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LA TRANSMISSION DES AMES

Si notre àme n'a pas existé déjà dans des inondes inconnus, avant d'habiter et d'animer notre corps, vivait-elle, au moins, dans l'àme de notre premier père, qui renfermait ainsi, en elle-même, dans ses profondeurs mystérieuses, toutes les âmes qui se détachent ensuite, successivement, les unes des autres, comme les corps auxquels sa puissance communique un principe de vie? Cette hypothèse a souri à certains auteurs des premiers siècles de l'Église, et à certains écrivains de notre temps, préoccupés d'expliquer la transmission de la faute originelle, et les réalités sévères de la vie, sans recourir à Terreur grossière de la métempsycose, ou des existences dont nous avons perdu le souvenir.

« Nous donc, qui accusions Dieu d'injustice au fond de notre cœur dans cette hérédité de la punition d'Adam, parce qu'il ne nous était T. i. i5

pas donné de comprendre les lois divines et le mystère de la création de l'homme, nous croyons que cette suite inexplicable de la vengeance de Dieu, vient de ce que nous ne connaissons pas la nature immatérielle de l'âme, que du moment que cette âme d'Adam vit encore en nous comme à l'origine des temps, et qu'elle s'est répandue de races en races sur toute la terre, se mulipliant à l'infini, par un mystère aussi impénétrable que la reproduction de tous les corps dans le même espace de temps, nous sommes, non pas solidaires de cet outrage dont il s'est rendu coupable envers la Divinité, mais nous sommes maudits comme lui, parce que nous sommes coupables comme lui, jusqu'à ce que le sacremant de baptême vienne effacer cette tache originelle. »

Et cette âme immortelle d'Adam est invariable en tous les hommes, à tous les moments de la durée, et c'est par une erreur d'attention que nous lui attribuons les changements qui n'appartiennent qu'à la matière ou au corps qui frappe nos sens : « L'àme d'Adam, ajoute l'auteur que je viens de citer, enveloppe le monde, elle se transmet de génération en génération, toujours la înême, douée de ses attributions divines, elle vient dans le corps de l'homme subir les lois qui régissent la matière ; ses facultés paraissent germer, mûrir et décliner, mais c'est la matière seule qui subit ces

transformations et qui puise à cette source de vie, suivant ses besoins, les éléments nécessaires à son existence. L'enfant, dès sa naissance, se les assimile en porportion de ses forces, car s'il les possédait, toutes ces facultés de l'âme dans toute leur maturité, l'harmonie de la vie serait détruite, parce que ses organes sont trop débiles pour les recevoir, et il mourrait infailliblement (1). »

Je ne m'arrête pas à vous signaler l'erreur grave et renouvelée des Averroïstes, nettement exprimée dans les paroles que vous venez d'entendre. Au Ve concile général de Latran, les Evêques réunis condamnèrent cette affirmation monstrueuse, que l'humanité entière n'a qu'une seule âme; or, en enseignant que l'âme d'Adam est immortelle, qu'elle est toujours la même, qu'elle se transmet de génération en génération, que la matière seule ou le corps subit les vicissitudes ou les changements dont nous sommes frappés, ne voyez-vous pas que l'on reprend ainsi, pour la défendre, la thèse même d'Averroès et qu'on n'attribue qu'une âme à l'humanité?

L'hypothèse qui fait dériver les âmes comme les corps, du père et de la mère, en remontant jusqu'au premier homme, est inutile, à l'explication de l'hérédité de la faute originelle, et elle

(1) Le baron de Lambert, Essai sur la transmission de l'âme, p. 10M19.

soulève d'insurmontables difficultés. Elle repose d'ailleurs sur cette fausse affirmation, repoussée parles grands docteurs de l'Eglise catholique, qui ferait de la faute originelle une faute personnelle de chacun de nous, identique en son principe à toutes les fautes que nous pouvons commettre par l'usage coupable de notre liberté (1).

