‹ L'Autriche a voulu la grande guerreChapitre 44 sur 84 · PROLONGATION DU DÉLAI A LA SEUUIE · texte numérisé non relu

PROLONGATION DU DÉLAI A LA SEUUIE

A cette note, Sir Edward Grey donne son approbation et télégraphie à l'ambassadeur anglais à Vienne qu'il peut l'appuyer « en ternies généraux (') ».

Dans l'esprit Je l'ambassadeur, c'était évidcimnent l'influence allemande qui était visée. M. P. Cambon y avait déjà pensé aussi. (Correspondance britannique, n° lo.)

Dans tous les cas, de la suggestion de Sir G. Buchanan, M. Sazoaor retint ce qui était tout de suite réalisable: d'où l'envoi de la Note. Mais peut être auralt-11 pu justifier avec plus de Ibrce sa demande. Réclamer le dossier pour conseiller la Serbie était un peu timide et vain, puisque la prétention de l'Autriche était de régler seule le conflit. M. Sazonof avait le droit de réclamer le dossier : parce que l'Autriche le promettait, et surtout parce [que les engagements pris par la Serbie en 1909, et que l'ultimatum lui reprochait de violer, avaient été pris non vis-à-vis de la seule Autriche, mais de toutes les grandes puissances.

Cette communication russe, si importante, ne figure pas au Livre Jaune. On en trouve seulement un bref résumé dans une dépêche de M. Bienvenu-Martin à M. Dumaine. Livre Jaune, n° 89.

(^) Si la Note ne figure pas au Livre Jaune, par contre elle figure deux fois dans la Correspondance britannique. La première fois (n* i3) sous la forme que l'on vicnt'de voir, qui est aussi celle du Livre Orange russe (n° 4)- La seconde fois, sous une forme diflérente et plus heureuse.

En voici le texte : a Le délai accordé à la Serbie pour répondre est si limité que les puissances ne peuvent prendre aucune mesure pour éviter les complications qui menacent de se produire. Le gouvernement russe espère avec confiance que le Gouvernement autrichien prolongera le délai, et comme le Gouvernement autrichien a déclaré être disposé à faire connaître aux Puissances les données sur lesquelles il a basé ses demandes à la Serbie, le Gouvernement russe espère que ces renseignements seront fournis de

192 L AUTHICHE A VOALU LA GRA>DE GUEHKE

A cette date, il a reçu la visite du comte Mensdorfl", (jui lui a déclaré, « dans la plus stricte confidence », que l'Autriche-Hongrie s'en tiendra tout d'abord à la rupture des relations diplomatiques et à des préparatifs, qu'elle ne commencera pas les opérations militaires, et il en a éprouvé un grand soulagement (').

manière à permettre aux puissances d'examiner l'afFaire. Si les Puissances trouvent que certaines des demandes de l'Aulriche sont bien fondées, elles seraient en état de conseiller le Gouvernement serbe dans ce sens. Si le Gouvernement autrichien n'était pas disposé à prolonger le délai, non seulement il agirait à l'cncontre des traditions de courtoisie internationale, mais encore il enlèverait tout sens pratique à sa communication aux Puissances ». N° 26. Il n'y a pas que des différences de mot ; et si l'on n'estime pas que, môme sous cette forme, la Note russe soit parfaite, du moins doiton reconnaître qu'elle atteste les dispositions les plus conciliantes. Mais il ne semble pas que ni l'un ni l'autre texte ail été comnmniquc au Ballplatz. Le comte Berclitold étant absent, le prince Koudachew exprima au baron Macchio le vœu que le délai imparti à la Serbie put être prorogé. « Celte requête s'appuyait sur ce fait : Les Puissances avaient été surprises par notre démarche, et le Gouvernement russe considérait comme une preuve toute naturelle des égards dus parle Cabinet viennois aux autres chancelleries que ledit Cabinet fournisse à ces dernières l'occasion d'examiner les bases de notre coummunication aux Puissances et d'étudier le dossier que nous annonçons. » Dépêche du comte Bcrchtold au comte Szapary. Livre Bouge austro-hongrois, i\° 21.

