CHAPITRE VII
T.A PATIENCK RUSSF.
|n regard de la politique austro-allemande, il convient d'exposer avec quelque détail, la politique de la Triple Entente. En Russie, M. Sazonof ne se départ pas un instant de son attitude conciliante. Il suffît pour le constater de se reporter au Livre Orange, qui n'est contredit sur aucun point par le Livre Rouge ou le Livre Blanc, et qui est confirmé sur tous les points par le Livre Jaune et la Correspondance britannique.
Dès le 25 juillet, M. Sazonof adresse un appel à l'Italie, alliée de l'Allemagne et de l'Autriche et lui demande d'user de son influence en faveur de la paix (*). Le 26, il formule sa proposition de conversations directes (^). Le 27, il apporte son adhésion au projet de Conférence de Sir Edward Grey, « si des explications directes avec Vienne se trouvaient irréalisables)), et ajoute que, d'ailleurs, il accepte tout projet « de nature à résoudre favorablement le
(') Livre Orange russe, n° 2 3.
(*) Livre Orange russe, n° a5.
conflit ('). Le 28, il presse le Forcicjn 0///rc d'exercer « une action médiatrice {^) )k Le 29, il propose à Berlin de combiner, dans une action parallèle, les pourparlers delà Conlerence à quatre et le contact direct entre l'Autriche-Hongrie et la Russie (').
Quelques heures plus tard, informé que le Cabinet de Vienne se refuse h causer avec le Cabinet de Pelersbourg, il écrit aux ambassadeurs russes à Londres et à Paris : « Il ne nous reste plus qu'à nous en remettre entièrement au Gouvernement britannique pour l'initiative des démarches qu'il jugera utile de provoquer (♦) ». Cette dépêche de M. Sazonof porte la même date que la Mémoire du Comte Berchtold. Ces deux pièces suffisent à juger les deux politiques.
Encore le Livre Orange ne dit-il pas tous les elTorts et toutes les concessions de la Russie. Dans une dépêche de Sir G. Buchanan, en date également du 29 juillet, on voit, en effet, que M. Sazonof, qui a pris pleine conscience de l'imminence du péril, va plus loin que Sir Edward Grey lui-même. Si, dans la Conférence, on jugeait à propos
(') Livre Orange russe, n° 82.
(^) Livre Orange russe, n° l\H.
A celle (laie, l'ambassadeur de Russie ?i Vienne ayant appris que le Ballplatz refusait de régler le conflit an moyen d'une conversation avec Pelersbourg, disait de son côlé à Sir M. de Bunsen qu'une (conférence à Londres oll'rait « la seule perspeclive de préserver la paix de l'Europe ». Correspondance britannique, n° 7A.
(^) Livre Orange russe, n° Ixg.
^•j Livre Orange russe, n° 58.
408 l' AUTRICHE A VOILL' LA GHANDE GUERRE
d'admettre l'ambassadeur d'Autriche, — et non celui de Russie, — il s'inclinerait encore. « Tout arrangement, dit-il, accepté par la France et par l'Angleterre, lui serait acceptable 0) >.
En Angleterre, la volonté de trouver une solution pacifique n'est pas moins manifeste. On a vu que M. de Jagow avait repoussé le projet de Conférence sous le prétexte que les droits de l'Autriche ne pouvaient être soumis à un arbitrage. — Qu'à cela ne tienne, répond Sir Edward Grey, le 28 juillet, il n'y aura point arbitrage. On procédera seulement à un examen privé où « aucune suggestion ne serait avancée avant qu'on ne fût assuré qu'elle serait acceptable pour l'Autriche et la Russie (-) ».
(') Correspondance britannique, n° 78.
A la môme date, M. Paléologue écrivait: « Dès maintenant, je suis en mesure d'assurer à Votre Excellence que le Gouvernement russe acquiesce à toutes les procédures que la France et l'Angleterre lui proposeront pour sauvegarder la paix ». Livre Jaune, n° 86.
De son côté, Sir M. de Bunsen écrivait, le 29 juillet, de Vienne: u L'ambassadeur allemand fait semblant d'être surpris que la Russie attache tant d'importance aux affaires serbes. Mes collègues, aussi bien le russe que le français, lui ont parlé aujourd'hui. L'ambassadeur russe a exprimé l'espoir qu'il serait encore possible d'arranger les choses et a expliqué qu'il était impossible à la Russie de faire autrement que de s'intéresser à la dispute actuelle. La Russie, a-t il dit, avait déjà fait ce qu'elle avait pu à Belgrade pour amener le Gouvernement serbe à accepter les principales demandes de l'Autriche dans un esprit favorable ; si on s'adressait à la Serbie d'une manière convenable, il pensait qu'elle irait encore plus loin dans ce sens. » Correspondance britannique. n° 94.