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LE SPIRITISME ET LA THEOLOGIE

Le mystère qui entoure l'homme au moment où son àme passe dans un monde nouveau, n'existe pas pour les sectateurs du spiritisme ou de la religion des esprits. Les spirites sont en communication familière avec les âmes des défunts qui ont quitté la terre, et, guidés par leur enseignement, qui exclut toute apparence môme de doute ou de ténèbres, ils ont raconté, comme nous allons le faire, l'histoire de la mort de l'homme et des conditions de son immortalité.

L'homme est formé de trois parties essentielles qui présentent des caractères distincts faciles à déterminer : l'àme, le périsprit, le corps. L'àme est un être intelligent qui vivait dans un monde invisible et immatériel, avant de s'incarner dans un corps sensible. Entre le corps et l'àme, il existe un lien, condition de la vie; c'est une substance semi-matérielle qui enveloppe l'àme, un fluide appelé aussi périsprit, qui per-

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met à l'âme d'être en communication avec le corps.

A l'instant de la mort, l'àme environnée de son enveloppe semi-matérielle ou gazeuse se sépare du corps. Si l'homme a été détaché, pendant la vie, des sens, de la matière, et si en résistant aux influences mauvaises despassions, il a élevé son. àme au-dessus du corps, il est évident que sa mort devient facile et que la séparation suprême est naturelle et sans douleur. S'il a mal vécu , s'il a suivi l'instinct dépravé de la sensualité, le périsprit s'est engagé, plongé, enchaîné dans le corps, dans les différentes parties de l'organisme, et la mort est aussi douloureuse que la séparation est lente, il faut du temps et des efforts pour permettre au périsprit de se délivrer de l'étreinte du corps.

L'àme se dégage insensiblement de ses liens ; elle ne ressemble pas à l'oiseau qui, d'un coup d'aile, entre en liberté; la séparation n'est ni brusque ni subite. Il arrive aussi quelquefois que rame a quitté le corps, sans que nous le sachions, tandis que les derniers signes de l'agonie frappent seuls notre attention. L'àme est partie, mais le cœur bat encore et jette dans les veines le sang, qui donne lesapparencesdu mouvement et le simulacre de la vie. Souvent l'àme sent se briser ou se dénouer les liens qui l'attachent au corps, elle ajoute alors elle-même ses efforts au mouvement de la nature, afin de rompre les

liens et de hâter l'heure de la délivrance; elle entrevoit déjà l'avenir, les joies de l'état d'esprit, la vie, libre de la matière, et comme la chenille qui se renferme dans sa chrysalide, avant de jeter dans le rayon du soleil l'éclat brillant de ses couleurs, elle se prépare dans le mystère des derniers déchirements, aux joies de sa nouvelle vie.

Souvent aussi ceux que nous avons connus sur la terre et qui sont morts avant nous, viennent nous aider à briser les derniers liens de notre existence terrestre, et ils nous accueillent à notre entrée dans le monde des esprits. L'étonnement et le trouble qui suivent immédiatement la mort, varient en durée, en intensité avec les individus et les mérites ou les vertus de chaque défunt. Le trouble de l'homme de bien n'est pas long, parce qu'il s'est accoutumé, pendant la vie, à cette existence immatérielle de l'esprit; le trouble du mauvais est plus long, et son regard étonné s'habitue lentement aux clartés inattendues de cette vie nouvelle et inconnue.

« Dans la mort subite, l'esprit est étourdi du brusque changement qui s'est opéré en lui; pour lui, la mort est encore synonyme de destruction, d'anéantissement; or, comme il pense qu'il voit, qu'il entend, à son sens, il n'est pas mort; ce qui augmente son illusion, c'est qu'il se voit un corps semblable au précédent pour laforme, le périsprit, dont iln'apaseu le temps

d'étudier encore la nature éthérée ; il le croit solide et compacte comme le premier, et quand on appelle son attention sur ce point, il s'étonne de ne pouvoir se palper. Ce phénomène est analogue à celui des nouveaux somnambules qui ne croient pas dormir. Cette illusion est bien plus générale chez ceux qui, quoique malades, ne pensaient pas à mourir (1). »

Le sort de l'homme n'est pas irrévocablement fixé après la mort; libre des entraves du corps, Tàme ne se repose pas encore dans une béatitude éternelle, et, si nous avons déjà vécu dans d'autres mondes ou dans d'autres corps avant de paraître sur cette terre, il est également vrai qu'après la mort, Tàme revit ou sur cette terre ou dans des mondes nouveaux. L'homme continue ainsi à parcourir encore le long chemin des expiations et des purifications successives qui le préparent à l'état bienheureux du pur esprit. C'est la loi universelle qui s'applique à toutes les créatures, si divers qu'aient été, icibas, leurs mérites et leurs vertus.

A mesure que lame se purifie, elle revêt un corps moins matériel ; ses facultés se développent en étendue, en profondeur; elle voit par les yeux du corps ce que nous voyons par la pensée; elle habite un monde meilleur. Selon les spirites, de tous les globes qui composent

(1) Le Livre des Esprits, p. 71* 72, 73*

notre lumière planétaire, la Terre est un de ceux dont les habitants sont le moins avancés, physiquement et moralement; Mars lui serait encore inférieur, ai Jupiter serait, au contraire, le séjour des âmes infiniment supérieures à celles des habitants des autres planètes. Au même témoignage, le Soleil serait la demeure paisible des esprits supérieurs qui, delà, embrassent par le regard et parla pensée tous les autres mondes, vers lesquels ils envoient, par l'intermédiaire du fluide universel, les esprits inférieurs devenus leurs messagers.

