CHAPITRE VIII
l'immortalité et dieu
Si l'étude des facultés et des invincibles tendances de l'Ame humaine démontre clairement notre immortalité, c'est parce qu'il est impossible que Dieu, dont la sagesse n'est jamais en défaut, ait créé l'homme avec ces tendances et cette direction naturelle, pour le condamner ensuite à l'impossibilité douloureuse et fatale de ne jamais aboutir, de ne jamais posséder l'objet vers lequel il est sans cesse entraîné. Fénelon a décrit avec la précision et le charme ordinaire de sa parole, cette transition naturelle de la preuve expérimentale à la preuve métaphysique de notre immortalité.
« La vraie preuve de l'immortalité de l'âme, écrit Fénelon, n'est pas tirée des recherches incertaines de sa nature, mais de Fidée de Dieu et de son dessein en la créant. Tous les
ouvrages du Créateur sont éternels, rien ne s'anéantira; les formes changeront, mais les essences ne se détruiront pas. Nous sommes capables de voir Dieu comme il est, et de l'aimer comme il le mérite. En créant des êtres d'unev capacité aussi vaste, Dieu n'a pu avoir d'autre fin que de les rendre éternellement heureux dans la connaissance et l'amour de ses grandeurs infinies. Pendant la vie, l'homme ne remplit pas cette fin. Toutes ses occupations ici-bas ne répondent point à une capacité si noble. Or, il est impossible que Dieu fasse et défasse son ouvrage, sans remplir jamais son dessein en le créant. Cette inconstance serait indigne de la sagesse et de la bonté infinie. Supposé donc que l'âme fût matérielle , cela n'empêcherait pas son immortalité. »
Si l'âme est immortelle, ce n'est pas seulement parce qu'elle est immatérielle et indestructible, c'est parce que de graves raisons, empruntées à la morale et à l'étude même des attributs divins, commandent impérieusement cette immortalité. Et, dans l'hypothèse même inadmissible où les matérialistes seraient assez habiles ou assez avancés pour établir d'une manière incontestable que notre âme est matérielle, comme les muscles, les nerfs, le sang du corps humain, il resterait encore vrai que le métaphysicien pourrait démontrer invinciblement notre immortalité, au nom de la
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morale et au nom des attributs de Dieu.
En effet, sans chercher à pénétrer, aux clartés de la foi, dans l'essence même de Dieu, j'interroge ma raison, et elle m'apprend que Dieu doit posséder et possède, sans mesure, toutes les perfections morales qui me charment dans les créatures : la sagesse, la justice, la bonté, la sainteté. Être infiniment bon, il aime les créatures intelligentes nées de sa parole, et il leur distribue d'une main libérale et miséricordieuse, ses continuels bienfaits. S'il était mauvais, cruel, il me ferait horreur et ne serait pas Dieu.
Être infinimeut saint, il doit aimer le bien et haïr le mal : car, s'il avait ou une égale affection, ou un égal mépris pour le bien et le mal, il manquerait à sa nature la plus haute et la plus nécessaire prérogative que ma raison cherche en lui : la sainteté.
Etre infiniment juste, il ne peut pas exposer sa loi au mépris et aux violations impunies de ses créatures, et sa sagesse autant que sa justice exigent que le contempteur de sa loi soit puni, après la mort, et que l'observateur fidèle, résigné, courageux de la loi, reçoive la récompense de sa fidélité.
Toutes ces idées s'enchainent, se suivent et se présentent à mon esprit, dans une clarté complète. Si Dieu existe, il doit être tel que je viens de le concevoir, aux enseignements de
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ma raison, de ma conscience, de mon cœur, c'est-à-dire aux enseignements de tous les moyens de connaître, qui appartiennent à ma nature. Or, Dieu existe, et je ne m'arrête pas à le démontrer; il est donc certain qu'il possède au plus haut degré, sans la limite qui est le caractère des choses créées, la bonté, la justice, la sagesse et la sainteté.
