‹ L'Autriche a voulu la grande guerreChapitre 18 sur 84 · LE LIVRE ROUGE » ACCUSE L'AUTRICIIE · texte numérisé non relu

LE LIVRE ROUGE » ACCUSE L'AUTRICIIE

UNE dernière question se pose. S'il est bien établi que l'on ait eu, à Vienne, la terme résolution de ne pas ménager la Serbie, de ne lui marquer aucuns égards, de ne rien tenter qui put éviter le conflit, de ne rien négliger qui fût susceptible de le provoquer et l'aggraver, est-il aussi bien établi que, devant l'alarme de l'Europe et son insistance, on ait toujours gardé la même attitude de bautaine intransigeance, que l'on se soit refusé jusqu'au bout à tout efTort de conciliation ?

A cette question, répondent le relus, donné le 25 juillet, d'accorder une prolongation de délai (') et le double refus, le 28 juillet, de se prêter à des conversations directes entre la Russie et lAutriche ('), d'accepter le projet de Conférence de Sir Edward Grey (/).

(') Livre Rouge austro-hongrois. n° 20.

(-) Livre liouge austro-hongrois, n" Ixo. (^) Livre Rouge austro-hongrois, n" 38.

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Quant au prétendu revirement du 31 et à la prétendue proposition faite à M. Sazonof de discuter avec lui le fond mêmede la Note, c'est-à-dire tout le conflit austro-serbe, — proposition qui, faite réellement et plus tôt, eût assuré le maintien de la paix, —je les examinerai ailleurs et compte établir qu'ils sont l'un et l'autre de pure imagination. Pour le moment, dans une étude uniquement appuyée sur des documents autrichiens, j'ai d'autant moins à m'en occuper que le Linre Ronge n'en fait pas mention. Tout au contraire, les indications que l'on y trouve les démentent.

Par contre, il est nécessaire de noter ici ce fait à la charge de l'Autriche-Hongrie que, pour écarter toute chance de solution pacifique, elle n'a jamais consenti à préciser ce qu'elle entendait exiger du royaume qui l'avait offensée.

Dans de multiples dépêches, le comte Berchtold donne aux chancelleries l'assurance formelle que son gouvernement ne poursuit pas, comme on le pourrait craindre, une acquisition de territoires (), ou encore qu'il ne portera pas

«(^) La Monarchie est saturée de territoires et ne convoite aucune possession serbe », écrit-il le 26 juillet. (Dépêche au comte Szapary. Livre Rouge austro-hongrois, n" 26.)

11 ne semble pas cependant que celte résolution fût bien ferme, car deux jours plus tard, le 27, le même comte Berchtold écrivait au même ambassadeur que « tant que la guerre restera localisée entre l'Autriche-lIongric et la Serbie, la Monarchie ne se proposera aucune espèce dacquisition territoriale ». Livre Rouge austrohongrois, n° 32.)

Mais, dès lors, il est bien clair que si la guerre n'est pas localisée, la monarchie ne se considérera plus comme saturée de territoires.

D'autre part, dans le discours qu'il a prononcé, le 2 juin iQiô,

atteinte à la souveraineté, ni à l'indépendance de la Serbie. Mais, s'il se prononce volontiers sur ce qu'il ne fera pas, nulle part, jamais, il ne fournit la moindre indication sur ce qu'il fera. Or, cela n'importait pas moins. Une grande Puissance a plus d'un moyen de réduire un petit pays à un état de véritable vasselage, sans violer la lettre d'engagements aussi vagues que ceux de i'Autriche- Hongrie : par exemple, en lui imposant un traité de commerce qui mette l'existence nationale du vaincu sous la dépendance du vainqueur, en le frappant d'une contribution de guerre dont il ne lui soit pas possible de se libérer, en exigeant une réduction de son armée qui le place dans une situation d'infériorité sans remède.

Là encore, la responsabilité du Ballplatz éclate donc, et elle est d'autant plus grande qu'il n'est point démontré que la Serbie, — pour ne pas compromettre le résultat de

au Capitole, M. Salandra a fait la déclaration suivante, c II n'est pas vrai que, comme l'a affirmé le comte Tisza, l'Autriche -ffongrie se soit engagée à ne pas réaliser d'acquisitions territoriales au détriment de la Serbie, — laquelle, du reste, en acceptant en bloc le conditions qu'on lui imposait, serait devenue un Etat sujet.

u M. de Merey, ambassadeur d'Autriche, déclarait le 3o juillet au marquis di San Giulano que l'Autriche ne pouvait pas faire de déclaration l'engageant sur ce point, parce qu'elle ne pouvait pas prévoir si, pendant la guerre, elle ne serait pas obligée, contre sa volonté, de conserver des territoires serbes. »

Le comte Berchtold, d'autre part, disait le 28 juillet, au duc d'Avarna, qu'il n'était disposé à prendre aucun engagement relativement à la conduite éventuelle de l'Autriche, en cas de conflit avec la Serbie.

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ses victoires dans les guerres balkaniques, — ne se fui pas résignée à des conditions très dures, si elle avait reçu l'assurance que l'on ne porterait d'atteinte ni directe, ni indirecte à son intégrité, à sa souveraineté, à son indépendance.

Ainsi, de la première heure à la dernière, par les rapports tendancieux de ses représentants, par ses formidables exigences, par son refus de négocier, même avec les Puissances désintéressées, par le rejet Ijrulal et systématique de toutes les propositions de conciliation, par tous ses actes, par tous ses propos, par son silence même, l'Autriche-Hongrie a cherché la guerre qu'elle prétend lui avoir été imposée et que, finalement, elle a déclarée le 28 juillet. Le Livre Rouge, rédigé par elle-même pour sa dense, n'apporte aucun témoignage en sa faveur.

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