VERS LE CONFLIT GÉNÉRALISÉ
L faut le remarquer ici : la rupture des relations diplomatiques est une phase décisive de la crise. Les négociations qui se poursuivent quelque temps encore ne se rapportent plus qu'en apparence aux faits antérieurs. En réalité, le premier but que le Ballplatz visait est atteint. La guerre avec la Serbie est assurée. Une phase nouvelle commence qui se caractérise par ceci que, sans le dire tout haut, l'Autriche-Hongrie renonce à la fiction du conflit localisé et va hardiment vers un conflit généralisé. Il était amorcé déjà, recherché, voulu. Nous en verrons l'aveu dans le Livre Rouge et dans le Livre Blanc. Mais on l'avait dissimulé jusqu'à cejourà l'opinion publique austro-hongroise, qui aurait pu s'effrayer. A partir de la soirée du 25 juillet, le conflit austro-serbe étant certain ('), les fonctionnaires
(') Dès réception de la nouvelle que M. de Giesl avait quitté Belgi'ade, l'ambassadeur d'Angleterre à Vienne Ich'grapliiait : « On croit la guerre imminente ». Dépèclie à Sir Edward Grcy. Correspondance britannique^ n" 3 1 .
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préposés à l'inspiration et à l'information des journaux commencent à préparer les esprits à une guerre austrorusse.
L'article de la Nouvelle Presse Libre, que l'on vient de lire, n'a pas un autre but. Cette étroite union de Vienne et de Berlin, cette fraternité renaissante de tous les germains, celte émotion de millions d'hommes, ce n'est pas, ce ne peut pas être parce que l'Autriche-Hongrie va entreprendre « une expédition punitive n, châtier un peuple minuscule, mettre de la clarté, selon l'expression du comte Berchtold, dans ses relations avec un mauvais voisin. Ce n'est pas, ce ne peut pas être la Serbie qui o entoure » des mêmes dangers Vienne et Berlin et barre à la fois l'avenir austrohongrois et l'avenir allemand. L'Allemagne n'est nullement troublée par les intrigues de la Narodna Odbrana,ei si elle ne jouit que d'une « paix illusoire », les sociétés secrètes de Belgrade ou de Nisch n'y sont pour rien. Il est clair que c'est à un autre ennemi que l'on pense et que l'on veut faire penser.
On ne tarde point, du reste, à préciser. L'avertissement lancé par la Neue Frcie Presse est bientôt repris par la Tœglich Rundschau. Et, déjà, l'on ne prend plus souci de voiler la menace : « Ça y est ! La Serbie, confiante en l'appui franco-russe, a donné à l'Autriche une réponse dont elle devait savoir d'avance qu'elle entraînerait la guerre; et, tandis que Pachitch faisait sa visite à la légation autrichienne, le roi Pierre avait ordonné la mobilisation, décidé la guerre. Ça y est! La capitale serbe est ouverte aux troupes autrichiennes et sera bientôt occupée par elles. Des élé-