Relisons l'histoire du premier homme, aux clartés de la science sacrée, vous comprendrez mieux l'injustice des attaques violentes des partisans de la métempsycose contre le dogme chrétien, et l'inutilité du traducianisme, pour en donner une explication dont la raison humaine ne soit pas offensée.

Quand Dieu voulut former le premier homme, il prit de l'argile entre ses mains, la transfigura de son souffle et forma le corps humain, et tandis qu'il rattachait ainsi à la terre le corps qui devait vivre de la terre, en lui empruntant ses aliments, il tira l'àme du néant, par l'efficacité de sa parole, il l'unit par les liens mystérieux dé la vie au corps qu'elle venait animer.

Mais ce premier homme était l'œuvre immé-

(!) Volontas alterius et «ictus cjus non potest adeo prop:ie dici voluntas mea, vel velle meiim sicut voluntas mea personalis et \elle mcura personale. Omîtes aulem doclores et sancti calholici tenent et docent tam verbo quam scripto quod peccatum originale in parvulo non est voluntariûm voluntate Tel actu voluntatis personnalis ipsius parvuli, sed solum a -voluntate primi hominis. (Durandus, îib. Il, dist. xxxi, 9, li, édition de MDLXIX.)

diate du Créateur, il n'avait pas encore altéré par la révolte d'une liberté coupable l'œuvre divine : il était merveilleusement doté dans son âme et dans son corps; la science sacrée, commentant l'enseignement divin, nous révèle quelques-unes de ses grandeurs et la richesse de l'héritage que nous avons perdu. Il était dans l'état d'innocence et dans les joies inénarrables de FEden; le corps était soumis à la volonté, la volonté soumise à la raison, et la raison soumise à Dieu. En vertu de cette harmonie surnaturelle, la raison du premier homme, libre de la domination des sens et de la fascination des objets extérieurs, s'élevait sans effort des merveilles de la nature à la connaissance de Dieu qui les avait créées. Il voyait mieux que nous, dans ce livre aux pages innombrables et étincelantes, la manifestation des attributs divins. Il devait être le principe de la famille humaine, par la génération qui enfante les corps, et par l'instruction et le gouvernement qui éclairent les intelligences et dirigent les volontés. Il reçut de Dieu pour répondre à cette double mission une àme parfaite et un corps parfait, une intelligence en possession de toutes les connaissances qui étaient nécessaires pour instruire le genre humain et le conduire à sa fin surnaturelle (1).

(i) Summ. theol. pars la, q. X(UV, art. III, et soq.

Par sa désobéissance coupai) le à l'ordre divin, Adam perdit la justice originelle, la grâce, et les dons gratuits qui étaient la conséquence de ce bienheureux état : il fut condamné à l'ignorance, à la concupiscence, aux maladies, à la mort, à ces fléaux qui désolent encore aujourd'hui ses malheureux descendants. Et quand nous nommons la faute adamique, nous entendons parler d'un acte positif de rébellion de sa volonté, et d'un état de privation qui en fut le résultat et le châtiment (1).

Or, toute la lignée des enfants qui découlent de cette source, c'est-à-dire tous les hommes, naissent dépouillés de cette justice originelle, et sujets, comme Adam, à l'ignorance, à la concupiscence, aux maladies, à la mort. Les théologiens les plus autorisés appellent en nous faute originelle, cet état de privation et d'indigence, dans lequel nous naissons.

Ecoutez les maîtres de la science sacrée : « Le péché originel, écrit le savant cardinal Gotti, est la privation de la sainteté, c'est-à-dire de la grâce et de la charité originelles du premier homme. Ce péché n'est pas en nous un acte, mais un état. Son idée implique une privation plutôt qu'un élément positif. » — « L'état de l'homme déchu ne diffère pas plus de l'état de nature pure qu'un homme en-

(1) Voir notre ouvrage : Chute originelle et responsabilité humaine, 3e édition.

