CHAPITRE II
LES Empires du Centre sont beaucoup plus unis. On n'aperçoit chez eux aucune divergence d'aucune sorte sur aucune des redoutables questions que soulève ou pourra soulever le conflit. Ils visent le même but et s'entendent parfaitement sur les moyens, même inavouables. Ils vont l'un et l'autre à la guerre avec une résolution égale. « In gleichem Schritt und Tritt. » Leur accord, absolu à l'origine, — ils le reconnaissent volontiers, — se maintient absolu jusqu'au bout (').
(') u Quoiqu'on puisse supposer que l'Allemagne, en acceptant sans contrôle la politique austro-liongroise, se refusa intentionnellement à l'examen du texte delà Note, de façon à pouvoir, après coup, se déclarer non responsable de l'action de son alliée, — politique qui n'aurait diminué en rien le caractère déshonorant de cette affreuse conspiration contre la paix de l'Europe, — la présomption la plus vraisemblable est que la simultanéité de l'envoi de la Note autrichienne à Belgrade et de l'avertissement de l'Allemagne aux puissances fut le résultat d'une action concertée et de la poursuite d'un but commun ». James M. Beck, La Preuve, p. ^G.
Rien de plus exact, et on en verra des preuves nombreuses.
LES EMPIRES l)L CK.NlhE 299
On l'a conleslé, il est vrai. On a prétendu que l'Autriche- Hongrie ne projetait pas d'aller jusqu'au conflit généralisé et que l'Allemagne a dû employer les grands moyens pour l'y pousser et, finalement, l'y contraindre. Le Ballplatz ne rêvait que dune promenade militaire en Serbie, on l'a, malgré lui, conduit jusqu'à une guerre européenne (').
On a prétendu aussi que l'Allemagne avait elle-même hésité.
Cj Cela paraît être l'opinion de M. Dumaine, notre ambassadeur à Vienne. « Mon impression, écrit-il le 26 juillet, est que le Gouvernement austro-hongrois, quoique surpris, et peut-être au regret de l'én<^rgie qu'on lui a inspirée, se croira obligea un commencement d'action militaire ». Livre Jaune, n° 55.
Le 38 juillet, il écrit encore : a Parmi les soupçons qu'inspire la soudaine et violente résolution de l'Autriche (^déclaration de guerre à la Serbie) le plus inquiétant est que l'Allemagne l'aurait poussée à l' agression contre la Serbie afin de pouvoir elle-même entrer en lutte avec la Russie et la France ». Livre Jaune, n» 83.
Cette opinion est également celle de iM. Take Jonesco. « Je pense, dit-il. que la décision définitive de l'empereur Guillaume pour une guerre immédiate n'a eu lieu que le jour, ou la veille du jour, où il est rentré à Berlin (36 juillet). L'atmosphère guerrière s'est emparée de lui. Il a eu subitement la vision de la non-préparation de la Russie et de la France, des difficultés intérieures de la France, et surtout de celles de l'Angleterre, et il s'est décidé avec son tempérament impulsif au dernier degré. Une fois fixé dans la direction de la guerre immédiate, rien ne pouvait plus l'arrêter. Et c'est pour cela que l'Autriche fut prise d'une salutaire terreur et voulut, à la dernière heure, entrer dans la voie de la raison. L'empereur Guillaume ne lui en laissa plus la possibilité et précipita une guerre que, celle fois-ci, il désirait avec la frénésie d'un impulsif incorrigible » Grande Revue. Février 191 5, p. 5 16,
29S l'Autriche a voulu la grande guerre
On a prétendu qu'en Autriche-Hongrie, il y avait dans les sphères dirigeantes deux partis : l'un pacifique, avec le comte Berchtold ('), l'autre belliqueux, avec l'archiduc Frédéric.
On a prétendu également qu'il y avait deux partis en Allemagne : l'un pacifique, avec Guillaume II et M. de Bethmann-HolhvegC), l'autre belliqueux, avec le Kronprinz, l'amiral von Tirpitz, létat-major.
