III. Au surplus, non-seulement les places fortes, mais tous
ìt.r qui auront été mis en état de siàjc, seront soumis à l'autorité militaire.
IV. Les assemblées provinciales rentrent dans leur sphère primitive d'activité. Elles s'occuperont des affaires qui les concernent sous la présidence du délégué provincial ou de son représentant.
V. Les affaires de la police dite locale, seront, d'après les dispositions ultérieures, remises à l'administration des municipalités.
VI. Les réformes voulues par les temps, à l'égard des règles qui constituent le principe fondamental de l'administration de toute la monarchie unie, comme aussi les innovations qui en résultent dans la sphère d'action des autorités politiques et financières et dans la manière de conduire les affaires, seront, autant que les circonstances le permettront, dirigées avec célérité par le ministre soussigné ; on les fera connaître par des notifications spéciales.
Les soussignés comptent sur le sentiment que les autorités administratives ont de leur devoir, et sur leur coopération empressée et énergique, jointe à celle des troupes impériales et royales, pour le rétablissement et le maintien, dans le pays, de la tranquillité et de l'ordre, sans lesquels on ne peut jamais opérer le bien, ni garantir la réussite heureuse et stable des meilleures intentions du gouvernement central.
Mettre, ainsi que se le propose le gouvernement, la prospérité générale dans le meilleur accord possible avec les intérêts individuels, et pourvoir aux besoins communs accrus par des événements défavorables et imprévus, sans diminuer pour chacun des contribuables la possibilité de contributions ultérieures, estune entreprise déjà difficile par elle-même, et que la situation actuelle rend encore plus ardue. Une semblable entreprise ne peut être menée heureusement à fin et procurer un étal permanent de prospérité générale, que si chacun faisant abnégation de soi-même, dans la véritable signification du mot, s'efforce de remplir ses propres devoirs de citoyen, et si l'on éloigne tous
les éléments qui pourraient provoquer la désunion ou le mécontentement.
Les soussignés sont fermement résolus à agir dans un sens qui corresponde à leur dessein, et ils se tiennent assurés que les autorités administratives subalternes sont dans la même disposition.
Puissent désormais les habitants de ces contrées se sentir animés du même esprit, afin que le lien d'une confiance réciproque se resserre plus aisément et plus étroitement, et que ces belles régions qui ont été si récemment le théâtre de scènes sanglantes, conséquences du déchaînement de passions désordonnées, participent d'autant plus vite et d'autant plus sûrement aux bénédictions de la paix et d'une administration bien réglée, dans une harmonie parfaite avec les besoins de V époque et avec le caractère de la nation.
Vérone, le 26 juillet 18A8.
Radetzky, Montecuccoli,
Feld-maréchal. Ministre d'État.
Le 27 juillet, le même maréchal Radetzky datait de Valleggio une autre proclamation, par laquelle il annonçait qu'il venait délivrer les Lombard d'une domination tyrannique et révolutionnaire, et les exhortait tous à revenir sous le sceptre prolecteur de l'Empereur et Roi. Je vous tends la main , disait-il, pour une réconciliation sincère.
Le 6 août, étant rentré à Milan, il publia une troisième proclamation; celle-ci était lacouique et sévère. 11 faisait savoir qu'il avait pris le gouvernement militaire et civil de la Lombardie; il ordonnait aux habitants une obéissance ponctuellr; il menaçait des lois militaires les récalcitrants ; il
déclarait la ville en état de siège, et lui donnait pour gouverneur militaire le lieutenant-maréchal prince Félix Schwarzenberg.