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fièrement dépouillé ne diffère d'un homme nu. Son ignorance et ses infirmités n'eussent pas été moins profondes à l'état de pure nature. Notre corruption n'est donc ni l'effet de la privation d'un don naturel, ni le résultat d'une qualité morbide dont l'àme serait affectée; elle n'est que le résultat de la privation des dons surnaturels, privation causée par la faute d'Adam. Telle est l'opinion générale des docteurs scolastiques de tous les temps (1). »

Saint Thomas d'Aquin, Suarès, Gonet, André Duval, le grand courant des théologiens est dans le sens du texte que nous venons de citer : il serait superflu d'accumuler les témoignages pour en établir l'autorité. Un contemporain versé dans cette matière, a traduit dans un langage d'une clarté saisissante cette doctrine des écoles célèbres de la théologie : « Nous devons éviter de contredire, par un système équivoque et embrouillé, la théorie simple et rationnelle des grands théologiens de l'école. Il doit y avoir proportion, disent-ils, entre le péché originel et sa peine; or, cepéchéne provient point de la perversion de notre volonté, mais de la perte que nous avons faite de la grâce originelle en Adam notre chef : il doit donc être puni par la soustraction des avantages attachés à cette

(1) Bellarmin, Controv. de gralia prfm. hominis, cap. v.

grâce, et non par les châtiments dus à un crime personnel. C'est, poursuivent ces théologiens, empruntant une comparaison au droit du moyen âge, comme si le roi donne à un chevalier un fîef héréditaire : le feudatairc se rend coupable et est dépouillé; le bénéfice est perdu pour lui et pour les siens. Adam fidèle eût transmis la justice avec la vie, et cette justice eût écarté les misères présentes; dépouillé, il transmet la vie sans la justice, et la nature suit ses lois (1). »

Or, puisque la tache originelle, ainsi que l'expliquent les grands théologiens que je viens de citer, n'est pas un acte personnel de chacun de nous, une révolte délibérée de notre volonté ; puisqu'elle consiste uniquement dans un état de privation et de nudité, il est évident qu'il n'est pas nécessaire, pour en donner l'explication, qui laisse, d'ailleurs, au mystère ses impénétrables secrets, de recourir à l'hypothèse gratuite de l'existence antérieure de nos âmes dans l'âme d'Adam.

Et si la tache originelle était autre chose qu'un état de privation, si elle était un acte personnel de chacun de nous, l'hypothèse de la génération des âmes ne lèverait pas encore les difficultés qui arrêtent et qui troublent notre esprit. Tout acte libre implique, en effet,

(1) L'abbé Guitton, vie. génér. L'Homme relevé de sa c/tule, t. Il, p. 231.

nécessairement, l'attention et la délibération de l'esprit, et la décision ou le choix de la volonté. Ces éléments sont indispensables pour que la justice humaine et divine nous reconnaisse responsables de l'acte que nous venons d'accomplir. Or, si notre âme avec la conscience, l'attention, la délibération, le choix, en un mot, avec les éléments qui constituent le moi et la personnalité existait déjà dans Adam, il faut accepter cette conséquence que la raison repousse : nous sommes, nous vivons, nous existons, depuis l'origine du monde, depuis la création d'Adam ; l'âge du monde est l'âge de chacun de nous.

Il faudrait, ensuite, expliquer comment ce sentiment de la personnalité que nous aurions eu, aune heure d'épreuve, quand nous avons commis avec Adam, et dans lui, un acte libre et prévaricateur, s'est éteint tout, à coup; comment il a disparu, et dans quelles régions il s'est dérobé, pendant la durée des siècles écoulés depuis Adam jusqu'à nous; comment, enfin, ce sentiment s'est réveillé, soudain, après un si long sommeil, avec la formation complète de notre corps.