C) M. Bollali, ambassadeur d'Italie en Allemagne, {)ense, au contraire, que c'était le comte Berchtold qui poussait à la guerre. Il ne voit, écrit réminent diplomate, « que l'insolence de la Serbie et les critiques dont il a été l'objet en Autriche même. Il voudrait les transformer en applaudissements par ce coup de force, très inattendu d'un homme tel que lui ». Propos rapportés par le baron Beyens. Revue des Deux-Mondes, i""juin igiô. p. 489.
(Il est cependant malaisé d'admettre que Guillaume II se soit laissé mener à la guerrepour satisfaire la vanité du comte Berchtold.)
Le duc d'Avarna, ambassadeur d'Italie en Autriche-Hongrie, estime très vraisemblable que u l'imminence d'une insurrection de ses sujets sud-slaves ait précipité la résolution de la Monarchie »). Dépêche de M. Dumaine. Livre Jaune, n° 99.
Cette opinion était, du reste, celle de plusieurs membres du corps diplomatique à Vienne.
(^) On a aussi supposé que Guillaume II était dans le clan belliqueux et que le chancelier s'etTorçait de le retenir. C'est l'avis du baron Beyens. « Il est très probable, écrit-il, que le chancelier désirait alors (le 26 juillet) sincèremetit le maintien de la paix, et que ses premiers elTorts, en voyant le danger s'approcher de plus en plus, ont réussi h contenir pendant quarante -huit heures l'impatience de l'empereur ». Reine dùa Deux-Mondes, i" juin I9i5, p. 494-
Plus loin, le même distingué diplomate écrit encore que, dang
LES EMPIRES UU CEM'KE ::y9
Le malheur est que ce sont Là pures imaginations. Les textes ne disent rien de semblable. Ils ne laissent voir aucune opposition entre les deu\ pays, ni à l'intérieur de chaque pays. Rien de plus ferme, de plus uni, de plus continu que les dépèches du comte Berchtold. Les variations de MM. de Bethmann-Hollweg et de Jagow s'expliquent par les nécessités du double jeu que l'on avait tout de ! suite adopté pour surprendre l'Europe et rendre vains ses efforts. « // était fort important, remarque avec raison M. James M. Beck, que V Allemagne et l'Autriche donnent ; à l'Angleterre et à fltalie l'impression que leurs desseins , étaient sincèrement pacifiques et, d'autre part, qu'elles pro- I voguent la Russie et la France de telle façon que ces deux ' paijs déclarent la guerre. Si le lecteur veut bien ne pas oublier cette politique à face de Janus, il comprendra les I contradictions apparentes qui existent dans les représentations diplomatiques de l'Allemagne. Il comprendra
l'après-midi du i" août, aucune réponse n'étant venue encore de Petersbourg à l'ultimatum allemand, envoyé la veille à 7 heures du soir, MM. de Jagow et Zlmmermann « coururent chez le chancelier et chez l'empereur, afin d'obtenir que l'ordre de la mobilisation générale ne fût pas lancé encore et que Sa Majeslc attendît jusqu'au jour suivant ». Ce fut, dit-il, « la dernière manifestation de leur pacifisme expirant, ou le dernier réveil de leur conscience. Leurs efforts se brisèrent contre l'opposition irréductible du minisire de la Guerre et des chefs de l'armée, qui représentèrent à l'Empereur les conséquences fâcheuses d'un retard de vingt-quatre heures » . Revue des Deux-Mondes, 1" juin 1915, p. 5oo.
Ce ([ui enlève quelque valeur à ce témoignage, c'est que le baron Bejens tient son information de M. Zimmermann.
SôO L* AUTRICHE A VOULU L4 GRANDE GOERnË
pourquoi l'Allemagne et l'Autriche, tout en se moquant ouvertement de la Russie et en lui refusant d'user à son égard de la courtoisie la plus élémentaire en matière diplomatique, s'occupaient en même temps de donner à l'An gleterre les assurances les plus déclamatoires de leurs intentions pacifiques (^) ».
