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CHAPITRE m

L'ATTITUDE DE L'ALLëaîAGNE

C'est là une proposition ferme et précise. Aussi l'accueil qui lui est réservé par les diverses chancelleries vautil d'être retenu. Tout de suite, la France accepte, et Sir Francis Bertie informe le Foreign Office que M. Paul Cambon a reçu des instructions dans ce sens ('). De même, l'Italie C).

Mais l'Allemagne, elle, élève des objections. M. de Jagow estime que la Conférence « équivaudrait en pratique à une cour d'arbitrage, et, à son avis, ne saurait être convoquée qu'à la requête de l'Autriche et de la Russie. »

Il a déclaré, écrit Sir E. Goschen à Sir Edward Grey, le 27 juillet, « ne pas pouvoir se rallier à votre proposition, malgré son désir de coopérer au maintien de la paix. J'ai répondu que votre idée n'avait rien à faire avec un arbitrage, mais voulait que les représentants des quatre nations

(') Correspondance britannique, n° l\2.

(*) Correspondance britannique, n" 49-

l'attitude di: î/ali.umagne 387

non directement intéressées discutent et proposent des moyens d'éviter une situation dangerereuse. Il a maintenu, toutefois, qu'une Conférence telle que celle proposée par vous n'était point réalisable ».

Du reste, a ajouté le ministre allemand, à quoi bon une conférence, puisque des conversations directes sont engagées entre Vienne et Petersbourg ? C'est un procédé bien plus efficace. «Le mieux serait d'attendre ce qui sortira de l'échange de vues entre les Gouvernements autrichien et russe ('). »

M. de Jagow, qui est cependant prévenu par l'Autriche- Hongrie ne veut rien concéder, feint encore d'avoir confiance dans les conversations directes. Mais, non sans habilité, en même temps qu'il s'efforce de rassurer l'Angleterre, il prépare le prétexte qui rendra le conflit armé inévitable : le prétexte de la mobilisation. L'Autriche, certes ne procé-

(^) Correspondance britannique, n* 43.

A celle même date du 37 juillet où M. de Jagow, dans ses conversations avec l'ambassadeur d'Angleterre et l'ambassadeur de France, exprimait sa confiance dans le bon succès des conversations directes, le sous- secrétaire d'Etat Zimmermann laissait entrevoir au baron Beyens, ministre de Belgique — pour l'éprouver peut-être ou l'intimider — les plu-* redoutables éventualités. « Si la Russie mobilise son armée, disait-il, nous mobiliserons immédiatement la nôtre, et alors ce sera la guerre générale, une guerre qui embrassera toute l'Europe Centrale, et même la péninsule balkanique, car les Roumains, les Bulgares, les Grecs et les Turcs ne pourront pas résister à la tentation d'y prendre part les uns et les autres. » Second Livre Gris belge, n" 10.

dait, déclare-t-il, qu'à une mobilisation partielle. Mais si la Russie mobilisait contre l'Allemagne, c'est-à-dire sur le front oriental, l'Allemagne devrait mobiliser à son tour.

Cette réserve, à la vérité, n'était pas en soi fort inquiétante, car le Foreign Office savait que la Russie n'avait aucune intention de mobiliser contre l'Allemagne. Le danger commençait avec cette observation de M. de Jagow « que le système de mobilisation de la Russie était chose si compliquée qu'il pourrait être difficile de se rendre compte d'une manière exacte de la localisation de la mobilisation, que, par suite, l'Allemagne aurait à faire la plus grande attention pour ne pas se laisser surprendre (*).

Dans un entretien qu'il eut, le 27 juillet, avec M. de Jagow, M. Jules Cambon lui demanda, à son tour, si l'Allemagne se croirait obligée de mobiliser dans le cas où la Russie ne mobiliserait que sur la frontière autricbienne ?

(t n m'a répondu que non, écrit notre ambassadeur, et ma autorisé formellement à vous faire connaître celte restriction ». Dépêche à M. Bienvenu-Martin. Livre Jaune, n" 67.