Mais, si l'homme n'est pas immortel, Dieu ne possède aucun des attributs, aucune des perfections que je viens d'énumérer, et je suis ainsi amené à cette formule qui est la conclusion des observations que nous venons de faire : si Dieu existe, l'homme est immortel, et si l'homme n'est pas immortel, Dieu n'existe pas. Suivez le développement facile de cet argument.
L'homme est malheureux dans le fond de son être et dans ses facultés, parce qu'il est créé pour l'infini, et qu'il ne l'atteint pas en ce monde ; c'est un fait et une vérité que nous avons déjà établis. Mais avançons dans l'observation de notre nature, et nous reconnaîtrons que l'homme est encore condamné à une souffrance qui ne suspend jamais son action, quand il veut s'emparer même des objets finis, nécessaires à la conservation de son existence : de telle sorte que nous ne souffrons pas seulement de la privation de l'infini, dont la possession est la loi et la fin suprême de
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notre nature, mais nous souffrons môme des difficultés qu'il faut vaincre pour ne pas mourir. Et si la sagesse de Dieu nous fait croire à une vie ultérieure, où l'homme doit s'unira l'infini, la bonté divine appelle aussi 1 immortalité, pendant laquelle la souffrance de l'épreuve terrestre sera récompensée, et permettra de voir le plan divin dans sa justice et sa miséricorde souveraine.
Ecoutez J. Reynaud lorsqu'il décrit avec une patience et une profondeur d'esprit et d'analyse que j'admire, ce fait simple et souvent oublié de la misère physique. « C'est la faim qui fait couler sur le visage humain cette perpétuelle sueur dont il est question dans l'hébreu. Bon gré, mal gré, sous peine de mort, il faut vous résoudre à la verser, car c'est de quoi nous vivons: et si nous regardons bien à ce que nous mangeons, nous verrons que c'est tout imprégné de sueur d'homme. Combien il s'en répand, dans combien de lieux, sur combien de fronts, en combien d'opérations différentes, pour la création d'un seul morceau de pain, cela étonne quand on y pense, en détail, et l'on y découvre bien vivement le triste état de l'homme sur la terre, qui ne peut se soustraire au tourment de la faim qu'en se tourmentant lui-même de tant de manières. Commençons par celui qui laboure le sol après l'avoir péniblement défriché ; voyons celui qui a
arraché du fond de la terre, pour le livrer à la forge, le fer de la charrue; celui qui marche dans les sillons pour les ensemencer, celui qui fait la moisson, celui qui fait le battage ou la mouture, celui qui pétrit avec tant d'efforts et de doléances, celui qui veille pour entretenir le feu et diriger la cuisson. Que de multitudes en haleine pour cette bouchée ! En poursuivant l'analyse de toutes les sueurs qu'elle a causées, et dont elle représente en quelque sorte l'essence, nous y trouverions tous les métiers. Que serait-ce donc si, au lieu de me borner à un pauvre morceau de pain, le strict remède contre l'inanition, j'avais considéré ce qui nous est nécessaire pour un repas convenable! Je ne voudrais pas même à la table la plus frugale, éveiller l'idée des fatigues, des épuisements, des dangers de tout genre, endurés sur terre et sur mer, même dans les profondeurs souterraines, pour produire ce peu d'aisance et de bonne chère qui s'y rencontre, de peur d'y étouffer la joie, et d'y faire paraître abominable, la délicatesse la moins recherchée, et par le souvenir des souffrances physiques et morales dont on y savoure étourdiment les fruits, d'y faire tomber des larmes de compassion et de découragement, parmi les coupes. Ainsi la misère de notre condition est partout. Nous réunissonsnous pour nous égayer un instant, en respirant de compagnie, cette misère est là, au milieu de
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nous, qui se cache, d'autantplus grande qu'il y a plus de richesse dans le service, et si nous ne la voyons pas, c'est grâce à la légèreté de notre esprit, et parce que nos yeux ne veulent toucher que la superficie des objets. Mais partout où le luxe nous sourit, ôtons le masque, et nous verrons dessous les visages qui pleurent (1). »
Complétez cette description vive et savante de la misère de l'homme, en observant les efforts pénibles que nous sommes condamnés à faire pour défendre notre existence contre l'intempérie des saisons, contre les attaques des maladies, contre le temps qui diminue sans cesse les forces que nous essayons de réparer; voyez le travail de l'homme pour confectionner ses vêtements, pour élever ses demeures; puis comparez l'homme aux animaux qui ont la nourriture et le vêtement faciles, et qui demeurent étrangers aux appréhensions pénibles, aux luttes morales que nous soutenons, et dites-nous si l'homme n'est pas le plus misérable des animaux.
