‹ L'Autriche a voulu la grande guerreChapitre 70 sur 84 · L'ATTITUDE DE L'AUTRICHE · texte numérisé non relu

L'ATTITUDE DE L'AUTRICHE

RESTAIT l'Autriche.

Son attitude est tout de suite très nette. Elle se refuse à toute intervention. Le comte Mensdorff, dans un entretien qu'il a, le 27 juillet, avec Sir Edward Grey, lui dit d'un ton très haut que l'Autrichc-Hongrie veut « des satisfactions sans équivoque pour le passé et des garanties pour l'avenir » .

Le ministre anglais ne cache pas sa déception que l'on traite la réponse serbe a comme si elle était absolument négative ». Il avait pensé, dit-il, qu'elle pourrait « fournir une base sur laquelle les quatre autres Gouvernements élaboreraient un arrangement satisfaisant », à la condition que, dans l'intervalle, la Russie et l'Autriche s'abstinssent de toute opération militaire. La situation était assez grave pour que l'on n'agît pas avec légèreté. Le fait que la flotte anglaise reste concentrée est un symptôme de l'inquiétude générale. « Le but de son projet de Conférence, termine-t-il, serait de conjurer, si possible, une collision

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entre les Grandes Puissances. Mais si la Russie mobilise et que l'Allemagne entre en scène, la Conférence tombe d'elle-même (').

Ce résumé est du comte Mensdorff. On a quelque peine à le croire parfaitement exact. Ce n'était pas du tout l'opinion du ministre anglais que le projet de Conférence dût tomber au cas où la Russie mobiliserait. C'était bien plutôt, au contraire, en vue de cette éventualité que le projet avait été conçu. La mobilisation était le signe auquel la Grande- Bretagne reconnaîtrait, — bien tardivement, d'ailleurs, — que la paix du monde se trouvait en sérieux péril. Dans la longue dépêche à Sir M. de Bunsen ou Sir Edward Grey rapporte à son tour sa conversation avec le comte MensdorlT, il ne dit rien de semblable Q). Sur ce point, tout au moins, l'ambassadeur austro-hongrois a dû se méprendre.

Beaucoup plus topique est la réponse du comte Berchtold à l'ambassadeur anglais à Vienne. — J'ai dit, écrit Sir M. de Bunsen, que « vous aviez des espérances que des conversations à Londres entre les quatre Puissances moins directement intéressées seraient susceptibles de mener encore à un arrangement que le Gouvernement austro-hongrois pût accepter comme satisfaisant et de nature à obvier à la nécessité d'hostilités effectives. J'ai ajouté que vous avez juué que la réponse serbe allait fort loin dans le sens d'accéder à ce qu'il y a de juste dans les demandes de l'Autriche- Hongrie; que vous pensez quelle constitue une base con-

(') Livre Rouge aastro-hongrois, n" 38.

(^j Correspondance brilanniqne, n" l\S.

l'attitude de 1,'ALTniCHE 393

venable pour une discussion pcntlnnl hujuelle les opérations belliqueuses pourraient rester en suspens d.

A la question ainsi posée, que va répondre le comte Berchtold? — « Le ministre des Affaires Etrangères a déclaré avec calme, mais avec fermeté, ne pouvoir accepter aucune discussion sur la base de la Xote serbe, que la guerre serait déclarée aujourd'hui, et que l'on pouvait tenir pour garants que cette guerre est à la fois juste et inévitable, et le caractère de l'Empereur, notoirement pacifique, et, il se permettait d'ajouter, son propre caractère aussi conciliant (') .»

Le refus est catégori(iue. Et l'on ne saurait prétendre que, peut-être, Sir M. de Bunsen en a, dans une mesure quelconque, exagéré la raideur. On possède sur ce point un témoignage irrécusable : celui du comte Berchtold en personne. Il rapporte, lui aussi, dans une dépêche au comte MensdorfT, sa conversation avec l'ambassadeur de Grande-Bretagne, et non seulement le sens de ses déclarations est le même que dans le récit de Sir M. de Bunsen, mais encore les précisions qu'il fournit nous révèlent que le diplomate anglais est allé dans la voie des concessions plus loin qu'il ne le dit à son ministre, qu'il a admis, par exemple, que, s'il était impossible d'empêcher les hostiles d'éclater, on s'efforçât tout au moins de prévenir une collision sanglante, « en permettant aux Serbes de se retirer sans accepter la lutte ».

De même, il ne se serait pas borne à proposer que la

(^) Drpcclic (1c Sir M dcHiinson, Cor;T</)o;i'/a.'!re 6r(V'inn;'y»c, n^fia.

Noie du Gouvernement de Belgrade servît de base à la discussion, il aurait encore promis que le Royaume-Uni userait de son influence pour assurer le succès des réclamations autrichiennes.

Sir M. de Bunsen, qui avait pour l'Autriche-Hongrie, comme beaucoup de ses compatriotes, infiniment plus de sympathie que pour la Serbie, et pour la Russie, était donc allé à l'extrême limite de ce que l'interprétation la plus large de ses instructions lui permettait. Il n'en avait pas obtenu meilleur succès. Le comte Berchtold s'était refusé à toute concession dans les termes les plus coupants. « Quanta Vidée d'une transaction sur la Note serbe, je suis obligé delà rejeter {^). »

Pour des raisons différentes, la proposition anglaise, acceptée par la Russie, appuyée par la France et l'Italie, était donc rejetée : à Berlin, parce qu'on ne la jugeait pas compatible avec les égards dus à une grande Puissance comme l'Autriche-Hongrie, car on s'y préoccupait de la dignité de la Monarchie danubienne plus que le Ballplatz lui-même ; à Vienne, parce que l'on n'estimait pas l'humiliation de la Serbie assez profonde.

') Livre Rouge auslro-hongrois, n" /ji.

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