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paré à BelgTcade (') ». La dépêche de M. de Storck est grave en ce qu'elle atteste que, pour les diplomates autrichiens, il n'était besoin ni de « déclarations », ni « d'aveux », puisque, dès le 30 juin, bien avant qu'il ait pu recevoir aucun avis des résultats de l'instruction, bien avant même qu'on ait été en état de lui en donner aucun (et on doit se souvenir à ce propos que le procès n'a pu être jugé qu'en octobre,) dès le 30 juin, M. de Storck affirme que l attentat a été « notoirement tramé en Serbie ». Si une nouvelle preuve du parti pris criminel de la monarchie danubienne était nécessaire, on la trouverait ici, dans cet aveu que l'on a préparé les griefs contre la Serbie et que l'on a vu surtout dans le meurtre de l'archiduc un prétexte pour l'anéantir.
Toutefois, en même temps que cette question était un aveu, elle était un piège. Cela ressort clairement du ton amer avec lequel on commente la réponse de M. Pachitch. Le chevalier de Storck feint de s'indigner que « jusqu'ici » la police serbe ne se soit pas occupée de cette affaire. Il laisse ainsi percer son regret que, dans le trouble du premier moment, dans l'appréhension des conséquences possibles, le gouvernement royal n'ait pas commis la faute d'ouvrir une instruction, ce qui eût été reconnaître que, dans sa pensée, des sujets serbes devaient être impliqués, et qu'il avait lui-même une part de responsabilité pour sa tolérance coupable, son défaut de surveillance, son inertie.
(') Livre Rouge austro-honfjrois, n" 7.
Mais, avec une parfaite sagesse. M. Pachitch garde une ^ attitude expectante. Il indique d'un mot qu'il n'est point encore intervenu parce qu'il n'avait pas à intervenir et que si on lui adresse une demande, appuyée sur les résultats de l'instruction, il remplira son devoir. C'est cette réserve si raisonnable, si logique, qui, dans le Livre Ronge, constitue une nouvelle charge contre la Serbie I
La troisième dépêche, datée du 1"' juillet, est du consul 1 général autrichien à Uskub. Elle expose que, cette année, le 525'= anniversaire de la bataille du Champ des Merles a été célébré le 28 juin, à Pristina, avec un éclat tout particulier, — ce qui n'avait rien que de naturel, cet anniversaire coïncidant avec une grande fête religieuse, le Vidov- Dan ('). a Lorsque, dans la soirée, la nouvelle de l'horrible forfait dont Serajevo avait été le théâtre se répandit, il se manifesta dans la foule fanatisée un état d'âme que je ne puis qualifier autrement que d'inhumain, tant furent nombreuses les marques d'approbation qui me furent rapportées par des hommes de confiance absolument sûrs. »
On se souvient que M. de Storck avait écrit, le 29 juin, de Belgrade : « On m'a rapporté — témoins oculaires — que des gens sont tombés de joie dans les bras l'un de l'autre ». L'agent d'Uskub emploie presque les mêmes termes, mais ajoute un trait. Ses témoins oculaires sont des hommes de confiance.
(! En présence de cette attitude de la population, conti-
(') Fête-Dieu.
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nue-t-il, qui s'est manifestée de la même façon à Uskub, toutes les tentatives delà presse serbe pour dégager la responsabilité morale de ce pays quant au forfait, qui fut accueilli par cette assemblée représentative des aspirations serbes avec une satisfaction si peu dissimulée, toutes ces tentatives, dis-je, aboutiront à un fiasco lamentable J('). »
Le sort de la Serbie est, on le voit, réglé. Si la presse excite le sentiment national, le Gouvernementest coupable ; si elle répudie l'usage de la violence, c'est a la responsabilité morale » du pays qui est engagée. Quant aux regrets, on annonce d'avance qu'ils ne seront pas reçus, qu'ils ne serviront à rien, qu'ils aboutiront à un « fiasco lamentable ». On a déjà le projet de frapper un coup décisif.
