‹ L'Autriche et l'Italie devant l'EuropeChapitre 3 sur 11 · CHAPITRE n · texte numérisé non relu

CHAPITRE n

Attitude de l'Europe et en particulier de la France yis-à-yis de l'Italie. — Aréneflieot d'un Napoléon à la présidence de la république française. — Coup d*œil rétrospectif sur la polifique de Napoléon I" en Italie, sur ses vues et ses projets i l'égard de la péninsule. — Souvenirs laissés en Italie par l'occupation française. — Traités de 4815. ~ L'Europe et le second empire.

Les événements de 1848 avaient pris au dépourvu tous les gouvernements et leur action extérieure se trouva tout à coup paralysée par les embarras que la révolution leur suscitait au dehors. Parmi les quelques États qui furent le moins frappés par le contre-coup de février, plusieurs durent prendre des mesures qui les délivrèrent des convulsions révolutionnaires et donnèrent quelques satisfactions aux peuples. La Russie n'était pas exempte de crainte. La Prusse était en proie à l'agitation. Il n'y avait guère que l'Angleterre dont la poliitque fAt dégagée de tout embarras, car les petits États tels que la Belgique, la Suisse, la Hollande, etc., étaient de leur nature ou par leur position peu faits pour intervenir dans une question de nationalité italienne.

La France, représentant en Europe l'idée révolutionnaire, foyer de propagande et de fomentation, paraissait

itstinéa^h intervenir énergiqn^nflil dams le&lotlBa^cpfâflff ;sv»it (yccaskmuée^ Bile è/taàt goBssée à ^amaimcmvSk penr d^ir raisons, et peur pralé|^ l'âsmoicipalioa &m penpies et pmir fsûre (iiyerâon aia préœcnpartiiifg as»les (Toi m^iacaient ss tcmimiilitè IntéErenm.

31 Lamartine n^nréseaitait la politique est&BBam^ im comprit pa&, on ne vauint pa& oompreadm, oetts donfib nèeesétk qni Im incomlBEit f appuyer le mouvement national Je L'Qalie. La manifinte Lamartine ws. poiaonoB éti^ngères, qna le ministre répnhtimn pet ponr on. de ai haute pnsimcRj a'ètait qa'on acte de laihieism mde VFiypr ^ de (teâance vis4-¥is de la FraansBL b fermeté de la fîirme dans laqiidle il fiit ré£gB ne œb&k paft le^crainti» ep» la penaée y maniftatey et Ig gua i mmg ^ ment a L'air^ pamr ae^ ËHrs accqftBr^ ds se bâor (i& li» pnisarac» ètKaogècesw Ea^K» cpif esoi oe mmmmt dOftUtian était à craku&e cantrvaoïB? Qiids^ auraiwit M let âatdG^âe cefii^ coaQtifln ImsfR^taB le» peuples^ à Mtre «semplsv xcamaôeat E& ■ipiift «fc arfioaieaiÉ k iea^eaa 6k la iérnseifat»?

Maia^q!Be3egallaI<IigfatasM>^gf iiiliiii gtfegggier» «anent f rsrmnr â im grand cafstaine sé^aàÈ revfi^smr teelMWi!yéfrfefealle?L»hiDigtHigferaeMée TOte auraiéftt ée^aë le triomphe de la trânne et écrasé 1b Bti^fe^ loBiâes ém pomrotr. Le gaatfen&flBsit às^ 1818 béritafi de» mmasa^ Gt!^3fnggme& àm Directoife. Tob ie» e&ùsAénAkfos mesqnines qid élraigksLt le {Ab b»- TMl 1b grande» qoc^iofis politîqMS^

OsaDl a« dictatav Caragpx^ « FaTMl afUdé de

rhabit démocratique de son frère, que le général du reste ne mit qu'à l'envers. Aussi il faut voir comme il prit sa mission au rebours. Jamais mesures plus illégales n'ont dépopularisé un gouvernement. Faut-il s'étonner si un homme qui comprenait si peu la liberté civile et la justice ne s'inquiéta guère du cri d'indépendance poussé par l'Italie. Le général Gavaignac craignait qu'une foisf les Autrichiens expulsés de la Lombardie, et le royaume de la Haute Italie constitué, Charles-Albert ne s*alliât avec l'empereur d'Autriche au détriment de la France. Voilà certes une belle et profonde politique.

