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Maintenant, puisque cette confusion a eu lieu, il en résulte de l'aveu du comte de Ficquelmont que les peuples étaient mal gouvernés ; et si, entr'autres, les Bohémiens et les Viennois auxquels le gouvernement autrichien prodiguait exclusivement ses faveurs, étaient mal gouvernés, combien plus mal devaient l'être les Lombards- Vénitiens à l'égard desquels l'Autriche avait adopté, dès le principe, un étrange système de réaction, de contradiction, d'hostilité, comme l'a aussi confessé le même comte de Ficquelmont, et qui furent privés de toutes leurs institutions nationales dont on ne leur laissa que l'apparence, comme l'a confessé le prince de Mettermeli ?
Les événements dont la Lombardie fut le théâtre durant les quatre mois de la guerre de l'indépendance, sont étrangers à cet ouvrage; c'est pourquoi je fais un saut du 22 mars au 6 août, jour néfaste où les Autrichiens rentrèrent dans Milan.
Les faits des jours précédents avaient excite chez les Milanais une telle colère contre les Piémontais que, si l'Autriche, après tant de fautes reconnues désormais de tous, se fût enfin ravisée et eût voulu ou su profiter de la bénignité avec laquelle la fortune venait à sa rencontre, elle nu-
rait affermi pour longtemps encore sa domination dans la Lombardie et dans la province Vénitienne.
Pendant ce laps de quatre mois, une constitution avait été proclamée à Vienne et jurée par l'empereur Ferdinand. Dans la prévision qu'on recouvrerait le royaume Lombard- Vénitien, on avait reconnu la nécessité de lui donner uneexistence distincte de celle du reste de l'Empire. Le comte de Ficquelmont, durant son court ministère, avait accueilli le projet de détacher entièrement la Lombardie de l'empire d'Autriche, de l'agrandir avec les duchés de Parme, de Plaisance et de Modène, pour en former un État indépendant dont la couronne aurait été placée sur la tête d'un archiduc d'Autriche. Le prince Jablonowsky développa ce projet qu'on imprima dans la Gazette de Vienne. Par l'entremise de M. Schnitzer , il fut communiqué au gouvernement provisoire de Milan ; il se trouve aussi au nombre des communications diplomatiques faites par le ministère impérial au ministère britannique. Après le 6 août, c'était le moment où l'Autriche pouvait, de sa volonté spontanée et sans en avoir d'obligation à la médiation ou à l'intervention de personne, mettre à exécution, avec un immense avantage pour elle-même, ce projet ou quelqu'autre analogue.
En rentrant à Milan, les Autrichiens ne pouvaient être blâmés de prendre des précautions, dans de raisonnables limites, pour ne pas en être chassés une seconde fois : Si en même temps, pour obvier aux erreurs de la politique du prince de Metter-
nich et aux désastreuses conséquences qui en étaient résultées, ils se fussent généreusement décidés à publier une amnistie sans conditions, à proclamer une constitution, et à prouver qu'ils voulaient sincèrement et loyalement la maintenir, une révolution d'en genre tout opposé se serait effectuée. Les Milanais qui avaient subi l'influence anti-piémontaise des républicains et qui étaient présentement fort irrités contre Charles-Albert, se trouvant satisfaits dans leurs désirs par les Autrichiens, seraient devenus des partisans aussi zélés de l'Autriche qu'ils étaient ses ennemis acharnés peu de mois et même peu de jours auparavant. L'influence de la capitale aurait entraîné les provinces, et la victoire de Custoza eût été insignifiante en comparaison de cette victoire morale. Charles-Albert se serait trouvé dans un grand danger, et je ne sais si l'Angleterre et la France auraient réussi à lui conserver l'intégritéde ses États, car il était fort probable que, dans ces moments d'agitation et d'irritation, celles de ses provinces qui avoisinent le plus près la Lombardie, auraient tenté de se réunir à ce royaume pour former un seul État italien sous le protectorat de l'Autriche devenue libérale, au lieu de continuer à faire partie d'un État ébranlé dans ses fondements, où la liberté qui avait surgi la veille, pouvait être anéantie le lendemain, où l'on pouvait rétablir un ordre de choses détesté de tous. De semblables dispositions se seraient révélées dans une partie des États romains, si bien que l'Autriche aurait dû faire preuve
d'une modération etd'une générosité prodigieuses, pour repousser les offres d'agrandissement qui lui eussent été faites spontanément de toutes parts. Plusieurs autres avantages en seraient résultés. En premier lieu, l'Autriche, en compensation de ses larges concessions, pouvait tirer de l'Italie une quantité d'hommes et de subsides qui lui auraient été d'un grand secours dans ces rudes circonstances; puis, une partie considérable de l'armée n'étant plus nécessaire en Italie, pouvait être envoyée à Vienne pour contenir les factions contre lesquelles le gouvernement ne pouvait lutter que faiblement, et affranchir de leur pression l'autorité impériale vacillante. L'arrivée de trente à quarante mille hommes à Vienne aurait empêché la révolution d'octobre, conseillé aux Hongrois de modérer leurs prétentions, donné une direction toute différente à l'assemblée de Kremsier, rendu inutile l'abdication de Ferdinand, épargné aux Russes la peine d'intervenir dans la Hongrie, et à l'Autriche l'humiliation de les appeler. La Hongrie n'eût pas été vaincue, et la défaite de la Hongrie équivalait pour l'Autriche à la perte de son bras droit. En un mot, le proverbe que, « du désordre naît l'ordre, » se serait vérifié.
