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CHAPITRE VII

l'immortalité et l'homme

Le corps humain est composé de molécules empruntées à la matière, assimilées par la force vitale et rendues, ensuite, au tourbillon vital, c'est-à-dire à la matière et à la nature, par désassimilation. A chaque instant, ce travail des êtres vivants se continue, et tant qu'il continue, la créature vit. Le jour où mon âme cessera d'être unie à mon corps, de s'emparer des matériaux de la nutrition, pour les transformer en muscles, en nerfs, en sang, en matière vivante ; ce jour-là, les molécules qui composent mon corps, privées de la force maîtresse qui leur donnait la vie, et qui les rapprochait dans l'unité de forme, séparées les unes des autres, inanimées, disparaîtront dans l'espace. Mais le savant, éclairé par des expériences et par la balance de précision, suivra sans erreur, chaque atome, chaque molécule de ce corps dé-

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truit ; il va soumettre à l'analyse, les sels et les acides qui en dérivent, et il pourra démontrer, avec une évidence qui défie le doute, que la matière est indestructible, que pas une molécule de mon corps n'est anéantie, et que sous des formes variées et connues, elle va continuer le cercle de ses transformations ou de ses métamorphoses sans cesse renouvelées.

Or, si la matière est indestructible, si la science démontre, avec cette rigueur, que rien ne se perd dans le monde des corps et que tout vit et se renouvelle, il doit en être ainsi de là me inséparable du corps pendant la vie, et les sciences philosophiques doivent prouver cette pérennité de l'âme, comme les sciences physiques démontrent la pérennité des corps ; et, quand j'aurai vu clairement que mon âme ne meurt pas, mais qu'elle se renouvelle, vita mutatur non tollitur, je connaîtrai déjà une partie importante du problème de ma destinée.

Mon âme n'est pas soumise comme les corps à la loi de la désorganisation, car elle est simple, immatérielle, indivisible ; or, la condition indispensable de la dissolution, c'est la présence de plusieurs molécules, d'éléments différents, qui se séparent, ou par l'effet du temps ou par la violence, et qui détruisent l'unité d'un corps. Mon âme ne peut pas périr ainsi. Dieu ne veut pas l'anéantir, car je sais que la morale repose sur l'idée redoutable

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d'un Etre suprême qui impose à l'homme l'impérieuse obligation d'accomplir certains devoirs, et qui doit, en vertu même de ses attributs, punir ceux qui violent sa loi, et récompenser la soumission de notre volonté. Je ne peux pas anéantir mon âme. Etranger à sa naissance, je reste étranger à son immortalité. Par un effet criminel de ma volonté, je peux détruire mon corps; par un acte méritoire, héroïque, digne de Dieu, je peux exposer ma vie, pour affirmer un jour mes croyances, ou pour servir de témoin à la justice méconnue par la tyrannie, ou pour défendre ma patrie, menacée par l'étranger; je livre mon corps, je ne peux pas livrer mon âme, et d'ailleurs, la nature humaine a horreur de la destruction totale, définitive, qui est le caractère du néant. Toutes mes facultés appellent l'immortalité, ou la survivance de l'âme ; et l'homme coupable qui, dans une heure de vertige, demande au suicide la fin de l'épreuve terrestre, confirme encore mon affirmation : car cet homme ne - cherche pas le néant, il cherche un état meilleur que son état présent, et il croit le trouver dans l'inconnu qui suit la mort.

L'homme désire la vie et un continuel accroissement de vie. Il a horreur du néant, et il considère la mort comme un difficile et douloureux passage à une vie nouvelle. La pensée est donc fatalement enfermée dans ce dilemme :

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ou je suis immortel, et la nature humaine s'explique ; ou je ne suis pas immortel, et la nature humaine ne s'explique pas. Elle reste la plus douloureuse et la plus mystérieuse des contradictions qui révoltent ma raison et mon cœur.

