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CHAPITRE XIV

LE REFUS DE L'AUTRICIIE-HONGIUE

UN premier avertissement vint de Berlin. M. de Jagow, à qui le chargé d'affaires russe demandait d'appuyer la prolongation de délai, objecta que « ces démarches étaient trop tardives (') ».

Presque au même instant, le baron Macchio déclarait au prince Koudachew « qu'il pouvait prédire avec assu-

(') Dépêche de M. J. Cambon à M. Bienvenu-Martin. Livre Jaune, n° 4^.

Ces démarches étaient, en effet, d'autant plus tardives que M. de Jagow avait pris soin, malgré l'insistance de M. Bronewsky pour être reçu, de ne lui donner rendez-vous qu'à la fin de l'après-midi du 25 juillet, c'est-à-dire au moment où le délai expirait. (L£t;re Jaune, n'4a.)

Il est vrai que. déjà, avant le représentant de la Russie, l'ambassadeur anglais, attestant une fois de plus par cette démarche la volonté pacifique de son Gouvernement, avait prié le ministre allemand de « conseiller » à Vienne d'accorder une prolongation du délai fixé par la Note austro-hongroise. A la suite de quoi, d'après ses propres dires, le ministre s'était contenter do « communiquer »

rance un refus catégorique (') ». Le prince Koudachew insista néanmoins et télégraphia au comte Berchtold qui, pour avoir une facilité de plus de gêner les négociations et de perdre du temps, était à Isclil.

La réponse fut, en efiet, catégorique. « Nous ne pouvons pas accorder de prolongation de délai (^). » La première tentative de conciliation de la Triple Entente venait d'échouer.

On a vu que l'Allemagne avait donné une explication : cette tentative était tardive. L'Autriche-Hongrie, la principale, la seule intéressée encore à cette heure, n'en donnait aucune. L'explication de la Wilhelmstrasse, il est vrai, était malaisée à soutenir. Les Puissances n'avaient eu connaissance de l'ultimatum que dans la matinée du 24 juillet j Ce même jour, après des pourparlers et délibérations, d'ailleurs très rapides, la Russie avait envoyé sa demande de prolongation et l'avait communiquée aux divers Cabi- j

cette demande au Ballplalz. (Dépêche de M. Bronewsky à M. Sazonof. Livre Orange russe, n" i4 et dépêche de Sir H. Rumbold à Sir : Edward Grey. Correspondance britannique, n" i8.)

Il n'est pas douteux qu'il y eut entente sur ce point entre les cabinets de Vienne et de Berlin.

(') Dépêche du prince Koudachew à M. Sazonof. Livre Orange russe, n° 1 1 .

« Donner à juger des griefs avec pièces justificatives, sans laisser le temps d'étudier le dossier, est contraire à le courtoisie internationale, » observa le prince. « Parfois l'intérêt dispense d'être courtois, » répliqua le baron Macchio. (Dépêche de M. Dumaine à M. Bienvenu-Martin. Livre Jaune, n° 45.)

(2) Dépêche du comte Berchtold au baron Macchio. Livre Rouge austro-hongrois, n" ao ^

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nels. Les dépèches adressées aux ambassadeurs ne leur étaient donc parvenues que le 25. Comment leur aurait-il été possible d'agir plus tôt (')? Déjà se vériliait, une première fois, le calcul du Ballplatz que les Puissances pacijRques. surprises par des mouvements brusques et dupées par des assurances contradictoires, arriveraient toujours trop tard, se verraient toujours placées en face de faits accomplis (-).

Toutefois, les précautions n'étaient pas si bien prises que des interventions ne se soient produites, sur lesquelles l'Autriche-Hongrie a éprouvé et éprouve encore le besoin de garder le silence. Si elle avoue la démarche russe c'est, en premier lieu, qu'elle ne peut guère songer à la cacher ; en second lieu, que, dans l'état de l'opinion, elle juge facile de rendre suspecte cette démarche. Restent les autres Puissances auxquelles s'était adressé M. Sazonof. Pourquoi ne

(') Les instructions envoyées par M. Bienvenu-Martin à M. Dumaine lui parvinrent au moment même où le délai expirait. « Il n'est plus temps, » écrit notre ambassadeur. (Dépêche h M. Bienvenu-Martin. Livre Jaune, n° 48.)

En effet, à cette heure, le baron Giesl quittait Belgrade. Le Gouvernement italien se trouva aussi dans l'impossibilité d'intervenir. » Dépêche de M. Barrère à M. Bienvenu-Martin. Livre Jaune,

(-) Sir M. de Bunsen écrivait, le i" septembre, à Sir Edward Grey : v Pendant les jours qui ont précédé l'explosion de la guerre européenne, les événements se sont succédé si rapidement qu'il m'a été fort difficile à l'instant même de faire davantage que d'indiquer leur marche par télégraphe. » Correspondance britannique. n» i6i.

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trouve-t-on au Livre Rougs aucune mention de leurs conseils ou avis ? Pourquoi n'y trouve-t-on même pas le texte de la (' communication » faite par l'Allemagne du vœu de Sir Edward Grey que le délai soit prolongé? Ces omissions ne sont-elles pas bien caractéristiques ?

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