Est-ce qu'une alliance est possible entre l'Autriche et le Piémont ? Les deux gouvernements ne sonMls pas, aujourd'hui surtout, et par leur position et par la forme même de leur constitution, des ennemis à jamais irréconciliables? Est-ce que Gavaignac pouvait oublier ce qu'il en avait coûté à la maison de Savoie pour avoir voulu, sous la première république, entrer dans la ligue des puissances étrangères contre la France. Si Gavaignac l'oubliait, le Piémont ne l'oubliera jamais, il faut le croire. En tout cas si la Sardaigne venait à enlever les provinces lombardes et vénitiennes à l'Autriche, il est à peu près certain que de longtemps, le gouvernement de Vienne ne foulerait pas aux pieds sa haine et son ressentiment pour tendre la main au Piémont dans une guerre contre la France, où la maison de Savoie aurait tout à craindre et où celle de Haps-* bourg rien à gagner. Que Ton constitue le royaume de la Haute Italie, et les deux Etats se font équilibre nécessairement.

Tandis que la France compromettait sa popularité et

«m influence en Italie, TAn^elerre acceptait n rôlephis habile. Satisfaite, an delà de tonte expression, de l'attitode dn cabinet de Paris, elle fiTorisait, sans trop s'engager pourtant, les rëYolntions italiennes et montrait le gonvernementdela r^HpJMliqne française marchant contre sa misrsion, an rebonrs de la dtoocratie et des idées modernes. L'Angleterre se plaçait ainsi dn conp à la tète de la civilisation. Anssi se mèla-t-elle, non sans arrière-pensées aux monrements de la Hongrie et de la péninsule. Ses agents officiels donnent ony^tement lenr appni aux radicaux de Bome, de Naples, de Florence. Elle farorise Tinsnrrection de la Sicile et engage cette île à se constituer sous la royauté d%duc de Gènes. Puis comme elle échoue dans cette tentative, elle cherche à faire préraloir la forme républicaine et veut entraîner à se prononcer en ce sens la i^nce qui intervient avec elle.

Cette action de la Grande-Bretagne sur lltalie a-t-elle un but généreux ? a-t-elle en vue la nationalité italienne et cherche-t-elle à aider à sa reconstitution. Nullement, le morcellement de la péninsule répond de tout point aux vues du gouyemement anglais, qui exerçant une influence révolutionnaire, et ne faisant rien pour la question de nationalité, faisait plus de mal à lltalie, que s'il fût demeuré neutre. Toutefois en ne restant pas inactif, le cabi« net britannique n'en assurait pas moins sa popularité dans la péninsule, et c'était là tout ce qu'il désirait obtenir.

Et Vienne, du reste, sentait bien que le danger ne venait pas de LfOndres; il savait bien que l'intervention anglaise était de pure iorme et tout illusoire. Mais ce qui épouvantait T Autriche, c'est la pensée que la France

allait peut-être franchir les Alpes ; ce qui l'épouvantait,

c'est qu'elle savait quels souvenirs ineffaçables l'ancienne

occupation française avait laissés dans toute la péninsule.

< Radetzski, dit un historien italien, se réfugiait à Yé-

> rone dans un état déplorable; et tous les fantômes de

> la peur marchaient avec lui ! La peur des inondations, t la peur des ponts minés, la peur de la République à » Vienne ; enfin la peur des Français lui tombant sur les 9 hras du haut des Alpes. Il expédia de Melegano un émis^ » saire chargé de s'informer auprès d*un de ses affidés,

> caché à Milan^ si le nouveau pouvoir dvait demandé Vin"

> tervention française. >

Quel moment pour l'Italie, pour la France!

L'une en profita mal, et l'autre ne voulut pas en profiter!

Faisons toutefois la part de chacun. La France s'e. . abstenue à cette époque ; mais aussi on n'a pas voulu d'elle.

Italia fara da til

Un cri de ce genre, magique dans la bouche de Napoléon guidant contre l'Europe les profondes phalanges françaises, était bien téméraire sur les lèvres de Charles- Albert, roi d'un petit Etat, alors peu prospère, et s'appuyant sur un soulèvement national sans organisation, large sans doute, mais travaillé par une foule de dissensions locales, et contrarié par les menées des princes italiens.

Cependant ne blâmons pas trop ce cri généreux, ce cri enthousiaste. Cette ambition si malheureuse qu'elle fût.

n'avait pas moins sa source dans un noble principe, la gloire nationale! Charles-Albert voulait laisser à son seul nom, à la seule Italie, Thonneur de la délivrance.

