LA PRESSE SERDE APRES L ATTENTAT
que l'assassinat de Serajevo fut commandé pour permettre d'un seul coup re\teiniinalion des Serbes. »
Le Balkan, du 8. propose le boycottage des Autrichiens. Le même jour, la Stain])a assure que les meurtriers de l'archiduc sont soumis à la torture.
Le Balkan, du 9, publie un article ainsi résumé : « En définitive, il était nécessaire que l'archiduc François- Ferdinand, comme tous les fils de Loj'^ola, qui ne travaillent que dans le sang humain el s'inclinent devant le principe que « le but justifie les moyens », fût frappé par le destin et fût victime du jésuitisme, comme le sera toute r Autriche-Hongrie ».
Le Journal du commerce, du 10, « parle de la corruption et du manque de scrupules de la politique austro-hongroise (^) ».
A la même date, la Stampa observe que « rien n'est éternel et que l'Autriche-Hongrie ne restera pas toujours en Bosnie-Herzégovine ».
Le Zvono, du 16, révèle que « Princip est le fils de la com-
(') Après avoii- rappelé le scandale du procès Friedjung, un Anglais fort modéré écrit, h propos des reproches violents adressés par le cabinet de Vienne au Cabinet de Belgrade :
(( Si nous avions à peser les actes des uns et des autres qui ont déterminé l'inimitié existant entre l'Autriche-IIongrie et la Serbie on ne sait qui serait le plus à blâmer. Les crimes attribués aux Serbes étaient, du moins, l'œuvre de conspirateurs privés, tandisque l'assassinat préparé, à l'aide de faux témoignages, des leaders croates était l'œuvre des représentants officiels du Gouvernement. )) J. W. Headlam, The Ilistory oj Twelve Days, p. 17.
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lesse Lionaj', et qu'il reçut la mission de venger la mort du prince héritier Rodolphe sur la personne de son assassin, l'archiduc François-Ferdinand. »
D'après le Mali Journal du 19, « c'est un agent austrohongrois qui aurait suggéré à Princip l'idée de l'attentat ».
Enfin VOdjek écrit, le 20 juillet : « Tandis qu'en Serbie pas un seul citoyen autrichien ne fut molesté, en Bosnie et en Herzégovine, des villages et des villes furent pillés (').
(') L'accusation est parfaitement fondée. « A Serajevo, à Zagreb, dans diverses villes de Croatie ou de Bosnie, la populace, sous l'œil complaisant dos agents de la force publique, dévaste et pille méthodiquement les magasins et les maisons de négociants, de bourgeois paisibles, respectés, mais que l'on soupçonne de sympathies serbes. » Ernest De.ms, La Guerre, p.
A la date où écrivait M. Ernest Denis, on était encore fort mal iiiformé. On commence à l'être un peu mieux. La réalité et la gravité des désordres, la complicité des autorités civiles et militaires sont parfaitement établies. D'après l'enquête de MM. Pierre de Lanux et Milau Toplitza : « en Bosnie, avant la déclaration de guerre, plus de 5.ooo Serbes auraient été jetés en prison. Un grand nombre de popes auraient été pendus. A Mostar, il y eut des scènes d'atroce cruauté d Revue Ilehduinadaire du .\ septembre igiS, p. 43.
L'officieuse Dosnische Post du 8 décembre reconnaît elle-même que déjà, à cette date, 5.u6o familles ont été expulsées de Bosnie- Herzégovine, expulsées et dépouillées, sans autre motif que leur nationalité, ou plutôt leur race.
Au surplus, la catholique Reichspost a publié elle-même celte dépêche :
(( Serajevo ressemble aujourd'hui au théâtre d'un progrom : 11 n'y a pas un niac;;i>;iii sorlio, une ni.nson serbe, un appartemeiît serbe
LA PRESSE SEHIIE APUKS [. ATltEM'AT
Ce fait prouve à nouveau combien la Serbie est supérieure à l'Autriche-Hongrie, au point de vue de la civilisation et de la morale. »
Citations et résumés s'arrêtent là (').
Il serait peu loyal de contester que, parmi ces articles, et dans la mesure où l'on est autorisé à les apprécier sur quelques lignes, plusieurs sont excessifs. S'il en est beaucoup dont on ne s'explique réellement pas rincriminalion, certains, comme ceux du PiV/2io;7^(l'=' juillet), du Mali Journal {7),da Balkan (9), du Zpono(lG),deux ou trois autres encore, manquaient de modération, de sagesse et même d'intelligent patriotisme. On ne voit pas ce que pouvait gagner la Serbie, en mettant les choses au mieux, à ce que l'on donnât à l'Autriche, par ces violences verbiUes, le droit de lui faire des représentations.
Mais, pour apprécier exactement la portée de ces excès, trois observations sont nécessaires. La première est que par la Constitution, la presse est libre en Serbie (-). La se-
qui n'ait pas été complètement dévasté. Les démonstrations qui s'étaient prolongées hier des premières heures de la matinée à l'aprèsmidi ont malheureusement dégénéré en scènes sauvages de destruction et les pertes sont énormes. »
(^) Livre Uouge auslro-Jiongrois. Annexe n" 9.
