‹ L'Autriche a voulu la grande guerreChapitre 9 sur 84 · LES GRIEFS DU « LIVRE ROUGE · texte numérisé non relu

LES GRIEFS DU « LIVRE ROUGE

'Autriche-Hongrie a voulu la guerre avec la Serbie. Pour i-J le démontrer avec plus de force, il sera d'une bonne méthode de ne recourir tout d'abord qu'aux documents qu'elle nous fournit elle-même. Elle a publié son Livre Rouge après six mois de guerre. Elle a donc eu tout le temps d'étudier les pièces qu'elle y a insérées dans le dessein d'établir sa bonne foi et son innocence. Or, ces pièces elles-mêmes prouvent son mensonge, son hypocrisie, sa résolution belliqueuse.

Il y a une introduction, soixante-trois dépêches, onze annexes. 11 n'y a pas une ligne qui laisse percer le moindre désir d'un arrangement pacifique, le plus léger elTroi à la pensée du cataclysme que provoquera son intransigeance.

Naturellement, on ne saurait s'attendre à trouver ici la discussion des accusations relatives à l'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand. Quel juge serait, en effet, celui qui accepterait de se prononcer sur les témoignages d'une

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seule des parties ? En ntlmellant même que l'archiduc héritier n'ait pas été victime d'un complot ourdi par ceux qu'il gênait, et jusque dans la cour imi)ériale, ou encore par ceux qu'il menaçait en Hongrie ; en admettant qu'il n'ait pas été victime d'un de ces excès de zèle policier qui furent si fréquents dans les services du comte Forgach ('),

(') La lumière n'est pas faite sur l'attentat de Serajero, et, peutêtre, comme pour la mort de l'archiduc Rodolphe, ne le scra-tellc jamais. Mais, parmi toutes les circonstances suspectes, celle-ci est à retenir : le gouvernement serbe avait appelé l'attention de la police autrichienne sur les menées de plusieurs anarchistes et, en particulier, de Gabrinovitch, signalé comme ,trè3 dangereux. Ces avertissements ne furent pas écoutés. Bien mieux, la police bosniaque se porta garante pour Gabrinovitch, dont le père était, est sans doute encore agent de la sûreté.

D'après M. Ernest Denis, M. Pachitch, eu apprenant le projet de voyage de l'archiduc h Scrajevo, essaya discrètement d'en indiquer les périls au Ballplalz. (( Le 3 1 juin, le ministre serbe à Vienne avertit le ministre des Affaires Etrangères que son Gouvernement avait des raison» de croire qu'un complot s'organisait en Bosnie. » La Grande Sfrbic, p. 277.

Mais, si même l'information était sûre, ce complot n'était pas nécessairement formé par des patriotes serbes. Il est tout à fait excessif d'écrire, comme le font MM. E. Durkheim et E. Denis, dans une brochure de propagande, que « manifestement, les assassins étaient des conspirateurs qui avaient voulu protester ainsi contre l'annexion de la Bosnie et de l'Herzégovine à l'Autriche et préparer la réunion de ces provinces à la Serbie. » Qui a voulu la guerre ? p. 6.

Cm prodest ? se demande avec une vraisemblance à tout le moins égale M. H. WicRiuM Steed. Les procédés qu avait employés VAatriche pendant l'annexion suggéraient an moins la possibilité qaun

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il peut être tombé comme l'impératrice Elisabeth, le président Garfield, le président Carnot, le roi Humbert, sous les coups de fanatiques dont la race et la nationalité n'importent pas.

A la vérité, pour donner un caractère de spéciale gravité à l'attentat de Serajevo, le gouvernement austro-hongrois en attribue la préparation à l'armée et au gouvernement serbes. C'est sa thèse et son intérêt. Là seulement, il trouve, en eflet, une raison d'agir contre la petite monarchie voisine, d'exiger des excuses, des garanties, une solennelle réparation, de la réduire, la dominer, l'humilier, l'asservir. Mais, cette accusation, il faut la prouver, et on ne l'a pas même tenté. A ceux qui se montraient désireux de connaître les pièces du procès, on est allé jusqu'à refuser toute discussion, exigeant que l'Europe fît un acte de foi dans la parole du comte Forgaclî, du baron Macchio, du comte Berchtold, faussaires plusieurs fois pris en flagrant délit,'au cours des années précédentes, dans de retentissants procès politiques. C'était une prétention d'une prodigieuse insolence (^).

dessein sinistre se cachai derrière la façade ojficielle d'horreur et d' indignation. » L'Angleterre el la Guerre, p. 19.

(') M. Ernest Denis donne un bien typique exemple du soin avec lequel a été établi le dossier — incomplet — communiqué aux grandes Puissances et qui devait les convaincre, sans autre examen, de la responsabilité du gouvernement serbe. Dans le texte du Mémoire, traduit parles soins de l'ambassade d'Autriche, à Paris, ou du Ballplatz, et que le comte Szécsen a remis à M. Bienvenu- Martin, le 27 juillet, c'est-à-dire à la veille de la déclaration de guerre à la Serbie, on lit que les instigateurs du crime. Tankositch

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