Si l'on rejette cette explication ; si l'on se contente d'affirmer d'une manière générale et confuse, que notre àme était renfermée dans l'âme d'Adam, sans avoir le sentiment distinct de sa personnalité, que de nouvelles difficultés t. i. i5.

l'on soulève! Notre âme aurait ainsi contracté la faute originelle, uniquement en vertu de son étroite union avec l'âme d'Adam; et, comme depuis cette époque, à travers la longue série de nos ancêtres, notre âme s'est unie successivement avec les âmes de nos parents, elle arriverait à nous, chargée aussi des iniquités de toutes les âmes à travers lesquelles elle a passé, dans ce long voyage qui va d'Adam jusqu'à nous, hypothèse insoutenable et en dehors de toute discussion.

Quelle idée donne-t-on ainsi de l'âme d'Adam! Quel renversement des principes les plus solidement établis de la philosophie ! L'âme est une substance immatérielle, simple, indivisible, et par ces caractères, elle diffère essentiellement de la matière ou du corps qui est divisible et composé. Gomment nos âmes auraient-elles donc été renfermées dans celle d'Adam, comment pourraient-elles en découler par génération? Car, enfin, si nos âmes étaient des parties de l'âme d'Adam ; si elles en découlent, comme nos corps descendent de son corps, cette âme adamique était donc divisible, multiple, composée départies, elle n'était pas une âme, comme la vôtre et la mienne, elle était une agrégation d'âmes, et c'est la négation de sa spiritualité, et il faut choisir entre la création des âmes qui sauve le principe incontestable de l'immatérialité du principe

pensant et le traducianismc qui en est la négation.

Les arguments philosophiques par lesquels certains écrivains ont essavé de soutenir la thèse du traducianisme, sont plus faibles encore que l'argument théologique dont je viens d'exposer les principes et la réfutation. Ils ne résistent pas à l'examen, et j'estime qu'il serait inutile d'en parler, si je ne désirais faire connaître, dans toute son étendue, la pensée d'un système contraire aux principes immuables de la philosophie.

« Pour un être si misérable, et probablement de si peu d'importance que l'homme dans l'univers, quand rien ne s'oppose à ce que d'autres êtres bien supérieurs à nous, soit par le corps, soit par l'intelligence, habitent d'autres inondes que le nôtre, est-il probable que la suprême intelligence s'occupe à chaque instant des naissances mortelles? L'univers n'a-t-il pas reçu, dès le principe des choses, ses grandes lois invariables et l'Eternel s'occuperait-il à chaque instant de créer des esprits nouveaux (1)? »

La conclusion rigoureuse de cet argument

(1) Le baron de Lambert, De la transmission des cimes, p. 57.

n'est pas seulement la condamnation de la création successive des âmes, elle est encore la négation d'un attribut divin, de la Providence, en vertu de laquelle l'Auteur de la nature s'intéresse à l'œuvre sortie de ses mains, et l'accompagne de sa protection vigilante dans le détail infini des actions qui remplissent sa vie. C'est au nom de ce faux argument que les partisans de la métempsycose ont enseigné que les âmes voyagent sans cesse, à travers les corps et à travers les globes de l'espace céleste : et c'est au nom de cette majesté solitaire de Dieu, que les déistes prétendent que la prière considérée comme une demande doit être aussi sévèrement rejetée que la foi aux miracles, parce que le Créateur est trop haut pour s'occuper de nous.

Quelle étrange et fausse idée se fait-on de la puissance de Dieu quand on prétend que sa pensée et son regard n'ont pas assez d'étendue et de pénétration pour voir, d'un trait, sans fatigue, les détails de la vie humaine et les innombrables mouvements de toute créature?