Quand il se sentait anime de ce sublime élan, quelle considération politique, quelle tactique mireotâanssa marche tant d'hésitation. Entré en campagne, n'avait-il plus la même confiance en ses forces, ou dans le sentiment des peuples ? Mais alors, il ne fallait pas attendre que l'élan se refroidît, que les Autrichiens revenus de leur étonnement et de leur effroi, apprissent avec joie et confiance et les succès des troupes impériales en Hongrie, et les dissensions intestines de Tltalie, et la révolution réactionnaire de Naples, et l'opposition de Pie IX au mouvement italien. Radetzski sentit que le terrain se raffermissait sous ses pas. Pourquoi donc à l'appel de Milan, Charles- Albert ne fondit-il pas comme la foudre pour écraser dans sa fuite et au milieu de son désastre, l'armée du feld-maréchal ? on a donné une foule de raisons pour et contre. Après l'insuccès, tous les partis se jetant à la face les calomnies les plus odieuses, n'ont pas manqué de s'accuser réciproquement d'avoir perdu la cause de l'indépendance. Il y avait là en présence deux partis inconciliables, les républicains et les albertistes. Il devait ressortir de cette situation de l'hésitation et de l'incertitude. Charles-Albert ne devait certainement pas s'engager sans garanties, et ce n'était pas à lui à faire étourdiment l'affaire des radicaux. Mais en attendant le vote d'annexion des provinces lombardes et vénitiennes, il compromit la victoire et hâta la défiance des républicains. Qu'il eût sans désemparer battu Radetzski et chassé les étrangers hors du territoire lombard, .

et il se rendait populaire même aux yeux des radicaux, se trouvait par le fait même de la victoire, maître de la situation et pouvait du coup paralyser les intrigues de ses ennemis personnels et n'en demeurait pas moins qu'avant Texpulsion des Autrichiens, indispensable au salut d'un pays non organisé, que sa retraite aurait sur-le-champ exposé au terrible retour de Radetzski.

Peut-être que Charles-Albert voulait bien constatera l'Europe la légitimité de son intervention. Il demande un vote préalable pour bien démontrer à tous que les Lombards agissent en toute liberté de conscience et que l'annexion ne se fera que selon le vœu de la nation.

Déplorons alors la fatalité qui accumulait les obstacles contre l'émancipation de la péninsule, et qui enveloppait l'Italie dans un réseau inextricable de difficultés.

Aujourd'hui tous ces embarras ont disparu, en partie du moins, et l'on sait bien, s'il y a un écueil, où il se trouve et comment on peut l'éviter.

Le 27 mars, Tarmée piémontaise, forte environ de 30,000 hommes, franchissait le Tessin et entrait à Pavie au milieu d'un enthousiasme immense. Quelques jours après, les Piëmontais remportèrent un avantage sur les Autrichiens à Gotïo, village situé entre Peschiera et Mantoue. Le 30 avril, après quelques engagements insignifiants, une affaire sérieuse eut lieu en tête du village de Pastrengo. L'ennemi fut chassé de toutes ses positions, et dans cette rencontre le roi et le duc de Savoie prirent à l'action la part la plus glorieuse. Mais au lieu de faire une trouée à travers la Lombardie et de marcher droit sur Milan, Charles-Albert alla user l'enthousiasme de ses troupes

— seau siège de Peschiera. Bientôt l'occasion se présenta aux Piémontais de se mesurer avec les troupes autrichiennes commandées par Radetzski en personne. L'engagement eut lieu à Gortalonne ; il dura deux jours. Les volontaires romains, toscans, les étudiants de Pise et de Sienne enrôlés sous la conduite de leurs professeurs, se conduisirent avec un grand courage. Le géologue Pilla, blessé à mort, expira en regrettant d'avoir fait si peu pour la patrie; Montanelli fut traversé par une balle. Ce qui contribua surtout à la victoire des armes italiennes, ce fut l'indomptable acharnement de Charles-Albert et du duc de Savoie qui se trouvaient partout pour rallier les bataillons qui pliaient et les ramener au feu.

