‹ L'Autriche a voulu la grande guerreChapitre 17 sur 84 · VERS LA RUPTURE · texte numérisé non relu

VERS LA RUPTURE

remise que tout juste avant l'expiration du délai, c'est-àdire peu de minutes avant six heures. »

Et, cette fois, le ministre autrichien des Affaires Etrangères va plus loin ; il s'efYorce de donner à cette mesure de préservation une influence décisive sur les événements : « Auparavant, ajoute-t-il, nous n'avions point fait de préparatifs militaires ; mais nous y fûmes contraints par la mobilisation serbe ('). » Ou cette phrase n'a pas de sens, ou elle signifie que si la Serbie n'avait pas mobilisé, l'Autriche n'aurait pas fait de préparatifs militaires, et que, par conséquent, une solution pacifique était encore possible. Mais comment le comte Bcrchtold ne prend-il pas garde que cette indication est en contradiction formelle avec toutes les assurances qu'il a données, qu'il a multipliées que l'Autriche-Hongrie en appellerait aux armes si elle ne recevait pas une acceptation « sans réserves » ?

N'est-ce pas au ministre anglais qu'il faisait dire, dès le 24 juillet, que le rejet de la Note serait suivi « des préparatifs militaires nécessaires (') » ? Le même jour, ne supposait-il pas une expédition armée quand il faisait donner à M. Sazonof l'assurance que l'Autriche ne poursuivait « aucune acquisition de territoires C) » ? Ne reconnaissait-il pas formellement que l'Autriche projetait d'envahir la Serbie quand il écrivait, le 25 juillet, au baron Macchio que « si la Serbie ne se soumet qu'après la rup-

(') Livre Rouge aiistro-Iiongjois, n" 39. (2) Livre Rouge austro-hongrois, n" 17.

(^) Livre Ronge auslro- hongrois, n" 18.

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turc des relations diplomatiques, il serait obligé de lui réclamer le remboursement de tous les frais et dommages causés par les mesures 'militaires (') » ? Ne le reconnaissaitil pas quand il écrivait le 25 encore, au comte Szapary : «Nous avons pris la résolution d'une action énergique contre la Serbie (-) ? » Ne le reconnaissait-il pas quand il écrivait, le 26, aux ambassadeurs austro-hongrois : « Nous avons le regret d'avoir été réduits contre notre gré à la nécessité de contraindre la Serbie, par les moyens les plus rigoureux, à modifier absolument son attitude jusqu'à présent hostile O ? » Et enfin qu'entendait donc l'ambassadeur d'Allemagne en Russie quand il disait, avant la mobilisation serbe, le 24 juillet, que « l' Autriche-Hongrie se bornerait sans doute à infliger à la Serbie le chàtiement justement mérité (") ? »

Au surplus, le comte Berchlold donne lui-même sa valeur vraie à cette insinuation que la Serbie a causé la guerre en mobilisant, dans la dépèche même où il lui déclare la guerre. Il n'allègue pas, en effet, qu'elle ait pris des mesures militaires menaçantes. Tout son grief, toute sa raison d'en appeler aux armes est qu'elle n'a pas donné « une réponse favorable » à la Note austro-hongroise (^).

A la vérité, dans une dépêche adressée à la même date

(') Livre Rouge ansiro-hongrois, n° 20.

(-) Livre Rouge austro-hongrois, n° 26.

(3) Livre Rouge austro-hongrois, n" 16.

(*) Livre Rouge austro-hongrois, n' 16.

(^) Livre Rouge austro-hongrois, n° 87.

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au comte Szapar3% il prétendait que, la veille, la Serbie avait ouvert les hostilités « sur la frontière hongroise » sans, d'ailleurs, préciser ni les circonstances, ni le .lieu ('), Mais, à la réflexion, probablement trouva-t-il difficile de maintenir celte affirmation. Le certain est qu'il ne la renouvela pas et (|u'on ne la trouve même pas dans la Prélace du Livre Rouge (-).

(') Livre Rouge aiislro-honyruis, n " /jo.

('-) On sait que, de même, l'Allemagne a prétendu contre toute vraisemblance, contre l'évidence, avoir été attaquée par les Russes, les t^rançais, les Belges. Mais elle n'a pas non plus osé insister. En ce qui concerne l'AutricliG-Ilongrie, ses intentions agressives étaient si bien connues et leur promptitude si bien escomptée que, dès le 27 juillet, le comte Mensdorff, à la suite d'une longue conversation avec le ministre anglais des Adaircs Etrangères, écrivait au comte Bcrchtold (jue Sir Edward Grey lui avait parlé « de l'abstention de toute opération militaire de noire part à l'égard de la Serbie », afin de permettre aux puissances de négocier, et qu'il avait répondu : a Je lui fis observer que je craignais qu'il ne fui déjà trop tard. » Livre Rouge aubtro-hongrois, n" 38.

En fait, l'Autricbe avait déjà coulé quelques bateaux serbes sur le Danube.

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