Que penser de l'immensité, de l'éternité, de l'infinité de Dieu, si elle est arrêtée par l'effort qu'exigerait la création successive des âmes? Ne veut-on pas comprendre que, si nous affirmons la création des âmes, ce n'est pas avec la pensée que Dieu, semblable à un artisan affairé, intervient à tout instant pour animer

dos corps? Nous avons une autre idée delà grandeur de Dieu : la création successive des âmes est la réalisation dans le temps, et dans des circonstances données, des décrets immuables de la volonté de Dieu; qu'il soit question de la création d'une âme ou de la naissance d'un insecte, qu'importe; nous savons que Dieu a décrété de toute éternité, qu'à tel moment de la durée, sur tel point de l'espace, dans telles conditions une àme apparaîtra, un insecte naîtra. Nous assistons à la réalisation du décret, et c'est une vaine pensée de notre imagination qui nous fait attribuer à une intervention changeante de Dieu, le phénomène ou l'apparition dont nous sommes témoins.

Cette objection repose donc sur une idée fausse de la puissance divine et de l'acte créateur. Nous reconnaîtrons, d'ailleurs, le même caractère d'observation trop superficielle et toujours incomplète, dans les arguments par lesquels certains auteurs prétendent réfuter le principe de création. Sur quels faits et sur quelles analogies font-ils reposer ces arguments?

Sur le fait de la ressemblance physique du fils à la mère, et ils citent les exemples de Schiller, d'André Chénier, de Gœthe, de François Ier qui ont ressemblé d'une manière frappante à leur mère. Mais ne sait-on pas que cette loi de ressemblance est très variable, et que l'on

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pourrait citci' des cas aussi nombreux de ressemblance du fils avec le père ou l'aïeul? Les statistiques sont très riches de révélations sur ce point, et l'atavisme est un fait évident. Or, si la mère seule donnait une partie de son âme à son enfant, comme le prétend un auteur contemporain (1), si cette transmission de l'àme était le principe de la ressemblance que nous venons de signaler, n'est-il pas évident que Y atavisme ou la ressemblance au père, à l'aïeul serait une éclatante contradiction?

La loi qui domine la question, c'est que les parents transmettent à leurs enfants un organisme qui ressemble à leur propre organisme par sa conformation anatomique et par son fonctionnement physiologique. Est-il certain que la mère ait une part plus active que le père dans la transmission des états physiques, intellectuels, moraux? Non, la question est loin d'être tranchée. C'est un fait d'observation qui divise encore les physiologistes. « Hoffmann et Guitrac, pour ne citer que les autorités, admettent l'influence prépondérance de la mère, et beaucoup de médecins partagent cet avis. Je me permets de croire que c'est une

(1) « Dans cette merveilleuse élaboration de la nature, je ne crois pas que l'homme participe à la formation de lame de l'enfant... Oui, c'est dans le sein de la mère que les principes de vie se développent, et que son âme envahit peu à peu son enfant de ses sublimes clartés, elle lui en donne une part et elle reste une. » (Le baron de Lambert, Essai sur lu transmission de l'âme, p. 61.)

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opinion toute théorique. A priori on est porté à croire, en effet, que la mère qui, pendant neuf mois, nourrit et façonne, pour ainsi dire, le nouvel être, devrait, plus profondément que le père, le marquer de son empreinte. Les faits ne me paraissent pas confirmer cette présomption, et je ne suis pas étonné qu'un des observateurs les plus sagaces de ce siècle, Hufeland, ait soutenu que l' enfant tenait plus du type paternel que du type maternel... Le fils reproduit souvent la démarche, les gestes et jusqu'aux tics de son père. Il en est de même du timbre de la voix. Ne vous est-il pas arrivé de reconnaître au son de sa voix l'enfant d'un vieil ami dont le temps et la distance vous avaient séparé (1)?

Si vous étudiez les lois de transmission des maladies constitutionnelles, de ces maladies effrayantes qui infectent l'homme, et dont le nom rappelle trop souvent une femme souillée, un foyer déshonoré, déjà marqué pour les deuils de la mort, vous reconnaîtrez, avec les médecins dont les observations instruisent et épouvantent, que l'homme peut ou infecter sa compagne innocente et marquer ainsi du stigmate honteux, le fruit de leur union, ou, clans d'autres cas, atteindre indirectement et exclusivement l'enfant qui nait pour mourir.