En supposant même qu'un changement aussi subit ne se serait pas opéré, que la portion principale des émigrés, se méfiant de l'Autriche, se fût obstinée à rester hors de la patrie, ou, si l'on veut encore, à intriguer contre les Autrichiens, l'Autriche ne perdait rien, et gagnait toujours
quelque chose. D'abord elle se créait des partisans fidèles et nombreux qui se seraient attachés à elle, d'autant plus qu'ils l'auraient vue persévérer dans la bonne voie; ensuite, elle aurait vu peu à peu diminuer le nombre de ses adversaires, parce qu'une résistance sans motif ne dure pas longtemps, et parce que le plus grand nombre des émigrés, en voyant que le retour dans la patrie n'exposait ni à des dangers, ni à des vexations, auraient mieux aimé reprendre leurs tranquilles habitudes que de vivre à l'étranger dans l'agitation et dans l'incertitude ; de sorte que si une réconciliation complète n'avait pas eu lieu immédiatement, la conduite libérale du gouvernement l'aurait préparée et affermie avec le temps.
Enfin , en admettant que les efforts bienveillants du gouvernement eussent été sans succès, il lui restait toujours la faculté d'user des mesures de rigueur qui auraient été d'ailleurs justifiées, et par tout ce qu'il avait tenté pour les éviter, et par l'injuste obstination de ceux qui les provoquaient.
Mais la révolution de mars n'avait pas dégagé l'Autriche des mains paralytiques de la bureaucratie; elle rendit seulement sa situation plus lu -
cheuse en la mettant dans la dépendance d'une oligarchie dissolue de chefs militaires, qui, dans ce bouleversement général, étant restés les armes a la main au milieu d'une révolution sans chefs, sans unité et sans directiou, s'emparèrent de toute l'autorité, et délibérèrent de la tourner à leur profit et de s'en servir pour gouverner à leur fantaisie. Ainsi, il y eut deux révolutions : l'une des peuples contre l'ancien gouvernement; l'autre de l'oligarchie militaire contre les peuples et contre le rétablissement de quelque forme régulière que ce fût de gouvernement.
Le comte de Ficquelmont, durant son ministère, avait envoyé en Italie, en qualité de commissaire plénipotentiaire, le comte Hartig, exgouverneur de la Lombardie; mais comme ce dernier était un homme ferme, qui ne voulait pas qu'on méconnût son autorité, il ne plut pas au maréchal Radetzky, et celui-ci lui fit substituer, par le ministère Wessemberg, le comte Albert Montecuccoli-Laderchi, d'un caractère beaucoup plus maniable.
De plus, il s'adjoignit, de sa volonté privée, comme intendant-général de l'armée, ce comte Pachta, que nous avons déjà cité plusieurs fois comme coupable de tant d'iniquités, et au génie pervers duquel on a attribué la plupart des autres actes odieux qui se commirent dans la suite.
Le 26 juillet 1868, le lendemain de la bataille de Custoza, le maréchal Radetzky et le comte Monte-
cuccoli écrivirent de concert, et publièrent le jour suivant, à Vérone, cette proclamation :
Aux autorités et aux habitants des provinces lombardes-vénitiennes occupées de nouveau jusqu'à pi'ésent par V armée autrichienne :
Depuis que Sa Majesté, sur la proposition du ministère, a daigné, par une décision souveraine du 27 juin de l'année courante, confier gracieusement au ministre soussigné, l'organisation et le gouvernement de l'économie politique dans les provinces et dans les districts italiens occupés ou à occuper de nouveau, le feld- maréchal et le ministre soussignés ont pris de concert, au sujet du gouvernement futur desdites partie; dé territoire, les déterminations suivantes :
I. A partir du lcraoûtde l'année courante, le soussigné ministre d'État qui a sa résidence fixe à Vérone, prend la direction de toute V administration civile dans les provinces et districts italiens occupés de nouveau jusqu'à présent; et c'est à lui que doivent désormais s'adresser les divers organes administratifs pour toutes les affaires qui regardaient auparavant le gouvernement elle magistrat central, ou qui dépendaient d'un conseil supérieur.
II. l^a même administration, jusqu'à nouvel ordre, sera exercée dans chaque province par les mêmes organes et d'après les mêmes règlements qui existaient avant que les parties de territoire ci-dessus mentionnées, se fussent détachées de l'Empire.
Néanmoins les dites provinces jouiront provisoirement des modifications et facilités qui dans cet intervalle de temps ont été effectuées et qui seront mises en vigueur là où elles ne le sont pas encore, relativement à la contribution personnelle, à l'impôt du timbre, au prix du sel, et autres taxes, à l'administration des biens communaux et ecclésiastiques, aux établissements de bienfaisance, aux associations, etc. , au sujet desquels il sera publié des notifications spéciales et détaillées.