(-) Dans sa réponse à la Note autrichienne, le Gouvernement serbe s'engageait u à introduire, à la première convocation régulière de la Skoupchlina, une disposition dans la loi sur la presse, par laquelle sera punie de la manière la plus sévère la provocation à la haine et au mépris de la monarcliie austro-hongroise, ainsi que lontc piihlica^lioii dont la tendance générale serait dirigée
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condeesl que le Ballplatz à mis tout son soin à choisir les textes réprchensibles, sans tenir aucun compte de l'importance des journaux où il les prenait ('). La troisième est que ces provocations étaient incontestablement venues de la presse austro-hongroise. Elle est la première et la plus grande coupable, si, du moins, les responsabilités ne varient pas avec l'importance des Etats et si les nations puissantes ont les mêmes obligations que les nations faibles.
Quelques citations permettront d'en juger. La catholique Reiclispost, de Vienne, écrit, le 29 juin, donc au lendemain même de l'attentat : « Nous venons d'essuyer une défaite dans le combat que l'on mène contre nous depuis les jours
contre l'intégriLé territoriale de l'Autriche-Hongrie. Livre Blanc allemand. Annexe L
11 était difficile de donner garantie plus forte et d'aller plus loin dans la voie de l'humiliation.
(') Un rapport consulaire, daté du ao juillet et adressé à notre ambassadeur à Vienne, disait : u On signale un fait singulier : généralement l'Agence télégraphique ofllcielle, dans ses résumés et revues de presse étrangère, ne tient compte que des journaux officieux et des organes les plus importants ; elle omet toute citation, toute mention des autres, (j'cst une règle et une tradition Or, depuis une dizaine de jours, l'Agence oflicielle fournit quotidiennement des citations de la presse serbe, en donnant une lanje place aux journaux les plus ignorés, les plus petils el insignifiants, qui, par cela même, ont un langage plus libre, plus hardi, plus agressif et souvent injurieux. Ce travail de l'Agence officielle a visiblement pour but d'exciter le sentiment public et de créer une opinion favorable à la guerre. » Livre Jaune, n° i/j.
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de l'annexion, et au cours duquel nous avons jusqu'ici reçu avec passivité tous les coups de nos adversaires. Ces adversaires, d'ailleurs, nous avaient prédit notre échec. Nous avons haussé dédaigneusement les épaules en entendant leurs fanfaronnades, car nous songions à un combat ouvert et loyal et non aux armes du guet-apens et du meurtre, bien que nous eussions dû attendre de la nation des récjicides qu'elle menât la lutte suiuant les principes des assassins... Nous avons négligé d'enfumer à temps la tanière venimeuse de Belgrade, ce repaire, où le meurtre du souverain passe pour un procédé légal de combat politique, où fut organisé la tentative d'assassinat du souverain monténégrin, pourtant de même race, ce repaire, d'où le sud-est de notre monarchie est depuis longtemps empoisonné, car c'est à Belgrade que l'on transforme nos propres sujets serbes en émissaires, en espions et en meurtriers. » La Reichspost continue en accusant formellement la JRussie d'avoir conclu un pacte avec la Serbie et de se préparer à attaquer l'Autriche, et en insinuant qu'on avait été averti à Petersbourg de ce qui se passerait à Serajevo. Et voici la conclusion : « Nous avons à réparer une lourde défaite. Nous avons à venger l'assassinat de Serajevo sur ses instigateurs. Le meurtre de notre archiduc héritier est pour nous le signe que la onzième heure a sonné d.
Ce même jour, la Militierische Rundschau pose en principe que ce crime est un crime serbe et ajoute : « A la moindre tentative de la Serbie denierou de louvoyer, notre réponse doit être enfin ! enfin ! la marche sur Belgrade ! »
Un peu plus lard, ce journal résume ainsi la situation:
>b L AUTRICHE A VOULU LA GRANDE GUERRE
« L'instant nous est encore favorable. Si nous ne nous décidons pas à la guerre, celle que nous devrons faire dans deux ou trois ans au plus tard s'engagera dans des circons tances moins propices. »
De son côté, la Xeiie Freie Presse réclame, pour assurer la sécurité de la monarchie, la guerre au couteau au panserbisrae, lextermination de la maudite race serbe.
Enfin, le 29 juillet, la Tœgliche Rundschau écrit joyeusement: « Ça y est ! La Serbie, confiante en l'appui francorusse, a donné à l'Autriche une réponse dont elle devait savoir d'avance qu'elle entraînerait la guerre, et tandis que M. Pachitch faisait sa visite à la légation autrichienne, le roi Pierre avait ordonné la mobilisation, décidé la guerre. Ça y est ! La capitale serbe est ouverte aux troupes autrichiennes et sera bientôt occupée par elles ('). >)
A ces citations, il convient d'en opposer deux du côté serbe. Le 29 juin, alors que la Reichspost exhale une haine
(') Au surplus, ni ce ton n'était nouveau, ni ces menaces n'étaient nouvelles. Un court extrait de la Danzer's Année Zeitung, organe favori de l'Etat-major et de l'archiduc, suffira à indiquer dans quels termes la presse autrichienne a, de tout temps, mené sa polémique contre la Serbie : u Dès que nous jugerons le moment venu, la Serbie devra être combattue avec toute notre puissance, rapidement et sans ménagement. L'armée impériale devra se ruer de toutes parts, comme un ouragan, à l'assaut de l'insolent drôle et se déverser dans son pays comme un torrent. La création artificielle qui s'appelle le royaume de Serbie représente aujourd'hui an abcès purulent qui menace de tout infecter... » Danzcr's Armée Zeitung du a 5 février 1909.