Le jour suivant, des avis annoncèrent au public que la contribution personnelle était abolie, le prix du sel abaissé à 28 livres le quintal, la perception de divers impôts suspendue; divers articles de la loi sur le timbre furent aussi réformés ; il y eut encore quelques autres allégements d'une moindre importance. Ces bagatelles parurent une si grande chose au comte Montecuccoli que, dans une proclamation qu'il publia à Vérone, le 17 août, après en avoir fait une pompeuse énumération, il s'écriait :« Italiens du royaume Lombard-
• Vénitien ! voilà les dons que vous fait l'Autriche. » Elle vous les fait, quand ses valeureuses armées » ont dispersé comme la poussière ceux qui vous
• entraînaient dans l'erreur en se moquant de vo- » tre crédulité ; quand des victoires signalées la
• rétablissent dans la splendeur de sa puissance ;
• mais sa puissance, elle n'en use que pour vous » rendre heureux. Déjà elle vous fait spontanément
• remise de dettes considérables et de plusieurs » millions de livres de rentes, non-seulement au
• profit des classes les moins aisées, mais à l'avantage de tous, afin d'adoucir autant que possible » les maux causés par une guerre qu'elle n'a certainement pas provoquée!!! Puissiez-vous, ô Italiens, reconnaître tant de générosité, en vousrut-
• tachant loyalement à votre maguanime Empereur
• et Roi, et en vous rendant dignes de cette consti-
» tution, que dans sa libéralité il est disposé à vous
• accorder, au-delà des désirs que vous avez mani- » festés par l'organe de vos assemblées représentatives. »
Enfin, la Gazette officielle de Milan, sous la direction du comte Pachta, rapportait dans sa feuille du 17 août que « Crémone, Lodi, Brescia, Ber- »game et Corne, non-seulement avaient été occu- »pées sans résistance, mais que même quelques »députations étaient allées chez le feld-maréchal
• Radetzky lui exprimer leurs sentiments de sou- » mission, l'assurer que le mouvement insurrectionnel avait été l'œuvre des proscrits et de quel- »ques hommes égarés de l'intérieur, maintenant
• errants au dehors, implorer l'oubli du passé, et «demander que, à l'avenir, les peuples de l'Italie, » assujettis à la domination impériale et royale, » pussent jouir d'institutions libérales et utiles. »
Cette notice d'une feuille officielle devant être considérée comme très-exacte, il s'en suit que, abstraction faite de la résistance momentanée de Milan, toute la Lombardie accepta la main que lui tendait le maréchal Radetzky en venant la dèlivrer d'une domination tyrannique et révolutionnaire, et lui offrir une réconciliation sincère. la proclamation de Vérone du 26 juillet est un modèle du syle que Frédéric, roi de Prusse, appelait le style embrouillé de la chancellerie impériale. Quoique Ferdinand P' s'intitulât Empereur constitutionnel, on avait cependant substitué dans sa proclamation, au mot constitutionnel, cette pro-
lixo circonlocution, * les règles qui constituent le » principe fondamental de l'administration de » imite la monarchie unie. » Cette dernière phrase DSI à remarquer, car elle nous apprend que le gouvernement couvait dès lors l'idée d'une Autriche unie ; idée devenue ensuite le dogme du ministère Schwarzenbcrg. On promettait de conserver ta diminution des impôts, diminution effectuée pendant la révolution, et même de l'étendre, mais provisoirement, h des localités qui n'en jouissaient pas; on y ajoutait un avis aux contribuables sur la possiblité de contributions ultérieures, expression aussi vague qu'élastique, à laquelle on est libre de donner le sens qui plaît le plus. On y trouve, comme à l'ordinaire, cette phrase qui ne manque jamais dans les proclamations des autorités autrichiennes : « Les meilleures intentions du gouvernement. »Du reste, cette proclamation respire partout le calme et la modération, et, en tous cas, les promesses de réformes voulues par les temps et « d'une administration bien réglée, dans une har- »monie plus parfaite avec les besoins de l'épo- »que et avec le caractère de la nation, «sont énoncées en termes suffisamment explicites.
