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VI

Le poète ne craint pas d'oublier la bonté des dieux, et il trace un effrayant tableau du châtiment des condamnés. Virgile a inspiré Dante, mais Dante était chrétien.

Le matérialiste Lucrèce est aussi un témoin de la croyance générale des peuples; il reste lui-même matérialiste et athée, mais le fait de l'universelle croyance est constaté dans ces vers fameux :

Nam si certain Jînem esse vidèrent j^riimnarum homines, aliqiia ratione valerent Religionibus atqiie minis obsistere vatum : Nunc ratio nulla est restandi, nulla jacultas, ^ternas quondam pœnas in morte timendum est. (De natur. Deor., I, 108; III, 87.)

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Ovide décrit cette voie sombre, plantée d'ifs funèbres, silencieuse, obscure, qui mène aux demeures de l'enfer.

Est via declivis, fanesta, niibila taxo, Ducit ad infernos per multa silentia sedes.

(Métamorph., liv. IV.)

Les Grecs et les Latins ont traduit dans les chants des poètes et dans les savants écrits des philosophes, la croyance au Tartare, théâtre d'éternelles douleurs. Homère a décrit l'éternel supplice de Tityus, fils de la Terre, de Tantale, de Sisyphe, d'Ixion, de Thésée, des filles barbares de Danaûs, frappées par les furies.

Homère inspire d'autres poètes qui répètent avec lui et avec Hésiode, les noms des grands criminels dont le châtiment n^aura pas de fin. Relisez l'immortel Phédon de Platon, ce beau livre si près d'être chrétien, et dans lequel la grande âme du philosophe fait entendre d'incomparables accents, et vous serez étonnés quand vous y verrez que « ceux qui meurent coupables de grands crimes, de crimes irréparables, tels que le sacrilège etle meurtre, jugés par la destinée, tombent dans le Tartare, et n'en sortent jamais (1). » Essayez d'avancer encore avec l'érudition moderne, et interro-

(1) Platon, Phédon, 113. Voir aussi : Hêpubl.^ liv. X. — GurgiaSy 526-528. — Homère, Odyssée, liv. X, XI.

gez Stace, Strabon, Valère-Maxime (1); ils déclarent que les Indiens, les Celtes, les Gaulois, tous les anciens peuples, dont l'histoire se révèle successivement aux recherches laborieuses de la science contemporaine, tous ces vieux peuples ont cru au jugement de Dieu et à l'éternité de l'enfer. Il serait inutile et fastidieux de demander à l'érudition et à l'histoire de plus nombreux témoignages de la foi commune. Il est certain que les philosophes, les poètes, les artistes ont exprimé sous des formes diverses, le même fait que je signale et qui mérite l'attention du théologien, la croyance de tous les peuples à un châtiment sans fin.

Depuis le Christ et pour les peuples nouveaux, le fait est évident. Cette croyance universelle à une vérité qui ne flatte ni les intérêts, ni les passions de l'homme, qui est contraire à ces intérêts et à ces passions ; qui se conserve et se continue à travers les siècles, avec un caractère redoutable de certitude et d'autorité ; cette croyance ne peut s'expliquer que de deux manières : ou par une révélation primitive de Dieu à l'homme, ou par un mouvement spontané, nécessaire de la raison, qui, puisqu'elle est la même en tous les hommes, exprime avec une égale certitude la même vérité.

(1) Stace, Thébaïd., liv. II. Strabon, Géograph., liv. IV.

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Dans les deux cas, elle prouverait l'existence de la vérité cherchée, car Dieu ne peut pas nous tromper, quand il fait entendre une parole qui se perpétue avec les générations, et se continue à travers les siècles; et la nature, qui a Dieu pour auteur, ne peut pas nous égarer, quand elle affirme, avec un tel accord, avec une telle persévérance, une vérité contraire à nos passions.

Si ces témoignages profanes frappent le philosophe, les textes précis, abondants de l'enseignement chrétien qui s'imposent au théologien ont une autorité supérieure qui ne permet ni doute, ni discussion.

Il est peu de vérités révélées qui soient entourées d'une lumière aussi vive que le dogme de l'enfer éternel. Relisez ces témoignages, et vous partagerez ma conviction.

Les impies ont été saisis d'effroi dans Sion; les hypocrites ont été saisis de terreur. Qui de vous pourra habiter dans le feu dévorant ? Qui de vous soutiendra les ardeurs éternelles (1)? — Après avoir annoncé la terre nouvelle et les cieux nouveaux qui suivront les derniers temps, le prophète Isaïe conclut ainsi: — Et ils sortiront, et ils verront les cadavres des violateurs de ma loi: leur ver ne mourra point, et leur feu ne s'éteindra point, et ils seront à jamais

(1) Isaïe, XXXIII, 14.

l'autre vie Soi

un objet de dégoût pour toute chah" qui les verra (1). — Ceux qui dorment dans la poussière s'éveilleront, les uns pour la vie éternelle et les autres pour l'opprobre, afin qu'ils le voient à jamais* Mais ceux qui auront connu la science brilleront comme la splendeur du firmament, et ceux qui enseignent la justice à plusieurs seront comme les étoiles dans les perpétuelles éternités (2). — Malheur à celui par qui le scandale arrive! Si votre main ou votre pied vous scandalisent, coupez-les et les jetez loin de vous! Il vaut mieux entrer dans le royaume céleste avec un seul pied ou une seule main, que d'être précipité avec deux pieds ou deux mains dans le feu éternel (3). — Alors le roi dira à ceux qui seront à sa droite. Venez, les bénis de mon Père, possédez le royaume qui vous a été préparé dès le commencement du monde. Et il dira à ceux qui seront à sa gauche: Retii^ez-vous de moi, maudits, dans le feu éternel qui a été préparé pour le démon et pour ses anges... et ceux-ci iront au supplice éternel, et les justes à la vie éternelle. Il est juste que Dieu afflige un jour ceux qui vous affligent aujourd'hui, et qu'il vous appelle, vous les affligés, à jouir avec nous du repos, lorsque le Sei-

(1) Isaïe. Lxvi, 24.

(2} Daoiel, xii, 1, 2, 3.

(3) Math., xviii, 8. BXviOïivai Bit ro tîuû aiwviov. Les versions grecque, syriaque et éthiopienne disent également, au feu éternel.

gneur Jésus descendra du ciel, et qu'il apparaîtra avec les anges, ministres de sa puissance, quand il viendra au milieu des flammes, tirer vengeance de ceux qui ne connaissent- pas Dieu et de ceux qui n'obéissent pas à l Evangile de Notre-Seigneur Jésus-Christ, lesquels souffriront les tourments d'une damnation éternelle, loin de la vue du Seigneur et de l'éclat de sa puissance (1). Et un troisième ange suivit ceux-ci, criant à haute voix: celui qui adore la bête et son image et qui portera son caractère sur son front ou dans sa main, celui-là boira du vin pur de la colère de Dieu, qui est préparé dans le calice de sa vengeance, et il sera tourm,enté dans le feu et dans le soufre. Et la fumée de leurs tourments s'élèvera dans les siècles des siècles, il n'y aura de repos ni jour ni nuit pour ceux qui auront adoré la bête et son image, et qui auront porté le caractère de son nom. Ici est l'attente des saints qui gardent les commandements de Dieu et la foi de Jésus [2). — L'Eglise nous répète, après ces divins témoignages, cette même vérité, par le Svmbole attribué à saint Athanase, où nous

(1) s. Paul. ad. Thess., Il, i, 8, 9. Dans le grec : oXe^pov

aiwviov.

