‹ L'Autriche a voulu la grande guerreChapitre 47 sur 84 · L'AUTRICHE DÉMASQUE SES PROJETS CONTRE LA RUSSIE · texte numérisé non relu

L'AUTRICHE DÉMASQUE SES PROJETS CONTRE LA RUSSIE

J'ai fait observer déjà que la demande M. de Sazonof n'était pas motivée aussi heureusement et aussi fortement qu'on aurait pu le souhaiter. Quel que soit le texte que l'on adopte, le ministre russe s'appuie sur une promesse derAulriche-Hongrie qu'il semble considérer comme libre et gracieuse. « L'Autriche-Hongrie se déclarant disposée à informer les Puissances des données de l'enquête (') », écrit-il. C'était faire au Ballplatz la part trop belle et lui permettre d'esquiver le vrai débat. La Russie était en situation d'invoquer non une complaisance mais un droit. Les engagements de la Serbie résultaient d'un acte international. C'était un acte inlcrnalional qui devait se prononcer sur leur violation.

L'avantage eût été double, A Vienne, on se serait trouvé

(') Correspondance britannique, n" i3. La variante du n" 26 est, sur ce point tout à fait insignifiante.

204 L'AUTRICHE A VOULU LA «RANDE GLliRRE

dans l'obligation de se découvrir tout de suite ; à Londres, où l'on a le respect des traités, on n'aurait pu refuser à M. Sazonof de le soutenir avec force. En outre, le comte Berchtold perdait ainsi la possibilité d'ergoter sur l'examen du dossier. Dans le désir de ne pas prononcer une parole suspectible d'aggraver la situation, on posait la question de biais, ce qui avait pour résultat de fournir un prétexte à la mauvaise foi de l'adversaire.

Au cours des pourparlers diplomatiques, la préoccupation de la Triple Entente de maintenir la paix lui a inspiré plus d'une maladresse, plus d'une faute. Mais, des fautes de cette nature, on peut tout à la fois les regretter et cependant éprouver un certain orgueil qu'elles aient été commises.

Dans une première dépèche, ainsi qu'on l'a vu, le comte Berchtold refusa tout délai, sans explications. Dans une seconde dépêche adressée à l'ambassadeur d'Autriche- Hongrie à Petersbourg, il condescendit à motiver son refus. « Notre Note adressée aux Puissances, dit-il. ne s'était nullement proposé le but d'inviter celles-ci à faire connaître leur opinion sur la question ; elle n'avait, au contraire, que le caractère d'une information qui, selon nous, était un devoir de courtoisie internationale (') .«

Cette explication soulevait deux objections. La première était tirée du commentaire de la Note. Lorsque, en effet, le comte Berchtold se dit assuré d'être « en plein accord avec les sentiments de toutes les nations civilisées », il

(') Livre Rouge austro-hongrois, n" ai.

Page 1