Revue polilique et parlementaire, mars
C'est notre droit public nouveau se dégageant lentement des formules démodées, sous la double pression des transformations économiques et du progrès intellectuel ; ce sont les organes nouveaux de la vie collective se formant lentement à côté des organes anciens, à mesure que ceux-ci, déjà pour moitié frappés d’atrophie, révèlent mieux leur inaptitude et font mieux prévoir leur déchéance ».
Voilà donc le‘thème : la crise du fonctionnarisme est un simple accident d'une crise beaucoup plus étendue en surface el en profondeur, la crise de l'Etat. Jusque-là, nous sommes à peu près d'accord : d'une façon plus précise, je crois que nous assistons à une crise de croissance tenant à ce que l’organisme administratif ne s’est pas développé de la même façon, ou dans la même mesure, que s’est développée la constitution de l'Etat. Mais, tandis que le syndicalisme prétend que l'Etat évolue dans le sens d’une abolition de sa forme politique, je crois qu’il évolue seulement dans le sens d’une épuration et d'une adaptation de cette forme ; tandis que le syndicalisme annonce comme prochaine la disparition de l'Etat politique et l’instauration d'un Etat économique, Je crois que le vieil Etat politique n'est pas encore sur le point d’abdiquer ou d’être déposé, à condition qu'ilne veuille pas persister à se gouverner contre son temps.
Dès lors, de deux choses l’une. Ou bien le syndicalisme administratif est une pure aspiration, et je ne m'y associe point parce que je crois perfectible et supportable un ordre social, fondé sur les bases du nôtre ; ou bien le syndicalisme administratif est, pour parler le langage socialiste, « dans le mouvement des choses », et alors attendons la fin du mouvement et, en l’attendant, ingénions-nous à aménager de notre mieux les derniers décors de la scène que nous avons vécue jusqu à présent.
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Reste donc la thèse intermédiaire, celle qui se fonde sur
l’idée, ou plutôt sur le fait, de l’évolution de l'Etat. L'Etat évolue. Son évolution est bien un fait, d'ailleurs en concordance avec la loi universelle des organismes. C'est à ce fait indéniable, visible, qu'il faut attribuer ce que M. P. Leroy-Beaulieu appelle les « vicissitudes récentes de la notion d'Etat » (1). Ceux qui la nient, généralement parce qu'ils la craignent, ceux qui croient intangible la notion de l'Etat, qui s’imaginent pouvoir la cristalliser sur un type donné, ceux-là sont, suivant le mot de Lamennais, « des traîneurs que la nuit a surpris dans le passé ».
Le temps amène en tout des changements contre lesquels l’homme se raidirait en vain. S'imaginer que l'Etat générale, c’est s’illu-
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échappe, par privilège, à cette règle sionner.
Bluntschli dépeint en ces termes l’homme qui se laisse prendre à cette illusion : « Pour conserver une momie, il nie le développement et les progrès de l'Etat ; il les étoulfe dans son cadre immobile. L'histoire reste pour lui un livre fermé. Les yeux exclusivement tournés vers le passé, il ne voit pas que tout marche et change. Comment le plaindre ? Le fleuve de l'histoire universelle l’ensevelit sous ses flots, sans s'inquiéter de ses vaines protestations. On peut lui appliquer la parole du Christ: « Laissez les morts enterrer leurs morts » (2).
Abrens résume, dans les termes que voici, l’analyse qu'il présente de ce phénomène d’évolution : « L'Etat naît et se développe à l’instar de la loi; produit du besoin, des impulsions naturelles et des tendances instinctives de la vie sociale, il se manifeste successivement avec les facultés supérieures de l'esprit humain, subit leur influence, et change peu à peu sa forme primitive, inconsciente, contre une forme plus libre et plus réfléchie. Toutes les circons-