Et, à cet égard, peut-être n'a-t-on pas accordé une attention suffisante aux propos tenus, le 4 juillet, par le comte Szécsen à M. Poincaré, au cours de la visite qu'il lui fit pour le remercier, au nom de l'empereur, de l'envoi de ses condoléances. M. Poincaré ayant rappelé dans la conversation l'assassinat du président Carnot, l'ambassadeur autrichien répliqua en attirant son attention sur ce fait « que le crime dont il venait de parler n'avait aucun rapport avec une agitation francophobe quelconque en Italie, tandis qu'il fallait concéder que, depuis des années, on employait en Serbie tous les moyens licites et illicites pour exciter les esprits contre la monarchie (-) ».
Nous n'avons malheureusement de cet entretien que la
(') Livre Rouge austro-hongrois, n" 3.
(-) Livre Rouge uuslro-hongrois, n" [\.
42 l'authiciie a voulu la grande guerre
version du comle Szécscn. Notre Livre Jaune ne le menlionne pas, et c'est une omission regrettal)le. Tel qu'il nous est transmis, il indique déjà, avec nue suffisante netteté, le parti pris de l'Autriche de rendre la Serbie responsable tlu crime, dans un moment où l'on n'a cependant pas réuni encore de preuves contre elle, puisque, sept jours plus tard, le comte Tisza reconnaissait à la Chambre hongroise « qu'il fallait avant toute chose attendre le résultat de l'enquête judiciaire (') ».
Les déclarations rassurantes publiées plus tard ne furent que des manœuvres destinées à tromper l'opinion publique, pendant qu'on préparait l'agression. Tout indique, tout démontre que, dès le lendemain du drame, on était résolu à saisir ce prétexte d'écraser la Serbie et que les agents hongrois, les plus hauts comme les plus humbles, obéissaient, dans leurs communications, à un mot d'ordre.
C'est ainsi, par exemple, que le G juillet, le gérant du consulat de Nisch ne fait que confirmer mot pour mot M. de Storck, dans la première partie de sa dépêche : « Ce qui l'emportait de beaucoup, c'étaient les sentiments de satisfaction, que dis-je? de joie; » et, dans la seconde partie, le consul général d'Uskub : « Toutes les déclarations émanant des cercles officiels serbes ou de quelques hauts personnages, et qui ont la prétention d'exprimer l'indignation causée par l'attentat, tout en le réprouvant, produiront une impression d'ironie amère(-). »
(') Livre Jaune, n" 1 1.
(-) fJvre Rouge auslro hongrois, n° 5.
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Enfin, voici la pièce maîtresse. C'est une dépêche du ministre auliicliicn à Belgrade. Absent au moment de lallcntat, il a rejoint son poste depuis quelquesjours.il envoie au comte Uerchtold, le 21 juillet, le résulat de ses observations et réflexions.
