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LE DERNIER CHATIMENT

Il faut donc exposer ce dogme redoutable du dernier châtiment. Si l'esprit peut croire sans murmurer, aux dogmes spéculatifs de la religion chrétienne, il ne croit pas avec la même docilité, quand il a perdu la foi, à cette effrayante manifestation de la justice de Dieu.

Les rationalistes ont attaqué avec une extrême vivacité, au nom de la raison, au nom de la conscience, au nom même des attributs divins, l'enseignement chrétien sur l'enfer. Que ces attaques soient injustes, que leur fondement soit peu solide, nous espérons le démontrer.

A la suite d'un grand nombre de philosophes rationalistes, et par une méthode différente, des protestants renommés de notre temps ont

nié Féternité des peines de l'enfer et cherché dans une hypothèse gratuite et nouvelle une sanction moins rigoureuse de la loi de Dieu.

Le faux système de la survivance définitive des bons et de l'anéantissement final des méchants est enseigné aujourd'hui par un grand nombre de protestants en Angleterre, aux Etats- Unis, en Allemagne, en Suisse, en France. Tous ces écrivains exposent les mêmes arguments en faveur de la même erreur. MM. Lambert, Pétavel et Charles Byse en France, en Belgique et en Suisse; Rothe et Hermann Schultz, en Allemagne ; Ed'ward White, Henry Dunn, Gonstable, Minton et Hudson en Angleterre et aux Etats- Unis, tous ces écrivains ont prétendu justifier par les textes de l'Ecriture sainte et par la raison la victoire définitive du bien sur le mal, et Tanéantissement des méchants.

Aujourd'hui même, M. Farrar, chanoine de Westminster et M. Goulburn, doyen de Norwich ont fondé sous le nom de large Eglise (Broad Churcli) une secte religieuse nouvelle, attaquée et réfutée avec un rare talent par le célèbre docteur Pusey, pour faire prévaloir le sentiment d'un pardon final universel, et de la fin du supplice des damnés (1).

Au fond, les arguments philosophiques déve-

(1) Elernal Hope, Five Sermons preached in Westminslar abbey by the Rev. Farrar. — Everlasling Putiishment. Lectures delioered in Saint-Jame's charch. — I.ondon, 1881.

loppés et commentés par les rationalistes et par les églises protestantes, se ressemblent et reposent sur une idée exagérée de la bonté éternelle de Dieu et sur l'oubli des droits impérieux d'une justice qui a été bravée avec impunité par les révoltes répétées des méchants.

Ici encore, nous rencontrons des préventions et des malentendus que l'apologiste chrétien doit combattre et faire tomber. Il y a des ténèbres que notre faible raison ne peut pas dissiper encore, c'est vrai. La raison s'arrête indécise, étonnée, en présence de ces trois manifestations solennelles de l'infini : l'acte par lequel Dieu fait sortir la vie et le monde du néant; l'acte par lequel il établit les élus dans l'éternité de la joie ; l'acte par lequel il condamne les réprouvés à l'éternité du châtiment.

L'origine et la consommation de la vie, le premier et le dernier jour de l'âme se perdent pour nous, dans la nuit du mystère, dont le secret appartient à Dieu.

Ce qui frappe, d'abord c'est l'accord de tous les peuples et de toutes les religions dans la croyance à l'éternité du châtiment. Il y a dans

ce fait humain une preuve de la vérité du dogme chrétien; il y a, du moins, un phénomène grave que la raison ne doit pas dédaigner.

Ecoutez les témoins.

C'est Virgile qui exprimé dans des vers célèbres, la croyance religieuse de son temps.

Tisiphoneque sedens, palla siiccincta cruenta, Vestibulum exsomnis servat noctesque diesqiie.

(^neid, VI, 555.)

sedet, œternumque sedebit

Infelix Theseus (VI, 618.)

rosir oque immanis vultar obunco

Immortale jecur iondens

necjîbris reqiiies datur ulla renatis.

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