Après ces succès, Charles-Albert demeure dans une inaction que des pluies torrentielles survenues et le mauvais état des chemins expliquent jusqu'à un certain temps. Le 16 juillet , les opérations recommencèrent avec vigueur. Après les batailles de Custoza, de Yillafranca, de Yalleggio, où les troupes sardes firent des prodiges de valeur contre un ennemi double en nombre, lord Abercomby voulut vainement intervenir au nom de la France et de l'Angleterre. Apprenant que Radetzski se propose d'aller s'emparer de Milan, Charles- Albert vole au secours de cette ville, où il aurait dû venir depuis longtemps pour y organiser l'administration et la défense. A l'arrivée du roi sarde et à l'approche des Autrichiens, Milan se couvre de barricades. L'agitation et l'enthousiasme sont à leur comble. On demande des armes ; les gardes nationaux sont aux portes et sur les remparts. Puis soudain on apprend qu'une capitulation a été signée. Charles-Albert,

dans le désordre qui régnait à Milan, et dans Tétat d'épuisement où se trouvaient ses troupes, n'avait pas vu sans doute des éléments de succès, et il voulut éviter à son armée et à la ville de trop grands désastres. Le départ du roi eut lieu le 6 août. Cent mille personnes, fuyant la vengeance de Radetzski, s'exilèrent volontairement de Milan et suivirent l'armée sarde.

Italia fara da set

A la nouvelle des événements de Milan et de la retraite de l'armée piémontaise, une agitation extraordinaire se produisit à Venise, et Manin fut investi de la dictature. Venise montra dans cette guerre de l'indépendance un héroïsme au-dessus de tout éloge.

Cependant les Lombards émigrés à Turin avaient protesté contre tout traité de paix qui n'aurait pas pour base le principe d'affranchissement complet des provinces lombardo-vénitiennes. Une sorte de congrès fut réuni et après un long débat on arrêta le projet d'une constituante italienne.

Tels sont les événements de l'Italie en 1848.

Durant l'armistice obtenu, le roi de Piémont songeait à réparer les pertes éprouvées dans la campagne de Lomhardie, et pourvoyait avec énergie aux moyens de recommencer la guerre. Mais déjà un grand découragement s'était emparé des cœurs dans la péninsule ; et lorsque Gharle&-Âlbert voudra reprendre les hostilités, il ne trouvera plus le même élan dans les populations qu'il devait soulever sur son passage. D'un autre côté, le gouvernement

français D'aim phs û le pouioir, ni b TokNité pest-4te» d'appojer, comme on aurait pa l'entraîner à k bin^ k # monrement italira contre rÂntriche. D n'est pas oppvtnn de rappeler ici les antres canaes de rinsncoès et Charles-Ail)^. Tons les historiâis, à qn^jne opûûoB qn'ils appartinssent, ont accosè k mauTais système adopté par les che& de Tannée sarde. ChrzanoTskLi le général ea chef, arait de tristes précédents. L'émigration polonaise ne l'accnsait de rien moins qne d'aroir trahi la canse natk)nale à Yarsorie. Qne ce fût là nne rérité on nne calomnie, annit-on dû confia de si grands intérêts à nn homme anssi compromis ?

Cependant Radetzski, après aroir concentré arec le pins grand secret ses tronpes snr Parie, adopta le plan andacieusement ayentnreux de prendre Toffensire et d'entrer immédiatement en Piémont, an lien d'attendre l'ennemi. ChrzanoTski qni aurait pn, grâce à cette témérité des Autrichiens, établir des relations arec les forces de Venise et flaire de nourean sonlerer Milan et tonte la Lombardie, tandis ^qne lonte retraite serait conpée à Radetzski, demeura dans la plus complète ignorance des mouranents de l'ennemi et dans la plus grande inaction. Pour comble de malheur, Ramorino qui devait défendre le passage du Tessin, ne sut pas ou ne put pas arrêter l'ennemi. Ramorino, dont certains auteurs ont touIu justifier la conduite, fut plus tard condamné à mort par une commission militaire. Enfin l'armée sarde et l'armée autrichienne en vinrent aux mains. L'affaire de Mortara ne fut pas favorabk aux armes de Charles- Albert. Le général de Tannée sarde à qui la timidité de ses mouvements aurait dû faire crain-