(2) Apocal., XIV, 11. Dans le grec, la fumée de leur torture s'élèvera dans les siècles des siècles. Suivant la version éthiopienne, la fumée de leur jugement sort dans le siècle et dans le siècle des siècles. Consultez la très savante et très profonde dissertation du D' Carie, sur la géhenne, dans les écritures sacrées.

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lisons ces paroles qui résument les témoignages que nous venons de citer : « Et ceux qui auront fait le bien iront à la vie éternelle ; mais ceux qui auront fait le mal iront au feu éternel. Telle est la foi de l'Eglise catholique, qu'il faut croire fidèlement et fermement si l'on veut être sauvé, »

Le doute n'est donc pas possible et l'enseignement divin est précis, il repose sur la parole même de Dieu qui ne peut pas tromper (1).

La croyance universelle des peuples anciens se lie au principe de la distinction essentielle du bien et du mal, distinction irréductible, et dans le temps et dans l'éternité. C'est en effet un principe essentiel, un principe fondamental de la raison humaine, que l'être et le néant, le vrai et le faux, le bien et le mal seront éternellement séparés et contradictoires, et nous

(1) « Si quelqu'un dit ou pense que le châtiment des démons et des hommes impies n'est que temporaire et qu'il finira un jour, ou bien qu il y aura un rétablissement des démons et des hommes impies, qu'il soit anathème ! » [Synoda de Constantinople, IX^ décret, 545.) — C'est aussi la doctrine formelle enseignée par les IVe et V° conciles généraux de Latran ; par les décrets du concile de Trente. Sess. IV, de justifie, prœmi. cap. iv, et canon XXX, et enfin par l'Eglise grecque et l'Eglise latine au concile de Florence.

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affirmons avec une certitude absolue, que le bien et le mal, le vrai et le faux ne seront jamais identiques. Il faut l'esprit sophistique et retourné de Hegel, pour nier ce principe de la logique et de la raison.

Or, par le péché, c'est-à-dire par sa révolte contre Dieu, pendant la vie, l'homme se dé~ tourne librement, et par suite, d'une manière coupable, de sa fin, de l'éternel foyer du vrai, du beau, du bien, de Dieu ; il adhère librement à un objet qui est en opposition avec la vérité, la justice, avec Dieu; il s'unit à cet objet, et il en ressent une jouissance sourde qui est le vertige et l'étourdissement passager du mal.

En cet état, son âme est une incarnation ou la personnification du mal, en opposition et en lutte avec Dieu. La mort frappe le coupable et le laisse éternellement immobile, en cet état de révolte, avec la conscience de sa faute; mais tant que cette volonté est ainsi dans le mal, le désordre, la révolte, il est évident qu'elle est séparée de Dieu, du ciel, du bien, comme le bien est séparé du mal, et si la persistance dans cet état est éternelle, la séparation sera éternelle aussi et l'enfer n'aura pas de fin.

Or, la persistance dans cet état est éternelle. En effet, pour changer d'état, se détourner du mal et retourner à Dieu, il faut à l'homme qui meurt dans le péché, la liberté, la grâce, le

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repentir. La liberté? Elle est irrévocablement perdue. Choisir entre le bien et le mal, c'est une puissance qui appartient à l'homme pendant la vie, tandis qu'il peut changer et qu'il est encore dans l'épreuve ou dans la voie, in via, selon l'enseignement des théologiens, mais la mort laisse l'arbre couché du côté où il tombe; Thomme est au terme de sa course, in termino: l'éternité qui suit la mort n'est pas une seconde épreuve, elle est l'immobilité (1).

La grâce?

Les damnés ne jouissent plus de la liberté de choisir entre le bien et le mal parce que leur volonté est constamment tournée au mal : cette direction, ce but donnent ainsi à toutes leurs actions un caractère mauvais. Saint Thomas nous apprend que les damnés possèdent encore le liberté de choisir les moyens pour atteindre leur but qui est irrévocablement mauvais; ils n'ont plus le choix du but suprême, ils ont le choix des moyens. L'homme, pendant la vie, tend nécessairement vers le bonheur, il veut être heureux, mais il est libre dans le choix des moyens qui doivent le conduire à ce but.

Dieu ne la donne plus. Elle a été accordée, pendant la vie, dans une mesure abondante, avec la promesse réitérée du pardon ; l'homme

(1) « Anima in statu mutabili, quamdiu corpori unitur, non postquam a corpore fuerit sépara ta. » (S. Thom. contra cent., IV, 9.-3.)

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a refusé cette grâce du pardon, il n'a pas imploré la pitié de Dieu, qui n'a pas voulu le sauver malgré lui, et la miséricorde lassée n'expose plus sa grâce à de nouveaux refus.

Le repentir? Le réprouvé ne connaît pas ce sentiment qu'il a méprisé pendant la vie. La douleur cuisante qui le dévore, éveille sa haine et ravive l'horreur naturelle qu'il éprouve contre la souffrance, mais ce n'est pas le repentir humble et contrit de l'offense faite à Dieu (1): c'est le regret égoïste de sa personne, regret indépendant et essentiellement différent de tout regard d'amour suppliant du côté de son Dieu.

Et privé de la liberté, de la grâce et du repentir, le réprouvé ne peut pas changer d'état, il reste immobile dans le mal de l'heure suprême; la séparation douloureuse est éternelle, infinie.

Je reconnais volontiers que Dieu pourrait, si telle était sa volonté, renouveler l'épreuve, et nous soumettre, après la vie, à un châtiment temporaire. Ainsi parle la raison séparée de la foi, impuissante à résoudre avec autorité le problème de notre destinée.

Mais le fait est là, et la foi vous enseigne que l'éternité suivra l'unique et redoutable épreuve de cette vie. D'ailleurs, si l'on demande une

(1) « Pœnitebimt damnati, in quantum affligentur de pœna, quam pro peccato sustinent. » (S. Thom. q. XCVIII, art. 2.)

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seconde épreuve, pourquoi n'oserions-nous pas en demander une troisième, une quatrième, et ensuite une période indéfinie, de telle sorte que la création serait sans but et sans fin?