Après avoir traversé cet âpre défilé de la vie ; après avoir souffert les douleurs du cœur, et de l'esprit, plus profondes encore et plus fréquentes que les souffrances du corps r l'homme est frappé par la mort, il disparait
(1) Terre et Ciel, p. 97.
sans retour. Et cette mort serait le dénouement de ce long drame! Et en présence de ce malheureux cloué à son lit d'agonie, dévoré par la maladie qui laboure son corps, par l'angoisse qui déchire son âme, par les images douloureuses de souvenirs et de craintes qui passent devant ses yeux presque éteints; en présence de ces douleurs et de ces larmes, sommes-nous condamnés à nous taire? est-il vrai que nous n'avons ni une parole d'espérance à faire entendre, ni une lumière à faire briller dans ces ténèbres, ni une terre nouvelle à promettre à ce malheureux naufragé qui sort, enfin, de la tempête de la vie?
Quoi! vous me parlez sans cesse d'un Dieu créateur et conservateur de toutes choses, et vous m'invitez à reconnaître dans sa Providence qui enveloppe toutes les créatures, la manifestation de sa bonté suprême ; vous m'invitez à l'adorer, à l'aimer en le saluant du nom de père, et en revendiquant la bonté comme l'attribut le plus cher de son essence ; et son regard s'arrêterait cependant à contempler, serein et froid, ces sueurs, ces larmes, ces douleurs poignantes de l'homme ! et toute sa bonté s'épuiserait à finir par les mystères d'une mort qui serait l'anéantissement complet de notre nature, ces longs tourments de la vie ! Le néant, après la douleur sans espérance, telle serait la manifestation de cette bonté de Dieu
à l'égard des hommes : non, non, il ne peut pas et il ne doit pas en être ainsi !
La matière inanimée ne souffre pas. Qu'elle revête la forme des grands corps célestes, ou qu'elle se dérobe à nos yeux dans les mystères des combinaisons chimiques et des corps simples, la matière obéit à des lois invariables, expression de la sagesse et de l'intelligence divines, mais elle ne pense pas, et elle ne peut pas souffrir. La plante nait et grandit sous les influences secrètes de l'air et du sol, mais elle ne souffre pas. L'homme, seul, au sein de cette immense nature qu'il semble dominer par son intelligence, et qui se révolte sans cesse contre ses prétentions à la gouverner, l'homme souffre, pleure, et se reconnaît doué de la triste puissance de renouveler, d'exagérer, de prolonger ses douleurs par la mémoire et la pensée.
Si vous croyez à l'immortalité de l'homme, aux lois de l'épreuve, aux récompenses futures, après les périls de la vie, tout s'explique, et les ténèbres qui enveloppent notre existence sur la terre, diparaissent, en présence des clartés descendues de la vie future. Si la nature qui est une marâtre envers l'homme, est libérale aux animaux, c'est qu'ils vivent et meurent tout entiers ici-bas; si la douleur, la faim, les maladies, les épouvantes de la mort affligent l'homme, c'est qu'il doit faire la conquête pénible* méritoire, glorieuse de la béatitude éter*
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nelle. Ainsi la vie présente a un sens précis, et je ne doute plus de la bonté d'un Dieu qui fait précéder d'une courte épreuve un bonheur sans fin.