J'interroge ma raison, je vois qu'elle cherche le repos de la certitude et l'apaisement définitif de ses espérances dans la pleine et éternelle possession de la vérité. Sous l'effort patient de l'attention, de la parole, de l'enseignement, d'un long et pénible travail, des coups de lumière frappent et éclairent certaines parties du champ si vaste des sciences humaines et divines. Mais chaque découverte de ma raison, chaque vérité qui fait son apparition dans mon àme émue et charmée, avive mon besoin douloureux de connaître, au lieu de l'apaiser; et le privilège de l'homme de génie, du savant qui provoque un grand mouvement dans les esprits et qui domine un siècle dont il est la gloire, le connaissez-vous? — C'est de sentir plus vivement que le vulgaire létendue des vérités qu'il ne connaît pas, et la profondeur du besoin poignant qui le tourmente d'aller plus haut, toujours plus haut. Newton n'était pas seulement modeste, il rendait encore hommage à la vérité quand il écrivait ces paroles : « Il me semble que je n'ai été qu'un enfant jouant sur le bord de la

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mer, et trouvant tantôt un caillou, tantôt un coquillage plus joli que les autres, tandis que le vaste océan de la vérité s'étendait inexploré devant moi. »

Ainsi l'homme est organisé pour la possession pleine, absolue de la vérité, et cependant il n'atteindra jamais, pendant la vie, si âpre et si prolongé que soit son travail, si élevé que soit son génie, la vérité qu'il ne cesse jamais de poursuivre, et qui semble reculer devant lui. Or, d'où vient cette impossibilité insurmontable et continuelle? Vientelle de l'organisation défectueuse des sociétés humaines?

Non. Si sages que vous supposiez les hommes; si parfaits que soient leurs institutions et leurs systèmes d'enseignement, je vois clairement que c'est une utopie de rêver une société qui donnera à l'intelligence humaine tout ce qu'elle peut et tout ce qu'elle veut connaître. Est-ce de la faute de l'homme, de l'instabilité de ses désirs et de la violence aveugle de ses passions, que dérive notre impuissance avoir, à posséder la vérité? Pas davantage. Je sais que l'effort de l'homme le plus richement doué par la nature, se heurtera sans cesse à une impossibilité, car les lois de la raison sont ainsi faites que l'homme ne franchira jamais ici-bas l'abîme ouvert entre lui et la Vérité. D'où il découle cette contradiction,

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pour le philosophe qui ne croit pas à l'immortalité : tandis que toute créature végétale et animale atteint nécessairement la fin en vue de laquelle elle a été organisée par l'auteur de la nature ; tandis que l'harmonie des causes finales, ou de l'appropriation des moyens à la fin, se révèle partout, autour de moi, dans l'univers que j'habite, l'homme, et l'homme seul sera en opposition à cette loi universelle ; il sera créé avec une faculté spéciale, avec la raison, pour s'arrêter et se reposer dans la possession du vrai, et cependant, malgré cette inclination invincible, malgré la direction naturelle de ses facultés, et par une volonté supérieure et opposée à la sienne, il ne pourra jamais, ni en ce monde, ni ailleurs, voir clairement l'infinie vérité.

Il y a dans cette proposition, une contradiction qui répugne essentiellement aux idées les plus certaines de la raison.

Ce désir de connaître est un attribut fondamental de notre âme ; il se confond avec elle, et il a pour cause ou pour auteur, celui-là même qui a fait notre âme, c'est-à-dire Dieu, et Dieu ne peut pas me tromper. Concevez-vous Dieu créant l'homme avec un désir invincible, douloureux, immortel, avec une tendance naturelle, invincible vers un but, et condamnant ensuite l'homme à ne jamais apaiser ce désir, à ne jamais toucher ce but?

Non, Dieu n'a pas condamné l'homme à ce T. i. 9

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supplice auprès duquel celui de Tantale n'est qu'un jeu d'enfant. Il faut que les tendances naturelles puissent aboutir, et que les désirs universels comme la nature humaine, puissent être satisfaits ; et s'il est impossible de les satisfaire pendant la vie présente, c'est que la vie présente n'est pas la fin suprême, et que nous sommes immortels. Cette souffrance poignante de la raison inassouvie ici-bas; ces grandes lueurs, qui sont des aurores, et qui éclairent subitement l'intelligence des vieillards; ce contraste singulier et plein d'enseignements, entre la raison verte, sereine, puissante et le corps ébranlé par l'âge ou par la souffrance, qui refuse même les sons articulés de la parole, tout nous répète que nous sommes immortels, et que le cri de Gœthe mourant, qui est le cri même de la nature : « Plus de lumière! plus de lumière! » sera enfin pleinement satisfait.