0} Dr Lefebvre, Le Mariage et l'hérédité normale et pathologique.

L'observation de l'hérédité dans certaines autres affections, telles que la scrofule, la tuberculose, le cancer, la folie, nous présente les mêmes résultats, et démontre ainsi qu'au point de vue physique, aussi bien qu'au point de vue moral, la mère n'a pas, dans la transmission du mal, la part exclusive et prépondérante que l'on serait tenté de lui attribuer.

On cite encre, après Malebranche, les phénomènes qui se produisent pendant la grossesse : une mère effrayée à la vue d'un animal, engendre un enfant que l'horreur surprend toutes les fois qu'un animal se présente à lui; Marie Stuart, dit encore Malebranche, étant grosse du roi Jacques, quelques seigneurs d'Ecosse entrèrent dans sa chambre et tuèrent en sa présence son secrétaire qui était Italien, quoiqu'elle se fût jetée au-devant de lui pour les en empêcher; cette princesse y reçut quelques légères blessures, et la frayeur qu'elle eut fit de si grandes impressions dans son imagination, qu'elles se communiquèrent à l'enfant qu'elle portait dans sou sein, de sorte que le roi Jacques, son fils, demeura toute sa vie sans pouvoir regarder une épée nue.

Que d'exemples de ce genre on pourrait citer encore ! mais l'illustre métaphysicien que vous venez d'entendre, explique cette influence profonde par une action du cerveau et des fluides de la mère sur le cerveau de l'enfant

en formation clans son sein. Cette explication suffît, on pourrait même la confirmer, en supposant une action intime, pénétrante de l'âme de la mère sur l'âme de Fenfant, action aussi réelle malgré ses mystères que celle qui résulte de l'union des deux corps, et de l'influence de la vie maternelle sur la vie même de l'enfant. Mais cette explication nette et autorisée ne satisfait pas l'auteur de l'essai sur la transmission de l'àme, et il s'écrie : « La lumière éclate immédiatement si Ton admet que l'enfant vivant dans le sein de sa mère possède la même âme qu'elle. » — Puis, soulevant la grave question de parthénogenèse, il diminue le rôle du père et semble attribuer à la mère la génération du corps et de l'àme de l'enfant. J'avoue que cette hypothèse ingénieuse est loin d'être aussi claire que l'explication développée par Malebranche. En effet, si l'àme de l'enfant se confond, comme le veut M. Lambert, avec l'âme de la mère, la distinction gratuite des deux âmes est une contradiction, et il faudrait dire en suivant les règles précises de la logique : tant que l'enfant n'est pas sorti du sein de sa mère, il manque du caractère de la personnalité, et quand l'heure de la naissance est venue, il reçoit l'âme même de sa mère avec toutes ses modifications de plaisir, de tristesse, de colère, de terreur, avec ses répulsions profondes dont le retentissement se

prolonge jusqu'au dernier jour de la vie. Et, dans cette fausse hypothèse, il faudrait reconnaître encore que les qualités intellectuelles et morales, les vertus et les vices, les états et les habitudes de l'âme maternelle, et des âmes antérieures, passent à l'enfant, comme un héritage auquel il n'est pas permis de renoncer. Exposer ces conséquences logiques n'est-ce pas réfuter le principe faux d'où elles dérivent, et ne voyez-vous pas la fragilité des prétextes par lesquels l'imagination, mauvaise conseillère, essaye de condamner cette affirmation si juste de la saine philosophie : les âmes sont créées pour les corps qu'elles doivent animer?

Une parole créatrice et souveraine de Dieu a fait sortir notre âme du néant, et notre âge marque la date de notre naissance, car notre âme ne vient ni de l'âme maternelle, ni de l'âme adamique, ni d'un monde inconnu. Vers quelle terre nouvelle se dirige-t-elle, après l'épreuve courte et douloureuse de la vie?

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