« Si l'homme est indépendant, s'il conserve au delà de n'importe quel butet sans condition, la liberté, la possibilité de se convertir, alors il faut dire que la créature est maîtresse absolue de son sort, et que ce n'est plus Dieu qui en décide, qu'il appartient à l'homme de marquer à Dieu le but où doit s'arrêter sa création et se réaliser le dessein de sa sagesse éternelle. L'homme pourrait donc se présenter devant Dieu et lui dire : Je ne veux pas t'obéir et cependant je t'obligerai à me recevoir un jour dans ton paradis. Oui, il se tient à la porte de votre cœur, il frappe et il attend durant toute la vie. Doit-il donc attendre encore jusqu'aux siècles des siècles que la créature libre daigne se tourner vers lui? Et si elle refuse de venir à lui, faudra-t-il donc puor cela que la création reste privée de but et que Dieu s'abstienne de conclure?

« Non, Dieu n'attend plus que la créature veuille bien, en lui donnant son cœur, devenir une preuve manifeste de son amour ; bon gré, mal gré, elle rendra témoignage à sa souveraine puissance. Si elle refuse de témoigner en faveur de sa bonté, elle témoignera en

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faveur de sa justice. C'est ainsi que Dieu atteint son but. Le pécheur vit et vivra éternellement (1). »

Mais il vivra, éternellement séparé de Dieu : c'est son plus grand tourment.

Pendant les siècles des siècles, il verra, dans sa conscience et dans sa raison troublées et épouvantées, la longue suite de ses fautes, selon leur étendue et leur gravité. Rien ne viendra le distraire de cette contemplation solitaire, muette et désolée.

L'amour qui est le fond immortel de la nature humaine, flamme ardente qui dévore, et qui, pendant la vie, se détourne de l'infini et s'unit au fini, l'amour ne sera pas éteint; mais privé de ces biens périssables dont il était épris, l'amour reprendra son mouvement impétueux : éternellement séparé de l'infini, éternellement séparé des objets finis, il se retourne et dévore le cœur désespéré du réprouvé.

G^est le ver qui ne meurt pas, c'est le feu qui ne s'éteint pas, c'est l'antique vautour de la Fable qui déchire les flancs de celui qui ne peut plus mourir.

Nous voyons déjà, ici-bas, une pâle et lointaine image de cette douleur infinie, dans le cœur de l'homme privé de l'objet d'un amour ardent, passionné.

{\) Frnnz Hettinger, Apologie du Christianisme, tome IV, chap. XV.

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Le malheureux qui fait pitié, dévoré par l'amour et par la jalousie, souffre d'inexprimables tortures dans sa tête qui chancelle, dans sa poitrine où l'air pénètre avec peine, dans toute sonàme dont les visions sombres et désolées l'épouvantent ; il étouffe et verse des larmes brûlantes, il appelle la mort qui fait passer devant ses yeux troublés, la promesse trompeuse du repos dans le sommeil éternel du suicide ; et cependant, la créature qui échappe à son étreinte, n'est pas la beauté éternelle de Dieu, elle n'est qu'une fragile et périssable créature, impuissante à remplir les profondeurs infinies du cœur de l'homme! Oui, ce supplice aide à comprendre le supplice de l'àme du réprouvé. « On n'a pas trouvé dans les misères de la vie d'images plus expressives de l'enfer que la jalousie. Ils la connaissent, l'amertume de cette douleur, ceux qui ont aimé, ils savent que cette passion les torture et les rend féroces. De même dans l'enfer le damné est jaloux : la vue de ce Dieu qui se dérobe à lui, le rend frénétique, il voudrait l'absorber, ce Dieu, pour en priver ceux qui l'aiment et le contemplent.

(( Telle est la peine de l'âme du damné. » C'est l'homme qui fait lui-même son enfer.

Le plus grand supplice du réprouvé est l'état de séparation poignante, consciente et éternelle

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(j[u'i] a voulue pour son âme, pendant l'épreuve libre de la vie.

Mais l'homme a péché et cherché la jouissance défendue dans les deux parties de sa nature, dans son âme et dans son corps, et l'une et l'autre sont condamnées au châtiment.

C'est l'enseignement de l'Eglise et de la tradition.

La souffrance du corps est-elle l'effet naturel de l'immense douleur qui remplit l'àme séparée de Dieu? ou serait-elle l'effet d'un agent extérieur, d'un feu matériel?

La réalité du feu dans l'enfer n'est pas, sans doute, une vérité de foi, mais c'est une vérité théologiquement certaine, theologice certa, qu'il serait imprudent de nier.

Quelle est la nature de ce feu ?Nousrignorons. 11 est permis aux philosophes chrétiens et aux théologiens de discuter cette question, de faire connaître leur sentiment et d'attendre la réponse souveraine de l'Eglise que nous recevrons toujours avec une docilité filiale.

Le savant évêque de Boulogne, MgrdePressy, enseigne que l'on peut présenter, comme bien probable, à des âmes effrayées, r opinion selon laquelle le feu de l'enfer et le ver des réprouvés ne sont que métaphoriques. C'est aussi l'opinion du célèbre Catharin, théologien du concile de Trente et archevêque de Conza.

Le savant Petau a réuni dans son ouvrage

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des Dogmes Uicologiques, le sentiment conforme de quelques Pères de l'Eglise (1), et nous pouvons répéter, après Fauteur de V Apologie du Christianisme, ces sages paroles : « Ce feu dont parle le Seigneur, est-il réel quoique non matériel, ou bien ne faut-il voir là qu'une métaphore? L'Eglise n'a rien décidé à ce propos. L'Ecriture a du vague sur cette question comme sur celle de la nature des joies des élus, et l'on peut répéter ici : l'œil de l'homme n'a point vu, son oreille n'a point entendu, son cœur n'a point éprouvé ce que Dieu prépare à ceux qui tomberont dans les mains de sa justice (2). »

Autant Fàme est au-dessus du corps, autant hi désolation qui la tourmente, quand elle voit s'étendre au loin devant sa pensée saisie d'épouvante, les siècles des siècles de son châtiment, l'emporte sur la souffrance physique de son corps. Si nous cherchons, cependant, à comprendre cette souffrance physique, la terre nous en donne un exemple qui éclaire les recherches inquiètes de notre esprit.

Il semble, en effet, que le degré suprême de la souffrance que nous puissions endurer dans notre corps, pendant la vie, se traduise par une

(1) Petau, Doqin. thëol., tome 111, liv. 111, c. v. — Voir aussi : Sylvius, q. 10. — Vasquez, Disput., 248, c. i, tome 11, la pars. — Gazzamga, tome IV. — Natalis Alexander, disserl., 43, sseculo quarto, prop. 2, et Carie, doct. en théol., Du Dogme catholique de l'en fer, p. 377.