Les spirites ont ajouté deux principes nouveaux à la vieille hypothèse de la métempsycose telle que nous Pavons exposée. Jusqu'à présent, en effet, il vous a été facile de constater qu'il n'existe pas de différence fondamentale, entre le spiritisme et la métempsycose : on retrouve au fond des deux systèmes une pensée commune, c'est-à-dire l'affirmation d'une série d'existences et de réincarnations qui préparent l'homme à l'état bienheureux d'esprit pur et à la vision de Dieu. Mais, selon les spirites, il faut reconnaître une troisième classe d'esprits au-dessous de ceux qui voient Dieu, au-dessus de ceux qui sont incarnés dans un corps ; ce sont les esprits errants qui, pendant des jours, des mois, des années, des siècles, errent à travers les mondes transitoires, mondes immenses, innombrables, stériles, sans végétation, parce que les esprits ne connaissent

pas les nécessités pénibles de l'alimentation ; c'est là que les esprits errants se reposent, dans une courte halte de leur vie ici-bas; ils s'élèvent ensuite jusqu'aux mondes supérieurs où ils reçoivent les communications célestes ; ils descendent de là vers les mondes inférieurs, pour éclairer, relever, fortifier, diriger ceux qui n'ont pas encore les lumières de ces communications supérieures et de leur longue expérience de la vie.

Mais les esprits ne sont pas condamnés à errer sans fin, et, selon les spirites, ils choisissent euxmêmes la terre qu'ils veulent habiter et le genre d'épreuves qu'ils entendent affronter :

« L'esprit choisit les épreuves qui peuvent être pour lui une expiation, et le faire avancer plus vite. Les uns peuvent donc s'imposer une vie de misère et de privations pour essayer de la supporter avec courage; d'autres veulent s'éprouver parles tentations de la fortune et de la puissance, bien plus dangereuses par l'abus et le mauvais usage que Ton en peut faire, et par les mauvaises passions qu'elles développent; d'autres, enfin, veulent s'éprouver par les luttes qu'ils ont à soutenir dans le contact du vice (1). »

Ainsi, l'homme, éclairé après la mort sur le véritable état de son âme, frappé de ses imperfections et de ses fautes passées, prend la réso-

(1) Le Livre des Esprits, p. 123.

lution de mieux faire, et choisit lui-même la nature et le lieu d'expiation et de purificaion qui conviennent le mieux à ses dispositions et à sa résolution de s'élever vers la vision de Dieu.

Tel est donc, selon les spirites, le sort qui nous est réservé après l'épreuve de la vie présente; nous avons tous, — si parfaits que nous ayons la sotte prétention de nous croire, — des iniquités à nous faire pardonner, et tous les hommes ont à subir l'épreuve de plusieurs existences, avant de se perdre dans l'éclat du soleil.

Les spirites font entrer encore dans le cadre de cette théorie générale des esprits et de leurs rapports avec nous, des faits psychologiques dont l'explication nous est inconnue, et qui tentent, depuis longtemps, la curiosité humaine. Explications bizarres, invraisemblables, et qui ont séduit tant d'imaginations à la recherche du merveilleux. Ainsi, disent les spirites, pendant le sommeil, notre âme émancipée de l'autorité cruelle et despotique du corps engourdi, s'en va, ou dans les mondes supérieurs, ou dans les mondes inférieurs, ou dans d'autres régions de cette terre, et elle s'entretient avec les esprits ; elle va retrouver les âmes de ses parents, de ses amis ; et l'impression causée par ces rêves ramène pendant la veille, notre pensée et notre attention sur des personnes que nous croyions peut-être avoir oubliées sans re-

tour. Les sympathies et les antipathies naturelles s'expliqueraient encore, selon les spirites, par les rapports d'amitié ou d'inimitié que nous aurions eus avec certaines personnes, dans d'autres mondes ou dans d'autres vies. Le somnambulisme, les prévisions, les pressentiments, tous ces phénomènes mystérieux découleraient naturellement de l'émancipation de lame ou de l'esprit.

Il y a des ressemblances frappantes entre le système spirite et la thèse soutenue par M. Figuier dans le Lendemain de la mort. La pluralité des existences, les purifications successives, l'enveloppe semi-matérielle ou le périsprit qui sert de vêtement impérissable à l'âme, le séjour du soleil réservé aux bienheureux, nous avons parlé de toutes ces choses en examinant l'hypothèse brillante défendue par M. Figuier, et les fausses raisons par lesquelles il essaye de la soutenir. J'ajoute que ces raisons mêmes ont été exposées et affirmées pas les partisans du spiritisme, avec étendue et conviction. Mais, tandis que M. Figuier prétend demander exclusivement à sa pensée l'explication des mystères de la vie future, les spirites ne craignent pas de s'adresser

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aux esprits qui ont déjà quitté la terre, d'entrer en communication avec eux, et de donner ainsi à leur système le prestige d'une révélation. Ce caractère nouveau de la thèse spirite mérite notre attention.

La révélation ne se fait pas à l'homme par une illumination intérieure, ou par une parole sensible des esprits évoqués. Au début des expériences, la table répondait oui ou non aux questions qui lui étaient posées, en se levant, sous l'imposition des mains des assistants, pour frapper un nombre déterminé de coups. Plus tard, ou obtint des réponses plus étendues, quand la table frappa un nombre de coups correspondant au numéro d'ordre de chaque lettre de l'alphabet. Le procédé était trop long encore : on se contenta, sous l'indication formelle d'un esprit, d'attacher un crayon à une corbeille ou à un autre objet placé sur une feuille de papier, et le crayon, sous l'impulsion mystérieuse d'une force occulte, écrivait des mots, des phrases, des discours qui répondaient aux questions des assistants. Un dernier pas restait à faire : on a supprimé la corbeille et le crayon. Le médium tient lui-même la plume, et sa main, agitée par un mouvement involontaire et fébrile, écrit les révélations de l'esprit évoqué, et son écriture, le caractère des réponses, les signatures même varient avec les esprits

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dont il est devenu l'instrument. C'est ainsi que les spirites prétendent tenir, d'une révélation authentique et des défunts qui n'habitent plus cette terre, une doctrine certaine sur l'état des âmes après cette vie, sur les rapports habituels qui existent entre les morts et les vivants.

