‹ L'Autriche en ItalieChapitre 4 sur 15 · MANIFESTE · texte numérisé non relu

MANIFESTE

Nous flattant de voir bientôt la paix rétablie dans toutes les provinces du royaume Lombard -Vénitien, et animé palle désir de faire participer ses populations à toutes les libertés dont jouissent déjà les autres provinces de l'empire Autrichien, nous éprouvons le besoin de faire connaître dès à prêtent nos intentions à cet égard.

Nous avons déjà accordé à tous les habitants du royaume Lombard- Vénitien, indistinctement, plein pardon pour la pai i qu'ils pouvaient avoir prise aux événements politiques de l'année courante, ordonnant qu'il n'y ait lieu contre eux à ce sujet à aucune enquête, ni punition, sauf les exceptions qu'on trouvera nécessaire de faire concernant les emplois public*. C'est également notre volonté souveraine que les habitants du royaume Lombard-Vénitien aient une constitution en harmonie avec la nationalité respective de ces provinces et les besoins du pays,

non moins qu'avec leur union à l'empire Autrichien. A cet effet, Ucs que la paix et la tranquillité seront suffisamment assurées, nous convoquerons, clans un lieu qu'on fixera, des représentants de la nation, librement élus par toutes les provinces du royaume Lombard- Vénitien.

Donné en notre résidence de Vienne, ce jour 20 septembre, 1848.

Ferdinand.

L'insurrection de Vienne fut réprimée par la force. La ville capitula le dernier jour d'octobre , et le 1" novembre, le prince Windisch-Graetz Toccupa militairement. L'Empereur était à Olmulz ; un ministre avait été assassiné ; les autres erraient dispersés; le ministère Wessenberg-Dobloff se regardait comme dissous, et les portefeuilles allaient tomber dans les mains de la faction militaire presque triomphante.

Dans cet intervalle, eut lieu la tentative mazzinienne d'insurrection dans la Valteline et dans la vallée d'Intelvi, qui ne dura qu'un instant. Un sujet d'inquiétude plus grave était l'esprit de désertion qui se manifestait parmi les Hongrois, et qui ne manquait pas de trouver çà et là des gens qui le favorisaient sourdement. Afin d'y mettre un frein, le maréchal eut recours à un de ces moyens terribles qui dénotent, chez ceux qui les emploient, une profonde immoralité et une cruauté impitoyable. Quelques soldats hongrois, gagnés par l'appât de l'argent, furent chargés de chercher parmi les habitants de la ville, pour les dénoncer ensuite, des gens qui consentissent à les aider dans leur

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prétendu projet de désertion. Trois honnêtes citoyens, jouissant d'une certaine aisance et d'une bonne réputation , ayant femme et enfants, Jean- Louis Rossi, Pierre Vigo, Pierre Bordoni, furent victimes de cet infâme artifice. Entraînés dans le piège, puis trahis par un hussard, ils se virent cités devant un conseil de guerre, et « d'après des » indices légaux d'avoir tenté d'entraîner un soldat tde l'armée I. et R. à abandonner son régiment »pour prendre du service à l'étranger, • ils furent condamnés à mort et fusillés le 23 octobre au ma* tin. Mais quels étaient ces indices légaux! La déposition du perfide hussard, qui fut récompensé par une somme de 100 florins ou 2G1 francs. Cet assassinat de trois personnes très-connues et trèshonorées, jeta l'épouvante dans Milan. Le 24, trois autres citoyens tombèrent sous les balles autriéhiennes, et puis, d'autres encore. Il en fut de même à Brescia et dans plusieurs villes.

On n'épargna pas les personnes les plus attachées au gouvernement. Le comte Giovio, podestà de Corne, tellement autrichien qu'il avait donné une de ses filles au fils du baron Torresani, fut maltraité parce qu'il défendait sa municipalité contre les rapines et les insultes chaque jour plus excessives. Giovio jeta son gant au lâche officier autrichien, et celui-ci, non moins lâche qu'insolent, ne le releva pas.

Lorsqu'on apprit ensuite les événements de Vienne, lorsqu'on sut que le prince Windi ch- Graetz et le Ban Jallachich s'apprêtaient à mar-

cher contre la Hongrie pour la soumettre , le maréchal Radetzky, recouvrant toute son arrogance, reprit sa proclamation, et la publia le 11 novembre, malgré le manifeste impérial publié peu de jours auparavant, manifeste qui y était absolument contraire, et malgré l'opposition et les protestations du comte Montecuccoli ; seulement pour le faire accorder, au moins en apparence, avec le manifeste de l'Empereur, le maréchal y introduisit quelques variantes dans la rédaction. Je les donne toutes deux, en regard l'une de l'autre, parce que, comme on le verra dans la suite, le récent séquestre des biens des émigrés n'en est que la troisième édition.

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