Ce raisonnement rigoureux, nous pouvons le renouveler en interrogeant successivement et avec la même attention, toutes les facultés de rame : le cœur, la conscience, la volonté.

Le cœur humain cherche un bonheur infini, et ici-bas, il ne le trouve pas. Tout homme qui se recueille pour découvrir le mobile de sa volonté, la cause qui détermine les mouvements dont sa vie est faite, rencontre nécessairement le désir du bonheur et de

l'apaisement de ses inquiétudes, sans cesse renaissantes. Il y a, en nous, des directions contraires, des tendances qui se heurtent. Nous avons des instincts élevés éclairés par la raison, conformes à l'ordre harmonieux voulu par Dieu; mais nous avons aussi des instincts aveugles, dépravés, qui détournent l'homme de sa fin, en troublant, par leurs excitations malsaines, Tordre établi par Dieu. L'homme juste résiste aux instincts mauvais; il poursuit le bonheur en marchant à la lumière des principes élevés de la justice, sous l'impulsion paisible et sainte de l'amour du bien. L'homme mauvais résiste, au contraire, aux impulsions désintéressées et pures des parties hautes de l'àme, et à la lumière des principes delà morale; mais, tout en suivant des chemins opposés, le juste et le mauvais cherchent la paix, le bonheur et ne le trouvent pas. Le juste combat, soutire et achète sa fidélité au bien par les sacrifices continuels, douloureux de la vertu, qui s'imposent à nous, jusqu'au dernier jour de la vie. Le mauvais, plus malheureux des inquiétudes et des remords de sa conscience, du désenchantement profond et humiliant qui suit les satisfactions coupables du vice, cherche en vain l'apaisement des douleurs de son àme altérée d'infini, il se heurte, sans cesse en ce monde, à la limite et au néant.

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Les philosophes et les théologiens ont reconnu, et décrit avec art, cet état particulier du cœur humain, ces chemins si opposés, par lesquels tous les hommes, diversement inspirés, cherchent le bonheur, et ils ont répété, avec les moralistes, que ce besoin d'une béatitude permanente et complète identique avec la nature humaine, était l'œuvre même de celui qui a fait cette nature, c'est-à-dire de Dieu, et que ce besoin, aussi impérieux, aussi universel que celui qui tourmente la raison, devait cesser par la possession du bien dans un inonde meilleur, dans une vie nouvelle dont nous cherchons, avec une anxiété pleine de souffrances, à connaître l'économie et les lois.

N'oubliez pas, en eifet, que ce profond besoin d'immortalité n'est pas le résultat de l'éducation, des préjugés, de l'influence des milieux ; car il est universel dans le temps et dans l'espace : à tous les moments de la durée, sur tous les points de l'espace, la nature humaine présente invariablement le même caractère; elle appelle la vie plus abondante, elle appelle l'immortalité. Or, une croyance qui serait le résultat de l'éducation et des préjugés, n'aurait pas ce caractère d'universalité, elle aurait un caractère particulier, local, comme l'éducation et le préjugé, elle ne serait pas gravée dans la nature humaine avec cette

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profondeur qui nous permet d'affirmer que, partout où nous rencontrons l'homme, nous rencontrons avec lui et dans lui un mouvement de toutes ses facultés vers l'infini et vers une vie nouvelle qui commence à la mort.

Jouffroy a reconnu le fait psychologique dont je vous entretiens, et il l'a décrit avec cet esprit patient, minutieux, mais sûr, qui dirige ses observations.