L'esprit humain est éclairé par les communications successives des Etres supérieurs. La première révélation personnelle, impérieuse, était personnifiée dans Moïse, et elle s'adressait à un peuple particulier. La seconde fut faite aux hommes par Jésus-Christ, et loin d'être despotique, comme l'était celle de Moïse, elle s'imposa par la persuasion, la charité et remplaça la loi dure du talion par la loi plus clémente du pardon et de l'amour. La troisième révélation, ajoutent les spirites, se fait aujourd'hui sur tous les points de l'espace, à tous les peuples qui veulent l'entendre, et réalise la prophétie divine. « Dans les derniers temps, dit le Seigneur, je répandrai mon esprit sur toute chair; vos fils et vos filles prophétiseront; vos jeunes gens auront des visions et vos vieillards auront des songes (1). »

« Les grands esprits incarnés sont des individualités puissantes, mais dont l'action est restreinte et lente à se propager. Qu'un seul

(1) Act. Ap.f cap. il, v, 17, 18.

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d'entre eux, fût-il môme Elic ou Moïse, Socrate ou Platon, soit venu en ces derniers temps révéler aux hommes l'état du monde spirituel, comment aurait-il prouvé la vérité de ses assertions par ce temps de scepticisme? Ne l'aurait-on pas regardé comme un rêveur ou un utopiste? En admettant quïl fût dans le vrai absolu, des siècles se seraient écoulés avant que ses idées fussent acceptées par les masses. «Dieu, dans sa sagesse, n'a pas voulu qu'il en fût ainsi; il a voulu que l'enseignement fût donné par les esprits eux-mêmes, et non par des incarnés, afin de convaincre de leur existence, afin qu'il eût lieu simultanément par toute la terre, soit pour le propager plus rapidement, soit pour que l'on trouvât dans la coïncidence de l'enseignement une preuve de la vérité, chacun ayant aussi les moyens de se convaincre par soi-même (1). »

Nous avons exposé avec soin la doctrine spirite et les preuves par lesquelles on essaye de la défendre ; il est temps de la juger. Je néglige, pour éviter d'inutiles répétitions, de traiter la question de la métempsycose et des

(1) Caractère de la révélation spirite, 10e édit., p. 32.

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existences successives qui fait le fond du spiritisme, et je veux savoir si la révélation des esprits, la troisième révélation dont je viens de vous entretenir, est un fait certain qui s'impose à notre adhésion.

Est-il vrai que les âmes des défunts soient en communication habituelle et libre avec les hommes? Les spirites ne seraient-ils pas le jouet du démon? Les phénomènes psychologiques, dont ils font la base de leur système, ne seraient-ils pas le résultat physiologique d'une exaltation morbide et accidentelle des nerfs, des sens, de la sensibilité générale du corps et de l'imagination?

Si nous écoutons l'enseignement de la théologie catholique, il est certain que l'hypothèse des âmes errantes et des communications spirites est une erreur condamnée et contraire à la foi. La thèse catholique est formelle sur ce point.

« Nous croyons que les âmes de ceux qui, après Je baptême, ne contractent aucune souillure, et les âmes de ceux qui, après avoir été souillées de la tache du péché, ont été purifiées pendant qu'ils étaient encore sur la terre, sont immédiatement reçues dans le ciel (1). »

« Et ces âmes voient clairement Dieu lui-

(1) Concile général de Lyon, en 1271,

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même, tel qu'il est dans l'unité de nature et la trinité de personnes, plus ou moins parfaitement selon le degré de mérites... et les âmes de ceux qui meurent avec la tache du péché mortel actuel... descendent immédiatement dans l'enfer, pour y souffrir le châtiment de peines inégales (1). »

« Si quelqu'un dit que, parla grâce de la justification, la coulpe et la peine éternelle sont tellement remises au pénitent qu'il ne lui reste plus de peine temporelle à souffrir, ni en ce monde ni en l'autre, dans le purgatoire, avant d'entrer dans le royaume des cieux, qu'il soit anathème (2) . »

Cette doctrine est conforme au sentiment que nous avons de la justice et de la sainteté de Dieu. L'homme est jugé, après la mort, ou récompensé, ou puni selon le caractère de sa vie. Je ne comprends pas l'hypothèse de ces esprits incertains qui flotteraient, pendant des années et des siècles, dans l'immensité de l'espace ou dans le désert des planètes les plus rapprochées de nous, avant d'entendre la sentence de Celui qui doit les juger (3).

Or, n'est-il pas contraire à la sainteté de

(1) Concile de Florence. 1439.

2) Concil. Trid., sess. IV, can. 30.

(3) Anima enim egressa, in mundo non errât. Justorum enim animœ in manu Dei sunt, peccatorum vero et ipsœ hine (in infernum) abducuntur, ut anima divîtis. (Theophyl., yin, in Matth.)