La proclamation déclarait que la direction de toute l'administration civile restait entre les mains du ministre d'État comte Montecuccoli, à l'exception cependant des places fortes et de tous les lieux qui auront été mis en état de siège. Mais à peine Radetzky eut-il mis le pied à Milan, qu'il y inaugura l'état de siège et retendit à tout le royaume Loi*-
bard-Vénitien. Avec une armée victorieuse, avec un peuple qui avait été immédiatement désarmé, avec des villes qui s'étaient spontanément soumises et qui avaient exprimé leurs sentiments de soumission, comme l'attestait la Gazette officielle, quel besoin y avait-il de l'état de siège? N'était-il pas contraire à la recommandation exprimée dans la proclamation « d'éloigner tous les éléments qui
• pourraient provoquer la discussion ou le mé- » contentement » et au désir de « serrer encore plus » étroitement le lien d'une confiance réciproque. » ]Naturellement,i'initiative de cette confiance devait ótre prise par le plus fort pour être inspirée au plus faible. Mais le premier acte du vainqueur est un acte de mauvaise foi ; en inaugurant l'état de siège, on réduisait à zéro l'autorité du ministre Montecuccoli dans l'administration civile. Le maréchal Radetzky, qui se proposait d'agir à sa fantaisie, l'obligea de s'arrêter à Vérone; mais il paraît que, dans la suite, Montecuccoli reçut de Vienne, l'ordre de transférer sa résidence à Milan, et de s'occuper activement de remettre tout en ordre dans le pays. Ce fut ce qu'il annonça dans sa circulaire du 23 septembre par laquelle il prévenait les habitants que • d'après la décision prise
• de concert avec S. E. le comte maréchal Ra-
• detzky, il se chargerait, à partir du ior octo- » bre, de la direction des affaires relatives à sa «mission, à côté de monsieur le maréchal et
• d'accord avec lui. » Il les prévenait néanmoins que • la force des conjonctures actuelles ne per-
» mettait pas que les provinces lombardes fussent
• dégagées de la dépendance de l'autorité militaire,
• ni^me en ce qui concernait le gouvernement ■ civil. » La môme chose se trouve répétée dans une autre circulaire que je transcris en entier.
Milan, 28 septembre 1848.
Intendance générale de l'armée.
Restant établie l'institution du gouvernement suprême militaire publiée par la notification du 6 août, S. E. M. le feldmarérlial comte Radetzky, après s'être concerté avec S. E. M. le comte Montecuccoli, a décidé que ce dernier prendrait, à partir du 1er octobre prochain, la direction de toutes les affaires administratives et financières des provinces lombardes.
Monsieur le feld-maréchal se réserve néanmoins la décision immédiate de la connaissance directe de toutes les affaires concernant les deux branches de la police et de la poste, et toutes les dispositions relatives aux nominations à des emplois dans ces dites branches, aux assignations, à la gendarmerie, au bataillon lombard -véni tien, aux passeports, aux événements politiques, et à la sécurité publique et privée, etc.
Les rapports respectifs des autorités subalternes devront Otre adressés directement à la personne de monsieur le feldmaréchal, sous enveloppe, à cette Intendance générale I. et R.
Les rapports sur toutes les autres matières devront être adressés à monsieur le commissaire plénipotentiaire, comte Montecuccoli.
Cette Intendance générale I. et R. continuera d'ailleurs à avoir ia gestion des objets qui se rapportent aux logements, aux subsistances et à la dotation de l'armée, et les autorités respectives devront s'adresser, comme par le passé, à la même Intendance générale.
Intendance générale I. et R.
Signé, Pachta.
Il y avait donc trois autorités principales :
Le maréchal Radetzky qui, en vertu de l'état de siège, avait assujetti à lui seul toutes les autorités quelles qu'elles fussent ;
Le comte Montecuccoli, auquel, en sa qualité de ministre d'État et de commissaire plénipotentiaire, et suivant la teneur de la proclamation de Vérone, aurait dû appartenir tonte l'administration civile ; mais le maréchal la lui limita aux seules affaires administratives et financières, et encore avec de grandes restrictions; de plus, il devait exercer le peu d'autorité qui lui restait, sous la dépendance du maréchal ;
Enfin, le comte Pachta, par les mains duquel devaient passer tous les rapports adressés au maréchal; il se réservait en propre l'administration militaire qui laissait un vaste champ à son avidité et à ses concussions.
