LE REPENTIR DE L AUTRICHE
Il reste à voir ce que nous apprend le IJnre Roiujc relativement à cette journée du 31, où le comte Szécsen l'ait, à Paris, «une démarche vague», et le comte Szapary.àPetersbourg,« une démarche précise. » Tout de suite, il nous faut constater (lu'cà cette date le Ballplat/. n'envoie d'instructions d'aucune sorte à Paris. Rien. Il n'envoie pas non plus d'instructions à Petersbourg relatives à un projet d'arrangement quelconque.
La clef du mystère serait-elle dans les rapports des ambassadeurs? Le 31 juillet, le comte Szécsen n'expédie qu'une seule dépèche, et elle est pour annoncer que l'Allemagne vient d'adresser un ultimatum à la Russie et que le baron de Schœn a donné dix-huit heures à la France pour déclarer si elle resterait neutre ('). Le l^"" août, il ne télégraphie pas du tout. Sans doute, estime-t-il que le résultat de sa démarche auprès de ^L Viviani, démarche dont il n'a pas parlé, d'ailleurs, ou, du moins, dont on ne nous dit rien, n'est pas impatiemment attendu à Vienne.
Quant au comte Szapary, il envoie deux dépêches le 31 juillet et une seule le 1" août. Dans la première, il annonce que l'ordre de mobilisation générale vient d'être donné en Russie (^). Dans la seconde, il informe le comte Berchtold qu'il avait, de son propre mouvement, dès le 29, repris les conversations dans le sens indiqué, « sans que les deux points de vue se fussent sensiblement rapprochés ».
double jeu qu'elle avait joué au comtnenccinent, et avec le nicine succès.
(') Livre Rouge aiistro hongrois, n° 5/|.
(^) Livre Rouge austro-hongrois, n° 5?..
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En outre, ajoute-t-il, avec une hautaine négligence, « la Russie a depuis lors décrété la mobilisation générale (') ». Dans la troisième, le 1" août, — par suite postérieure à la démarche précise qui lui est prêtée le 31, — il écrit qu'il a détrompé M. Sazonof au sujet d'un prétendu refus de continuer les négociations. « Votre Excellence, lui dis-je, était non seulement prête à négocier avec la Russie sur les bases les plus larges, mais elle était en particulier disposée à soumettre le texte de la Note à une discussion, dans la mesure où il s'agirait d'en interpréter le sens ».
Interpréter le sens d'un texte, ce n'est pas en discuter la substance. Le seul article qui, par sa rédaction, prêtât à un malentendu, l'article 5, avait été interprété déjà. Le sens des autres était fort clair. La Russie, encore un coup, ne demandait pas à comprendre ; elle demandait à modifier.
Au surplus, redoutant d'avoir fait une concession excessive, le comte Szapary s'empressait d'ajouter qu'il ignorait la situation créée à Vienne parla mobilisation générale russe, qu'il devait en faire « complètement abstraction, en interprétant les instructions expédiées avant cet événement ».
A cette offre dérisoire, M. Sazonof aurait répondu que « c'était avec satisfaction qu'il prenait acte de cette preuve de bonne volonté. Toutefois, il voulait attirer mon attention sur ce point que, pour des raisons faciles à deviner, des négociations à Saint-Pétersbourg lui paraissaient promettre moins de résultats que si elles étaient entamées sur
(') Livre Rouge austro-hongrois, n° 55.
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un terrain neutre, à Loiuires. Je répliquai que Votre Excellence, ainsi que je le lui avais déjà exposé, se plaçait à un point de vue difTérent et désirait que l'on prît directement contact à Sainl-Pctersbourg (') ».
C'est tout. C'est la dernière dépêche, el elle ne dit rien d'autre.
Dans sa conversation avec le minisire russe, le comte Sza pary se garde aussi soigneusement (juele comte Bcrchtold dans sa conversation avec M. Schébéko, de formuler aucune proposition ferme el sérieuse. Cependant c'est apparemment à la suite de celle entrevue que M. Sazonof télégraphie à Londres que l'Autriche-Hongrie est disposée à discuter la substance de l'ullimalum. Et le raisonnement qui s'applique à M. Schébéko s'applique avec plus de force 1 encore à son chef. Si M. Sazonof pouvait avoir un autre intérêt (juele maintien de la [)aix, il serait de dissimuler les avances qui lui ont été faites. Il ne saurait être, en aucun cas, d'imaginer qu'on lui a adressé, à un moment quelconque, des propositions conciliantes, car on pourrait toujours lui supposer une part de responsabilité dans leur échec.
Pour mettre le comble à ces obscurités, la dépêche du comte Szapary précise que c'est le 1"^ août qu'il a eu ce entretien avec M. Sazonof, et c'est le 31 juillet que ce dernier a télégraphié !
