‹ L'autre vie (volume 2)Chapitre 19 sur 37 · T» I. II · texte numérisé non relu

T» I. II

discussion superflue des textes nombreux qui, malgré des assertions contraires, témoignent bien que la Providence a conservé au sein d'Israël, la notion de l'unité de Dieu, du Messie rédempteur et de la survivance de l'âme. Mais écoutez l'Ecriture elle-même, et remarquez la lumière croissante qui va du berceau du monde à Jésus-Christ, et qui augmente ainsi par degrés l'éclat de cette vérité d'une vie future. Dans la Genèse, Dieu nous apprend qu'il a fait l'homme à son image et à sa ressemblance. Or, n'est-il pas le Dieu vivant, qui ne meurt pas? Voici Dieu qui dit à Caïn : « Si tu fais le bien, n'en recevras- tu pas la récompense? Mais si tu fais le mal, ton péché s'élèvera contre toi (1). » Abel est égorgé par son frère, et ce n'est pas dans ce monde qu'il peut recevoir la récompense promise. Si Moïse n'est pas encore plus explicite, c'est qu'il redoute, selon la juste observation de Bossuet, l'idolâtrie, le polythéisme, et les erreurs grossières de ces peuples de l'Egypte, d'où les Juifs étaient venus ; et tout en insinuant la doctrine de la vie future, il veut éviter, par ses réserves, que le Juif ne se laisse entraîner, par les pompes des funérailles, à considérer comme des dieux les grands personnages qui ont marché à sa tête, et vécu sous ses tentes. C'est lui cependant, c'est Moïse, qui nous apprend que

(1) Genèse, ch. îv, 7; xv, 1; xlviii, 21; xi/vu, 5.

mourit, c^est retourner à ses pères, se réunir à son peuple (1). C'est lui, au Deutéronome , qui défend expressément le culte des morts (2), nous apprenant ainsi, par cette défense, que le peuple juif croyait à la vie future ; mais, s'il condamne ces évocations comme une pratique coupable, il ne dit pas que cette pratique s'adresse à des êtres qui n'existent pas. Job est plus explicite, quand il relève la tête au milieu des épreuves qui l'accablent, et qu'il exprime cette espérance plus forte que ses douleurs : « Qui donc écrira mes paroles, pour les déposer en un livre impérissable? Qui les gravera avec un burin sur le plomb ou sur la pierre ? Car je sais que mon rédempteur est vivant, et que je ressusciterai de terre, au dernier jour; que je serai encore revêtu de ma peau, et que je verrai mon Dieu dans ma chair; que je le verrai, dis-je, moi-même, et non un autre, et que je le contemplerai de mes propres yeux. C'est l'espérance qui reposera toujours au fond de mon cœur (3). » Le livre de la Sagesse répète le même cri de justice et d'espérance : « Les âmes des justes sont dans la main de Dieu, le tourment de la mort ne les touchera pas. Ils ont paru morts aux yeux des insensés, leur sortie de ce monde a passé pour le comble de l'affliction; mais ils sont en paix; et si devant

(1) Nomb., xx, 24-26.

(2) Deutër., xxi, 16; xxn, 50.

(3) Job, xix, 23, 27.

les hommes il ont souffert des tourments, leur espérance est pleine d'immortalité. Quant aux impies, ils tomberont dans une éternelle ignominie, et ils seront réduits à la dernière désolation (1). » Si les Machabées sont si courageux dans l'affirmation de leur foi, c'est qu'ils voient déjà la vie nouvelle et la justice de Dieu qui les attend : « Dieu nous donnera, après la ruine de notre corps, une vie immortelle, il nous rendra les membresqu'onnous a déchirés; nous conservons, plus haut que nostyraus, l'espérance d'une vie meilleure et l'attente du Ciel que nous voyons ouvert devant nous (2). »

Les païens ont reconnu eux-mêmes la puissance de ce sentiment profond de la vie future sur la nation juive, et, après Pline et les historiens anciens, Tacite a pu dire d'eux : « Ils regardent les âmes comme immortelles ; de là leur désir de transmettre la vie, et le mépris avec lequel ils affrontent la mort (3). » Et l'apôtre saint Paul, qui a décrit dans un magnifique langage la résurrection des corps, rappelle aux Hébreux l'antique croyance, de cette nation juive, à laquelle il appartenait lui-même par son origine :

« Abraham, Isaac et Jacob sont tons morts dans la foi, écrit saint Paul, confessant qu'ils

1) Ecclesiaste, m, 1, 2, 3, 4; iv, 19.

2) Machabées, vu, 9, 14, 22, 23; xn, 4, 3,44. (3) Tacite, Hist., v, 5.

étaient étrangers et voyageurs sur la terre : et en parlant ainsi, ils faisaient bien voir qu'ils cherchaient une autre patrie meilleure que celle qu'ils devaient quitter, c'est-à-dire la patrie céleste (l) » Malgré les dénégations, souvent réfutées, de quelques protestants, la croyance juive à l'immortalité de l'àme est un fait certain (2).

C'est donc un fait historique, éclatant, que tous les peuples ont affirmé publiquement leur croyance à la vie future, tantôt dans les hymnes et les chants sacrés, tantôt dans les pompes des funérailles et dans le culte des morts. Les philosophes et les législateurs en ont fait la base de leur doctrine et de leurs lois, et les auteurs sacrés, avant le Messie, en ont affirmé la réalité pleine d'espérance, avec assez d'éclat pour conserver la tradition primitive, avec assez de prudence, pour ne pas entraîner les Juifs vers l'évocation des morts, le polythéisme, et les fables idolâtriques des anciens peuples de l'Orient. Que cette croyance

(i) Héb., i,x 9, 10, 13. 15, 16.

(2) Castus Innocens Ansaldi, dans son livre : De futiiro sœculo ab Hebrœis ante caplivitalem cognito, et Jean Vincent Pattuzzi, dans son ouvrage : De f'uturo impiorum statu, ont établi que longtemps avant Platon, et dès l'origine du monde le peuple juif a cru à l'immortalité de l'ame. Le docteur Charle a traité à fond cette importante question dans son ouvrage : Du dogme catholique sur l'enfer, et, page 58, il conclut ainsi sa discussion savante et profonde des textes anciens : « Il ne doit plus rester aucun doute pour tout esprit sérieux que les Juifs n'aient connu l'état futur des morts. »

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universelle et continue soit l'écho répété d'une révélation primitive, ou qu'elle soit seulement l'expression impérieuse des invincibles espérances de notre âme, elle ne peut pas nous tromper : car, dans la première hypothèse, elle est la parole même de Dieu, dont la véracité est au-dessus de nos doutes, et dans la seconde hypothèse, elle est un effet dont la cause est l'auteur même de notre nature, c'est-à-dire Dieu. Et, en présence des contradictions stériles, des négations impuissantes des systèmes contemporains que nous venons de réfuter; en présence de ces trois preuves, fermes et lumineuses, historique, psychologique et divine de l'immortalité de l'âme, le doute tombe, et l'esprit humain qui a fait un pas sûr, ne s'arrête pas encore; il veut surprendre les secrets du lendemain de la mort.

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