On sait que trois jours plus lard, le même M. de Jagow déclarait à M. Jules Cambon que la mobilisation russe « sur la frontière autrichienne » pourrait entraîner par contre-coup la mobilisation allemande. Et sur l'objection qu'il avait dit lui-même que l'Allemagne ne se considérerait comme obligée de mobiliser que si la Russie mobilisait sur le front oriental, ce dont il n'était pas question, M. de Jagow répondit 4 que c'était vrai, mais que les chefs de l'armée insistaient, car tout retard était une perte de force pour l'armée allemande, et cjue les paroles que je rappelais ne constituaient pas un engagement ferme ». Livre Jaune, n 109.

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Rien n'était donc moins satisfaisant que Taccueil de la Wilhclmstrasse à la ino[)Osilion du /-o/t/V//î Office. iVesl sur cet écliec que se termine la journée tlu 27 juillet,

A la vérité, le prince Lichnowsky avait prononcé, lui, des paroles qui laissaient subsister quelque espoir. Il avait déclaré à Sir Edward Grey que Berlin acceptait u en principe » la médiation des quatre Puissances ('). Mais, une fois de plus, soit par ignorance des intentions réelles de son Gouvernement, soit par duplicité, l'ambassadeur d'Allemagne à Londres donnait une indication absolument inexacte. C'était la version de Sir E. Goscben qui était la vraie, version confirmée, d'ailleurs, par M. Jules Cambon C^), \yM- l'ambassadeur d'Italie à Berlin ('), et par l'ambassadeur austro-bongrois lui-même (*).

P) « M. de Jagow m'a répondu, comme il l'avait fait à l'aïubassadeur d'Angleterre, qu'il ne pouvait accepter la proposition de charger les ambassadeurs d'Italie, de France et d'Allemagne de chercher avec Sir Ed. Crey les moyens de résondre les difficultés actuelles, parce que ce serait instituer une véritable Conférence pour traiter des affaires de l'Autriche avec la Russie ». Dépêche de M. J. Cambon h M. Bienvenu-Martin. Livre Jaune, n" "f^.

(') Correspondance britannique, n° Go.

(^) Le comte Szogyény télégraphiait, le 28 juillet, de Berlin au comte Bcrchtold : « La proposition de médiation faite par l'Angleterre, d'aprîs laquelle rAlIcmagne, l'Italie, l'Angleterre et la France se réuniraient dans une Conférence à Londres, a été rejeice par l'Allemagne, qui allègue qu'il lui est impossible de citer son alliée devant un tribunal européen, dans son différend avec la Serbie ». Livre Rouge auslro-Iiongrois, n" ,"^5.

Toutefois, si M. de Jagow rejetait l'idée d'une Conférence, il manifestait cependant le plus vif désir de coopérer au maintien de la paix. Pour peu qu'il fût sincère, toute chance n'était donc pas perdue. Etant d'accord sur le fond, on arriverait sans aucun doute à se mettre d'accord sur la forme. Ce serait même d'autant plus facile que la Triple Entente était toute disposée à accepter celle qu'on lui suggérerait ('). L'horizon était sombre. Mais une petite lumière brillait du côté de l'Allemagne.

(') « Aujourd'hui encore, l'Europe attend vainement la réponse de Jagow. Grey insista. Deux ou trois fois il fit demander à Jagow de lui indiquer la forme qu'il préférait, et que, par avance, toutes les Puissances acceptaient. Tout fut vain. Aucune réponse ne parvint de la "Willielmstrasse. Le Livre Blanc confirme que l'on acceptait l'idée de la proposition de Grey. Mais il ne dit pas que cette idée eût pu être exprimée dans la forme même suggérée par l'Allemagne, si celle-ci avait fait une proposition quelconque. Celte proposilion, elle ne l'a pas faite. N'est-ce pas une preuve accablante )) ? J'accuse par un Allemand. Traduction Française, p. 119.

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