Dieu, aux principes Je la morale, à l'idée et au sentiment que nous avons de l'état des âmes justes, après la mort, d'oser dire que les justes se détournent de la contemplation de l'essence divine pour se rendre à l'invitation de quelques personnes réunies autour d'un guéridon? Peuton croire qu'à tous moments, dans tous les lieux, il suffira que quelques aventuriers imposent leurs mains sur une table pour faire parler, écrire, apparaître les défunts, les anges, les élus? Et si vous examinez les faits allégués ; si vous discutez les titres et les garanties de la sincérité des évocateurs, il vous sera facile de reconnaître l'absence de tout ce qui donne de l'autorité à un témoignage, l'absence du talent, de la sainteté, de la fermeté de raison qui défendent notre faiblesse et notre crédulité contre les rêves de l'imagination. Et c'est dans ces conditions, c'est-à-dire quand des hommes vains et souvent aussi étrangers à la religion qu'à la science, pratiquent certaines cérémonies de fantaisie, que les anges et les saints apparaîtraient pour faire entendre leurs révélations sur l'autre vie !

Ils sont vains et curieux, en effet, ces hommes et ces femmes qui évoquent les esprits. Lisez dans les écrits lourds, diffus, décousus des sectateurs du spiritisme, les récits des évocations, des séances, des communications étranges dont ils font la base de leur t. i. 19.

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théorie et de leur religion. Que verrez-vous? Des questions indiscrètes, personnelles, ridicules; des réponses incohérentes; et si le caractère des évocateurs aussi bien que la sainteté de Dieu démentent déjà ces prétendues apparitions des bienheureux, on peut voir, à l'analyse des questions et des réponses dont les spirites nous entretiennent, que ce n'est pas par cette voie que Dieu fait connaître aux hommes sa volonté et les secrets de l'avenir.

Je ne citerai qu'un exemple, pris au hasard, de ces communications ridicules des vivants et des morts. M. des Mousseaux, entouré de quelques amis, assiste à une expérience où Ton évoque l'esprit invisible de M. de Saint-Fare, Ici, je laisse la parole au témoin :

« Nous sommons l'invisible M. de Saint-Fare de battre la retraite militaire dans L'une des minces voliges de la table : Va, pars, disonsnous; et que le tambour marche et s'éloigne. A l'instant même, la retraite est battue; le bruit s'éloigne, s'éteint et meurt. — Allons, fort bien ; continue de battre la caisse et reviens vers nous. — Aussitôt dit, le tambour se ranime, se rapproche et revient à nous, au diapason du départ. L'illusion est complète, et, pour trancher du généreux gamin de Paris, Saint-Fare ajoute à cette marche l'air de carrefour des Lampions. »

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« Scie du bois, dit l'un de nous. A peine le mot est-il achevé que, sous les dents agaçantes de la scie, la fibre du bois crie et recrie dans l'intérieur de la planche. — A merveille, et continue de travailler en bon ouvrier; frappe, taille, rabote. — Tous les bruits du travail attaquent aussitôt l'oreille; la varlope se promène et débite ses copeaux ; le marteau s'abaisse, se relève et rebondit sur des clous... L'esprit turbulent agite, secoue, bouscule la table; il souffle, il soupire; il recommence, il bisse tout spontanément je ne sais quelles qualités de bruits, et quoique personne, rien ne touche à la table, elle fait une violente cabriole. Il fallut retenir au vol la lampe qu'elle portait, et que déjà j'avais vu courir. Des phénomènes analogues se répètent à satiété sous nos yeux(l). »

Je pourrais multiplier les citations, les histoires ; rapporter même les paroles et les enseignements attribués aux défunts célèbres, à Bossuet, à Fénelon, à Pascal, et fortifier ainsi par l'étude désintéressée de ces témoignages la conclusion qui s'impose à tout esprit sérieux et que votre esprit a déjà reconnue : non, la sainteté de Dieu, la dignité des saints, la majesté de la religion chrétienne ne permettent pas d'affirmer l'existence de ces commu-

(i) G. des Mousseaux, la Magie au dix-neuvième siècle, p. 16, n.

nications spirites, ridicules, impies, entre les vivants ennuyés ou égarés et les esprits supérieurs qui habitent les Gieux.

Les questions posées, le caractère des spirites, leur manière d'évoquer les esprits, suffiraient donc pour vous convaincre que les faits allégués, s'ils sont vrais, ne sont pas l'œuvre de Dieu, dont les manifestations éclatantes ont un caractère essentiellement différent, de gravité et de sainteté. Ce qui doit nous frapper davantage dans l'étude des révélations spirites, ce sont les contradictions flagrantes que nous y découvrons. Evidemment, si Dieu nous envoie ses bons esprits, ses anges pour nous faire connaître sa volonté, sa sainteté et sa véracité exigent que ces anges parlent un môme langage et expriment une même pensée, car Fopposition et la contradiction entre ces témoignages indiqueraient ou que Dieu veut nous tromper, ou qui'l veut se jouer de nous, et une telle hypothèse serait impie. Si nous constatons, au contraire, une contradiction certaine entre ces révélations, il faudra bien reconnaître qu'elles ne sont pas l'œuvre de Dieu.

Or, sur les points essentiels tels que la pluralité des existences, les réincarnations successives des âmes et certains autres dogmes, affirmés d'une manière absolue par les fondateurs de la religion spirite, d'autres spirites qui

les égalent en nombre et en autorité, professent une doctrine absolument contraire. Ainsi, voici un spirite qui a centralisé les documents et les dépositions de plusieurs communions de sa religion, et qui, après avoir sérieusement et plusieurs fois consulté les esprits, écrit ceci :

« Dans les communications spirites que nous allons donner, le lecteur pourra constater qu'elles s'accordent toutes sur un point, celui de combattre la doctrine de la réincarnation. On remarquera sans doute que notre société se compose de personnes qui nient cet enseignement et que nos médiums n'y croient pas davantage... Nous disons donc positivement: non, les esprits n'ont pas mission de nous enseigner une nouvelle doctrine religieuse. Non, ils ne peuvent avoir cette mission : toutes nos expériences nous le prouvent et eux-mêmes nous le disent souvent.