La vérité, en définitive, est qu'on chercherait bien inutilement dans le LivreRoiige austro-hongrois ou dans le Livre Blanc allemand la trace d'une action exercée par un des deux Empires sur l'autre. Les conseils que la Wilhelmstrasse prétend avoir donnés au Ballplatz ne figurent nulle part. On trouve, par contre, de nombreuses preuves certaines de leur intime union. J'en citerai seulement ici quelques-unes
M. de Belhmann-Hollweg avoue dans son Mémoire que l'Autriche-Hongrie, avant d'envoyer son ultimatum à la Serbie, lui avait demandé son avis et qu'il lui avait répondu « de tout cœur » qu'elle était « entièrement libre d'agir à sa guise ». Prenons-y garde, c'était cependant chose grave en la circonstance de donner ce blanc-seing. Le chancelier en savait toutes les conséquences possibles. Il le reconnaît, d'ailleurs, expressément. « Nous avions conscience que les actes d'hostilité éventuels de l'Autriche- Hongrie contre la Serbie pourraient mettre en scène la Russie et nous entraîner dans une guerre, de concert avec notre alliée (-) ». Il ne lui en laisse pas moins la bride sur le cou. Peut-on se mieux entendre (^)?
C) La Preuve, p. 74.
(^) Livre Blanc allemand. Mémoire.
(') Dès le a6 juillet, le ministre de Belgique à Berlin écrivait
Au lendemain de la remise de l'ultimatum à Belgrade, le Livre Rouge apporte une nouvelle preuve de l'unité de vues qui règne dans les deux Cabinets ; c'est la dépêche ^ du comte Szécsen annonçant la démarche menaçante que le baron de Scliœn va faire au Quai d'Orsay :
(( Si le but secret des hommes d'Etat des deux Empires n'est pas réellement de généraliser la guerre et de forcer la Russie et la France à y prendre part, mais seulement d'anéantir la puissance de la Serbie et de l'empêcher do poursuivre son travail occulte de propagande, le résultat sera le même. 11 est impossible que la prévision de ce résultat ait échappé aux yeux clairvoyants des dirigeants de l'Empire allemand. Dans l'une comme dans l'autre de ces suppositions, l'intervention de la Russie paraît inévitable ; ils ont dû envisager froidement cette complication et se préparer à soutenir éncrgiquement leurs alliés. La perspective d'une guerre européenne ne les a pas fait hésiter un instant, si le désir de la déchaîner n'a pas été le mobile de leur conduite ». Second Livre Gris belge, n* 8.
Le même jour, le comte Errembault de Duzzelle, ministre de Belgique à Vienne, s'exprimait presque dans les mêmes termes. « Les conditions si rigoureuses de la susdite Note, le refus d'entrer à leur sujet en discussion quelconque, la durée si courte du délai accordé semblent bien démontrer que le point auquel on est arrivé est précisément celui que l'on voulait ici atteindre. Il est évident que l'action entreprise par le gouvernement austro-hongrois a été entièrement approuvée à Berlin. Certaines personnes vont même jusqu'à prétendre que le comte Berchtold a été encouragé et poussé dans cette voie par le Gouvernement allemand, qui ne reculerait pas devant le danger d'une conflagration générale et préférerait entrer actuellement en lutte avec la France et la Russie, insuffisamment préparées, tandis que. dans trois ans, ces deux puissances auraient achevé leur transformation militaire ». Second Livre Gris belge, n° n.
« Conlbrinément à ses inslruclions, le jjaron de Schœn déclarera aujourd'hui, à Paris... ('). » Aussitôt après la visite, l'ambassadeur allemand court informer l'ambassadeur autrichien de l'edet produit, et le comte Szécsen télégraphie : « Le baron de Schœn vient de faire la démarche dont on l'avait chargé... (^). » JManifeslement, les deux diplomates représentant à Paris les Empires du Centre sont jumelles.
A Petersbourg, l'union n'est pas moins complète. En sortant de chez M. Sazonof, le 24 juillet, le comte de Pourtalcs va rapporter ses déclarations au comte Szapary (^). Au surplus, pour le cas où les rapports personnels des deux ambassadeurs d'Autriche et d'Allemagne en Russie ne seraient pas encore assez confiants et leurs démarches assez bien concertées, le comte Berchtold envoie, le 25 juillet, des instructions précises à son représentant, c Je suppose, écrit-il, que, dans les circonstances actuelles, Votre Excellence aura établi un accord étroit avec son collègue allemand qui, assurément, a du être chargé de ne laisser au Gouvernement russe aucun doute sur ce fait que l'Autriche-Hongrie ne serait pas isolée au cas d'un conflit avec la Russie (*). »
Le 26 juillet, le comte Szapary informe son Gouvernement d'un incident grave, décisif, et qu'il importe de mettre en pleine lumière, car son caractère véritable pa-
{^) Livre Rouge austro-hongrois, n° la.
