‹ L'Avancement dans les fonctions publiques: Son organisation -- ses garanties; Contribution à l'étude du statut des fonctionnairesChapitre 69 sur 390 · La nouvelle Babylone, p · texte numérisé non relu

La nouvelle Babylone, p

Ce mot de vertu était déjà celui par lequel Platon caractérisait l'idéal qu'il entrevoyait dans sa République : il la définissait, en effet, «un Etat fondé exclusivement sur la vertu ». Aujourd'hui, on peut recourir à une expression plus scientifique, et dire que la démocratie doit être fondée exclusivement sur le Droit : en effet, transportée dans le domaine politique, l’idée de vertu n’est autre chose que l’idée de Droit, le Droit seul pouvant avoir raison des passions ou des faiblesses individuelles des hommes qui détiennent la force collective. Une république démocratique doit donc à ses propres principes d organiser la collation des fonctions publiques d’après des règles de droit, au lieu de l’abandonner aux inspirations personnelles des hommes qui passent au pouvoir, de façon à empêcher que certaines nominations où promotions puissent rester, dans son organisme, comme le symbole insolent de l'inégalité des conditions.

Il semble dès lors qu'on pouvait s'attendre, de la part des fondateurs de la troisième République, à une régénération profonde des systèmes antérieurs, sous le rapport qui nous occupe. Constitutionnellement, il n’en fut absolument rien. Nous connaissons l'article 3 de la loi de 1875, qui transporte au président de la République tous les pouvoirs de l'empereur et du roi sur l’accès à la fonction publique, et au sujet duquel M. de Laveleye à pu écrire : « Quel que soit le nom que porte l'Etat, république ou monarchie, cette effrayante concentration de pouvoirs est toujours le despotisme » (1).

La vérité, c'est que notre République, en mal de démocratie, n’a pas encore pu, peut-être parce qu’elle ne l’a pas encore assez fermement voulu, se détacher d'aucune des

1. Essai sur les formes de gouvernement dans les sociétés modernes, p. 109.

grandes lignes du système administratif dont la France a été dotée par le premier Consul en mal d'impérialisme. Depuis le Consulat, nous avons fait trois révolutions, essayé de tous les régimes politiques : seule, notre constitution administrative est restée debout, dédaigneuse non seulement des secousses politiques, mais, même, des révolutions scientifiques qui ont bouleversé le xix° siècle. On a dit de l'empire romain que, né de la république, il avait tué sa mère : certes, l'histoire ne fera pas à la troisième République française, au moins sous le rapport de l’organisation administrative, le reproche d’avoir tué ses ancêtres. Elle aura élé, vis-à-vis d'eux, et particulièrement vis-à-vis de celui de l'an VIII, un véritable modèle de piété successorale; tout ce qu'elle x reçu de lui, quant à l’administration, elle l'aura, le plus longtemps possible, jalousement conservé, respecté à l’égal d'une relique, et ce n’est pas de sa faute si, accomplissant son œuvre impitoyable, le temps en a, de-ci de-là, anéanti ou emporté quelques parcelles. Certainement, l’aïeul plus lointain, celui des grandes lois de 1790, qui, lui aussi pourtant, a laissé des souvenirs, doit s’attrister s’il voit à qui vont toutes les préférences de son arrière-petite fille, et s'il constate combien peu elle songe à revendiquer sa succession en déshérence.

Cette attitude de la France moderne frappe et déconcerte. Un étranger, étudiant nos institutions politiques, souligne ce fait comme une curiosité : « Quel que soit, dit-il, le sentüiment qui règne actuellement en France à l’égard du caractère et de la carrière de Napoléon, son œuvre reste intacte; sous la république parlementaire, l’édifice napoléonien constitue la base immuable de l’administration du pays... (1) ».

Il y a longtemps, d’ailleurs, que des Français ont signalé cette anomalie ; c'en est presque devenu un lieu commun,

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