(2) Franz Hettinger, Apolog. du Christ.^ tome IV, p. 4134

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fièvre et une soif dévorantes, qui dominent toute autre douleur, et qui consument comme le feu. Sur le champ de bataille où il est couché, le soldat blessé, mutilé, labouré par le fer, a soif et demande de l'eau. Dans une description navrante du lendemain d'une bataille, le docteur X*** s'exprime en ces termes :

(( Ici est un soldat, entièrement défiguré dont la langue sort démesurément de sa mâchoire déchirée et brisée ; il s'agite et veut se lever, j'arrose d'eau fraîche ses lèvres desséchées et sa langue durcie; saisissant une poignée de charpie, je la trempe dans le seau que Ton porte derrière moi, et je presse l'eau de cette éponge dans l'ouverture informe qui remplace sa bouche... Là est un autre malheureux dont une partie de la face a été enlevée par un coup de sabre... je lui donne à boire et fais couler sur son visage saignant quelques gouttes d'eau pure... Plus loin, un caporal qui a reçu une balle dans le flanc gauche... son état ne laisse plus d'espoir... je l'aide à boire et il me remercie (1). »

Les chrétiens soumis à la torture, en haine de la foi, n'éprouvent qu'une sensation terrible, la sensation d'une soif dévorante qui les rend presque insensibles aux autres supplices infligés à leur corps, quelle que soit, d'ailleurs, leur

(1) Souvenirs de Solférino.

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intensité. Je tien^ ce détail d'un vénérable missionnaire qui avait passé trente ans dans la Chine, et inlerrogé souvent lui-même de maliicureux apostats, rendus à la liberté, après avoir renié leur foi dans l'épreuve delà torture. Rapprochez ces observations du cri du mauvais riche qui demande à Lazare une goutte d'eau fraîche, et du cri suprême de Notre-Seigneur sur la croix : J'ai soif, et peut-être comprendrezvous alors le feu de l'enfer.

Quand le poète toscan qui chante en vers fameux, les sévères enseignements de la théologie, veut dégager le caractère le plus redoutable de l'enfer, il s'arrête à cette durée sans lin, qui épouvante, dans le supplice des désespérés.

Soit que l'on considère la peine de l'âme, soit que l'on considère le châtiment du corps, nous voyons que la pensée de cette éternité fait naître la plus grande des terreurs.

Per me si va nella citta dolente:

Per me si va nelV eterno dolore:

Per me si va tra la per data gente.

Giustizia m,osse'l mio alto Fattore:

Fece m,i la divina Potestate,

La somma Sapienzia, e'I prim,o amore.

Dinanzi a me non fur cose create, Se non eterne, ed io eterno duro:

Lasciate ogni speranza voi, che' ntrate (i).

(1) Dante, canto. III. « Par moi. l'on va dans la cité des larmes ; par moi, Ton va dans l'abîme des douleurs , par

T. II. l8

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C'est l'idée de justice, c'est l'amour de l'ordre, c'est l'aversion du mal qui expliquent l'éternelle séparation du ciel et de l'enfer.

Il ne faut pas prêter à Dieu des sentiments indignes de sa grandeur et de sa sainteté, ni voir en lui un tyran cruel, vindicatif, animé par les passions de la haine et trouvant sa satisfaction à contempler les tortures des réprouvés, à prêter l'oreille à leurs cris désespérés, à suivre le progrès profond de leurs tourments.

Quand j'entends des ennemis de la foi chrétienne accuser nos apologistes de faire ainsi, d'un Dieu saint et juste, un être vindicatif, haineux, je ne peux me défendre d'une grande tristesse, et je gémis de voir dénaturer les plus hautes vérités de la religion par des mensonges qui peuvent irriter les âmes contre la majesté de Dieu.

Qu'il comhle les justes des témoignages de son amour infini ou qu'il accable les réprouvés,

moi, Ton va au sein des races criminelles ; la justice anima mon grand Créateur. La divine Puissance m'a faite. La sou- ■veraine sagesse et le premier amour m'ont fait au commencement des choses créées, après les choses éternelles, et moi, je dure éternellement. Laissez toute espérance, vous qui entrez. »

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en leur laissant connaître et sentir les effets effroyables de la séparation qu'ils ont voulue par leur coupable et persistante révolte contre lui, Dieu ne cesse pas de manifester sa justice et d'obéir aux lois in\iolables de sa sagesse (1). Jusque dans ce châtiment des réprouvés, la justice distributive de Dieu se fait sentir, car la peine des damnés n'est pas infinie. Si elle était infinie, en effet, elle serait identique dans tous les réprouvés, et il n'y aurait plus de différence ou d'inégalité entre le châtiment d'un grand coupable qui aurait commis une longue suite de crimes pendant la vie, et le châtiment du pécheur qui n'aurait commis qu'un seul péché mortel. Une telle doctrine est condamnée par la conscience ; et l'Eglise nous prescrit de croire à l'inégalité des tourments (2), selon la diversité des œuvres mauvaises que le coupable doit expier.

C'est, d'ailleurs, l'enseignement de Notre- Seigneur, qui nous rappelle souvent, et en termes précis, que le Juge nous demandera compte des talents reçus. Nous devons répéter, avec Bossuet, cette parole si conforme à la

{[) " Est concedendum, quod pœnoe inferuotur a Deo non propter se, quasi in ipsisdelectatur, sedpropttr alios, scilicet, propter ordir.em imponendum crcaturis ; in qiio I)onum universi consistit. Exigit autem hoc ordo rerum. ut proportionaliter omnia divinitus dispensentur, » (S. Thom. Contr. GenL, III, 144.)

(2) «Pœnis tamen disparibiis puniendos. » [Concil. Florent., in Décret, unionis )

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raison et à la révélation: « Les souffrances sont proportionnées aux divers péchés suivant les règles que Dieu sait (1). »

La raison s'arrête, il est vrai, saisie d'épouvante, en présence de cet enfer, que le pécheur se fait à lui-même; et si équitable que soit la justice éternelle, l'appréhension des supplices dont l'image vient de passer devant nos yeux, laisse dans notre âme une impression de douloureuse angoisse et de terreur qui rappelle l'horrible fatigue d'un cauchemar.

Cependant, cette vision est salutaire, et cette pensée n'est jamais stérile. C'est elle qui console le juste quand il \oit ici-bas la sainteté de Dieu outragée, FL-glise persécutée, la justice violée, les impies et les persécuteurs honorés, triomphants, acclamés. C'est elle qui nous soutient, dans le combat si rude que nous livrons aux passions ; la vue de ces douleurs vengeresses de l'enfer éteint en nous les ardeurs provocantes de la concupiscence, et la fascination des images sensuelles des plaisirs sensibles. C'est elle qui inspire les grands sacrifices du renoncement chrétien, les austères pénitences des cloîtres et des Thébaïdes, et cet apostolat des saints qui veulent à tout prix, à l'exemple et par la vertu du Christ, arracher à ces châtiments qui les épouvantent, les âmes compromises dans les hasards et dans les périls de la vie.

(1) Se7ili ment sur la démonslr., de Dom François Lami.