are une action décisive, roulut précisément aventurer les ehances de la campagne dans une grande bataille. ChrzanoBski se porta donc sur le plateau ondulé dont le village de la Bicoque, à deux kilomètres de Novarre, occupe le point culminant. Les Piémontais étaient depuis longtemps eir Imtaille, lorsque les troupes autrichiennes de d' Aspre vinrent un peu étourdiment conmiencer l'attaque. Ce n'était là qu'un corps de l'armée de Radetzki, et il eût été facile à Ghrzanovski de l'écraser. Mais il n'envoya contre lui successivement que des corps peu nombreux qui soutinrent mal le choc de l'ennemi. Cependant d'Aspre finit par céder, et les troupes piémontaises ne prirent pas la peine de ie poursuivre. Le corps autrichien se reforma aussitôt. Vers cinq heures du soir, les forces de Radetzski vinrent au secours de la première division engagée, et dès lors l'issue du combat ne pouvait être douteusGé Le général de l'armée sarde se décida à faire avancer son centre et sa droite jusque-là demeurés presque inactifs. Le duc de Savoie, le duc de Gènes, firent des prodiges de valeur. Charles-Albert chargeait les ennemis avec fureur et chercha plusieurs fois la mort en voyant que la victoire lui échappait. Et quand ses troupes se précipitèrent en désordre dans Novarre, il ne rentra qu'avec l'arrière-garde. Le roi, après cet échec, réunit ses généraux et leur de' manda si une retraite sur Alexandrie était possible ; sur leur réponse négative, il abdiqua en faveur du duc de Savoie.

Tout était-il donc désespéré ? nous ne le croyons pas. Le roi ne voulut pas exposer la monarchie qu'il jugeait en ce moment compromise. Mais si l'effet moral produit par

la défaite pouvait être considérable, l'effet matériel était de peu de valeur. La plus grande partie de Tannée sarde n'avait eu à la bataille aucune part et demeurait intacte. Les places étaient pleines de troupes, d'armes et de munitions ; et d'un autre côté, la France en voyant l' Autriche si près de nos frontières, se serait peut-être enfin décidée à intervenir dans une lutte dont l'issue lui importait à plus d'un titre.

Après Waterloo, Napoléon ne désespéra pas de la France. Seules, les intrigues et la trahison purent vaincre son espoir. Combien plus belle était la situation de Charles-Albert qui, par une précipitation dont il fut laimême la déplorable victime, retarda pour longtemps en Italie l'occasion de se délivrer du joug autrichien.

Le roi déchu se retira à Oporto, en Portugal, où il mourut quelques mois après. La reconnaissance du Piémont avait suivi le roi dans l'exil. Mais la chambre protesta contre la cessation de la guerre, et Victor-Emmanuel fut obligé de la dissoudre le 30 mars. Cette révolte du parlement avait provoqué celle de la ville de Gênes qui fat soumise après trois jours de combat par le général La Marmora.

Le canon de Novarre avait donné en Lombardie le signal du soulèvement. Brescia combattit dix jours avec un courage désespéré. Les Autrichiens ne prirent là qu'un monceau de ruines. Bergame et Côme, après une lutte également héroïque, capitulent en apprenant le sort de Brescia.

Désormais toute la vie et toute l'énergie de la nation ilalienne se trouvaient concentrées dans Venise qui n'é-^

tait pas encore découragée par le désastre de Novarre.

A la nouvelle de la défaite des Piémontais, l'assemblée de Venise décrète que Ton résistera jusqu'à la dernière extrémité. Là a lieu la dernière convulsion de lltalie. Venise épuisa toutes les souffrances d'un siège ; elle défendit lau prix de son sang les fossés qu'entoure la ville, ne rendit les forts aux ennemis que quand ils ne furent plus que des monceaux de pierres. Vingt jours de bombardement, le choléra, la famine, tous les fléaux promenèrent le ravage et la mort dans ses murs.

Et la Hongrie, sa dernière espérance, venait d'expirer, elle aussi. Il fallut accepter les conditions imposées par les vainqueurs. Les Autrichiens entrèrent le 28 août dans la valeureuse cilé au milieu du silence sombre, morne, désespéré des habitants. La ville fut mise en état de siège, son privilège de port franc lui fut enlevé, le commerce se trouva ruiné, la population affamée et tous les officiers bannis en masse.

Un bâtiment français recueillit ces illustres exilés parmi lesquels se trouvait Manin, l'immortel dictateur, qui fut à la fois un héros, un grand citoyen, un martyr et un honmie de génie i

L'Italie est au pouvoir de l'Autriche.

En Toscane, Léopold, après s'être exilé, est rappelé par son peuple. Rentré dans ses foyers, le grand-duc accorde une amnistie générale que les Autrichiens violent brutalement en exerçant de terribles cruautés contre les malheureux Toscans. Le grand-duc ne put rien faire pour contenir la fureur des soldats de d'Aspre, qui semblent prendre à

cœur de mériter Tépithëte de barbares dont l'Europe les qualifie, car c'est bien là une invasion de barbares.

Tel fut le résultat de la campagne de 1849.