« En effet, pour peu qu'on s'occupe de ces phénomènes, on voit avec surprise que les esprits sont catholiques avec le catholique, protestants avec le protestant, juifs avec le juif, et même matérialistes avec le matérialiste. Cette dernière proposition parait un paradoxe, et cependant nous l'avons reconnue exacte par nos nombreuses expériences ; c'est pourquoi nous ne saurions nous lasser d'avertir ceux qui veulent se mettre en rapport avec les esprits, de se

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tenir en garde sur ce qui leur est communiqué par ces êtres si semblables à nous, qui souvent prennent plaisir à nous confirmer dans nos erreurs, soit à nous en inculquer d'autres, s'ils nous voient dans le doute ; agissons donc avec une grande prudence, et ne recevons que sous toute réserve ces communications extramondaines.

« N'oublions pas que nous nous mettons par elles sous l'influence directe d'êtres inconnus, parmi lesquels il en est de si rusés, de si pervers, qu'on ne saurait trop s'en méfier. Consôquemment, n'ajoutez pas une foi absolue à ce qu'ils vous disent ; ne vous effrayez pas s'ils vous prédisent quelque malheur ; Dieu ne leur a pas révélé votre avenir. Nous en avons eu plusieurs fois la preuve ; une fois entre autres, à la suite d'une communication sur un sujet moral dont le style annonçait une grande élévation de pensée, un de nos médiums écrivit : ne te fais pas de peine de ce que je vais te dire, tu mourras demain, mais n'aie pas peur, Dieu est bon. Si ce médium avait été assez crédule pour ajouter foi à cette prétendue prédiction, je laisse à penser quelles en auraient été les funestes conséquences. Nous avons eu plusieurs exemples de graves maladies, de dérangements du cerveau, de morts subites causées par des révélations mensongères qui ne devinrent vraies que par la faiblesse et la crédulité

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de ceux auxquels elles étaient faites (t). » On ne pouvait écrire avec plus d'autorité une réfutation plus décisive de la religion spirite. Ainsi, voilà un spirite convaincu, ardent, très instruit des moyens d'évocation, qui déclare sérieusement que la doctrine des réincarnations est radicalement fausse ; que les esprits invisibles n'ont pas reçu la mission de nous instruire ; qu'ils tiennent toujours un langage conforme aux croyances, aux intérêts des personnes qui les évoquent, et que la pratique de ces évocations trouble souvent la raison. Ces aveux me suffisent, et je ne demande pas d'autre réfutation de la religion des esprits. En réalité, vous me conseillez de me défier des esprits et de ne croire qu'aux révélations intimes de ma raison. Or, si ma raison est juge en dernier ressort, si c'est elle qui doit m'instruire, c'est elle aussi, c'est ma conscience et ma raison que je dois écouter. Je n'ai pas besoin de recourir à des évocations, à des pratiques dangereuses pour faire parler des esprits rusés, mauvais, moqueurs, qui peuvent me tromper et égarer mon entendement. Ces esprits auxquels vous attribuez la puissance d'entrer en communication avec vous, ne sont pas les interprètes autorisés, infaillibles de la pensée et

(1) Anatole Barthe, le Livre des Esprits, ou Recueil de communications obtenues par divers médiums, page 2. Paris, 1863.

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de la volonté de Dieu. Frappé de l'impuissance de ma raison en présence des redoutables problèmes que j'essaye d'éclaircir, je m'adressai à vous, dirait le spirite repentant, et vous me promettiez de me révéler les secrets de la vie future par le témoignage même des habitants de l'autre monde; et, après avoir fait ces promesses, après avoir attaqué, nié Fautorité divine de l'Eglise chrétienne, qui parle et enseigne au nom de Jésus-Christ, vous déclarez que je dois me défier des esprits et consulter ma raison.

C'est donc une fable, cette histoire des communications d'outre-tombe, et votre témoignage si formel m'apprend que les esprits bienheureux ne viennent pas dans ce monde et ne sont pas en communication avec les vivants.

Je ne nie pas que Dieu, dans ses desseins de miséricorde et de justice, permette à des saints de nous entourer d'une protection sensible, et de nous émouvoir intérieurement dans les mystères de leur invisible présence à notre âme. Je reconnais aussi, en suivant les enseignements les mieux justifiés de la Tradition chrétienne, que les âmes de nos parents, de nos amis, dans les douleurs méritées du purgatoire, peuvent, au commandement de Dieu,

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et par un dessein de bonté, solliciter le secours puissant et la faveur de nos prières, par des moyens sensibles, qu'il nous est impossible de rattacher à des lois générales connues. Oui, dirai-je enfin, il a pu arriver aussi qu'à travers les mystères profonds d'une apparition, les âmes mêmes des damnés aient révélé les secrets redoutables de la justice éternelle et instruit les vivants, par la manifestation de leurs souffrances sans fin. Tout cela est vrai, conforme à l'enseignement théologique, et ma raison n'en est pas offensée. Mais ces communications sont rares, extraordinaires, indépendantes de notre volonté ; elles ne relèvent que de la sagesse de Dieu, dont les desseins sont impénétrables à notre esprit si imparfait. Ce que je ne peux croire, ce qui est absolument contraire à l'expérience et à la raison, c'est que ces révélations et ces apparitions dépendent de nous, de notre volonté, et qu'il soit permis à tout homme, incrédule ou croyant, honnête ou misérable, de commander aux défunts par des moyens ridicules, d'apparaitre et de parler. Un esprit sérieux ne pourra jamais se soumettre à une telle affirmation.