La crainte d'un châtiment temporaire ou d'une expiation, après la mort, n'aurait pas sur nos décisions et sur notre vie cette efficacité puissante. Si tout homme avait la certitude absolue, que, quelle que soit sa conduite en ce monde, iljouiraunjourd'unbonheur éternel, les sources des grands sacrifices et des viriles résolutions tariraient dans sa volonté. L'attrait fascinateur des passions qui lui promettent une jouissance immédiate, l'emporterait sur la crainte d'une punition qui doit finir et qui lui semble, d'ailleurs, toujours éloignée. Le cloître abandonné ne verrait plus des pénitents courageux briser leur corps, dompter la nature, et faire de leur àme un holocauste dévoré par le feu du sacrifice, pour échapper à une punition momentanée. Le zèle des apôtres se ralentirait, et si violent, si profond que puisse être l'amour de Dieu, l'apôtre ne consentirait plus à braver les fatigues de l'apostolat et les supplices du martyr, s'il avait la certitude qu'un jour toute créature verra Dieu, se reposera dans sa contemplation, et que l'universel bonheur de toutes les âmes, consacrées, rachetées, tansfigurées par Jésus- Christ, doit enfin réparer, d'une manière irrévocable, les défaillances et les révoltes passagères de la vie !

Qui de nous peut, d'ailleurs, pénétrer les secrets pleins d'espérance de la dernière heure de ceux qui ont conservé la foi?

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Nous savons, sans doute, que tout homme qui refuse de demander pardon à Dieu pendant la vie, recevra le châtiment éternel qu'il aura mérité; mais, à ce moment solennel, et dans les douleurs suprêmes de l'agonie, quand l'infini néant de la terre, et de ce qu'elle a donné de consolation, de richesse, d'amour et d'honneur, apparaît à travers une saisissante lumière; quand la grandeur, la beauté, les immortelles espérances de la foi chrétienne se présentent à nous, au seuil de la demeure nouvelle qui ouvre déjà ses portes mystérieuses, devant notre âme désanchantée et profondément émue; quand cette âme, enfin, est encore sollicitée, avertie, appelée, pieusement troublée par les prières des parents et des amis, par les suffrages de l'Eglise et des saints, par les mérites du sang de Jésus-Christ, qui veut sauver tous les hommes, ne pensez-vous pas qu'elle aura une pensée, un regard, un cri pour dire à Dieu que, malgré les défaillances trop souvent renouvelées de la vie, malgré les égarements et le vertige qui ont entraîné sa nature si fragile, loin des sentiers austères du devoir, il restait encore en elle, baptisée et croyante, une place qui était pour le repentir et pour Dieu.

C'est à ces âmes qu'il faut rappeler souvent la pensée consolante du purgatoire. Nous savons que rien de souillé n^entrera dans le royaume des cieux (1), et que les justes euxmêmes, ceux qui n'ont pas expié suffisamment leurs fautes, pendant la vie, subiront Texpiatiôn du purgatoire, et je m^étonne qu'une vérité si consolante pour l'homme, si conforme à la justice et à la sainteté de Dieu, puisse être encore ou niée par l'hérésie, ou négligée par ceux qui redoutent les sévérités du dernier châtiment?

La raison chrétienne qui nous fait connaître avec le secours de la foi, la sainteté de Dieu, de ce Dieu qui voit des imperfections même dans les anges, nous apprend aussi que nous restons toujours imparfaits, que nous sommes loin de cette pureté de vie qui couvient aux élus, et qu'après tous les pardons demandés et tous les repentirs promis, notre à me n'a pas encore revêtu ce vêtement dont la blancheur sans tache plait à Dieu. Elle nous apprend aussi que, malgré nos faiblesses coupables, le sang de l'Agneau a néanmoins effacé nos péchés, et que

(1) Isaïe, XXXV, 8. — Sagesse, vu, 25. — S. Jean, ApocaL, XXI, 27.

l'abîme de Fenfer est fermé sous nos pas. Pour achever l'expiation des fautes qui sont effacées, nous croyons au purgatoire, à ce lieu d'expiation, où les âmes pardonnées, qui n'ont pas souffert, ici-bas, la pénitence volontaire, infiniment plus facile que celle de l'autre monde, se purifient des dernières souillures qui offensent le regard de Dieu (1).

Tel est l'enseignement de la foi, qui défie les séparations de la mort, qui se complète, en nous rappelant que nous pouvons penser à ceux que nous avons perdus, les aimer, prier pour eux, leur être utile, et abréger par ces suffrages de l'amour et de la prière, que Dieu daigne encore accepter, la durée de leur expiation, avant leur salut éternel.

La sagesse païenne elle-même avait pressenti l'existence d'un lieu d'expiation temporaire, pour les âmes qui ne sont pas encore assez pures, et qui n'ont pas mérité la possession immédiate de la gloire.

Ecoutez, encore une fois, Platon : « A peine séparées de leur corps, les âmes arrivent devant

(1) « Il est de foi : 1° que les justes qui meurent sans avoir entièrement satisfait à la justice divine, doivent subir, après cette vie, des peines temporaires qu'on désigne par le nom de purgatoire ; 2" que les âmes du purgatoire trouvent du soulagement dans les prières de l'Eglise. Voilà ce que la foi nous enseigne, mais elle s'arrête là. » (Le cardinal Gousset. Tliéol., dogm., t. 11, p. 143 (in-8°). « Cum catholica Ecclesia... docuerit, purgatorium esse, animosque ibi detentas, fidelium suffiagiis juvari. » {Conc. Trid., sess. XXV, [Décret, de Purgatorio.)

le juge qui les examine attentivement. Quand il reconnaît une àme défigurée par le péché, il l'envoie aussitôt dans les cachots où elle doit suhir les justes châtiments de son crime... Mais il y en a qui profitent des peines qu'ils endurent, et qui expient leurs fautes. Cette purification ne s'opère en eux que par des douleurs et des souffrances, car il n'y a pas d'autres moyens d'être délivré de l'injustice. Quant à ceux qui ont commis les plus grands crimes et qui, par cet excès même de perversité, sont devenus incurables, ils servent d'exemple, mais leur supplice leur est inutile, ils restent incapables de guérison (1). »

La pratique de la prière pour les morts était familière à la nation juive, et cette pratique est l'affirmation de la foi ancienne à l'existence du purgatoire et à l'efficacité de nos suffrages. Nous lisons, en effet, au deuxième livre des Machabées : « Et, après avoir fait une collecte, il envoya douze mille drachmes d'argent à Jérusalem, afin qu'on offrit un sacrifice pour les péchés des morts... C'est donc une sainte et salutaire pensée de prier pour les morts, afin qu'ils soient délivrés de leurs péchés. »

L'Evangile continue l'enseignement judaïque et le complète : « Accorde-toi promptement, dit Notre-Seigneur, avec ton ennemi, pendant

(1) Platon [Gorgias et Phédon).

que tu es en chemin avec lui, de peur que ton ennemi ne te livre au juge, et que le juge ne te livre au ministre de la justice, et que tu ne sois jeté en prison. Car, alors, en vérité, je te le dis, tu ne sortirais pas de là que tu n'aies payé tout, jusqu'à la dernière obole (1). » Notre-Seigneur indique ainsi clairement l'existence d'un lieu d'expiation, d'où l'on ne sortira qu'après avoir restitué jusqu'à la dernière obole. Ailleurs, le Seigneur nous dit qu'il y a un péché qui ne sera remis ni en cette vie ni en l'autre (2) , nous laissant reconnaître ainsi qu'il y a des péchés qui seront remis, après la mort, dans un autre monde. Dès les premiers siècles de l'Eglise, nous voyons les fidèles conserver la pieuse pratique de la prière pour les trépassés : Tertullien, saint Augustin, saint Gyprien, saint Cyrille de Jérusalem, saint Grégoire de Nazianze répètent l'enseignement divin, et nous apprennent que les saintes liturgies, dès la plus haute antiquité, invitaient les fidèles à rappeler les défunts dans leurs prières (3). Saint Jean Chrysostome consolait ses fidèles des douleurs de la séparation, par l'espérance chrétienne de l'efficacité de leurs suffrages pour les trépassés : <( Vous dites : Je pleure ce cher défunt parce qu'il est mort en

(1) S. Matth., V, 25, 26. — S. Luc, xii, 58, 59.