Je ne vois rien, en dehors de cette explication philosophique et chrétienne de la souffrance, qui puisse justifier les sévérités rigoureuses de la vie. On a dit : « La souffrance physique et les résistances de la nature sont nécessaires, parce qu'elles obligent l'homme à sortir de l'oisiveté stérile, vers laquelle l'entraine la pente de sa nature; elles l'obligent au travail, à l'effort, et cette lutte contre le sol qui doit le nourrir développe ses énergies, elle est un bien. Si la souffrance physique est utile au développement des forces physiques de l'homme, la douleur est également utile à la formation de son âme, au développement de ses forces morales, de son caractère; elle nous élève et contribue ainsi à l'amélioration de notre nature; et, en suivant ces indications, par une application rigoureuse au détail de la vie, on reconnaîtrait aisément l'action bienfaisante et le rôle élevé de la douleur. D'ailleurs, l'Etre suprême ne pouvait pas créer un monde parfait, et la douleur, les troubles que notre esprit étonné relève dans l'ensemble de la nature, sont les conséquences inévitables de toute œuvre créée, et nécessairement finie. »
Ces vains raisonnements d'une philosophie
superficielle ne peuvent pas me convaincre. Que ce mondé soit fini et imparfait, je ne le conteste pas : tout ce qui commence est imparfait. Que l'homme, sous le coup d'aiguillon du besoin et delà douleur, s'éveille et se purifie en s'élevant, qui peut le nier? Mais ces faits reconnus laissent tout entière la difficulté d'expliquer la souffrance et la douleur ; il reste à savoir ce que vaut cet avantage comparé à la condition terrible de l'humanité, qui en est le prix; nous savons d'ailleurs, que l'infinie sagesse aurait pu créer l'homme, avec l'amour pratique du travail et du bien, sans le courber sous le joug qui l'accable. Non, ce n'est pas pour donner à l'homme le mince avantage d'un travail nécessaire, et d'une douleur résignée, sans lendemain et sans espérance, après la mort, que la loi de la douleur domine la vie humaine. Je ne vois aucune proportion entre l'effort demandé et le résultat promis, et j'ai besoin de croire à l'immortalité personnelle pour ne pas douter, au spectacle de nos souffrances, de la miséricorde et de la justice de Dieu.
La justice divine implique, en effet, aussi bien que la bonté, l'existence d'une seconde vie, où la sanction de la loi morale nous apparaîtra dans sa rigueur et dans son étendue. Je n'ai pas besoin de m'élever dans les hautes régions de la métaphysique pour apprécier la valeur de cette démonstration sévère de la t. 1. 10
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survivance humaine; il me suffit d'écouter la raison et d'interroger la justice des hommes, qui doit être elle-même une image de la justice de Dieu. Le législateur fait des lois qui protègent la liberté, la propriété, la vie, les droits des citoyens, et qui sont l'expression complète de ce qui est nécessaire à une société pour ne pas cesser d'être, et pour échapper à la violence, au désordre, à l'anarchie. Si l'homme était semblable aux animaux, la loi serait inutile, et la force brutale suffirait. Si l'homme était impeccable, la loi sans la menace de la sanction suffirait; mais l'homme n'est ni ange, ni bête, selon l'expression de Pascal, il est un être libre, exposé et sollicité à la révolte : cet état particulier rend nécessaire la loi qui lui apprend ce qu'il faut faire, et la sanction qui Finvite impérieusement à la soumission. Supprimez la menace du châtiment, les lois sont méprisées et l'assurance de l'impunité livre la sécurité des citoyens et la paix sociale aux violences impunies des révoltés.
Or, Dieu est un législateur souverain qui ma* nifeste sans cesse et sans obscurité, à ma conscience, la loi morale que je dois respecter, le devoir, le bien. Il est aussi infiniment juste et infiniment sage, et connaissant l'infirmité de la volonté humaine, les révoltes possibles de notre liberté, il est évident qu'il doit punir le violateur de sa loi* Son commandement est placé sous
la sauvegarde légitime d'une sanction, qui ne permet pas à l'homme de mépriser impunément la voix dont sa conscience est remplie.
