UN AUTRE ROMAN
(licloire, ataxique (') ». C'est là seulement reculer la difïiculté, car la justesse de cette appréciation aurait aussi grand besoin d'être démontrée.
Nous pensons, nous, tout au contraire, que cette pièce est une pièce forgée. Quelle que soit la date qu'on lui assigne, elle cadre toujours aussi mal avec les documents certains et avec les laits.
Veut-on admettre la date du 29 ? La veille, dans un entretien avec M. Jules Cambon, M. de Jagow avait manifesté une telle répugnance contre toute démarche à Vienne, que notre ambassadeur proposait de le mettre au pied du mur en lui demandant d'apporter lui-même une formule. D'une part, dans un entretien avec Sir E. Goschen, M. de Bethmann Holhveg assurait modestement qu'il faisait « de son mieux pour amener les Cabinets de Petersbourg et de Vienne à examiner la situation directement et d'une manière amicale (-).
Dans la journée mêmedu 29 juillet, M. de Jagow se borne à dire h M. Jules Cambon, à propos des conversations directes, qu'il a « demandé à Vienne d'entrer dans cette voie ». Mais la nouvelle conversation de M. de Bethmann- HoUweg avec l'ambassadeur d'Angleterre est plus intéressante et significative. Le Chancelier expose sa politique, raconte ses démarches. Il vient, dit-il, de tégraphier à Vienne pour dire qu'il comprend parfaitement que TAutriclie-Hongrie exige des garanties de la Serbie, mais
(') Progrès de Lyon, 3o août 1916.
(^) Dépêche de Sir E. Gosclien. Correspondance brilawdque,
B6d LAtltKicHE À VOI LU i,A GRANDE GlËHKE
(( qu'il élait à présumer que les hostilités qui étaient sur \é point d'être entreprises avaient exclusivement pour objet de s'assurer ces garanties, étant donné que le Gouvernement autrichien avait déjà affirmé au Gouvernement russe n'avoir pas de visées territoriales. Il a conseillé au Gouvernement austro-hongrois de parler en ce sens, si la manière de voir indiquée ci-dessus est exacte (') ». Cette dépêche a-t-elle été ou non envoyée ? Ce qui est certain, c'est qu'elle ne figure ni dans le Liure Rouge, ni dans le Liure Blanc. Ce qui est certain aussi, c'est que le Chancelier affecte de prendre des précautions infinies pour parler à i\ l'Autriche, qu'il prétend même ne pas connaître ses n intentions, qu'il se contente de les présumer, et qu'il ne lui donne de conseils que sous la réserve d'avoir bien interprêté ses désirs. Ce qui est certain également, c'est qu'il ne fait pas la moindre allusion à un télégramme comminatoire relatif à la reprise des conversations directes.
Au surplus, dans celte même journée du 29 juillet. Sir E. Goschen ne voit pas seulement le Chancelier. Il voit aussi une seconde fois le Secrétaire d'Etat et ce dernier lui tient alors des propos absolument inconciliables avec l'envoi de cette rude dépêche, a J'ai trouvé aujourd'hui le Secrétaire d'Etat très déprimé, écrit l'ambassadeur anglais. Il m'a rappelé qu'il avait dit, l'autre jour, avoir été très circonspect dans ses conseils à Vienne, car la moindre idée de pression eût été de nature à leur 'faire précipiter les
(') Dépèche de Sir E. Goschen. Correspondance britannique, n* tS.
ijN ALTUE UOMAN 3G1
ciwses et à nous mettre en face d'un fait accompli. C'est ce qui est maintenant arrivé en réalité ; et il ne se sent pas bien sur que sa communication de votre suggestion que la réponse serbe offrait une base de discussion n'a pas hâté la déclaration de guerre ('). »
L'Autriche est si terriblement ombrageuse que la simple « communication d'une suggestion » Ta déterminée à un acte aussi grave qu'une déclaration de guerre, et l'homme d'Etat qui sait cela, l'homme d'Etat qui vient d'éprouver cette eft'royable susceptibilité commettrait à son tour la folie, à celte heure même, de provoquer jusqu'à l'exaspération, d'exciter jusqu'au délire ce grand pays exacerbé, en lui adressant d'un ton si âpre une sommation si catégorique ! Devant quel épouvantable fait accompli l'Autriche ne va-t-elle pas mettre le monde quand elle recevra ce sévère avertissement ?
Or, ce n'est pas seulement M. de Jagow qui s'est rendu compte des ménagements infinis nécessaires avec la Monarchie alliée. M. de Bethmann-Holhveg pense exactement comme lui à cet égard. Le 30 juillet, il déclare qu' « il n'est pas certain de n'avoir pas été trop loin en conseillant fortement la modération à Vienne, ce qui cuirait plutôt précipité les événements (') ».
De deux choses l'une : ou chancelier et ministre mentent
(') Dépêche de Sir E. Goschen. Correspondance britannique, n" -6.
(-) Dépêche de Sir E. Gosclicn. Correspondance brllannique, n° 107.
^62 l'autrighe a voulu la grande uuêrré
effrontément quand ils affirment que l'Autriclie-Hongrie ne veut subir de pression d'aucune sorte et mettrait le feu à l'Europe plutôt que d'écouter un sage et ferme conseil, ou ils n'ont pas envoyé la dépêche avec laquelle ils cherchent maintenant à couvrir leur responsabilité. Ils ne peuvent pas concilier ces deux affirmations.
La vérité est que, pour de tout autres raisons que la susceptibilité maladive prêtée à la monarchie dualiste, ils ne lui ont à aucun moment adressé cette sommation. Une lecture attentive du Livre Rouge ne permet point de doutes à cet égard.
Rien, ainsi qu'on l'a observé déjà, de plus tranquille, de plus ferme, de plus uni que l'attitude du comte Berchtold pendant ces quatre journées décisives du 28, du 29, du 30 et du 31 juillet. Le 28, il repousse d'un geste calme la proposition de Conférence de Sir Edward Grey (') et la proposition de conversations directes de M. Sazonof (-). Puis, comme on active le foyer, les fers étant au feu, il demande à l'Allemagne d'intervenir à Petersbourg pour obtenir l'arrêt de la mobilisation russe (^). Le 29, après avoir, avec une impertinence un peu lourde, conseillé à l'Angleterre d'user de son influence sur le Gouvernement russe en vue du maintien de la paix {*), il avise la Wilhelmstrasse que l'Aulriche-Hongrie va procéder à une
(') Livre Rouije auslro-hongrois, n° 38. (-) Livre Bouye austro-hongrois, n°4o.
(^) Livre Rouge auslro-hongrois, n° [\i. (^) Livre Rouge auslro-hongrois, n° kk-
mobilisation générale et propose, sans paraître craindre
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expliquer la Note, mais non pas à y rien changer. An reste,
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dépêche de M. deBethmanr - .
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