CHAPITRE PREMIER
L'OPTIMISME EUROPEEN
C'est une opinion fort accréditée que l'Autriche Hongrie, tout en partageant avec l'Allemagne la responsabilité de la guerre, ne l'a pas précisément voulue ; qu'elle a cherché surtout un accroissement de prestige, une victoire diplomatique; que, dans ce but, elle a « bluffé » delà façon la plus audacieuse ; et qu'enfin, lorsqu'il lui est apparu, le 30 et le 31 juillet, qu'elle ne triompherait pas sans recourir aux armes, elle a reculé devant cette extrémité redoutable et s'est montrée disposée à traiter. Mais trop tard. L'Allemagne, saisissant le prétexte que lui avait off'ert son alliée, avec une si folle imprudence, l'entraînait après l'avoir soutenue. L'ultimatum envoyé par la Wilhelmslrasse à la Russie déterminait le conflit au moment précis où le Ballplatz s'eff"orçait de l'éviter.
Cette thèse s'appuie moins sur des laits que sur des impressions. Les faits se réduisent à deux. Alors que l'Allemagne a déclaré la guerre à la Russie le P' août, et à la France le 3, l'Aulriche-Hongrie n'a déclaré la guerre à la Russie que le 5 et a maintenu son ambassadeur à Paris jusqu'au 12.
Toutefois, pour accorder à ce double retard une signification, il faut admettre que l' Autriche-Hongrie pouvait rester étrangère à la guerre par elle-même provoquée — volontairement ou non — et laisser l'Allemagne seule en face des Puissances de la Triple-Entente.
Personne ne soutiendra cela. En réalité, son apparente hésitation n'a été fort probablement rien de plus qu'une manœuvre assez grossière destinée à impressionner les neutres d'une façon favorable.
Quant au second fait, à la proposition conciliante, transmise à M. Sazonof, le 31 juillet, de permettre que la Russie discutât le fond même de la note à la Serbie, — ce à quoi Vienne s'était jusqu'alors refusée de la façon la plus nette, la plus brutale, — il mériterait, certes, une discussion, s'il était réel. Il ne l'est pas, et je l'établirai en le discutant à sa date.
Ces deux faits écartés, il ne reste rien de précis qui permette de penser que l' Autriche-Hongrie n'avait pas l'intention d'aller jusqu'à la guerre. Et, tout de même, on lui accorde généralement le bénéfice de cette circonstance atténuante. On reconnaît volontiers qu'elle a été maladroite, hypocrite, excessive. Mais on s'empresse d'ajouter qu'elle a été dupe aussi et, dans quelque mesure, victime
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(les manigances de Berlin. L'empereur François-Joseph n'était-il pas, depuis un dcmi-siccle, le modèle des monarques pacifiques ? Comment supposer que ce vieillard, après une vie pleine de si tragiques épreuves, ait voulu mettre le feu à l'Europe pour éclairer son agonie et sa tombe? Comment supposer que, frappé par tant de malheurs, il n'ait pas répandu sur le monde un peu de la pitié qu'il s'inspirait, sans doute, à lui-même? Il avait tant vécu, tant subi, si longtemps régné qu'il semblait sage, sympathique, vénérable. Et il était le Maître. Sous des formes vaguement parlementaires, l'Autriche-Hongrie est restée un pays d'absolutisme. D'ailleurs, rien de moins belliqueux, de moins agressif, de plus diflérent du Junker prussien que le Viennois léger, rieur, élégant. Les plus soupçonneux parmi nos patriotes, ceux même qui, sans se lasser, à tout propos, dénonçaient le danger allemand, n'étaient pas sans bienveillance pour la monarchie dualiste. On croyait bien qu'elle suivrait, à l'occasion, sa provocante Alliée, mais à contre-cœur, et parce qu'elle n'oserait se dégager.
Certes, on n'ignorait pas ses sentiments à l'égard de la Serbie et ses ambitions en Orient. Toutefois, on en redoutait peu les suites. Elle se trouvait en opposition si souvent, depuis tant d'années, — particulièrement depuis la chute de son féal ami le roi Milan, — avec son petit voisin slave, que l'Europe, même l'Europe diplomatique, avait cessé de s'en émouvoir. Tant bien que mal, les choses s'arrangeaient toujours. On ne se préoccupait guère que la justice en soultrîl ici ou là. On ne prenait même pas garde
que les haines exaspérées, des deux côtés de la frontière, en viendraient sûrement un jour à se traduire par des excès dont les conséquences seraient redoutables. Que les Serbes fussent froissés, lésés, humiliés, menacés, cela paraissait à la fois fâcheux et inévitable, normal. On s'y faisait. On espérait bien qu'ils s'y feraient aussi, à la longue. Et puisqu'on n'avait rien de sérieux à craindre tant qu'ils se soumettaient ; on comptait volontiers qu'ils se soumettraient éternellement, tous.