Le prince Koudachew adressa au comte Berclitold, à Lambach, une dépêche, mais non la Note.

(') En fait, c'était la très modeste concession que, déjà, le a5 juillet, la Russie demandait. M.Bronicwskl faisait une démarche dans ce sens à Berlin, « Si le délai ne pouvait être prolongé, disait-

im\olo.\'Gatio:n di- délai a la seudie 193

La demande de la Russie est si légitime, — il a lui-même pensé tout le premier à la faire et ne s'en est abstenu que pour des raisons de politique intérieure, — qu'il ne songe pas un instant à refuser de l'appuyer. Mais elle n'a plus, à ses yeux, la même importance ; car maintenant, il est presque rassuré sur les intentions duBallplatz. « Si le Gouvernement austro-hongrois, écrit-il, estime qu'il est trop tard pour prolonger le délai, il donnera, du moins, du temps ('). x>

Que cet optimisme fût ou non justifié, la proposition russe avait donc l'approbation anglaise. Elle eut aussi tout de suite l'approbation française. « Je vous prie d'appuyer la démarche de votre collègue (*)i), télégraphie M. Bienvenu-Martin à notre ambassadeur à Vienne. L'Italie elle-

il, les mesures d'exécution pouvaient au moins être retardées, de manière à permettre aux puissances de s'employer à éviter un conflit )). Livre Jaune, n* Sa.

(') Dépèche à Sir M. de Bunsen. Correspondance britannique, n° 26.

Au sujet de cette démarche, M. de Fleuriau, chargé d'affaires de France à Londres, écrivait, peut être gagné à son tour par l'optimisme régnant au Foreign Office, que Sir Edward Grey concluait de la stricte confidence de l'ambassadeur austro- hongrois « que le temps serait laissé aux puissances pour intervenir et chercher les moyens de dénouer la crise». Dépèche à M. Bienvenu-Martin. Livre Jaune, n" i^o.

Quelque défiance aurait pu être éveillée par la réflexion que si l'Autriche n'avait pas été absolument résolue à agir vite, à bousculer les événements, elle n'aurait pas fixé un délai de quarante-huit heures.

(■-) Livre faune, n" 3g.

même était favorable ('). Que ne devait-on pas attendre d'un pareil accord ?

Si r Autriche-Hongrie avait cédé à un mouvement de colère irréfléchi en fixant un délai dérisoire, ou si elle avait ins crit cette mesure de rigueur en comptant sur l'indifférence de l'Europe pour la laisser passer, elle serait désabusée, elle prendrait conscience du péril et, soit qu'elle comprît la violente injustice de son procédé, soit qu'elle fit à la paix générale le sacrifice de son ressentiment, elle négocierait, accorderait la prolongation. Elle l'accorderait d'autant plus volontiers qu'en somme ce temps pourrait être fort utilement employé par elle à démontrer l'excellence de sa cause

Un grand espoir était donc permis, — tout au moins ; dans rhj'pothèse généralement acceptée à cette époque, et l qui garde encore aujourd'hui de nombreux partisans, que i l'Autriche-Hongrie ne voulait pas réellement la guerre (^), et que tout ce qui, dans ses exagérations, n'était pas indignation sincère était bluff diplomatique.

Cet espoir dura peu. Rien, d'ailleurs, ne le justifiait, et l'on a peine à comprendre qu'il soit né, qu'il est abusé de nobles esprits.

(*) L'ambassadeur d'Italie « n'a pas dissimulé le fait que l'Italie est extrêmement désireuse de voir éviter la guerre ». Dépêche de Sir Edward Grey à Sir R. Rodd. Correspondance britannique, n° ag

(*) La persistance d'une erreur si manifeste doit être en grande partie attribuée à l'habile propagande des écrivains catholiques qui veulent, pour l'heure du règlement des comptes, alléger le plus possible la part de responsabilité de la catholique monarchie des Habsbourg. On ne voudrait pas qu'un empire très chrétien disparût de la carte de l'Europe ou même cessât d'y être puissant.

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