(2) S. Matth., xir, 32. — Voy. S. Marc, m, 28, 29.

(3) Tertiill. De corp. a ?nilU.,c. m. —S. Cypr. Epist. I, VI. — S. Cvrill. de Jérus. Catech., imjstag., T, vi. — S. Grég. de Mz.'Orat. XXXIX, 19.— S. Aug. Cwitm Dei, XXI, 24.

L AITRE VIE 3ii3

(''t?it de péché... Alors venez-lui en aide, autant ijue vous pourrez, non par des larmes, mais par des prières, des supplications, des aumônes, des offrandes. Ce n'est pas en vain que nous faisons mention dans le saint sacrifice de ceux qui ne sont plus de ce monde, nous savons que nous pouvons ainsi adoucir leurs souffrances. Il n'est pas même impossible que nous obtenions pour les morts un pardon complet. Pourquoi donc cette douleur continuelle et cet abattement ? Pourquoi de tels gémissements quand vous pouvez obtenir de si grandes grâces pour ceux que vous pleurez (1)? »

C'est ainsi que, longtemps avant le concile de Trente, dès les premiers âges de l'histoire de l'Eglise, et même chez les peuples de l'antiquité, la croyance au purgatoire et la consolante pratique de la prière pour les morts se sont affirmées. L'esprit, effrayé des justes et redoutables sévérités dont l'enfer est l'expression éternelle, s'arrête avec un repos plein d'espérance, à cette pensée du purgatoire, qui nous laisse voir la bonté de Dieu et sa sainteté infinies.

J'ai mentionné le très remarquable traité de saint Augustin sur le soin que l'on doit aux

(1) S. Jean Chrys. Hom., XLI, 4 in l Cor. Consulter la note A, à la fin du Yolume.

morts, de cura pro mortuis. L'enseignement précis de cet ouvrage, rapproché des révélations de l'épigraphie chrétienne, laisse voir dans tout son éclat, la croyance universelle de l'Eglise, dès les premiers siècles de son histoire, à l'intercession des saints et aux souflrances expiatrices du purgatoire. A ce point de vue, et en présence des négations protestantes, la question est trop grave pour ne pas arrêter un instant notre attention.

Consulté par saint Paulin, évêque de Noie, sur l'utilité, pour les défunts, de l'intercession des martyrs, saint Augustin reconnaît d'abord les avantages de ces prières et de ces suffrages des martyrs, pour tous les fidèles: « A l'autel, nous ne faisons pas mémoire des martyrs de la même manière que nous le faisons pour les autres fidèles qui reposent en paix ; nous ne prions pas pour eux, mais nous leur demandons de prier pour nous (1). «

C'est la doctrine catholique de la communion des saints, si clairement formulée, plus tard, dans la vingt-cinquième session du Concile de Trente, que vous venez d'entendre. Il y a une étroite union, et un continuel courant de prières et d'amour, de supplications et de secours, entre les trois églises du ciel, du purgatoire et de la terre, entre toutes les parties et

(1) De cura pro mortuis, % 19, 20, 21.

l'authe vie 320

tous les membres du corps mystique de l'Eglise, dont Jésus-Christ est la tête et dont le Saint- Esprit est le cœur ; et Dieu répond par les largesses de ses pardons et de ses grâces, au grand cri de pitié, cum clamore valido, de son Fils sur la croix, et de tous les justes, dans tous les temps, avec son Fils immolé.

Et ce cri avait été préfiguré, d'une manière saisissante, par les clameurs des taureaux et des animaux égorgés, par les sacrificateurs, dans les réalités prophétiques derancicnne loi.

Saint Augustin expose, d'ailleurs, une pensée assez clairement exprimée déjà dans les savants écrits des Pères de la primitive Eglise, de saint Ignace (1), saint Gyprien (2), saint Cyrille de Jérusalem (3), et plus tard de saint Maxime de Turin (4), saint Basile (0), et dans les livres de la plus ancienne liturgie (6).

Que les saints et les martyrs intercèdent pour nous auprès de Dieu, c'est donc la croyance universelle do l'Eglise. Les textes que nous venons de citer l'établissent, et un épigraphiste d'une science également sûre et très étendue, a pu l'affirmer ainsi, dans une étude

(1) s. Ign. E/nst. ad T allia 11 os, XI 11.

(2) S. Cypr. Epist. LVII (in line).

(3) S. Cyrill. Catech., XXI II, Mi/slaf/nfj. V, cap. ix.

(4) S. Max. de Tiir. Ilomil. in iialal. SS. Taurin. (Bibliotlj. Max. PP., t. VI, p. il.)

(0) S. basile. Ilomil. in XL Marti/r. (Migne Palrol. orœc, t. XXXI, col. 523.)

(li) Renaudot, Lilarg. orient., t. I, p. olo. — Miinitori, Litarg. Kom. velus [Lilurg. Leoman.), col. 596.

Il)

dont nous résumons les conclusions : « Le dogme de l'intercession des saints représentait aux yeux des fidèles une idée très nette. Ceuxci, en effet, considérant les martyrs comme des patrons ayant en quelque sorte envers leurs clients des devoirs de protection et d'assistance analogues à ceux qui incombaient aux familles nobles de Rome envers les Juimiliores qui demandaient leur patronage. Cette protection, les martyrs ne l'accordaient pas seulement aux fidèles; les cités clles-mômes en ressentaient les effets. Saint Augustin parle d'une apparition de saint Félix aux habitants de Noie, lorsque cette ville était assiégée par les Barbares. L'épigraphie chrétienne atteste à son tour que les villes avaient la plus entière confiance dans la protection des martyrs, et qu'elles comptaient sur eux pour les protéger contre tout danger temporel. Saint Maxime donne à cette croyance l'appui de son autorité (1). »

Mais ce n'est pas seulement pour les vivants, c'est aussi pour les défunts, que l'intercession des saints est puissante, et la croyance de l'Eglise, à cet égard, s'affirme encore, dès les premiers siècles de l'histoire ecclésiastique. Aussi, lorsque saint Augustin répond à saint Paulin de Noie, il peut lui rappeler que la