Mais ce n'est pas ici-bas que le contempteur de la loi divine est puni. On arrive souvent aux honneurs, à la fortune, à la célébrité par la ruse coupable, par l'intrigue, par le mépris audacieux de sa conscience et. de la loi. Par une étrange et coupable aberration de l'esprit et des mœurs, des hommes qui ont foulé aux pieds tout respect de Dieu, toute crainte de leurs semblables, tout amour du devoir et de la justice, arrivent à la gloire, sont comblés de fortune, entourés de courtisans, et quelquefois même, l'Etat, complice de cet universel aveuglement, fait l'honneur de solennelles funérailles et d'une pompe insolente à l'homme heureux dont la vie entière a été un long défi à la justice et aux sévérités de Dieu.
Voici un homme honnête, vertueux, qui a horreur de l'intrigue, de l'injustice, de la flatterie. Il sacrifie à l'amour du devoir, au respect de la loi de Dieu, sa fortune, Son repos, sa vie. Il est méprisé, insulté, malheureux. Nous connaissons tous cette histoire qui se renouvelle sans cesse auprès de nous, du juste méconnu, persécuté, sacrifié! Et si nous pouvions pénétrer plus avant dans les détails ignorés et douloureux de la vie de certaines familles, de certains hommes, de certaines victimes qui échap-
pent à notre attention, nous serions étonnés et ravis de la grandeur des sacrifices que l'amour du bien peut inspirer.
L'homme juste est-il toujours récompensé en ce monde de sa fidélité ? Non. Il ne reçoit souvent de ceux qui l'entourent que raillerie. Le témoignage de la conscience n'est pas une récompense, il n'est que la déposition intègre d'un témoin, et il laisse, dans sa profondeur et son étendue, la douleur poignante de l'homme qui lutte contre les difficultés renaissantes qu'il rencontre autour de lui. Au milieu des combats et des assauts qu'il subit, le juste se résigne ; mais il n'est pas heureux. Quelle récompense humaine, d'ailleurs, pourrez- vous accorder au juste qui a le courage du plus grand sacrifice, du sacrifice de sa vie? au martyr qui meurt pour son pays ou pour sa foi? La récompense doit suivre cet acte d'héroïsme; mais si le néant suitlamort, lejuste n'est pas récompensé.
L'homme mauvais qui méprise la loi divine estil puni en ce monde? Non. Il ne craint rien des hommes, courtisans de sa fortune, de ses honneurs; il ne craint rien de sa conscience, qui a émoussé son aiguillon; il a perdu la ressource suprême du remords qui punit quelquefois le coupable et le criminel. L'habitude invétérée du vice endurcit la conscience et étouffe le remords. D'ailleurs, si le martyre qui est l'acte de vertu le plus élevé, reste sans récom-
pense, dans l'hypothèse de l'anéantissement de l'homme ; le suicide qui est le plus grave de tous les crimes, échappe au châtiment, si le néant est ledénoûment de la vie.
Ainsi : ou la loi divine n'a pas de sanction, et le Législateur suprême, en livrant sa loi à nos révoltes et au mépris des méchants, manque de justice, de honte, de sagesse; ou hien la loi divine a une sanction pour le juste et pour le coupable.
Or, c'est un blasphème de prétendre que Dieu peut manquer de justice, de bonté, de sagesse; il faut donc une sanction à sa loi. Et puisqu'il est évident que cette sanction n'a pas son effet en ce monde, il faut bien reconnaître qu'elle aura son effet dans un autre monde, et que la vie présente est une préparation à une vie future, dont l'existence est affirmée par notre âme et par Dieu.
Ces propositions s'enchaînent avec une rigueur géométrique pour l'esprit qui cherche, en dehors des préjugés etde l'aveuglement systématique desnégations, une réponse au problème de l'immortalité. C'est ainsi que le genre humain Ta compris, car la croyance à la vie future, qui tient aux racines de notre âme, est aussi inséparable de l'histoire du genre humain.