Union, prétendues libres, ont une pente énorme à se lier.

De loin, on les dirait faites de marbre ou de vertu; on leur croirait des âmes indomptables, des cœurs ossifiés.

De près, on s'aperçoit que leur peau est chaude, qu'il y a en elles quelque chose de périssable, qu'elles sont enfin accessibles à toutes les influences extérieures comme leurs sœurs les plus vulgaires.

Le bloomérisme, en Amérique même , n'est qu'un fan*

tome; l'entière émancipation de la femme, une chimère. Cela pourra devenir possible dans quelques centaines d'années ; jusque-là deux choses serviront* mieux les femmes que le plus grand génie et la plus vaste intelligence : c'est la grâce de leur sourire et le rayonnement de leur beauté.

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