(^) Livre Rouge austro-hongrois, n* il\. C) Livre Rouge austro-hongrois, n* i6.
(*) Livre Rougt austro- hongrois, n" 36.
raîl avoir échap[)é aux coinmontalcurs des livres diplomatiques. Il ne s'agit de rien de moins cependant que de la première provocation directe de rAliemagne à la Russie. Les dépêches du Linre Blanc n'en soufflent mol. Il ne donne ni les inslruclions du chancelier, ni le rapport du comte de Pourlalès. Le Mémoire lui-même de M. de Bethmann-Hollweg ne consacre que quatre lignes à ce fait capital. Le 26 juillet, dit-il seulement, l'ambassadeur d'Allemagne à Petersbourg a été chargé de faire au Gouvernement russe la déclaration suivante : u Les mesures militaires préparatoires de la Russie nous forceront à prendre des mesures analogues, consistant en la mobilisation de notre armée. Mais la mohilisalion, c'est la guerre (') ».
i Le comte Szapary est moins concis. «A l'occasion, écritil, des bruits qui circulent au sujet des mesures de mobilisation russe, le comte Pourtalès a fait remarquer de la façon la plus sérieuse au ministre russe que, aujourd'hui, des mesures de mobilisation, comme moyen de pression
.diplomatique, présentent un très grave danger ; car, dans ce cas, la parole est donnée aux considérations purement
■ militaires des Etats-majors, et une fois qu'en Allemagne on
|a pressé sur le bouton, rien ne peut plus arrêter la marche
ides événements (*). »
(') Livre Blanc allemand. Mémoire.
C'est très vraisemblablement à celte démarche allemande du 36 juillet, que le comte Bcrchtold, à qui elle avait été promise, faisait allusion lorsqu'il écrivait, le 25, que le Gouvernement allemand déclarerait à la Russie que l'Autriche ne resterait pas isolée. '■') Livre Rouge aiistro hongrois, n° 28.
304 l'altriciie a vollu la grande gueure
On pourrait s'en tenir là, dès maintenant, la preuve est faite que les deux Empires du Centre savent où ils vont et qu'ils marchent avec une égale résolution. Cette dépêche marque une date.
En réalité, la journée du 26 juillet a été décisive. C'est dans cette journée-là que l'Autriche-Hongrie et l'Allemagne, sentant elles-mêmes la faiblesse du premier griel invoqué, gênées par toutes les représentations qu'il suscite, un peu inquiètes peut-être du mauvais etïet produit sur l'Angleterre par leurs misérables arguties, c'est dans cette journée-là que l'Autriche-Hongrie et l'Allemagne, en plein accord, amorcent un nouveau sujet de querelle, plus avantageux parce que la vérité sera plus ditficile à établir. Ce sujet de querelle est la mobilisation.
A des questions comme : l'Autriche-Hongrie a-t-elle provoqué la Serbie ?La Serbie s'est-elle soumise ? Toutes les Puissances ne peuvent que répondre par un double : oui. Mais quand il s'agira de savoir qui, de l'Autriche, de l'Allemagne ou de la Russie, a pris les premières mesures militaires, et les plus effectives, et les plus menaçantes, il est fort possible que l'Europe soit embarrassée, qu'il y ait matière à contestation, qu'il y ait doute. Il est fort possible même que les circonstances permettent, sans trop d'invraisemblance, de dénoncer comme offensives des précautions simplement prudentes. D'ailleurs, les règles très différentes appliquées dans les pays intéressés donnent un avantage marqué à l'Allemagne, car elle peut prendre une forte avance sans décréter la mobilisation. Ce prétexte est donc infiniment meilleur. Il permet d'embrouiller les res-
ponsabilités que le premier laisse trop aisément voir. Aussi les Empires du Centre l'adoplent-ils sans tarder. Ils l'adoptent dès le 26 juillet.
