L'ATTITUDE DU BALLPLATZ
IE Ballplatz cependant affecte un calme extrême et ap- J plique tous ses efforts à d'adroites combinaisons diplomatiques, dont il attend merveille.
Le 23 juillet, avant que la Note ait été communiquée aux chancelleries, le comte Berchtold a donné mandat à son ambassadeur à Londres de justifier l'ultimatum le mieux possible. La brièveté du délai doit être attribuée à « une longue expérience des procédés dilatoires de la Serbie ». Quant aux autres exigences, elles n'ont « rien que de très naturel », et, dans tous les cas, s'empresse-t-on d'ajouter, ne peuvent devenir « matière à discussions et à compromis (') ».
Le but de cette dépêche est manifeste. On veut làter la Grande-Bretagne, en même temps que lui donner une marque de déférence. Si le Foreign Office admet le point de vue autrichien, — et peut-être l'admettra-t-il, car 1^ ministère anglais est résolument pacifique, —on pourra
(') Livre Bouge auslro-hongroix, n"r).
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jouer franc jeu. Dans le cas contraire, on rusera pour écarter de soi la responsabilité de la guerre. A ce point de vue, la dépèche est adroite. Dans un acte de courtoisie, dont Londres seul est l'objet, elle glisse une menace qui fera réfléchir peut-être l'opinion britannique (').
Cette précaution prise, le Ballplatz et ses représentants s'enferment dans un dédaigneux silence ou donnent, d'un ton léger, les explications les plus dérisoires.
Au prince Koudachew, le comte Berchtold déclare que l'Aulriche-Hongrie se propose seulement «d'apporter de la clarté » dans les rapports austro-serbes (^). A M. Bienvenu- Martin, le comte Szécsen dit, avec une lourde ironie, que l'Autriclie-Hongrie agit « dans l'intérêt général de l'Europe (') ». A M. Sazonof, le comte Szapary affirme superbement : « Notre attitude pendant ces dernières années prouve amplement que nous ne cherchions pas de pré-
(') Dès le lendemain, en eiret, le comle Mciisilorfr, rapportant sa conversation avec Sir Edward Grey, écrivait: a Je lui répétai catégoriqaemenl que, dans le cas présent, nous étions obligés de tenir ferme pour nous assurer des garanties... Je comprenais, lui ai-je dit, qu'il n'envisageât la question qu'au point de vue de sa répercussion sur la paix européenne, mais il devait, [)our juger équitablement notre manière de voir, se mettre dans notre situation. » Livre Rouge auslro-honjrois, n" lo.
C'était dire (juc rAutriclie-Hongric se refusait, elle, à envisager la question au [joint de vue de sa répercussion sur la paix européenne et qu'il ne lui importait pas qu'elle fût ou non compromise.
(^) Dépêche du comte Berchtold au comte Szapary. Livre Rouge autro-hongrois, n" 18.
(^) Dépèche au comte Berchtold. LuTc/^ur/e auslro- hongrois, n° 1 1 .
textes contre la Serbie (') », alors que l'on savait partout que le cabinet de Vienne avait non seulement cherché mais imaginé les prétextes et s'était préparé trois ou quatre fois pour une agression I
Ce n'est pas un des moindres sujets d'étonnement dans ces pourparlers que des diplomates aient osé tenir un tel langage et qu'il ait été toléré.
A vrai dire, on a l'impression que, dans sa conversation avec Sir Edward Gre5% le comte xMensdorff alla trop loin que, suivant son propre mot, il fut trop catégorique. On tenait à ménager l'Angleterre. Au reçu de la dépêche de son ambassadeur, le comte Berchtoldlui enjoignit d'apporter immédiatement au Foreign Office des propos conciliants, — du moins, en apparence, — de déclarer, « dans la plus stricte confidence », que la Note ne devait pas être considérée comme un véritable ultimatum », qu'il s'agissait simplement d'une démarche « avec limitation de temps ». Si satisfaction complète, car on ne transigeait pas sur ce point, n'était pas donnée avant le terme fixé par l'Autriche-Hongrie, on romprait les relations diplomatiques et il y aurait « commencement de préparatifs militaires (-) » ; mais enfin on ne passerait pas tout de suite à l'exécution.
C'était un grand point, en admettant que le comte Berchlold fut sincère. C'était même le point essentiel. La préoccupation de toutes les Puissances qui veulent sauver la paix est, en effet, à cette heure, de gagner du temps.
(•) Dépêche au comte Berchtold. Liur^ Rouge auslra-hongrois n' i/j. (-) Livre Rouge auslro-hongrois, u° 17.
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CIIAPITHE XIII