Et pendant ce temps qu'avait fait le gouvernement français? Il avait laissé effacer l'ombre de la France de tout le sol de la péninsule. Puis, comme honteux de ce rôle de faiblesse et d'abstention, il s'était décidé enfin à intervenir, mais hélas t daiis quel sens ?

Combien plus sage que tous ceux de l'Europe, fut le gouvernement des Etats-Unis, qui, bien qu'étranger aux questions européennes, prit une conduite logique, digne, ferme, et sans reconnaître officiellement les gouvernements qui s'étaient brusquement constitués dans la péninsule, accrédita pourtant auprès d'eux des ministres provisoires, laissant entendre par là qu'il reconnaîtrait leur légitimité dès que le temps leur aurait donné un caractère de stabilité.

C'est ce que devait faire la France, en s'opposant à toute intervention hostile, puisqu'elle ne voulait appuyer aucun mouvement.

Le 27 novembre, un corps d'expédition fut envoyé à Civita-Vecchia.

L'abstention était une faute; mais le jour où le cabinet républicain de Paris se mêla activement aux affaires d'Italie, et entreprit une œuvre de restauration, ce jour-là il foula aux pieds son principe, il condamna la révolution d'où il était sorti; ce jour-là, il souffleta nos héros des quatorze années de l'ancienne république, et justifia les invasions de 1814 et 1815.

Bien plus que la république romaine, la république de

1794 avait offensé les sentiments de la chrétienté. Estce que la Convention n'avait pas voté la saisie de presque tous les biens du clergé? Est-ce qu'elle n'avait pas prononcé l'abolition en France du christianisme, et décrété la religion de l'Être suprême? Est-ce qu'elle ne guillotinait pas et ne transportait pas les prêtres réfractaires.

Et à Rome avait-on seulement approché de ces mesures extrêmes?

Eh bien! malgré les violences du pouvoir en 1794, qui de nous voudrait blâmer l'élan des volontaires français qui volèrent à la défense de nos frontières, qui de nous pourrait applaudir à la coalition qui fut alors organisée contre la France ?

Cette initiative était d'autant plus déplorable qu'elle engageait inextricablement dans la même politique le gouvememen t qui suivit la dictature du général Cavaignac.

Mais puisqu'on n'a pas su respecter la révolution romaine, quelle qu'elle fût, l'élu du 10 décembre fera tourner au profit de l'ordre, de la liberté et de la civilisation, cette fameuse expédition de Rome qui pèse sur la conscience de la France.

Telles étaient du moins sa pensée et sa volonté.

Car, il faut le dire, le pouvoir exécutif issu du vote du 10 décembre inaugurait une politique de modération et de sage liberté. Le nom de Napoléon obligeait d'ailleurs vis-à-vis de l'Italie. Les habitants de la péninsule n'avaient pas perdu le souvenir de l'occupation française et des intdligentes et libérales réformes que l'Empereur y avait introduites. Ce nom était une espérance, un phare dans la

nuitderoppressioD, et il brillait au delà des Alpes comme Taube du jour de rémancipation.

Napoléon P% dans ses proclamations, annonçait constamment aux peuples dont il envahissait le territoire, qu'il ne venait pas conquérir, mais porter la liberté et l'unité nationale. Les classes éclairées avaient si bien compris la pensée du grand capitaine qu'elles lui donnèrent constamment leurs sympathies, à rencontre des antipathies populaires excitées par l'or et les intrigues des rois.

Que Napoléon cherchât à émanciper les peuples, cela est certain ; mais qu'il prtt la conquête pour moyen d'unification nationale, c'est là une appréciation de la politique de Napoléon P' qui n'a pu venir qu'à un écrivain qui cherche, dans le vague des suppositions, l'explication d'un but inconnu.

Si le chef de la dynastie napoléonienne a annexé dans le cours de ses guerres des territoires à celui de l'empire, c'est qu'il était contraint par des considérations d'intérêt immédiat, et par conséquent momentané. Il fallait bien trouver une compensation aux lourdes dépenses d'hommes et d'argent que faisait la France. D'un autre côté, outre qu'il trouvait dans les pays conquis des hommes et' de l'argent, l'Empereur ne pouvait mieux les soustraire à l'influence des gouvernements qui en avaient été dépossédés qu'en les annexant à l'Empire. Livrés à euxmêmes, ils seraient bientôt retombés dans leur ancien esclavage et seraient allés grossir de leurs contingents les armées de nos ennemis. Tandis que sous la main sage, ferme et protectrice de la France, ils se constituaient, s'organisaient et prenaient part enfin comme notre patrie

aux bienfaits de la rëvolntion doDt l'Empereur était en quelque sorte Tâme et la pensée.

