‹ L'Autriche a voulu la grande guerreChapitre 16 sur 84 · VERS LA RUPTURE · texte numérisé non relu

VERS LA RUPTURE

Celle asserliou esl si audacieuse el niaise à la lois que, sans doute, par unesorle de pudeur, personne ne l'a relevée.

Quelle était donc, à cette heure, la situation du Gouvernement serbe? On lui avait remis un ultimatum « formidable », suivant l'expression même de Sir Edward Grey ('). On en avait exigé l'acceptation « sans réserves ». Le représentant de l'Autriche dans le royaume préparait ouvertement son départ. La rupture des rapports diplomatiques allait suivre immédiatement puisque la réponse faisaiquelques réserves. Les troupes massées en Bosnie-Herzégovine étaient prèles jiour une attaque brusquée. D'autre pari, la capitale est ville ouverte, placée sur l'extrême front tière, sans défense contre un bombardement venant de la rive hongroise du Danube. Quel parti pouvait prendre le Gouvernement serbe autre que d'évacuer Belgrade, menacée de tomber aux mains de l'ennemi presque sans coup férir, et de rassembler son armée, pour se défendre à l'intérieur du pays, s'il est attaqué, de mobiliser enhn ? Si jamais mesure fut défensive, c'est bien la mesure prise dans l'après-midi du 25 juillet par la Serbie. Pour assurer la paix, elle se résignait, par une acceptation presque totale de conditions insolentes, à une humiliation sans précédent. Pour défendre sa Mberté, son existence, elle faisait le dur sacrifice de sa capitale, d'une partie importante de son territoire, et rassemblait ses lorces loin de la frontière, ce qui, entre parenthèses, excluait toute pensée d'agression. Et

(') Dépêche de Sir Edward Grey à Sir M. de Bunsen. Correspondance britannique, n° 5.

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c'est là ce qui « prouve », d'après le comte Berchtold, qu'à Belgrade «on ne penchait pas vers un règlement pacifique de la question ! »

Non. Cela prouve qu'à Belgrade on ne voulait pas se rendre sans combat ; cela prouve qu'à Belgrade on aimait mieux succomber dans une lutte inégale que se laisser asservir. Mais, par contre, est-ce que la Note « formidable» de l'Autriche penchait vers un règlement pacifique ? Etaitce en vue d'un règlement pacifique, et pour le faciliter, que l'on exigeait, dans les quarante-huit heures, une acceptation « sans réserves », et que, le 25 juillet, à six heures, on rompait les relations diplomatiques ? La règle constante n'est-elle pas plutôt de s'efforcer de les maintenir, même au prix de concessions, — ne fussent-elles que momentanées, — quand on veut sincèrement aboutir à un règlement amiable ? Il est prodigieux que l'on ait osé jeter au monde de semblables arguments (') 1

Tels quels pourtant, deux jours plus tard, le 28 juillet, le comte Berchtold, renouvelant son défi à l'opinion européenne, les reprend el les développe dans une dépêche au comte MensdorfT. « Votre Excellence, écrit-il, voudra bien, dans sa conversation avec Sir Edward Grey, insister sur cette circonstance que la mobilisation générale de l'armée serbe fùt'ordonnée pour le 25 juillet, à trois heures de l'après-midi, tandis que la réponse à notre Note ne fut

(') Dans leur désir de paix, les clianccllerics de la Triple Entente ne les ont jamais relevés.

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