(1) ïoiirrct, Eluda (>i)igra}ihiqii.e sur un Irallé de S. Augustin. Tirage à paît. L'auteuia su mettre, dans cette étude, une grande érudition au service d'une rare pénétration d'esprit.

prière pour les morts était déjà en usage dans toute l'Eglise, universa pro de fane lis Eeclesia supplieare eonsiievit, et cet usage était connu des Juifs, puisqu'il est fait mention, au livre des Machabées, comme nous l'avons rappelé, du sacrifice oftert pour les morts. « Lors même, écrit saint Augustin, que nous ne trouverions dans l'Ecriture aucune parole relative à la prière pour les morts, nous devrions tenir grand compte de la coutume établie par l'autorité de l'Eglise universelle ; c'est elle, en etfet, qui a placé la recommandation des défunts parmi les prières que le prêtre otfre à Dieu pendant le sacrifice de l'autel... Ne croyons pas pouvoir être utiles aux défunts que nous voulons soulager, autrement que par les supplications solennelles du sacritice de l'autel et du sacrifice de nos prières et de nos aumônes (l). » Gomme le fait observer le savant auteur que nous avons déjà cité, l'histoire et les monuments chrétiens témoignent avec évidence de la coutume universelle de l'Eglise de prier pour les morts. Les constitutions apostoliques ordonnent des prières, à des jours déterminés (2) : ïertullien impose à la femme chrétienne la prière pour son mari décédé (3) ; les écrits des Pères (4)

(1) De cura, § 3, 6, 7, 22.

(2) Conslit. apostoL, lib. VIII, cap. 41, 42. (Labbe, C07ic>)

(3) ïertullien. I)e monoganna, x.

(4) ïertullien. De corona, m. — S. Cyrill. Hierosol., Catech.y XXI II. [Mystag., V, cap. ix.) — S. Cvprian.,

et les anciennes liturgies (1) concordent avec les inscriptions funéraires, en si grand nombre, sur les tombes chrétiennes, qui recommandent l'âme des défunts aux prières des vivants (2).

Rien n'est plus touchant que les inscriptions funéraires des tombes chrétiennes de la primitive Eglise, dans les cimetières et dans les proscynèmes. La foi ardente qu'elles témoignent dans l'efficacité des prières des vivants et de l'intercession des saints, l'invitation pressante qu'elles expriment, et qui s'adresse aux parents et aux survivants, de ne pas oublier les âmes livrées à la justice éternelle ; le cri d'espérance et de frayeur, la prière éplorée et confiante, la douleur et l'amour qu'elles contiennent, tout ici vous émeut et vous répète combien était profonde la croyance si consolante au dogme de la communion des saints.

C'est ainsi que les premiers chrétiens voulaient être ensevelis auprès des tombeaux des martyrs, dont le voisinage semblait devoir les protéger auprès de Dieu, et établir entre eux une parenté mystique; ils étaient dominés par la pensée qui inspirait saint Ambroise, lorsqu'il écrivait ces paroles qui condamnent les adversaires du culte que nous rendons aux reliques

Episl. LXVI, édit. Baluze. — Clem. Alex., Slrom., vu. 12- — S. Jounn. Chrysost., De sacerdolio, vr, 4. etc.

(1) Muratori. Liiurg. Romana velus, t. I, p. 761 ; t. Il, p. 223. — Mabillon, Liiurg. gallic. velus, p. 278, 280, etc.

(2) Tourret. Op. ciL, p. 29.

des saints : «Jaime des reliques que je puis embrasser; j'ai un tombeau sur lequel je peux me faire ensevelir, et je crois me recommander à Dieu davantage, si je repose au-dessus des ossements d'im saint (l). »

Au premier âge de l'Eglise, au sein des premières persécutions qui ensanglantèrent son berceau, les chrétiens déposaient les corps des martyrs dans les catacombes, dans des ciibiciila; c'est autour de ces tombes sacrées des premiers confesseurs de la foi, que les chrétiens voulaient être ensevelis. Quand la paix fut rendue à TEglise, après que Constantin eut choisi, lui-même, pour lieu de sa sépulture, la basilique des saints Apôtres, que les largesses de sa foi avaient fait élever, les chrétiens demandèrent à être ensevelis dans les églises dédiées aux martyrs. Mais le nombre croissant de ces sépultures amenait des abus, et dès l'année 381, une loi édictée par Gratien, Valentinien et Théodosc défend d'ensevelir les morts dans les temples des martyrs. Plusieurs Conciles et des Capitulaires de Charlemagne en renouvelant les anciennes prohibitions, témoignent que la piété confiante des fidèles avait été plus forte que les édits par lesquels on voulait en réprimer les abus (2).

Ces textes des Pères, ces inscriptions funé-

(l) S. Anibrosius, De excessn fratris sui Suti/ri, § 18. [•2] Lnbbe, Concil., t. Yl(, p. 1252. 1253, 1230. — Baluze, t. I, p. •)04. 131.

33o l'autre vie

raires, ces sépultures dans les catacombes et dans les basiliques auprès des restes sacrés des justes et des martyrs, comme tous ces témoignages proclament bien haut la perpétuité de la foi chrétienne à l'intercession des saints, à l'expiation du purgatoire, à la résurrection de la chair, à l'union, enfin, des trois Églises, dans les mystères de la communion des saints !

La théologie chrétienne apprend peu de chose sur l'état et sur les souffrances des âmes du purgatoire. Après avoir lu ce que saint Thomas, saint Bonaventure et Suarès ont écrit sur cette question, nous savons que la souffrance du purgatoire consiste essentiellement dans la privation de la vue de Dieu, et que cette souffrance est indicible; nous savons que, dans ce lieu d'expiation, les âmes séparées de leurs corps, ne peuvent ni faire pénitence, ni mériter, ni satisfaire, et qu'elles ne sont plus, selon l'expression du Père Faber, sous la juridiction miséricordieuse du Vicaire de Jésus- Christ^ qui distribue avec les indulgences, les trésors de l'Eglise; nous savons qu'elles dorment le sommeil de la paix, dormhmt in somno pacis, car elles sont dans la grâce et dans la sainteté.

Malgré la douleur qui achève de les purifier, elles appartieuneut au corps de Jésus-Christ, et elles ont conservé les dons, les grâces, les vertus, les mérites de leur vie ; nous savons que leurs prières sont efficaces, et que nos sacrifices, nos supplications, nos œuvres de miséricorde contribuent à abréger la durée de leurs soufl'rances, et nous assurent par elles, de nouveaux et puissants intercesseurs auprès de Dieu ; nous savons, enfin, qu'au sein de ces grandes et indicibles souffrances du sens et du daî7i, elles reconnaissent l'infinie justice de la main qui les frappe, de l'éternelle sagesse qui les prépare aux visions de la gloire; et, loin de s'irriter contre Dieu, heureuses de voir l'ordre divin et la volonté souveraine respectés par leurs propres douleurs, par leur état de purification, elles le remercient encore de ses bienfaits.