« La fin de l'homme, écrit Jouffroy, telle qu'elle résulte de sa nature, telle qus l'implique sa nature, ne s'accomplit pas parfaitetement dans cette vie. Prenez une tendance quelconque de votre nature, et voyez si cette tendance est dans aucun individu humain; je dis plus, est dans l'espèce humaine tout entière, complètement satisfaite. 11 est évident qu'elle n'est complètement satisfaite ni dans l'individu, ni dans l'espèce. Savez-vous ce que c'est que la satisfaction d'une tendance de notre nature? C'est pour l'intelligence, la connaissance absolue; pour la sympathie, l'union absolue et l'harmonie complète des êtres entre eux. Or, il est très évident, pour m'arrêter à ces deux exemples, que la science absolue et cette harmonie, et cette union parfaite des êtres entre eux, sont absolument irréalisables dans l'organisation du monde tel qu'il est. Et qu'on ne dise pas que cela tient à l'organisa-

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tion de la société, et qu'en organisant autrement la société, on arriverait à la complète satisfaction des tendances de notre nature, comme le prétend une secte très moderne. Il n'y a pas d'organisation de la société qui puisse aboutir à la science absolue; il n'y a pas d'organisation de la société qui puisse aboutir à l'union complète des êtres entre eux, en ce monde... Tout le travail de l'humanité tend vers cette fin, par ses différents éléments, mais

il v tend avee une éternelle résistance de la

part des choses. Jl avance, mais le but est impossible à atteindre, le but est au delà de toute la portée de ses efforts... Ainsi l'obstacle est le caractère de la condition humaine; l'obstacle rencontré par toutes nos facultés, travaillant toutes à la satisfaction de nos tendances; l'obstacle est là, il est dans la condition de ce monde. Cet univers, organisé comme il l'est, est, pour me servir de ma formule, la mise en opposition des différentes destinées. Tout être en borne un autre, et est borné par tous les autres; nous ne faisons que nous borner mutuellement, et tout Fart de la civilisation ne consiste, pour l'espèce humaine, qu'à mettre en harmonie, à rendre parallèles des forces qui naturellement ne l'étaient pas du tout... 11 suit delà que la fin absolue de l'homme, telle qu'elle résulte de sa nature, n'est pas réalisable dans ce monde, par con-

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séquent, que l'homme et l'espèce n'ont pas été mis en ce monde pour arriver à la réalisation de cette fin; car s'ils y avaient été mis pour cela, le monde aurait été organisé pour que cela fût possible. Or, cela ne Test pas, donc ce n'est pas pour cela qu'ils y ont été mis. Il est donc évident que la fin de la vie présente n'est pas cette fin absolue, qu'elle en est distincte (1). »

Ce n'est pas seulement dans cet antagonisme de forces signalé par JoufFroy, ce n'est pas môme dans cette opposition essentielle, irrémédiable, ici-bas, entre les désirs de la raison et du cœur et l'objet que nous pouvons toucher, que je vois le signe certain d'une vie future. Continuez l'analyse attentive de l'a me, interrogez la conscience, comme vous avez interrogé le cœur et la raison, là, aussi, vous entendrez l'affirmation de l'immortalité.

Quel châtiment redoute l'homme coupable, après sa faute et sous l'aiguillon du remords? Je ne parle pas des fautes sociales, qui nous laissent en opposition avec les lois civiles, et dont l'Etat se réserve le châtiment : la crainte de la prison et de l'échafaud explique aisément la terreur du voleur et de l'assassin. Mais je parle de ces fautes secrètes contre la morale et la religion, qui échappent aux regards, qui

(1) Jouflfroy, Cours de droit naturel, p. 168.

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n'ont que nous-mêmes pour témoins et qui nous laissent tristes, inquiets, malheureux. Après avoir fidèlement rempli tous mes devoirs de citoyen envers l'Etat, je sais que j'ai des devoirs nouveaux, également impérieux, à remplir envers une puissance souveraine, envers Dieu dont la loi morale exprime la volonté, dans le silence de ma conscience et dans les parties hautes de ma raison. Si je suis en opposition avec cette loi, je suis troublé, et j'appréhende un châtiment dont l'image se mêle à la confusion et au remords de la faute commise. Tous les honneurs de la terre, toutes ses richesses, tous ses plaisirs, l'assurance même de l'impunité et du silence en ce monde, rien ne pourra consoler mon âme, après avoir distrait, pendant quelques instants, mon inquiétude, et, si j'échappe à la vindicte des hommes, je sais que je n'échapperai pas à la colère de Dieu.