Quant au Drang nach Osten, c'était moins un projet qu'un vœu, c'était un rêve plus qu'une politique. On était, dans tous les cas, persuadé que l'Autriche-Hongrie n'aurait pas l'imprudence de se mettre en marche avant d'être assurée qu'elle le pouvait sans aucun péril pour la paix. Et comme, en l'état actuel des forces de l'Europe, elle n'avait pas cette assurance, comme elle avait bien plutôt l'assurance contraire, il était clair qu'elle ne bougerait pas. Au surplus, elle allait avoir un pas si difficile à franchir que l'on se fût volontiers apitoyé sur son compte. A la mort proche, selon toutes probabilités, de François- Joseph, co^nment s'opérerait la liquidation de l'Empire des Habsbourg? Là était le vrai problème. Là seulement. Jusque-là, les appréhensions étaient vaines.
11 y avait des raisons de penser autrement; mais on les négligeait.
A la vérité, rien n'autorisait à craindre que la Serbie se fît tout à coup provocatrice. Elle venait d'être éprouvée par deux guerres. Ses victoires lui coûtaient cher en hommes et en argent Elle avait l'immense tâche de répa-
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i*er ses forces, d'organiser ses conquêtes. Elle se savait menacée par la Bulgarie, folle de jalousie, de haine, d'ambition. D'autre part, son patriotisme trouvait, pour un long temps, une satisfaction suffisante dans la gloire acquise et le gain réalisé. Enfin, l'Europe n'avait pas mis tant de zèle à la défense de ses intérêts qu'elle pût se faire de grandes illusions sur les dispositions des chancelleries à son égard ('). La Serbie serait sage, c'était,' sûr.
On ne réfléchissait pas qu'il était moins sûr que tous les Serbes de Serbie et d'Autriche-Hongrie eussent la même sagesse. Si, dans ce moment d'exaltation qui suit le triomphe, quelque provocation — volontaire ou involontaire — rappelait aux vainqueurs que tous leurs ennemis n'étaient pas abattus, toutes leurs terres rassemblées, que leur existence nationale même n'était pas encore assurée solidement, il n'était pas au-dessus delà raison humaine de prévoir des événements tragiques. Dans cet ordre d'idées, l'attentat de Serajevo, s'il a été un crime irrédentiste, — ce dont la démonstration reste à faire, — n'a point eu, du moins pour tout le monde, le caractère d'une surprise. Beaucoup l'attendaient, beaucoup l'espéraient, qui n'étaient point Serbes.
Peut-être aussi, dans l'optimisme avec lequel on envisa
(') La crise de 1909, ccril M. Ernest Denis, « avait permis au gouvernement serbe de mesurer exactement la nature et la force des sympathies sur lesquelles il pouvait compter à l'occasion. Il savait que ni la France, ni la Russie, ni surtout l'Angleterre ne désiraient une rupture et qu'elles ne toléreraient pas qu'on les entraînât malgré elles dans un conflit qui couvrirait l'Europe de ruines». La Grande Serbie, p. 20/|.
geait les conflits habituels entre Vienne et Belgrade, méconnaissait-on la hardiesse que Vienne avait montrée dans la crise, encore toute récente, provoquée par l'annexion de la Bosnie-Herzégovine. Si la Russie n'avait alors cédé à la pression exercée sur elle, la guerre aurait éclaté cinq ans plus tôt ('). Sans doute, elle avait cédé, quoi qu'il lui en coûtât ; mais, précisément, cette concession l'avait menée à la limite de ce que pouvaient admettre l'intérêt et l'orgueil slaves. Une extrême perspicacité n'était pas nécessaire pour prévoir que si elle était appelée de nouveau à intervenir en Orient elle ne se bornerait pas à de vaines négociations et ne se replierait pas en bon ordre après un nouvel échec diplomatique. « Se recueillir» parfois, est une politique; se recueillir toujours serait une abdication.
