LA PRESSE SERBE APRES L'ATTENTAT
IL ne serait pas loyal de terminer cet examen des griefs austro-hongrois sans s'arrêter à l'un de ceux auxquels Vienne attache le plus de prix, si l'on en juge par la place qu'elle lui donne, par l'insistance qu'elle met à le rappeler. Je veux parler de l'attitude de la presse serbe, non plus avant, mais après l'attentat de Serajevo.
Pour montrer que celte attitude lut odieuse, le Livre Rouge multiplie les citations, ou plutôt les résumés. Et c'est déjà là une façon de procéder qui éveille la déliance. Si une citation, dégagée du contexte, n'a pas grande valeur, un résumé tracé par des mains hostiles n'en a à peu près aucune. Exminons cependant résumés et citations.
LeBalkan, du 29 juin, est incriminé, sans qu'il soit possible, dans l'analyse qui nous est donnée, de discerner pourquoi. Il ne formule, en effet, d'opinions d'aucune sorte et se borne à publier quelques renseignements sur Cabrinovitch « hanté d'idées anarchistes », et Princip, « taciturne, nerveux ». Encore ces renseignements, tels du moins
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que les reproduit le Liure Ronge, sont-ils contradictoires et même incohérents. « Princip, y est-il dit, était en relation avec quelques élèves des écoles moyennes, originaires comme lui de Bosnie-Herzégovine, et, dans les derniers temps, avec Cabrinovitch. Il donnait dans les idées socialistes bien que, primitivement, il eCit appartenu à la jeunesse progressiste. Comme Cabrinovitch, il a été élevé à Scrajevo : une amitié inséparable les unissait tous deux depuis leur enfance. » Alors comment peut-on écrire que leurs relations s'étaient nouées dans les derniers temps ?
Le Piémont, du 1^' juillet, est très monté de ton. « La protestation » de Princip s'explique, déclare-t-il, « par le régime politique de la Bosnie ». C'étaient là évidemment propos pénibles à entendre ('). Le Piémont observait ensuite que « l'acte de désespoir du jeune martyr » était
(') Fondée ou non, celle oi)inion n'est pas parliculière aux écrivains sorbes. (( C'est une pure slupidilé. disait le journal .socialiste tchèque l'Académie i" août iQu) que de reprcsenler l'attentat comme le résultat d'un vaste complot appuyé ou même organise par la Serbie. L'héritier du lr(!)ne esl tombé victime du régime insensé qui, en Bosnie, maintient depuis plus de trente ans le servage, qui remplit d étrangers les fonctions publiques, livre les richesses du pays au pillage des spéculateurs éhontés de Vienne et de Budapest, qui, au lieu d'écoles, couvre la province de gendarmeries, de caserne» et de geôles, qui persécute les orthodoxes. 11 est tombé viclimc de la politique stupidc (pii, dans son aveugle chauvinisme, mène contre les Jougo-Slavcs une guerre impitoyable. Les auteurs de cette politique devraient être traduits devant la Cour d'assises en même tenqjs que les meurtriers >). Ernest De.ms, La Grande Serbie, p. i'jS.
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rendu (( plus compréhensible et plus naturel » par le tait qu'il avait été accompli le jour du Vidovdan,« fêle nationale et sacrée». La violence de cet article est certaine et paraîtrait tout à fait regrettable si l'Autriche-Hongrie n'avait ellemême donné l'exemple de ces excès de plume. Mais, précisément, ce numéro du Piémont fournit une occasion au gouvernement serbe d'attester ses véritables sentiments, car il fit confisquer le journal.
VOdjek, du 3 juillet, est incriminé pour avoir écrit : « On a envoyé l'archiduc François-Ferdinand à Serajevo, dans une journée d'enthousiasme national, pour commémorer une manifestation brutale de violence et d'oppression. Cet acte brutal devait faire naître des sentiments brutaux de résistance, de haine et de vengeance ».
La Srpska Zostova, du même jour, est incriminée pour avoir écrit : « L'attentat se révèle de plus en plus comme une conséquence de la situation malsaine de la Monarchie ».
La Pravda, du même jour, est incriminée pour avoir écrit : « La politique de Vienne est cj'nique. Elle exploite la mort du couple infortuné en faveur de ses abominables projets à l'égard du peuple serbe ».
Le même jour encore, V Agence des Balkans déclare que « les crimes perpétrés contre les Serbes en Bosnie-Herzégovine ont été commis sous les auspices et sur l'instigation directe des autorités civiles et militaires de l'Autriche- Hongrie ».
Cette accusation est reprise, le 7, avec véhémence par le Mali Jonrna, ei la Tribuna. « Nous estimons, dit celle-ci.