INTRODUCTION XIX
clairement que cette vérité lui est inaccessible et de savoir pourquoi. Nous ne voyons pas l'humanité se révolter contre les barrières qui limitent de toutes parts sa puissance. Devant les orages du ciel, les tempêtes de l'océan, les convulsions de la nature, l'étroite prison de ce monde, les maladies, la mort, elle reconnaît son infirmité et se résigne; et pourquoi? Parce que cette infirmité est démontrée, et que la révolte serait inutile. Quoique infiniment moins restreinte que son savoir, l'intelligence de l'homme a aussi ses bornes, bornes fatales qu'elle essayerait en vain de franchir (1 ). »
Mais Dieu n'a pas condamné l'esprit de l'homme à n'avoir de choix qu'entre la tristesse découragée et impuissante du rationalisme et les illusions pleines d'erreurs des adeptes de la métempsycose ou des réincarnations, à travers les étoiles qui peuplent le firmament.
La religion chrétienne, dont la théologie est l'expression scientifique, répond aux inquiétudes de la conscience et aux préoccupations les plus hardies de la raison. Elle ne lève pas sans doute, entièrement, le voile qui nous cache l'économie complète de la vie future, mais elle s'appuie sur la parole même de Dieu
(l)Jouffroy, Le Problème de la destinée humaine.
qui ne peut pas tromper, pour nous apprendre ce qu'il faut craindre et ce qu'il faut espérer, et elle jette de vives et consolantes clartés sur l'avenir des justes et sur l'état glorieux des corps ressuscites.
Cette marche naturelle et ferme de la raison dans l'étude du problème de la vie future nous indique l'ordre que nous devons suivre dans ce nouveau travail.
Réfuter les négations des philosophes contemporains, et démontrer la certitude scientifique et rigoureuse du dogme de l'immortalité personnelle de l'homme; examiner ensuite, et discuter les utopies et les théories diverses des apôtres de la métempsycose et des réincarnations sidérales, exposer enfin et fortifier, s'il est possible, par des arguments empruntés à la science moderne, l'enseignement chrétien sur le lendemain de la mort, telle est la tâche vaste et délicate que nous voulons remplir.
Arrivé avec Béatrix dans la sphère la plus élevée des cieux, Dante, le théologien des poètes et le chantre immortel de la vie future, regarde autour de lui : il considère avec amour ce royaume vaste, plein de joie et de paix, où les bienheureux brillent d'une clarté inégale comme leurs mérites, et contemplent avec délices les merveilles infinies de l'essence divine ; et après