Enfin il n'était pas jusqu'aux arguments tirés du grand âge de François-Joseph qui ne fussent inquiétants par un certain côté. Dans quelle mesure, en elTet, cet empereur dirigeait-il son empire? Que subsistait-il des facultés, plutôt médiocres, qui lui avaient été départies? Et si, comme il était vraisemblable, cet octogénaire n'exerçait plus qu'en apparence le pouvoir, quelle était la politique, quelles étaient les ambitions, quels étaient les intérêts du prince héritier, le vrai maitrc?
(') Le 24 mars 1908, le conile de Pourlalcs avait déclare à M. Iswolsky, ministre des Affaires Etrangères, que s'il y avait conllit entre la Russie et l'Aulriche, « rAlIeniagnc remplirait iidèlemcnt son devoir d'alliée » .
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L'archiduc François-Ferdinand était mal connu. Avaitil un secret? L a-t-il emporté? Des révélations se produiront-elles ? On sait de lui si peu de choses qu'il serait diflicilc, encore aujourd hui, de porter un jugement catégorique. Les vues du présomptif sont, d'ailleurs, trop rarement celles du souverain pour que l'on se hasarde à dire ce qu'eût été son règne. Mais eniin, tel qu'il apparaissait : volontaire, fanatique, borné, il n'avait rien qui dùtrassurer l'opinion. Appuyé sur l'armée, qui tend à la guerre comme l'eau suit sa pente ; conseillé par le clergé, qui lui faisait entrevoir comme une œuvre immense, à jamais glorieuse et féconde, l'anéantissement du schisme orthodoxe en Serbie ('), il avait, en outre, le besoin personnel d'une
(') « La coterie romaine, dont Mgr Stadler, rarclicvôque de Bosnie, élail un des meneurs les plus agites, montrait dans le lointain ù François-Ferdinand l'Orient qu'il devait conquérir à la véritable foi et l'elTrayalt des progrès du schisme orthodoxe. Peut-être, et on l'a prétendu, l'archiduc, qui ne fuyait pas les chimères, entrevoyait-il vaguement de plus hautes destinées et songeait-il qu'en récompense des services qu'il aurait rendus à la catholicité, il lui serait donné un jour de relever à son profit le Saint-Empire romain germanique usurpé par les Ilohenzollern, qui n'étaient après tout que des vassaux félons. J'ai entendu, en Croatie et en Pologne, exprimer ces idées par des hommes qui avaient approché le prince. » Ernest Deisis, La Guerre, p. aiiS.
Sur cette inlluencc des idées religieuses, le môme dit encore dans un autre ouvrage : «Au mois de septembre (1912), le Congrès Eucharistique développait à Vienne ses pompes magnifiques, et il exaltait l'enUiousiasme du parli clérical, très puissant en Autriche. Le vieil empereur, que l'âge rendait facilement accessible aux insi-
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action d'éclat, sinon pour monter sur le trône, que personne ne lui aurait disputé, du moins pour y asseoir à ses côtés une épouse morganatique chèrement aimée, et pour assurer sa succession aux fils issus de cette mésalliance. Un conquérant seul pouvait oser l'entreprise de mettre la double couronne sur le front de la comtesse Chotèk. C'est vraisemblablement une erreur de représenter
nuations de son entourage et dont la foi avait été échauffée, non éclairée, par les années, éprouvait une satisfaction sénile à terminer son règne dans l'apothéose d'une croisade catholique contre les schismatiques t. La Grande Serbie, p. 228.
Et, plus loin : (( Los catholiques attendaient avec (impatience l'occasion d'infliger une retentissante défaite aux schismatiques orthodoxes. Dans une cour aussi bigote que la cour de Vienne, le Congrès Eucharistique, avec le magnifique déploiement de ses cortèges triomphaux, avait laissé des souvenirs rayonnants. Ce fut, peutêtre, une des raisons qui ranimèrent François-Ferdinand et la duchesse de llohcnbcrg, sa femme; nerveuse, ardente, mystique, menacée dans ses sentiments les plus profonds (par les crises de folie de l'archiduc et la crainte de sa fin prochaine), n'aperçul-elle pas dans une croisade le moyen de mériter la bienveillance divine et d'obtenir un miracle ? » La Grande Serbie, p. 275.