Ainsi la conscience est étroitement et indissolublement unie à la vie future : elle est une affirmation constante de notre immortalité, c'est elle qui, en m'apprenant le bien et le mal, me fait connaître un législateur souverain, qui parle à ma raison. C'est elle qui, malgré l'impunité de mes révoltes, me tourmente par la crainte d'une justice plus sévère et plus haute. C'est elle, enfin, qui me répète après toutes mes actions, que ce législateur

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est aussi un juge, et que j'entendrai un jour ses arrêts.

Sans doute, il peut y avoir désaccord entre les hommes, sur les conditions et la nature du châtiment réservé au violateur de la morale; sans doute aussi, tous les hommes n'ont pas la même mesure pour évaluer les fautes ou le degré de culpabilité de chacun de nous; mais la conscience et la morale vivent de ces trois idées qui sont l'affirmation de l'immortalité : Dieu, la loi, la sanction. La conscience considérée comme la faculté qui nous fait connaître le bien et le mal, c'est-à-dire la loi morale, est invariable; elle est la même chez tous les hommes; elle est une forme, enfin, de la nature humaine, et quand elle s'inquiète de la vie future, elle obéit à une loi essentielle de sa nature, elle répond au dessein même de celui qui l'a créée avec cette noble inquiétude du lendemain de ses actions bonnes et mauvaises. Son témoignage est aussi certain que celui de la raison quand elle répète les affirmations de Dieu, dont la parole ne cesse jamais de se faire entendre, et dont la lumière ne cesse jamais de nous éclairer.

Et après avoir ainsi interrogé successivement les principales facultés de l'âme : la raison, le cœur, la conscience ; après avoir vu clairement que ces facultés sont des moyens coordonnés à une fin qui est au delà de la vie présente, vous T. i. 9.

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n'aurez pas de peine à reconnaître encore qu'il y a dans la nature humaine une inclination invincible à ne pas douter de son immortalité, et cette inclination qui domine l'âme, qui est universelle comme la nature humaine, confirme les dépositions des facultés que nous avons interrogées.

Si vous cherchez, en effet, à vous rendre compte de l'état de l'homme, en présence du lendemain de la mort, si vous avez cet esprit pénétrant et accoutumé à l'observation de l'àme qui permet de démêler les vraies tendances de notre nature, vous reconnaîtrez bientôt que ce qui nous préoccupe ici-bas, ce n'est pas le fait d'une vie nouvelle, après la mort, ce n'est pas, en un mot, notre immortalité, non; et si je crois à la sincérité des philosophes du néant, je ne crois pas à la liberté de leur esprit. Ce qui nous préoccupe, c'est de connaître les conditions, les lois, l'état de la seconde vie, de la vie qui suit la mort, nous voudrions interroger les absents; et, si cette consolation nous est refusée, nous voudrions trouver dans des affirmations positives, géométriques de la raison, plutôt que dans les hypothèses poétiques brillantes, des écrivains d'imagination, la révélation de ce que nous serons après la mort; de l'état de notre âme et de notre corps, de nos relations avec nos semblables, des liens qui nous unissent encore à ceux que nous laissons sur la terre où nous avons

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vécu ces années éphémères et douloureuses qu'on appelle la vie, et qui n'ont été qu'une préparation très rapide et poignante à la mort. Interrogez-vous sincèrement, examinez vos idées, vos inquiétudes, vos espérances, et je vous déclare que vous reconnaîtrez clairement cet état vrai de votre nature ; vous rconnaitrez que ceux mêmes qui, des lèvres, nient l'immortalité ne peuvent s'empêcher de croire à une immortalité conforme au rêve de leur imagination.