Je ne me chargerai pas de dissiper ces ténèbres, de trouver le sens de celte manœuvre austro-hongroise, commencée à Vienne, continuée à Pelersbourg, et sur laquelle il est vraisemblable que la lumière se fera tôt au tard II me sufTit de
(') Lh're Rouge nusfro hnn'jrots, n° 56.
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retenir que les textes démentent catégoriquement qu'il y ait eu, soit le 30 juillet, soit le 31, soit le P'' août, une démarche conciliante de la part de l'Autriche-Hongrie.
La vérité est, du reste, qu'elle aurait pu se donner cet avantage sans que la guerre, qu'elle désirait si passionnément, fût évitée ou même retardée; car la question de la mobilisation, soulevée dès le 26juillet par l'Allemagne, avait pris le 29 un caractère aigu. Le 30, le bruit de la mobilisation générale courait à Berlin; le 31, l'armée allemande fermait les ponts de Schengen et de Remich sur la Moselle, et le Kriegsgefahrzustand était proclamé. Dans la soirée, à sept heures, un ultimatum insolent était lancé à la Russie « Les dés de fer étaient jetés », comme l'avait si joyeusement constaté la presse viennoise. L'eût-elle voulu, il n'appartenait plus à l'Autriche-Hongrie de sauver la paix.
Mais, il convient de le dire pour que les responsabilités soient justement réparties, elle ne l'a pas voulu (').
(') M. Gabriel Hanotaux écrit dans son Hisloirc de la guerre : « Comment concilier ce travail fébrile des ultimatums et des préparatifs menaçants, avec l'essai de conciliation tenté in extremis par l'Autriche-IIongrie à Saint-Pétersbourg et à Paris ?
« On croit, en général, à la sincérité de l'Autriche. II est possible, en effet, il est probable que le comte Berchtold, en présence de l'altitude imprévue, pour Vienne et peut-être même pour Berlin, de la Russie et de l'Angleterre, ait eu le sentiment du péril auquel il exposait la monarchie dualiste, et qu'il se soit accroché au dernier espoir d'arrêter les événements. Mais il semble plus probable que, ce que l'on espérait surtout, c'était tenir en suspens les résolutions de l'Angleterre ». Histoire Illustrée de la guerre de 191^, t. II, p. i68, Quelle que soit l'opinion générale, il ne peut y avoir doute,
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CUAPITUE VI
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ÎT^T il n'est pas vrai non plus, — c'est l'autre roman, ~ . J que l'Allemagne, à aucun moment, ait prononcé des paroles vigoureuses ou lait un geste énergique pour obtenir de l'Autriche-Hongrie une concession de quelque ordre qu'elle soit. Certes, M. de Betlimann-Holhveg, M. de .Tagow,M.Zimmermann, et, à leur suite, tous les écrivains allemands, ont, dès la première heure, affirmé, affirment encore avec une inlassable ol)stination que, pendant toute la période de crise diplomatique, Berlin n'a cessé de donner à Vienne des conseils de sagesse, de prudence, de modération. C'est le leit-motiv de tous les discours du Chancelier. Mais, en dépit de ces multiples affirmations, on doit refuser de le croire. Et la raison de ce scepticisme est excellente. Cette raison est que l'on ne trouve aucune trace, même légère, de semblables conseils dans les Livres Diplomatiques des deux Empires germaniques. Rien dans le Livre Blanc. Rien dans le Livre Rouge.
De même que si l'Autriche-Hongrie avait, en tin de
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compte, le 30 ou le 31 juillet, tenté quelque démarche susceptible d'éviter la guerre, elle l'eût dit dans le Livre qui expose sa politique, elle en eût revendiqué le mérite, le bénéfice et la gloire ; de même, si l'Allemagne avait mis son influence à Vienne au service de la paix, il en eût fourni des preuves. On ne comprendrait pas qu'il ait publié un recueil de 75 pages, avec toutes sortes de pièces, de notes, d'annexés et qu'il n'y ait pas réservé à tout le moins une petite place aux dépèches où s'attestaient sa résolution pacifique et sa bonne foi. Toutes les protestations officielles ou officieuses prodiguées pendant la première année de guerre tombaient donc dans le vide et l'évidence de leur fausseté ne laissait point que de produire une impression lâcheuse dans le monde.
M. de Bethmann-HoUweg s'en est avisé à la longue et a tenté d'y remédier. Dans son discours au Reichslag d'août 1915, — exactement un an après la déclaration de guerre et la publication du Livre Blanc, — il a lu une dépêche adressée par lui à l'ambassadeur d'Allemagne à Vienne, où il rappelle rudement f Autriche-Hongrie au sentiment de ses devoirs. Cette dépèche, dont la censure du Gouvernement ou des agences d'information n'a pas permis la publication en France, est ainsi conçue :
<( Berlin, 29 juillet.
« A. M. de Tchirsky.
« Le rapport du comte de Pourtalès n'est pas d'accord avec le récit que Votre Excellence a donné de l'attitude du Gouvernement austro-hongrois.