INTRODUCTION XXI
avoir décrit le charme serein, la splendeur céleste, l'ineffable sourire des justes qui l'invitent ù l'amour de ses frères, il ajoute ces paroles : « Le pèlerin s'avance dans le sanctuaire qu'il a fait vœu de visiter, il regarde avec amour, espérant redire un jour ce qu'il a vu : ainsi je promenais mes yeux ravis au-dessus de moi, autour de moi, partout où circulait la lumière divine (1) » :
E quasi peregrin, che si ricrea Nel tempio del suo voto riguardando E spera già ridir coin' egli stea, Si per la viva luce passeggiando, Menava io gli occhi per li gradi Or su, or giu, ed or ricirculando.
Gomme Dante, le philosophe chrétien, guidé par les maîtres autorisés de la science théologique, pénètre dans les régions consolantes du paradis, pour redire ensuite à la foule qui l'écoute ce qu'il a entendu, et pour lui faire partager ses espérances fondées sur la parole même de Dieu.
Mais la ressemblance est plus profonde encore.
Ces visions célestes reposaient le poète, fati-
(1) Dante, Del Paradiso, cant. XXXI.
xxii l'autre \ik
gué du spectacle plein d'horreur de la guerre civile entre les blancs et les noirs, les Guelfes et les Gibelins.
J'ai détourné aussi les yeux du triste spectacle de notre malheureux pays, follement incertain de son lendemain, mutilé par la guerre étrangère et divisé par la haine et la convoitise des méchants; j'ai médité sur la paix éternelle promise aux justes, et j'ai trouvé, dans l'étude sévère des théologiens de la vie future, un apaisement et une force que je voudrais faire partager aux esprits qui, n'étant pas chrétiens, ont souffert, sans consolation, le grand dégoût de la vie !
Élie MÉRIG.
Paris, 19 mars 1900.