11 s'ensuivait que, dans la Lombardie, l'autorité suprême n'était entre les mains ni de Montecuccoli, ni du maréchal, ni de l'Empereur, mais du comte Pachta; ce nom suffît pour faire comprendre que toute tentative de bien devenait impossible, et qu'au contraire un mal immense était à redouter. En effet, l'autorité de Montecuccoli se réduisait à faire des circulaires et des notifications, puisque Radetzky s'était attribué les affaires judiciaires, financières, administratives, en somme toutes les affaires sous la direction de Pachta qui s'adjoignit comme secrétaire et directeur des Postes son ami et aide d'espionnage, ce Boecking
qui possédait la contrefaçon des cachets des personnages les plus importants afin d'ouvrir leurs lettres et de connaître leurs correspondances particulières.
Quant au maréchal Radetzky, il prit le ton et l'attitude d'un véritable souverain. Il se logea dans les palais royaux, chose que n'avait jamais faite Bocun généralissime autrichien; il prit possession de la villa royale de Milan, de celle de Monza, de son parc, de ses chasses. Il s'entoura d'une fastueuse cour militaire ; il donna presque tous les jours des banquets auxquels il admettait de nombreux convives; et, sous le prétexte de la discipline, il se plaisait à laisser confondus avec la foule de son état-major, les archiducs, fils de l'ex-vice-roi, qui restaient comme les autres, debout, le chapeau à la main, dans ses salons, ou le suivaient à cheval avec ses aides-de-camp, lorsqu'il sortait; et s'il leur faisait l'honneur de les inviter à dîner, il les plaçait à sa droite. La Gazette d'Ausgbourg raconta, en février 1851, que l'Empereur avait concédé au maréchal Radetzky, pour toute la durée de sa vie, le libre usage des susdites villas de Milan et de Monza ; mais la concession venait un peu tard ; le maréchal s'en était emparé déjà depuis deux ans et demi. Si l'Empereur avait voulu faire acte d'autorité, il aurait plutôt dû lui en défendre l'usage... s'il le pouvait.
En attendant, les pleins pouvoirs du commissaire I. et R. ainsi que les ordres émanés du ministère de Vienne, ayant été mis de côté, on adopta, nonobstant les éloges ampoulés, donnés par Montecuccoli à la munificence de l'Autriche qui faisait don à la Lombardie de plusieurs millions, un système de dilapidations, de malversations, de vols de tout genre, de provocations, de mauvais traitements, de cruautés capricieuses ou féroces, telles qu'elles devaient résulter de l'arbitraire sans frein dont tout général, tout colonel, même tout caporal pouvait user à son gré.
Les maisons appartenant aux familles les plus distinguées, furent converties en casernes. On établit le quartier-général dans le palais Litta ; on fit un hôpital du palais Borromée ; dans la maison du marquis Trivulzio, on jeta dans la cour de précieuses archives en parchemin, pour livrer aux soldats les salles où elles étaient renfermées; des militaires furent logés dans l'institution des filles nobles, sans égard pour la pudeur du sexe ; on fit une caserne de la maison de la marquise Busca, duchesse Serbelloni, bien que le comte Pachta et plusieurs autres fussent redevables de la vie à cette vieille fanatique des Autrichiens. Sous le prétexte que toutes les armes devaient être saisies, on pilla le musée d'armes de la maison Belgioioso et celui en-
core plus riche de la maison Uboldi, le plus beau peut-être qui soit possédé, en Italie, par un particulier. Partout où logeaient des militaires, les tentures, les glaces, les meubles précieux étaient saccagés par pur vandalisme. Les musées, comme ceux des Litta, des Borromée, que plusieurs générations s'étaient occupées à former, furent dispersés ; d'admirables toiles déchirées, et des galeries entières de tableaux enfumées par les soldats qui établissaient au beau milieu leur cuisine.