De son côté, le baron Beycns écrit : « La gloire militaire, le prestige conquis sur les champs de bataille, l'archiduc en avait besoin pour asseoir sans opposition sa compagne sur le trône impérial et faire de ses enfants les héritiers des Césars. On le soupçonnait, en effet, en Autriche et h l'étranger, de ne vouloir point observer le pacte de famille qu'il avait souscrit, lors de son mariage avec la comtesse Sophie Chotèk. 11 le regardait peut-être comme un contrat entaché de nullité, à cause de la contrainte qu'il avait subie». Revue des Deux-Mondes, i" juin igiô, p. /jSi.
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rarchidiic François-Ferdinand comme nn ennemi des Serbes. On peut croire, tout au contraire, qu'il les aimait trop et que son rêve était, non de les détruire, mais de les contraindre à entrer dans l'Empire, pour y constituer un Etat Itrialiste, après leur soumission à Rome ('). Le malheur était que les Serbes ne voyaient pas cet avenir avec une satisfaction égale et que les Russes devaient
(•) Cette idée tUait d'ailleurs fort ancienne dans les cercles militaires auslro-liongrois. Déjà, en 1909, la Danzer's Armce Zeitancj, organe du Grand Etat-major, disait :
« Le moment est arrivé. La guerre est inévitable. Nous serons forcés de la faire. Et puisque notre renommée à l'étranger est minée, puisque l'on nous croit plus faibles que nous ne le sommes, puisque l'on nous méprise, il ne nous reste autre chose à faire qu'à recourir à l'ultima ralio des peuples, à profiler da premier prétexte favorable, et à répondre en premier lieu aux provocations serbes de la manière qui nous est imposée par nos intérêts et par le respect de nousmêmes.
« Nous avons pris formellement possession de la Bosnie, qui était à nous depuis longtemps. Forcés par les circonstances, nous allons étendre notre bras aussi sur la Serbie, et nous allons offrir à ce pays tellement persécuté l'opportunité de renaître et de mûrir pour Vidée panserbe sous notre Protectorat, de devenir la Grande Serbie sous le sceptre des Habsbourg. Après une rectilication de nos frontières, nous restituerons le Monténégro à la Turquie...
« Mais nous ne pouvons nous installer à la frontière de la Macédoine qu'après la disparition de la Serbie et du Monténégro. En conséquence, non seulement nous ne devons pas éviter le conflit avec ces deux pays, mais, au contraire, nous devons le désirer et l'accélérer. »
nécessairement y faire obstacle à la fois pour des motifs politiques et pour des motifs religieux.
Quoiqu'il en soit à cet égard, ni l'entourage de l'archiduc François-Ferdinand, ni ses conseillers, ni sa propre personnalité, ni ses intimes rapports avec Guillaume II, ni rien de ce que l'on savait sur son compte avec quelque certitude, n'incitait à lui faire confiance ('). Si l'Europe n'avait eu un parti pris d'optimisme, elle n'aurait pas été aussi tranquille.
Au surplus, un fait encore tout récent aurait dû, semblet-il, la mettre en garde. Dans son discours du 5 décembre 1914, à la Chambre italienne, M. Giolitti a révélé au grand public que, le 9 avril 1913, l'Autriche-Hongrie avait communiqué aux Gouvernements italien et allemand son intention d'attaquer la Serbie et son espoir d'être soutenue par ses alliés dans une guerre qu'elle feignait de considérer comme défensive.
L'Italie retusa tout net de s'associer à cette entreprise et d'accepter une part de responsabilité dans ce mensonge. « Une s'agit pas de défense, répondit-elle, puisque personne ne pense à attaquer. » L'Autriche n'insista pas, et même reconnut la fausseté de son assertion par ce fait que les rapports des deux Puissances ne furent pas en apparence altérés.
{') D'après M. Ernest Denis, on racontait assez publiquement à Vienne que « l'archiduc héritier était menacé de folie furieuse et qu'il avait déjà donné à plusieurs reprises des signes de démence ». La Grande Serbie, p. 282.