Telle est la preuve vivante, la démonstration par la nature humaine, de la réalité d'une vie future. Etant donnés les organes d'un animal, le naturaliste conclut sûrement à la nature de ses fonctions et de son rôle ici-bas. Le problème est aussi rigoureux, aussi certain dans ses conclusions pour le philosophe qui étudie l'àme et ses détails infinis et qui nous dit : Etant données les facultés de l'àme, je conclus à la certitude d'une vie future, pendant laquelle ces facultés s'uniront à leur objet, carlanature humaine qui est l'œuvre de Dieu, ne peut pas se trouver en défaut sur le problème fondamental de la destinée. Et cette preuve expérimentale appelle une autre preuve qui la soutient, la fortifie, la complète, et qui s'appuie sur les attributs de Dieu.

Relisons, en finissant, une éloquente démonstration de notre immortalité, faite par un homme qui fut notre frère vénéré, et dont le

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nom est cher à la science et aux lettres françaises :

« Quand vous saurez les distances des planètes au soleil, leur grandeur relative, leur densité, le temps des rotations et des révolutions; quand vous verrez toute cette flotte de mondes voguer de concert et avancer dans le même sens ; et notre terre aussi, flottant comme un navire, autour de cette île de lumière qui est notre soleil ; quand vous verrez les décroissances étranges de lumière, de chaleur et de mouvement pour les mondes éloignés du centre; puis l'incroyable excentricité et l'espèce de folie des comètes qui semblent se débattre sous la loi dont elles sont d'ailleurs dominées tout autant que les mondes habitables; et puis leur étonnante mobilité de formes ; leurs combustions furieuses, tantôt dans la chaleur et tantôt dans le froid ; quand vous verrez toute cette géométrie en action, toute cette physique vivante, tout ce merveilleux mécanisme de la nature toujours entretenu par la présence de Dieu, et manifestement réglé par sa sagesse, sous des lois qui sont son image; quand vous verrez la vie et la mort dans le ciel, un monde brisé dont les débris roulent près de nous, le ciel emportant avec lui ses cadavres dans son voyage du temps, comme la terre emporte les siens; quand vous verrez des étoiles disparaître pendant que d'autres naissent, croissent et gran-

dissent ; quand vous apercevrez ces nébuleuses, — que ce soient des groupes de soleils, ou bien des groupes d'atomes, qu'importe? — quand vous verrez les groupes de même race, mais de différents âges, parvenus sous vos yeux à différents degrés de formation, et laissant voir la marche du développement, comme nous voyons, dans une forêt de chênes, le développement de l'arbre dans tous ses âges; puis quand vous verrez sur tous les mondes ces alternances de nuit et de jour, ces vicissitudes de saisons, en harmonie avec la vie de la nature, je dirai même avec la vie de nos pensées et de nos âmes : vicissitudes, alternatives partout inévitables, excepté dans ce monde central où règne un plein été, un plein midi; alors, s'il n'entre dans votre astronomie ni poésie, ni philosophie, ni religion, ni morale, ni espérance, ni conjonctures de la vie éternelle et de l'état stable du monde futur ; si vous ne comprenez rien à ce monde sublime de Ritter : « La terre, dans ses « révolutions perpétuelles, cherche peut-être le « lieu de son éternel repos ; » si vous ne comprenez ces mots de saint Thomas d'Aquin : « Rien ne « se meut pour se mouvoir, mais pour en arri- « ver : tous ces mouvements cesseront; » si vous ne comprenez ces mots de Herder : « La « dispersion des mondes ne subsistera pas ; Dieu « les ramènera à l'unité, et réunira dans un « même jardin les plus belles fleurs de tous les

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<( mondes ; » si vous ne croyez pas à cette prophétie de saint Pierre : « Il y aura de nouveauxcieux « et une nouvelle terre; » et à cet oracle du Christ : « Il n'y aura plus qu'une bergerie; » si, en face de ces caractères grandioses et de ces traits fondamentaux de l'œuvre visible de Dieu, vous regardez sans voir et sans comprendre , sans soupçonner la possibilité du sens; alors, oh! alors je vous plains (1). »

(1) A. Gratry, Logique, t. II, p. 382.

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