D'ailleurs, l'intelligence des âmes, après la mort, n'a pas l'étendue exceptionnelle que les spirites prétendent leur attribuer, pour justifier la sagesse, la profondeur de leurs réponses, et la perspicacité de leurs prédic-

tions. Saint Thomas d'Aquin, recueillant les témoignages de la Tradition, et prenant pour base de son argumentation certains faits évangéliques, par exemple, l'histoire du mauvais riche et de Lazare, énumère les principales attributions des âmes séparées du corps, il nous enseigne qu'elles peuvent connaître les autres substances spirituelles telles que les âmes des défunts, les démons, les anges; certaines choses naturelles, mais d'une manière confuse, générale, et bien inférieure à la connaissance angélique, qui est toujours précise et pleine de clartés.

Elles peuvent connaître encore certains faits particuliers accomplis sur la terre, si éloignés qu'ils puissent être; car les âmes séparées du corps connaissent les êtres en particulier, dans les idées qu'elles reçoivent de la lumière divine. Elles conservent, enfin, la science et les connaissances qu'elles ont pu acquérir pendant la vie, et elles ne perdent pas le souvenir des choses ni des personnes, unies d'une manière plus intime à leur cœur, par les liens pleins de tendresse ou d'u ne habitude naturelle, ou d'une vieille amitié (1). Le prolongement jusque dans la vie future de ce qu'il y a de meilleur, de plus noble et de plus profond dans notre âme, pendant la vie présente, nous rappelle

(1) S. Thom. Summ. theol., p. 1, q. 89.

cette sage parole de saint Jérôme à Paulin : « Apprenons sur la terre les vérités dont nous conserverons la connaissance dans l'autre vie. »

Cette doctrine qui protège ainsi, avec un soin jaloux, le principe si important de notre identité, en ce monde et en l'autre, est en parfaite harmonie avec la raison ; elle est pleine de sagesse et nous laisse loin de ces hypothèses gratuites, par lesquelles les spirites prétendent reconnaître aux défunts des connaissances et des vues de l'avenir qui ne conviennent ni à ces âmes, ni aux démons eux-mêmes, si les démons peuvent entrer en communication avec nous.

Peut-on dire, en effet, que les révélations spirites soient l'œuvre des démons, si elles ne sont pas l'effet d'une intervention des esprits bienheureux?

La doctrine catholique nous apprend que les démons sont des anges déchus, qu'ils ont conservé dans le lieu même de leur supplice leurs qualités et leur puissance naturelles; car ils n'ont été dépouillés par le châtiment divin que des dons surnaturels et gratuits. Les anges mauvais, devenus mauvais par l'usage coupable d'une liberté révoltée contre Dieu, médi-

tent de détourner de Dieu toute créature et de nous perdre ; et quand on lit attentivement les prières de l'Eglise qui invoque le secours de Dieu contre la puissance des ténèbres, contre les anges mauvais; quand on soumet à l'analyse les paroles qui composent les bénédictions et les exorcismes, pour défendre contre le démon, et l'homme lui-même et les substances naturelles nécessaires à son usage et utiles à sa vie, la pensée chrétienne se dégage nette et redoutable, et l'on reconnaît que Dieu permet au démon de tenter et de tromper l'homme, de l'obséder, de nuire à son corps, de corrompre ses aliments et de produire extérieurement, par des moyens dont l'économie nous échappe, des phénomènes bizarres, qui provoquent en nous l'étonnement et la frayeur. Lisez les grands théologiens de l'École sur la nature, la puissance et la malice des mauvaise anges; méditez les savants écrits de saint Thomas d'Aquin, de Delrio, de Jérôme Mengo, et avant eux, de saint Augustin, sur cette matière, et vous reconnaîtrez l'unité, la suite et la fermeté des principes de l'Eglise, quand elle parle de l'existence et de l'intervention des démons (1).

(1) Saint Jean Chrysostome s'exprime ainsi sur les communications entre les morts et les vivants. Sa parole sage et élevée mérite notre attention : « INe igitur quœramus luec aiulire a mortuis, quse multo clarius quotidie nos <locent sacra litterœ. Nam si novisset hoc Deus, quod aiortui

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« Combien la force des anges prévaut à celle des hommes et des animaux, écrit Bossuet, et quelle domination elle est capable d'exercer sur eux, sous l'ordre de Dieu; il l'a lui-même déclaré par le carnage effroyable que fit un seul ange dans toute l'Egypte, dont il fit mourir tous les premiers-nés, autant parmi les animaux que parmi les hommes, et encore par celui qui se fit si promptement dans l'armée de Sennachérib qui assiégeait Jérusalem.

« On pourrait pourtant demander si Dieu conserve le même pouvoir aux anges déserteurs et condamnés : mais saint Paul a décidé la question, lorsque, pour exciter les fidèles à résister vigoureusement à la tentation, il les avertit que « nous n'avons pas à lutter avec la chair et le sang, mais avec des princes et des puissances >: qu'il appelle encore, à cause de leur origine « des vertus des cieux » après même qu'ils en ont été précipités, pour nous montrer qu'ils conservent encore, dans leur supplice, la puissance comme le nom qu'ils avaient par leur nature. Et il ne faut pas s'en

excitati \iventibus essent profuturi, nequaquam omisisset, neque tantum lucrum pneterisset, qui cuncta nobis utilia procurât. Eoque Deus occlusit fores, née permittit aliquem dei'unctorum hue reversum narrare quid illic (apud inl'eros) fiât, ne dremon, accepta occasione, technes suas omnibus intueat... Sed, Deus, quem nihil latet, praeclusit ut quisquam unquam illinc hue reversus, de iis quse ibi sunt. narraret Tiventibus hominibus. (S. J. Chrysost. Hom. IF, in s. Luc.)