Or, à cette date, d'après le Livre Blanc lui-même, la Russie n'a fait de préparatifs qu'à Odessa et à Kief. Ils ne constituent donc, à aucun degré, une menace pour l'Allemagne. Et si c'est bien l'Autriche-Hongrie seule qu'ils l)euvent éventuellement viser, est-il admissible que l'Allemagne, à cette date, brandisse son épée pour l'amour de son alliée, sans qu'il y ait eu avec elle une entente préalable? Le comte Szapary ne semble, d'ailleurs ni surpris, ni inquiet en transmettant cette grave nouvelle. D'autre part, elle produit si peu d'impression sur le comte Berchtold qu'il n'y répond pas, ne la commente pas. Il l'enregistre. Il l'attendait. Elleétait dans le plan dressé par les deux chancelleries.
Hypothèse ? Non. Certitude. Les événements ne vont pas tarder à le prouver. Deux jours plus lard, en elFet, le •28 juillet, dans un moment où Sir Edward Grey se montre à la fois si pressant qu'il est malaisé de lui échapper, et si conciliant qu'il est plus malaisé encore de lui opposer un refus sec ; dans un moment où le Ballplatz se rend compte que, malgré la déclaration de guerre, l'ouverture des hostilités, l'envahissement prochain de la Serbie, la Triple Entente veut la paix et consentira dans ce but tous les sacrifices nécessaires, c'est l'Autriche-Hongrie qui reprend le prétexte de la mobilisation —, parce que celui-là prête à toutes les équivoques, facilite tous les mauvais coups, —et demande à l'Allemagne de renouvelei sa démarche du 20 !
306 l'auïricue a voull la ghande guerre
Le Gouvernement austro-hongrois a été informé, assure le comte Berchtold, que la Russie prend des mesures militaires dans les districts qui font face à la Monarchie dualiste. ((. Dans ces circonstances, je désirerais prier instamniLMit le Cabinet berlinois de considérer s'il ne pourrait pas faire observer amicalement à la Russie que la mobilisation des districts susdits équivaudrait à une menace dirigée contre l'Autriche-Hongrie, et que, par suite, si cette mobili sation s'efTectuail, la Monarchie, ainsi que son allié lEmpire d'Allemagne, seraient obligés d'y répondre par des mesures militaires extrêmes? Pour permettreà la Russie de se raviser, le cas échéant, plus facilement, il me paraîtrait indiqué qu'une telle démarche fût faite d'abord par l'Allemagne seule : mais, bien entendu^ nous serions prêts aussi à la faire à deux. Un langage net me semble être en ce moment le moyen le plus efficace pour que la Russie prenne conscience de toute la portée d'une attitude menaçante(').'i Le lendemain, 29 juillet, conformément à la prière du comte Berchtold, l'ambassadeur d'Allemagne à Petersbourg tenait « un langage net » à M. Sazonof. Il l'avertissait que si la Russie ne cessait pas ses préparatifs militaires son Gouvernement avait pris larésolulionde mobiliser (-)]».
(') Livre Rouge austro-hongrois, n° l^2.
La forme interrogative employée pour le comte Berchtold n'est qu'une hypocrisie ajoutée à bien d'autres. Il savait parfaitement que l'Allemagne pourrait faire celle obscrvalion, le 29, puisqu'elle l'avait déjà faite le 26, et qu'il en avait clé informé par son propre ambassadeur.
p) Livre Orange russe, n" 58.
l']t la mobilisation allemande, c'est la guerre. On avait eu soin de le dire dès le 20.
Avant d'entrer dans l'examen des négociations qui suivirent le rejet de la réponse seri3e, il était nécessaire de préciser la situation des deux groupes de Puissances et de marquer h grands traits la caractéristique de chacun d'eux. L'Angleterre, la Russie et la France, ([ui n'ont pas prévu les événements, sont divisées sur la manière d'en apprécier les conséquences pour chacune d'elles et d'y porter remède. Surtout elles ne s'estiment pas engagées au même degré. L'union entre elles n'existe que dans la volonté d'éviter la guerre, si c'est encore possible. L'Allemagne et l'Autriche-Hongrie, qui déclanchent les événements, ont pris grand soin de se mettre d'accord sur toutes les éventualités et se prêtent, réciproquement, pour déterminer le conflit, un appui sans réserve.
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