INDÉPENDANCE ET UNIFICATION
et à sa présente application pratique,
> YIGTOR-^SMHANUEL, ROI d'iTALIE,
devrait, d'un bout à l'autre de la Péninsule, se manifestdr par Tnn des mille modes que sait inventer l'initiation féconde d'un peuple en agitation. >
La déclaration est franche. Repousser l'appui qui se présente ce serait le changer en obstacle, et en obstacle dangereux. Car, enfin, si on avoue la force et l'influence des révoltttionnaires en Italie, il faut bien compter avec euT. Se les rallier n'est pas d'ailleurs se rallier à eux et on les annihile en les absorbant dans un élément qui n'est pas tout à fait le leur et au profit duquel ils dépensent leur énergie. Jusqu'à ce jour ils ont eu le monopole des soulèvements, des conspirations, des appels à l'indépendance. Il faut désormais leur enlever l'initiative, couvrir leur active coopération d'une sorte d'anonyme qui laissera recueillir au parti national et libéralement modérateur tout le fruit de la victoire.
Le conseil que M. Joseph Ricciardi adressait, dans une note du 19 février 1855, à la France et à l'Angleterre, n'est pas tout à fait à dédaigner ; il contient des observations toutes sages et toutes modérées :
c Cette révolution que l'on semble tant redouter, dit-il,
> n'est peut-être que l'effet de deux grandes aspirations, » de la part de tout un peuple opprimé : l'aspiration à » l'indépendance, sans laquelle il n'y a pas de vie morale » pour une nation, et l'aspiration à la liberté, c'est-à-
> dire, aux institutions demandées par l'esprit de notre
siècle. Or, quant à la première, die se trouyerait pleinement satisfaite par l'accomplissement du grand acte auquel nous venons convier la France et l'Angleterre. Reste la seconde à laquelle il faudra bien faire droit t6t ou tard sous peine de voir se perpétuer en Europe cet état d'agitation et de malaise dont on se plaint à juste titre ; c'est là, selon nous, de ces nécessités inéluctables qu'il vaut mieux prévenir que subir. Nous dirons même plus. Il en est de la révolution comme de certaines forces de la nature, d'une rivière torrentueuse, par exemple, qui, abandonnée à elle-même, produirait de grands d^ts dans les champs, tandis que, dirigée par h main de l'homme, elle en accroît la richesse. Désire-t-on réellement conjurer les dangers que l'on croit pouvoir résulter de la révdution? Qu'on se mette sans retard à sa tète, en commençant par satisfaire aux besoins l^itimes des nations morcelas et soumises à l'odieux joug de Tétranger. »
M. Ricciardi fit en même temps remarquer que tes États Sardes sont la seule partie de l'Italie où flotte le drapeau national, la seule où il existe quelque liberté, et la seule par conséquent au depuis huit ans on naît vu ni tentatives révolutiownaires ni canspratUm !
Gomme Manin, l'ancien député napolitain, demande qu'en ce moment toutes les dissensions fassent trêve, que l'union s'oi^nise en vue de la conquête de la nationalité, c II faut, dit41, pour que ce grand fait s'accon^>lisse que » l'Italie, oubliant toute autre question pour le moment, ne 1 songe qu'à son indépendance t > L'ancien chef de la république Toscane, Montanelli^
après avoir, à plusieurs reprises dans ses récents mémoires, donné son adhésion pleine et entière à une Italie monarchique, sous le sceptre de la maison de Savoie, pourvu qu'elle soit unifiée, fait encore entendre la déclaration suivante:
c Les hommes de dévouement sont persuadés que dans
> les conditions présentes de l'Italie, c'est un impérieux » devoir pour chacun de se tenir prêt à accomplir en
> toute occasion, les actes d'où il peut résulter un avan-
> tage réel ; mais sans système préconçu.
» Il faut être inflexible sur certains principes généraux:
» La haine de l'étranger ;
» Le respect de la religion ;
» La nécessité des réformes.
> Après cela, quant à la conduite politique de la vie
> réelle, accepter la loi des circonstances. Un acte qui
> convient à Rome ne convient pas à Florence. Les gou- » vernements qui ont fait un pas dans le libéralisme, le » libéralisme doit les encourager, les aider. Quant aux » gouvernements qui sont toujours unis à l'étranger, il » ne faut leur laisser ni trêve, ni repos, jusqu'à ce que
> le pacte honteux soit rompu. >
Mazzini lui-même est plus explicite encore, f Vous êtes dans une erreur profonde, écrivait-il au » professeur toscan, si vous nous croyez, moi et ceux
> qui m'entourent, intolérants, exclusifs, à genoux de- » vant nos principes démocratiques et républicains, à ce » point que ces convictions nous empêcheront de faire
> alliance avec vous... Si donc aujourd'hui la majorité
> saine se groupait autour d'un pape, ou d'un roi, et
> le proclamait l'initiateur de ses destinées, et que ce
> pape ou ce roi répondît loyalement à cette confiance, » je me hâterais d'oublier que ce roi m'a enlevé mon » premier et meilleur ami, que ce pape représente essen- » iiellement une croyance ou plutôt le dernier vestige
> d'une autorité contre laquelle mon âme tout entière » se révolte, et j'accepterais le drapeau qu'il mettrait en- » tre nos mains, et je donnerais tout ce qui me reste de » vie, et mon sang jusqu'à la dernière goutte, et j'enga- » gérais mes amis à suivre cet exemple... Je ne connais » qu'un drapeau, celui de la nation, celui de l'unité. >
Le parti national modéré ne doit donc repousser, répétons-le, aucun des éléments qui peuvent concourir à transformer l'Italie. Il doit, à tout prix, s'emparer exclusivement de la situation.
Indépendance et révolution sont sœurs jumelles, qu'on ne l'oublie pas.
Indépendance et révolution marchent à l'ombre du drapeau national italien arboré par le Piémont!