Que TEmpereur ait eu d'un autre côté la pensée d'une confédération européenne, c'est encore certain. Il travaillait du reste à l'unité européenne, à l'union des races en établissant dans tous les pays conquis le code immortel auquel il adonné son nom. Si les mœurs font les lois, les lois aussi font les mœurs; le code et l'opinion agissent l'un sur l'autre. Plusieurs peuples vivant sous les mêmes lois, revêtent ainsi peu à peu les mêmes mœurs, les limites de races disparaissent et la fusion s'opère sans obstacle et sans secousse.

Tel était le système qu'employa le premier des Napoléon.

On dit qu'Alexandre de Russie proposa à Napoléon de couper l'Europe en deux ou d'en faire deux empires.

En Orient, le vieux despotisme, l'antique féodalité ; en Occident, la révolution, la liberté, la civilisation.

L'idée que Napoléon représentait le força de refuser.

Alexandre prenait VEmpereur pour un simple conquérant, lorsqu'il était la révolution faite homme, la révolution envahissante, jurant au passé guerre sans trêve. L'esprit qui a présidé aux conquêtes de Napoléon est impérissable comme la civilisation dont il est le génie.

Qu'est-il resté des conquêtes d'Alexandre le Grand, des invasions d'Annibal, de l'empire de Charlemagne.

Un souvenir classique.

Mais les guerres de Napoléon ne sont pas simplement des titres de gloire pour la France ; elles forment l'héritage de tous les peuples de l'Europe qui trouvent là l'histoire, non d'une nation, mais d'une idée!

Lorsqu'un pape frappa rimagination d'Attila, le terrible chef des Huns, manifestation brutale de Tactivitè humaine qu'aucune pensée ne dirige, put se sentir apaisé et l'invasion put être brisée. Mais qu'au xix** siècle la Coalition brise l'invasion française, que Napoléon expire sur un rocher, à deux mille lieues de son armée, l'idée qu'il représentait vit toujours profonde, invincible, elle n'a pas quitté les bords de l'Europe, et, d'années en années, elle se manifestera à Paris, à Vienne, à Naples, à Rome, à Berlin par des commotions violentes jusqu'à ce qu'une incarnation nouvelle, puissante comme la première, la pose audacieusement en face du vieux monde et exige son triomphe par la paix ou par la guerre.

Cette incarnation volontaire ou involontaire, c'est Napoléon III. L'empereur actuel ne peut prendre ni l'héritage de Charles X, ni celui de Louis-Philippe, ni celui de la République. La France a fait elle-même raison de ces formes de pouvoir impossibles.

Mais le gouvernement de Napoléon, anéanti par les étrangers contre les vœux de la France, voilà le seul héritage logique, fatal que puisse recueillir celui qui porte son nom.

En présence de l'œuvre qui incombe à la dynastie des Bonaparte, voyons quels souvenirs le nom de cette famille a laissés dans le cœur des peuples italiens.

Le souvenir de l'occupation française rappelle en Italie le règne de la justice, de l'équité, de l'égalité, de la démocratie enfin. Aussi le parti français était nombreux en Italie et lorsqu'après les événements de 1814, la péninsule fut entièrement soustraite aux lois et à l'influence

de la France, des plaintes amères se firent entendre de toutes parts sur le sol italien. Le peuple, éclairé par le fait même des institutions nouvelles et par leur jeu équitable, était surtout dévoué à Tempire.

Dès que rAutriche a étendu sa serre sur l'Italie et (ju'elle gouverne directement ou indirectement ce malheureux pays, toute institution française disparaît, les anciens abus sont restaurés au grand désappointement de ceux mêmes qui, dans Tespérance d'obtenir quelques libertés municipales, avaient répudié leurs naturels alliés, ks Français.

Mieux inspirée, la noblesse n'a cessé de tourner depuis ses regards vers la JFrance ; elle sentait désormais que là est Tappui, que là est la force d'émancipation. Nos ennemis le sentaient bien aussi, car de toute leur puissance ils ont travaillé à la destruction de l'idée française en Italie ; car ils savent que pour leur domination, le plus grand danger c'est la Fraùce contre qui furent faits les traités de 1815.

En effet, les traités de 181S furent rédigés dans un double but, pour ce qui regarde l'Italie : fiiire succéder l'influence autrichienne à l'influence française; prévenir les révolutions futures en établissant le despotisme le plus dur.

