LA DIPLOMATIE ALLEMANDE
L'alteur de J'accuse porte un jugement sévère sur la diplomatie allemande. « Nous aimerions mieux ne pas en parler, écrit-il. M. de Schœn, à Paris ; le russophobe M. de Tchirsky, à Vienne ; le comte de Pourtalès, à Petersbourg ; M. de Flottow, à Rome, quel piteux rùle ils ont tous joué 1 M. de Flottow connaissait si peu l'opinion publique italienne qu'il estimait possible une participation de l'Italie à une guerre agressive de l'Autriche contre la Serbie — et à toutes ses conséquences — une idée dont le dernier voyageur de commerce allemand en Italie eût souri. Le comte de Pourtalès considérait quelques troubles parmi les ouvriers en Russie comme suffisants pour que la Russie laissât à l'Autriche les mains libres dans les Balkans. Il avait, en outre, la tâche ingrate de soutenir, à Petersbourg, l'ingénieuse théorie de M. de Bethmann-Holhveg suivant laquelle la Conférence des quatre Puissances « exigeait de l'Autriche ce qu'on n'aurait pas voulu exiger de la Serbie : c'est-à-dire de céder à la pression militaire ». Cette théorie platt tellement à M. de Bethmann-Hollweg qu'il l'a reprise dans un de ses récents écrits... Il oublie seulement deux choses : 1° que la Serbie avait cédé auparavant, donc que la pression militaire était un acte insolent et inexcusable ; 2» que
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la conférence des quatre Puissances n'avait en vue ni une pression, ni des mesures militaires, quelle ne se proposait que de donner des conseils amicaux.
« M. de Tchirsky avait également un rôle fort ingrat à jouer à Vienne. Il devait, en apparence et « extérieurement », conseiller la modération au Ballplatz, tandis que « intérieurement >, dans le cabinet de travail du comte Berchtold, il suivait les instructions secrètes de M. de Bethmann-Hollweg, qui répondaient en même temps à ses penchants personnels, et poussait à la guerre. Sir Maurice de Bunsen ne se trompa pas en dévoilant le double jeu de notre ambassadeur et en concluant de toutes les actions et de toutes les omissions de M. de Tchirsky — en particulier de ses refus prémédités et répétés de joindre ses eflorts à ceux que les ambassadeurs des Puissances de l'Entente faisaient pour maintenir la paix — que, dès le début, il avait travaillé en faveur de la guerre.
« Quant au prince Lichnowsky, c'est, disons-le à son honneur, le seul de nos ambassadeurs qui ait voulu sincèrement la paix ; il a été une victime innocente de ses chefs. Il dut recourir à mille subterfuges pour dissimuler les intentions de l'Allemagne à l'égard de la Belgique, afin que l'Angleterre conservât sa neutralité. Il dût discuter avec Sir Edward Grey l'hypothèse de notre respect de la neutralité belge, quoiqu'il sût que nos troupes se trouvaient presqu'à la frontière belge et qu'il était impossible que nous ne la franchissions pas.
< Et le chef de tous, M. de Jagow ? — je laisse le chancelier de côté. — Quelle triste figure appelant la pitié ! Quel piteux contraste forme-t-il avec ses deux adversaires principaux: le français Cambon et l'anglais Goschen ! Leur supériorité le terrasse sans cesse. Disons à la décharge des diplomates allemands qu'ils avaient à défendre une mauvaise cause et qu'ils devaient user d'équivoques, tandis que leurs collègues en défendaient une
bonne et pouvaient agir loyalement. Mais plus une cause est mauvaise, plus celui qui combat pour elle doit être habile, sinon il la fait paraître plus détestable qu'elle n'est et il s'expose luimême au mépris. » J'accuse par un allemand. Traduction française, pp. 199 et 200.