étonner, puisque Dieu qui les pouvait justement priver de tous les avantages naturels, a mieux aimé faire voir, en les leur conservant, que tout le bien de la nature tournait en supplice à ceux qui en abusent contre Dieu. Ainsi l'intelligence leur est demeurée aussi perçante et aussi sublime que jamais; et la force de leur volonté à mouvoir les corps, par cette même raison, leur est restée comme des débris de leur effroyable naufrage... Ainsi tous les avantages naturels sont restés aux démons pour leur supplice; Dieu leur a tout changé en mal... Dieu nous veut apprendre par là quelle estime nous devons faire des dons naturels, de la pénétration, de l'intelligence et de la puissance, puisque tout cela reste aux démons, qui n'en sont ni moins malheureux, ni moins haïssables (1). »

L'existence des démons et leur intervention

(1) Bossuet, Elevât, sur les mystères. XXIIIe semaine. Ve élévation. — Le sage Estius énumère les principaux fléaux que l'esprit mauvais peut déchaîner : « Angeli mali naturali sua virtute multos etfectus producere possunt absolute a quibus tamen impediuntur et prohibentur per angeles bonos, ut, verbi gratia, concitare tempestates, excitraincendia, evertere domos, animalia occidere, morbos immite tere, etc. Quae omnia, cum naturaliter possint, non faciunt tamen nisi quantum à Deo permittuntur, ut patet ex iis quai habentur in Job, 1 et H; Exod., vin; Matth., vin, et alibi : Imo nec dubium quin totum genushumànum repente disperdere et occidere possent, si suœ potestati diuiitterentur, quemadmodumsigniûcat Augustinus in Expositione psitluii XCVI. » Estius, in tib. secund. sentent. Disl. VII § xvi.

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redoutable clans la vie de l'homme est donc établie par d'imposants témoignages, et avant Jésus-Christ, nous lisons dans l'histoire des anciennes religions de l'Inde, de la Chine, de la Perse, de l'Egypte et de Rome, que le genre humain a proclamé par ses prêtres, par ses philosophes et par ses cérémonies sacrées la croyance, souvent superstitieuse, toujours visible et convaincue, à l'existence des esprits mauvais.

Saint Augustin a décrit la puissance des Anges, dans une page célèbre qui a servi de lumière et de texte aux développements scientifiques des plus graves théologiens : « De même que nous ne disons pas que les parents créent leurs enfants, ni les laboureurs leurrécolte, quoique Dieu, opérant à l'intérieur, par sa puissance, produise son effet à la suite de leurs mouvements ou de leur action, de même aussi, il n'est permis d'attribuer la puissance créatrice ni aux bons, ni aux mauvais anges. Ils connaissent, grâce à la pénétration de leur esprit, les semences des choses qui nous sont inconnues, ils les répandent en secret dans un milieu propice, et permettent ainsi à plusieurs êtres de naître ou de croître avec rapidité. Mais les bons anges

ne font cela qu'autant que Dieu le commande, et les mauvais, malgré la perversion de leur volonté, qu'autant que Dieu le permet (1). »

Ce principe simple, clair et fécond nous fait bien connaître la doctrine théologique sur la puissance angélique, et il nous en donne une idée qui l'élève bien au-dessus de la puissance et de la science des plus grands génies. Les anges connaissent, dit saint Augustin, les raisons séminales des choses et les effets qu'elles peuvent produire; ils produisent même ces effets, à l'ordre ou avec la permission de Dieu. Or, que faut-il entendre par raisons séminales, sinon les propriétés innombrables des forces et des énergies, répandues et emmagasinées dans le vaste réservoir de la nature? et puisque tous les grands phénomènes désignés par la science moderne sous le nom de chaleur, lumière, magnétisme, électricité, ne sont que des applications de la loi générale de la conversion des forces, de leur association; puisque tous ces phénomènes dont nous constatons la réalité avec tant de lenteurs pénibles, après tant d'efforts et d'expériences infructueuses, sont des effets de ces raisons séminales, des résultantes de forces ou d'énergies, quelle ne doit pas être

(1) S. Aug. De Trinitate, 1. III, c, ix, x.

retendue de la connaissance angélique? Quelle ne doit pas être la pénétration de ces esprits qui saisissent, d'un trait, par intuition, sans tâtonnements, tous les effets que pourraient produire les énergies de la terre, des sphères célestes, de l'atmosphère, de l'Océan?

En vertu de leur puissance et de leur connaissance de la matière et des agents naturels, ils peuvent agir sur nos sens, sur notre imagination, et provoquer ainsi les apparitions, les visions imaginaires qui viennent quelquefois nous troubler. Saint Thomas d'Aquin expose, après Aristote, en le complétant, la théorie philosophique de ces visions.