Les commissions militaires commencèrent aussi a fonctionner, et dès lors il ne se passa pas de jour que l'un ne fût fusillé , l'autre emprisonné , plusieurs bâton nés; quelques-uns expirèrent sous les coups de bâton; le premier de ceux-là fut un nommé Beretta, de Monza; un de ses enfants, âgé de douze ans, fut aussi condamné à recevoir dix coups de bâton. La colère des Autrichiens contre les trois couleurs fut poussée jusqu'au ridicule; car, non contents de condamner à la prison, à la bastonnade ou à l'amende tout homme ou toute femme qui osaient porter des vêtements ou seulement avoir un mouchoir où figuraient le blanc, le rouge et le vert détestés, on traîna en prison, à Brescia, plusieurs jardinières parce qu'elles vendaient des bottes de radis blancs et rouges avec leurs feuilles vertes. Un ordre du jour défendit de porter certains chapeaux avec un ruban de velours et une boucle d'acier. Les paysans des environs de Monza sont, depuis plusieurs siècles, dans l'usage de porter de ces chapeaux-là; le féroce colonel
Pottinger,qui commandait à Monza, en fit prendre et bâtonner un grand nombre pour délit de démonstration politique!! Je ne parle pas des cruautés de Haynau à Brescia, ni de celles de Welden dans la province de Venise. .. Elles ont retenti dans l'Europe entière.
Une semaine ne s'était pas encore écoulée, lorsque , en compensation des millions donnés par l'Autriche, on commença à accumuler de nouveaux impôts , contributions militaires ou emprunts forcés. Il serait trop long et trop fastidieux de les énumérer tous. Il suffira de dire que, depuis août jusqu'à décembre, on tira de la seule Lombardie (sans compter la province de Venise), en sus d'un semestre entier de la taxe prediale ordinaire, c'est-à-dire de plus de 10 millions de livres autrichiennes, 27 autres millions à titre de contributions extraordinaires. Plus, la ville et la province de Milan furent particulièrement taxées à 13,205,171 livres , et celles de Brescia à 9,790,000 livres. Je ne connais pas le chiffre des autres provinces; mais celle de Lodi-Crema n'a pas payé moins de 5 millions, et sans nul doute, je reste au-dessous de la vérilé, en ajoutant 20 autres millions pour les provinces de Sondrio, de Còme, de Bergame , de Pavie , de Crémone et de Manloue. Je ne compte pas les taxes militaires dont on surchargea des communes ou des individus pour les punir de quelque accident.
Je cite quelques exemples :
Novale, avec 1,900 habitants. 5,000 livres, Romano, û,200 3,000
Antenate, 1,800 8,000
Chiari, 2,500 11,000
Adro, 2,000 4,000
Zocco, petit village près d'Adro, 3,000 Sarnico, avec 1,800 habitants. 6,000 Chiavenna, 3,500 20,000
tous dans le seul mois d'octobre. De semblables extorsions faites aux communes ne montent pas à moins de six millions , outre deux millions d'argenterie appartenant à des particuliers qu'on trouva à la Monnaie et dont les Autrichiens s'emparèrent. Ainsi , en cinq mois , l'oligarchie militaire autrichienne extorqua à un État, qui ne comptait pas plus de deux millions et demi d'habilants, au-delà de quatre-vingt millions en espèces, en sus des contributions ordinaires, et des incessantes réquisitions tantôt de plusieurs milliers de lits, tantôt de plusieurs milliers de couvertures et d'autres objets isolément exigés des citoyens, et indépendamment des vols que les généraux, les colonels, les officiers commirent dans les maisons particulières. Dans le seul mois d'octobre, Milan dut subvenir à une dépense journalière de quatre-vingt mille livres , et Monza de six à huit mille. La première de ces deux villes fut tenue de fournir vingt mille rations par jour, dont la moitié était volée par les officiers et les administrateurs militaires.