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Mais le Ballplalz ne désarma point. Quelques mois plus tard, le 17 oclohre de la même année, il renouvelait cette tentative et la poussait plus loin. Prétextant que la Serbie avait envoyé quelques troupes, — à titre provisoire et pour yrétablir l'ordre,— dans des territoires assignés à l'Albanie j)ar la Conférence de Londres, le comte Berchtold remit à Belgrade un ultimatum qui exigeait dans le plus court délai le retrait de ces troupes ('). La Serbie se soumit, sur les conseils de l'Italie, « (jui n'avait pas été prévenue du dangereux coup de tète autrichien », de la Russie et de l'Angleterre. Ainsi Vienne n'eut pas la querelle qu'elle cherchait.
Il n'en ressortait pas moins clairement de ces projets d'agression que l'Autriche-Hongrie était bien résolue à écraser le petit royaume slave qui lui barrait la route vers l'Orient, et que, si elle se préoccupait peu ou prou de s'assurer le concours de ses alliés, elle ne tenait aucun compte de l'ellet produit sur les autres pays, en particulier
(^) Dé']h, au début de la prcuilcre guerre balkanique, l'Aulrichc- Ilongrie calculait qu'après la défailc prévue des alliés, elle pourrait clcndrc sur la Serbie sa main « protectrice ». La victoire des alliés fut une cruelle déception. Mais les intentions de la Cour et du IJallplatz ne s'en trouvèrent pas modifiées. Le général Konrad von ilutzendorf, chef de létat-major, se déclarait convaincu que « le seul moyen de sauACr l'Autriche serait d'attaquer tout de suite et à fond et la Serbie et la Russie. — « Nous pourrions les culbuter, disait-il. avant qu'elles aient le temps de crier gare et la Monarchie serait ainsi rétablie sur de solides bases pour au moins cinquante ans. )) Henry A\ icrham Steed, L'Angleterre el la (jnerre, p. ii.
\ oir Appendice n" i .
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sur la Russie, dont elle ne pouvait cependant méconnaître les intérêts balkaniques.
J'entends bien que ces faits n'ont été livrés à la publicité qu'en décembre 1914 et, par suite, n'ont pu mettre les peuples en garde pendant les négociations de juillet. Mais, ignorés de la foule, ils ne l'étaient pas des cbancelleries. On les savait là où il importait, en apparence, qu'on les sût. Peut-être doit-on regretter que le secret en ait été trop bien gardé, car ceux qui avaient reçu ces avertissements les ont oubliés ou méconnus. Les peuples auraient été plus perspicaces que les diplomates et, prévenus du danger, auraient manifesté leur volonté souveraine qu'on l'écartàt. Même en Autriche-Hongrie, même en Allemagne, pour faire la guerre il a fallu brusquer les choses et donner aux décisions irréparables un caractère de surprise.
Mais ce qui nous intéresse ici, ce n'est pas l'opinion des chancelleries et le plus ou moins de justesse de leurs vues. L' Autriche-Hongrie a-t-elle ou n a-t-eUe pas voulu la guerre? Voilà la question qu'il importe d'éclaicir pour une juste répartition des responsabilités et des sanctions.
L'Empire des Habsbourg avait en Europe, particulièrement dans le monde catholique, des sympathies nombreuses, fortes, qui persistent. De maints côtés on a fait et on fait encore de visibles efforts pour atténuer son rôle dans le crime. On lui ménagerait volontiers un traitement de faveur à l'heure du règlement des comptes.
Que les hommes qui forment de tels projets soient ou non sincères et désintéressés, nous ne devons pas leur perm élire d'accréditer des erreurs si certaines, et qui auraien
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de graves et odieuses conséquences, car elles ne tendent à rien de moins qu'à niainlenir dans la sujétion de la monarchie danubienne les nations étrangères qui lui sont présentement asservies ( ').
L'Autriche-Hongrie a voulu la guerre. Elle a voulu la guerre avec la Serbie. Elle a voulu la guerre avec la Russie.
(') « Certains souvenirs ne s'efTacent pas. Il est des barrières que ni l'arl des diplomates, ni les manœuvres des politiques ne sauraient j abattre. Est-ce que l'Italie a jamais pu oublier Ilaynau et Brescia ?
(( Non, après les événements de ces derniers mois, il faut que l'Autriche disparaisse. Si elle subsiste, vous n'aurez plus, au centre de l'Europe, qu'une immense Macédoine où les peuples exaspérés guetteront sans cesse l'instant de se ruer les uns sur les autres dans une horrible mêlée.
(( Il faut que l'Autriche disparaisse pour que la conscience humaine respire. » Ernest Denis, La Grande Serbie, p. 3 12.
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