‹ L'Autriche a voulu la grande guerreChapitre 10 sur 84 · LES GRIEFS DU (( LIVRE ROUGE · texte numérisé non relu

LES GRIEFS DU (( LIVRE ROUGE

Si l'Autriche voulait être crue, elle avait pour premier devoir de livrer ses preuves aux chancelleries, à l'opinion publique. Du luonicnt qu'elle n'y consent pas, tout ce qu'elle allègue est non avenu. Il est trop clair, en effet, que si elle avait possédé des preuves, ou seulement des commcncemcnls de preuves de la complicité des hommes

et Ciganovitch, afin d'assurer le secret du complot « apostèrcnt Zian Kali avec l'indication que les deux auteurs, aprts l'attentat, devaient se tuer, acte de précaution qui devait leur profiter en première ligne (il faut comprendre que c'est Ji Tankositch et à Ciganovitch que cette précaution profiterait), car le secret leur enlevait le faible danger qu'ils avaient assumé dans cette entreprise. La mort sûre pour les victimes de leur détournement, la pleine sécurité pour elle-même, telle est la devise, connue maintenant, de la Narodna Odbrana. » Mais quel était le rôle exact de ce Zian Kali, dont il n'avait jamais été question avant, dont il n'est plus jamais question ensuite, et qui n'est pas poursuivi ? En y réfléchissant bien, on croit deviner que Tankositch et Ciganovitch l'ont aposté pour tuer les auteurs de l'attentat, s'ils n'avaient pas le courage du suicide, afin d'assurer le secret du complot. C'est le seul sens que l'on puisse donner au texte français. IMais il y a un texte allemand que M. Ernest Denis a eu la bonne fortune de se procurer : Sie stelllen Ziankali mit der Wcisimg bel, dass sich die Tacler nach VoUbraclilen An<;rhlag damit eiilleiben ; ce qui signifie qu'aux bombes et aux revolvers, ïankositch et Ciganovitch «joignirent du cyanure de potassium (Cyanknli ou Zinnhali) avec l'ordre aux auteurs de l'attentat de s'empoisonner des leur dessein accompli «. Le complice Zian Kali est donc du cyanure de potassium ! Et c'est par un tel document que la France devait, sans autre examen, se déclarer convaincue que la Serbie méritait un châtiment exemplaire ! La Grande Serbie, p. 286.

d'Etat serbes, elle n'en aurait pas différé d'une minute la publication. C'est assez qu'elle n'ait rien précisé pour conclure qu'elle n'avait rien à préciser.

On pourrait lui accorder, d'ailleurs, l'exactitude de toutes les assertions que l'on trouve dans ses différentes publications otficielles, en particulier ^dans l'Extrait des Actes du Tribunal de Serajevo : « Le crime et ses auteurs », «Origine du complot », « Provenances des bombes », « Voyage des assassins (') », sans que cette concession justiliàt l'attitude de l'Autriche à l'égard de la Serbie. La participation au crime du major Voja Tankositch, qui est le seul personnage de marque impliqué dans ces documents, n'engageait ni la responsabilité du gouvernement, ni celle de la nation. Elles n'étaient pas engagées davantage par le fait seul que les bombes provenaient de Kragoujévatz, où, en définitive, elles avaient pu être volées. Encore cette affirmation s'appuj'ait-elle uniquement sur ce que les cinq bombes retrouvées après l'attentat par la police étatent « identiques aux vingt et une bombes qui turent découvertes, en 1913, dans la Save, près de Brcko, et qui avaient encore, en partie, leur emballage d'origine, lequel indiquait d'une façon indiscutable qu'elles provenaient de Serbie, du dépôt d'armes de Kragoujévatz. » D'où résulte que c'est uniquement parce que la police « retrouve », dans des conditions fort suspectes, cinq bombes pareilles, assure-t-on, à d'autres bombes que la police a également « retrouvées » — et auxquelles des

Q) Livre Rowje austro-hongrois. Annexe 8.

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coiispiialeurs plus (ju'iini)rudcnls s'étaient appliques à laisser leur niarque d'origine, — que la bombe jetée à l'arcbiduc est une bombe serbe, fournie par le Gouvernement serbe !

On comprend qu'un plaideur dont les arguments sont de celte sorte ne veuille qu'un procès à buis clos et que des juges à lui (').

Mais, reconnaissons-le, l'Autriche-Hongrie insiste beaucoup moins sur les responsabilités individuelles que sur la responsabilité qui résulte, pour le Gouvernement, de sou attitude à l'égard des journaux. « Il tolérait, dit la Note du 23 juillet les agissements criminels des diverses sociétés et associations dirigés contre la monarchie, le langage effréné de la presse, l'apologie des auteurs d'attentats, la participation d'officiers et de fonctionnaires à ces agitations excessives ; il tolérait une propagande malsaine dans l'enseignement public et, finalement, toutes les manifestations qui pouvaient inciter la population serbe à la haine contre la monarchie et au mépris de ses institutions (2) ».

Dans le Mémoire du 25 juillet, le comte Berchtold insiste et, pour son malheur, précise. « Sans entrer, écrit-il, dans un examen détaillé des manières de voir de l'opinion publique serbe, il y a lieu d'observer que la presse n'a cessé de considérer l'annexion de la Bosnie-Herzégovine, malgré la reconnaissance formelle serbe, après comme avant,

(^) Voir : Appendice n°2.

(^) Livre Rouge austro-hongrois, n° 7.

comme nn rapt exercé contre la Serbie et ayant besoin d'être réparé. Cette pensée ne revient pas seulement dans les feuilles d'opposition avancée, mais aussi dans la Samoiipravù, qui tient de si près à l'ofiîce des Affaires Etrangères de Belgrade, où elle est exprimée sous une forme à peine enveloppée ('), » Et, pour donner toute sa valeur à son dire, le maladroit diplomate renvoie le lecteur du Mémoire à l'Annexe P. Là, que voit-on ?

Le 9 octobre 1910, à l'occasion de l'anniversaire de l'annexion de la Bosnie-Herzégovine, terres serbes, la Samouprava écrivait : « Ce n'est pas à Vaide d'excès et d'injures que nous exprimerons le véritable patriotisme. Seul un travail calme et digne mène au but (^) ».

Je ne supprime rien. Celte citation, aussi invraisemblable que cela paraisse, est toute la citation sur laquelle s'appuie le comte Berchtold pour accuser ce journal et ses inspirateurs. La Samouprava est criminelle, criminel le gouvernement, parce que la Samouprava, — dont les relations officielles sont connues, — au souvenir attristé des frères de race qu'un coup de force a définitivement placés sous un joug étranger, réprouvant les violences, met tout son espoir, pour la réparation de cette injustice, dans « un travail calme et digne ». Il serait difTicile de pousser plus loin que le comte Berchtold l'inconscience et la sottise.

(') Livre Rouge auslro-liongrols, n° 19.

(-) Livre Rouge ausiro-hongrois. Annexe I b.

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