Le code Napoléon avait eu pour résultat de rapprocher les populations rivales par le lien commun d'une législation uniforme. Les puissances hostiles à la France et à la révolution détruisirent toute union et, par conséquent, toute force nationale en morcelant lltalie et en la partageant entre plusieurs petits despotes, fatalement soumis à l'influence de l'Autriche qui devait contre tout danger les protéger de ses soldats.

En outre, Tempereur d'Autriche étendait sa domination sur un grand nombre de points septentrionaux de la péninsule. Ainsi, aux termes des traités elle entra en possession de ristrie tout entière, de la Dalmatie, des îles de TAdriatique faisant partie jadis des Etats de Venise, des bouches du Gattaro, des lagunes et des autres provinces ou districts de la terre ferme sur la rive gauche de TAdige. C'est peu encore ; on lui donna les duchés de Milan et de Mantoue, les principautés de Brixen et de Trente, le comté de Tyrol, le Voralberg, le Frioul tout entier, le territoire de Montefalcone, la ville de Trieste, la Camiole, la Haute Garinthie, la Croatie à droite de la Save, Fiumes et le littoral hongrois, le district de Gastua, tout le sol compris entre le Tessin, le Pô et la mer Adriatique, les vallées de Bormio, de Ghiavenna, enfin le territoire de Tancienne république de Raguse.

En même temps qu'on stipulait ainsi la ruine de la puisr sance française, on faisait disparaître tout vestige de la révolution que nos troupes victorieuses avaient importée. Parme, Modëne, le Piémont, les Etats Romains, Naples voyaient s'accomplir la restauration des formes surannées. Toutes les libertés disparaissaient.

Et ces hommes d'Etat qui voulaient rétablir sur la base de la tyrannie les anciennes dynasties, ne voyaient pas quils décrétaient la révolution permanente. Pendant quarante ans les populations vont protester par des soulèvements périodiques contre cette compression qui étouffe tout bien-être et tout progrès, contre ce morcellement qui épuise la vitalité italienne. L'idée française est inoculée au sang européen. Rien n'a pu arrêter les manifestations in-

cessantes du peuple italien en faveur de la liberté et de l'émancipation.

Tous les faits de l'histoire, depuis 1815, ont démontré que les odieux traités, signés à Vienne, ont été faits contre les vœux de tous les peuples, contre toutes les conditions de vie, de bien-être, de sûreté, de dignité.

Quand les peuples qui en sont frappés à un désavantage moindre que nous, protestent, la France ne protesterait pas I Quoi 1 la France s'appuierait sur ce qui est fait pour la jeter à terre 1 Elle respecterait ce stigmate d'impuissance et de faiblesse qu'on a voulu imprimer à son front ( Quand elle a les peuples pour elle et qu'elle voit chanceler sur sa base, sous les chocs de T opinion publique, ce monument de haine, d'envahissement et d'injusftices, la France ne fera-t-elle rien pour le démolir avant qu'il croule et qu'il engloutisse dans ses débris l'ordre et la civilisation?

Chose curieuse, la plupart des gouvernements de l'Europe trouvent ces traités déplorables, détestables, et la plupart veulent assurer leur maintien et leur exécution t Ce qui n'a pas empêché les puissances signataires de ces traités de les violer, lorsque leur intérêt particulier les y engageait.

Et chose plus curieuse encore, la France les a seule respectés.

En présence de cet état de choses, qu'est-ce que le second empire?

Lempire^ c'est la paix ! a dit à Bordeaux Napoléon III.

Oui, l'empire c'est la paix, la paix logique, durable, définitive, et non cet état précaire, mouvant, incertain

qui résulte delà constitution des États européens en 181S.

Jusqu'à nos jours, il n'y a pas eu de paix, il n'y a eu qu'un armistice!

Les dispositions prises par les puissances ennemies en 1815 sont un acte d'hostilité permanente contre la France, une menace, un défi perpétuel I L'Autriche nous a fait constamment la guerre en détruisant au fur et à mesure de leur avènement les libertés, les unions établies hors du territoire d'occupation, sous l'influence de la France, sous l'influence de l'idée qu'elle représente ou des espérances qu'elle fait nattre.

La paix basée sur de nouveaux traités qui ne soient pas une injure constante faite à la dignité de la France et une suspicion de son génie, voilà la seule paix possible, impériale, napoléonienne, française, que Napoléon III ait voulu proclamer !

L'empire c'est la paix!

Page 1