J'ai fait remarquer que l'Autriche , poussée par sa cupidité innée et par son indigence financière, avait tenté plus d'une fois de combler le vide de son trésor par des expédients illicites. Tantôt elle essayait de faire confisquer les riches patrimoines des condamnés au Spielberg, tantôt de se saisir, par une vilenie monstrueuse , des propriétés des hospices ; aucun sentiment de pudeur ne la retint de commettre une fraude de 40 millions au moins, au préjudice du Mont-Lombard-Vénitien, et l'on a vu que, depuis 1847 , elle nourrissait le désir de provoquer une insurrection en Lombardie , afin d'avoir par là un prétexte pour surcharger ce pays d'une contribution énorme; un article de Mettermeli et une proclamation de l'Empereur faisaient pressentir cette exaction en termes explicites. Le maréchal Radetzky pensa que le moment était venu de mettre à exécution ce projet. Un avocat, Lorenzo Rizzi, de Milan, homme riche, mais tare, s'occupa avec le comte Pachta de faire le dépouillement des tables des censitaires , afin de dresser une liste aussi exacte que possible des principaux propriétaires de la Lombardie avec le sommaire de leurs biens.
Ce fut suf ces bases que le maréchal rédigea une proclamation de spoliation générale , en date
du 3 octobre 1848 , qui fut même imprimée et qu'on devait publier le jour suivant.
Il faut reconnaître , à l'honneur du ministère autrichien de ce temps, que ce projet fut hautement désapprouvé à Vienne ; mais le maréchal, qui s'arrogeait une autorité supérieure à celle du monarque , et qui même refusa assez clairement de reconnaître un empereur constitutionnel et un ministère constitutionnel, s'obstina à vouloir agir à sa guise. Pour vaincre cette opiniâtreté, le ministère fit signer à l'Empereur le manifeste du 20 septembre , dans lequel Sa Majesté promettait aux Italiens un complet oubli du passé et une constitution pour l'avenir. Craignant que Radetzky ne voulût pas publier ce manifeste , le ministère le communiqua à la Gazette d'Augsbourg, qui l'imprima en allemand, et de laquelle elle passa dans les journaux italiens. En outre, le général comte Mazzucchelli, qui se trouvait à Vienne, écrivit probablement dans la même intention à M. Klobus, délégué provincial à Brescia, pour lui annoncer que l'Empereur avait résolu de faire de très - larges concessions aux Lombards ; Klobus s'empressa de faire répandre immédiatement par la presse cette notice. Tels étaient les subterfuges auxquels le pouvoir légitime était obligé de recourir pour mettre des bornes à la licence d'un sujet dont la désobéissance touchait à la rébellion.
Mais ce qui servit plus peut-être que ces subterfuges à réfréner momentanément l'esprit d'opposition de Radetzky, ce furent d'abord une dyssenle-
rie, dont les atteintes n'étaient pas sans danger pour un octogénaire, la tendance à l'insubordination qui se manifestait déjà parmi ses troupes, et les mauvaises nouvelles qui lui arrivaient de la Hongrie, où le Ban avait été battu, et de Vienne, où tout faisait présager une nouvelle insurrection. Elle éclata, en effet, le 6 octobre et contraignit l'Empereur à s'enfuir pour la seconde fois de sa capitale. Il paraîtrait que le maréchal connaissait ce dernier événement depuis le 8, car , contrairement au système qu'il avait jusqu'alors suivi , il fit promptement imprimer le manifeste de l'Empereur; on l'afficha au coin des rues , dans la soirée de ce même jour et le lendemain encore de nouveau. En voici la teneur :