Ces âmes peuvent demander quelquefois elles-mêmes aux vivants, avec la permission de Dieu, ce secours particulier de nos prières, et réveiller leur souvenir dans l'esprit de ceux qu'elles ont connus pendant leur existence, et qui sont encore sur la terre. C'est renseignement formel de saint Thomas d'Aquin, du cardinal Bona, des maîtres de la vie spirituelle et des saints dont la vie est pleine du récit de ces apparitions merveilleuses des défunts (1). Il

(1) « Permittuntur viventibus apparere... ad suffragia expetenda quantum ad illos qui in purgatorio detinentur. »

332 l'autre yie

faut, sans douto, une grande prudence pour constater la réalité de ces rapprochements mystérieux des âmes; il faut une grande réserve, en présence des dépositions souvent trompeuses d'une imagination facile à troubler; mais le fond de la doctrine est au-dessus de ces difficultés, et la certitude de la possibilité et de la réalité de ces apparitions n'est pas à discuter.

Ces âmes (pii appartiennent à FEglise souffrante, apparaissent ordinairement aux vivants sous la forme et dans une attitude qui excitent la pitié de ceux qui les voient. Souvent, leur visage est triste, desflamuies ardentes les environnent ; d'autres fois, elles traversent le champ des visions de l'àme, comme une flamme, une ombre, une nuée; c'est toujours un signe matériel qui nous étonne et qui éveille en nous leur souvenir, en nous excitaHt à prier pour la délivrance de ceux que nous avons connus (l).

Certains théologiens mystiques qui ont

(S. lh.,Siippl., q. fi9. ait. 3.) — «Ut nostris adjuti suffragiis istiiis a pœnis libcrentiir. •> (Bona, Do discrelione spin'tuum, l). 309.)

( 1) << Animœ in piirgaloiio patientesqum apparent, \ariis mo- <lis se \i<londas pnestant, seinper tamen ita ut commiserationem in vi(lentil)iis excitent. S;epe suh mreslis speciebus, ardentibus llainmis circnmfus;e ; modo in t'ormis quas corpora eoriim vel in vita, vel post mortcm habuerunt, modo etiam siibfignris Incis, il;imm;e, nubis. umbr<e et aliarum rerum apparent, ita tamen ut a videntibus aut signo quodam aut verbo cognoscantur. « (Voss, Direct. Mj/siic., Cumpend. Searamelli, l. Il, p. Il, c. i, a. 1, n. 5, 365.)

étudié ces questions avec une attention sévère, ont indique d'autres signes, qui avertissent du moment de l'apparition de ces pauvres âmes, trop oubliées. Ces signes particuliers, ce sont des soupirs, des gémissements, des sanglots, des bruits de voix, des coups frappés (1). D'autres fois, l'action sensible et extérieure fait défaut, mais c'est par un pressentiment douloureux, par une impulsion profonde et mystérieuse, par une sorte d'obsession charitable et intime de l'esprit, que Dieu permet à ces âmes de recourir à notre intercession et de réveiller en nous leur souvenir.

Apparaissent-elles dans leur propre corps ou dans un corps d'emprunt, écrit le cardinal Bona, peuvent-elles former ce corps d'emprunt, par leur puissance naturelle, ou doivent-elles recourir au ministère des anges? apparaissentelles en réalité, ou bien des anges prennent-ils la forme de leur corps? Les théologiens agitent ces questions, et ne les tranchent pas (2).

La raison ne peut élever aucune objection sérieuse contre cet enseignement consolant, fondé sur la doctrine chrétienne de la communion des saints. Nous aimons à voir se pro-

(1) « Duobus modis defunctoruni spiritus liominum rébus adesse possunt aut etiaiii co};noscoiidos so exhibent. Prœsenti» indicia sunt verbera qme quand oriue infligunt, tristis gemitiis, tiiniultiis excitati... et bis similia. Coynoscendos se exhibent quando formas siii insensibus nostris relinquimt. » (Tvrens. De spir. appnrit., c. xii. n. l,p. Ai.)

{•2] Gard. Bona, De discret, spirit., c. xix, n. 8, p. 30y.

longer ainsi, au delà de la tombe, à travers les ténèbres et les douleurs de la séparation, et jusque dans cette demeure du purgatoire, encore impénétrable à nos curiosités ardentes, ces liens de reconnaissance et de tendresse qui ont uni les âmes pendant la courte durée de la vie.

Ces avertissements pressants des morts aux vivants n'étonnent pas davantage ma raison. N'est-ce pas toujours par le visible que l'invisible parle à nos âmes, et toute la vie du chrétien n'est-elle pas une continuelle et pressante invitation de la grâce ou de l'invisible, qui sollicite mon âme au bien par les choses visibles : par une lecture, une visite, un deuil, un chant sacré, le son d'une cloche, une parole amie, un retour, une séparation? Pourquoi Dieu ne pourrait-il pas permettre aux âmes suppliantes qui nous sont chères et qui souffrent, de nous parler elles aussi, à travers les impressions que les objets matériels font encore sur nos sens?

Que pourrais-je même opposer à la possibilité des apparitions de ces âmes, sous l'enveloppe sensible d'un corps où je reconnais leur ressemblance? Ne vois-je pas une réelle et profonde harmonie entre ces apparitions personnelles et le dogme de la résurrection générale des corps?

L'âme ne perd jamais cette énergie secrète, cette force plastique, avec laquelle elle animait son corps pendant la vie. Au jour de la résurrection générale, elle prendra dans le grand

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réservoir delà nature, des éléments, molécules, atomes, et elle les pénétrera de son souffle, elle en fera son corps ressuscité. Pourquoi Dieu ne pourrait-il pas déjà permettre aux âmes souffrantes d'exercer d'une manière extraordinaire, et dans un cas particulier, cette fonction vitale, cet acte qui reste encore en elles en puissance et qui leur permet d'animer le corps?

Nous avons exposé la croyance et l'enseignement de l'Église sur les rapports des deux Eglises souffrante et militante, sur l'union des âmes qui souffrent dans le purgatoire avec les âmes qui sont encore sur la terre; il reste encore, sans doute, des ténèbres à dissiper; notre âme, inquiète de Tavenir qui nous est réservé et de l'état de ceux qui nous ont précédés dans les régions de l'autre vie, après avoir pai'tagé nos périls d'ici-bas, cherche une plus vive lumière, une plus grande manifestation de la vérité!

Ce que nous savons suffit, néanmoins, pour nous donner une idée saisissante de la sainteté et de la justice redoutable de Dieu, qui n'ouvre les portes de la gloire et qui n'accorde les surnaturelles visions de son essence qu'aux âmes d'une pureté dont la mesure effraye notre faiblesse ! Un sentiment d'espérance reconnaissante tempère ces frayeurs, lorsque nous entendons l'Eglise expliquer le caractère transitoire des souffrances des âmes du purgatoire et nous inviter à les soulager.

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