« L'ange, bon ou mauvais, peut, en vertu de sa nature, remuer l'imagination de l'homme. En effet, nous avons dit que la nature corporelle obéit à l'ange quant au mouvement local; par conséquent, les effets qui résultent du mouvement local de certains corps dépendent de la puissance naturelle des Anges. Or, il est manifeste que les apparitions imaginaires sont quelquefois produites en nous par le mouvement local des esprits animaux (fluide nerveux) et des humeurs. C'est pourquoi Aristote, au livre du Sommeil et de la Veille, indiquant la cause de l'apparition des songes, dit que, pendant le sommeil de l'animal, le T. 1. 20

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sang descend avec plus d'abondance au principe sensitif, et qu'en même temps descendent Jes mouvements, c'est-à-dire les impressions laissées par l'impression des objets sensibles, lesquelles sont conservées dans les esprits de la sensibilité; or, ces mouvements excitent le principe sensitif, de telle sorte qu'une apparition se produit comme si le principe sensitif était modifié par les choses extérieures mêmes. L'émotion des esprits et des humeurs (fluide nerveux) peut être si vive, que ces apparitions se produisent même quand on est éveillé, comme on le voit dans les frénétiques et autres malades. De même, donc, que cet effet résulte du mouvement naturel des humeurs et quelquefois même de la volonté de l'homme qui, à son gré, imagine ce qu'il a d'abord perçu par les sens; de même aussi cet effet peut être produit par la puissance de l'ange bon ou mauvais, quelquefois avec aliénation des sens corporels, et quelquefois sans aliénation (l). r,

11 n'est pas toujours facile de reconnaître l'action des démons dans les phénomènes extraordinaires qui se produisent autour de nous, et de démêler un fait extranaturel diabolique, d'une action produite par une force inconnue de la nature, ou par l'habile artifice

(1) la, q. CXI, art, 3.-

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d'un aventurier qui veut tromper la crédulité des spectateurs. Les théologiens qui ont approfondi cette matière, ont enseigné qu'un prodige est l'œuvre des démons : 1° quand il est réellement au-dessus des forces de la nature physique, et quand celui qui le produit prétend prouver ainsi la vérité d'une doctrine opposée à la foi catholique; 2° quand il est contraire aux bonnes mœurs ; 3° quand il n'a pour objet que de satisfaire ou la curiosité ou les passions, et d'amuser les hommes; 4° enfin, quand il est produit par des moyens ridicules, superstitieux, cabalistiques, sans invocation à Dieu et à Jésus-Christ (1).

C'est ainsi qu'en présence des phénomènes dont la réalité est affirmée par les spirites : tables tournantes, évocations, apparitions, le témoin, éclairé par les principes supérieurs de la théologie, doit s'assurer d'abord que ces phénomènes ne sont pas l'œuvre d'un homme habile, ou d'une imagination exaltée, ou d'une force inconnue encore de la nature, et dans le doute, expliquer le fait naturellement, sans recourir à l'hypothèse de l'intervention d'une volonté étrangère et supérieure, et si, après un examen sérieux, la réalité du phénomène annoncé et produit lui semble incontestable, s'il est évident qu'on ne peut l'expliquer, ni

(1) Delrio, Disquisiliones magicœ, lib. II, 9, vin.

par une force cachée de la nature, ni par un fluide ou par une action magnétique des témoins, ni par une influence des esprits célestes qui ne se laissent pas détourner de la contemplation de Dieu pour amuser la curiosité des créatures, le témoin se rappellera que Dieu instruit les hommes sur l'avenir, avec plus de simplicité, d'autorité, de grandeur; qu'il le fait par le ministère autorisé de l'Eglise et de ses pasteurs, et il affirmera que les spirîtes sont le jouet de l'erreur et les serviteurs inconscients des esprits mauvais, c'est-à-dire des démons.

Mais, tout en reconnaissant la réalité de l'intervention diabolique, le théologien se souvient que cette intervention est rare; que le vieux paganisme est mort avec les pratiques et les superstitions sataniques des cultes oubliés; que le sang de Jésus-Christ a marqué la défaite irréparable de Satan, que Dieu, qui tient son ennemi sous la main de sa justice, ne lui permet pas de faire tout le mal qu'il voudrait et qu'il est contraire à la religion et à l'expérience chrétienne de prétendre que tous les faits d'évocations, d'apparitions et de révélations dont les spirites composent leur doctrine nouvelle, soient des faits certains, prouvés, dignes de l'attention d'un esprit sérieux. Ces faits sont rares, et dépendent d'un acte ou d'une permission de Dieu, et non du caprice et de la curiosité imprudente de quelques hommes égarés.

« Nous avons appris des divines Ecritures que Jésus-Christ, grâce à la victoire qu'il a remportée par sa croix, a mis dehors le prince de ce monde, qu'il a fait taire ses oracles, qu'il a détruit l'empire que cet ancien serpent exerçait sur les nations, qu'il l'a enchaîné et jeté dans l'abîme, afin qu'il ne puisse plus les séduire, en sorte que sa puissance a été singulièrement affaiblie, et qu'il n'en fait usage d'une manière sensible sur l'homme régénéré que dans les circonstances rares où Dieu le permet suivant les desseins de sa justice ou de sa miséricorde... Il n'est donc pas en son pouvoir de communiquer extérieurement autant qu'il le voudrait avec les hommes, pour mieux les tromper... Ne croyez donc pas légèrement à sa présence ou à son action dans cette agitation et ce tremblement des tables sous la pression de vos mains, et ne prenez pas pour des oracles les réponses que vous croyez obtenir (1). »

(1) Mgr Turgeon, archevêque de Québec. Lettre pastorale sur les Tables tournantes. — « Nostro autem œvo, cur rara et pêne nulla sit dit dœmonum-elficiria non est mirandum, quandoquidem post ipsum Christi adventum daemonum vim et potestatem infractam fuisse ipse Porphyrius agnovit. » Franc. Bittneri Posnaniensis doctoris et professons theologïœ, De civilate divina com?ne?itarii, p. 135.

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