Sa première constatation est que les succès de la Serbie dans les deux dernières guerres balkaniques ont exalté le chauvinisme jusqu'à la folie. Et il s'écrie plaisamment: « Qu'il me soit épargné d'être obligé d'en produire les exemples et les preuves!» M. de Giesl est un diplomate dont la sensibilité a besoin d'être ménagée. Donc, point d'exemples, ni de preuves. Mais, pour suppléer à tout, une alfirmation solennelle : d Je pose en principe que la politique serbe vise à l'anéantissement de la monarchie en 'ant que grande puissance. Elle n'a pas d'autre but. »
Le principe accordé, les conséquences sont faciles à en déduire. La Serbie, cruelle, veut détruire l'Autriche. La Serbie, imbécile, a pensé que la mort de l'archiduc François-Ferdinand provoquerait l'efTondrement immédiat de l'Empire des Habsbourg. Xa Serbie, mégalomane, compte absorber l'Autriche Hongrie. Il suffit, d'ailleurs, de lire les journaux pour le constater, a Le peuple serbe est cduqué par la presse, et toujours la politique dépend de la presse de parti. Un fruit de cette éducation est la propagande panserbe, et l'horrible monstre qu'elle a enfanté est l'attentat du 28 juin ('). » Conclusion : « Pour conserver à
(*) Le comte Berchlold dira de son côté dans la dépêche circulaire adressée le 23 juillet aux représentants de l'Aulrichc-IIongrie au-
la monarchie sa position de grande Puissance, que dis-je? pour assurer son existence même en tant que grande Puissance, il ne sera pas possible à la longue d'éviter un règlement de comptes avec la Serbie : une guerre. »
A la longue? Mais le mieux serait d'agir tout de suite. « Si nous tardions à mettre de la clarté dans nos rapports avec la Serbie, nous serions en partie responsables des difficultés et des circonstances défavorables que nous ren" contrerions dans une lutte qu'il nous faudra soutenir tôt ou tard ». Et, pour le cas où l'on hésiterait encore, M. de Giesl ajoute : u La question se pose : Nous est-il possible de supporter plus longtemps de nouvelles atteintes à notre prestige? Si, par conséquent, nous sommes résolus à formuler de vastes exigences liées à un contrôle efficace (car lui seul nous permettra de nettoyer les écuries d'Augias où se nouent les intrigues panserbes), il nous faudra alors envisager toutes les conséquences possibles et avoir, dès l'abord, la forte et ferme volonté de tenir jusqu'au bout. Des demi-mesures, des exigences suivies de longs pourparlers et aboutissant à un compromis bâtard, voilà le coup le plus rude qui pourrait atteindre le prestige de l'Autriclie- Hongrie en Serbie et sa position de grande Puissance en Europe (') ».
près des Grandes Puissances, que, malgré « la bienveillance » de l'Autriche h son égard, la Serbie « a continué à tolérer sur son territoire une propagande dont les funestes conséquences se sont manifestées au monde entier le 28 juin n. Livre Rouge ouslro-hongrois, n°8.
(') Livre Rouge aastro- hongrois, n" 6,
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En CCS quelques lignes tient loiilc la poiiliciue auliichienne dans la période qui va s'ouvrir. Les inislcs exigences préconisées par M. de Giesl, c'est la Note du 23 juillet, dure, provocante, inacceptable ; la critique des longs pourparlers, c'est le dérisoire délai de quarante-huit heures et le refus obstiné de le prolonger; le contrôle efficace, c'est l'article 5, qui prévoit la coopération en territoire serbe d'agents autrichiens pour la répression des tendances subversives ('); la résolution d'envisager tontes les conséquences possibles, c'est l'acceptation de la guerre avec la Russie, de la guerre générale ; le rejet des demi-mesures, c'est le défi jeté à l'Europe, la volonté d'établir dans les Balkans l'hégémonie germanique.
Mais il est bien remarquable, et même un peu étrange, que tout ce programme, qui allait être suivi point par point, ait été dicté, et de quel ton supérieur ! au comte Berchtold par un diplomate de rang secondaire, que rien ne qualifiait pour diriger la Weltpolitik austro-allemande.
Cette pièce, insérée dans le Livre Rouge à la date du 21 juillet donne invinciblement l'impression que des mains adroites l'y ont glissée pourjustifier d'avance, parl'autorilé
(') Et comme ces tendances étaient, d'après rAutriciic, permanentes, c'est bien la coopération permanente d'agents autrichiens qu'elle a voulu tout d'abord instituer en Serbie. Elle n'a abandonné cette intolérable prétention que lorsqu'il était trop tard, après la réponse serbe et la rupture.
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d'un « observateur local » ce que l'on était résolu à faire, ce que l'on avait déjà préparé (•).
(') Celte opinion est aussi celle de M. J. W. llcadlam : u II n'est pas excessif, dit-il, de penser que celle dépèche a clé écrite par ordre et d'y voir la très claire expression des désirs du gouvernement autrichien ». The Hislory of Tiuelve Days, p. 3i.
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