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CHAPITRE III

LUCIEiN BAUMAiNN

LES GRANDS MOULINS DB CORBEIL DITS ** PETITE PRUSSE " ET LE JUIF-ALLEMAND LUCIEN BAUMANN

La question du ravitaillement de Paris en temps de guerre est une de celles qui devraient préoccuper au premier chef un gouvernement national.

Il est de toute évidence qu'un aliment de première nécessité, tel que le pain, ne doit jamais faire dé faut dans une agglomération d'habitants aussi considérable que Paris.

Paris affamé, on l'adéjàmalheureusement vu, c'est rémeute à coup sûr et à bref délai. Or, au moment où toutes les forces devraient être tendues vers les frontières envahies, les discordes civiles ne seraient pas faites pour faciliter la tâche des armées en contact avec l'ennemi.

Il faut donc multiplier les garanties nécessaires au bon fonctionnement du service, si compliqué même

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en temps de paix, du tavitaillement de la cijjitale. La première garantie que l'on doive exiger, c'est que SCS rouaires ne soient pas faussés par dos maijis étrancrères, c'est que les produits de première nécessité soient entre les mains de vrais Français de France. Même si les directeurs de ces services d'approvisionnement étaient les plus braves gens du monde, recommandés et appuyés par des personnages importants, le fait qu'ils seraient de nationalité allemande, devrait, surtout dans les circonstances critiques actuelles, les amener à se retirer immédiatement.

Vis-à-vis de ceux qui occupent de tels postes, le moindre soupçon est encore de trop.

Nul n'ignore, *à l'heure actuelle, l'importance des Grands Moulins de Corbeil. Considérable, en effet, en temps de paix, elle le serait bien davantage en temps de guerre, car c'est d'eux que dépend en majeur* partie l'approvisionnement de Paris.

Si nous ouvrons V Annuaire de» Sociétés par actions ^ nous y voyons que la Société des Grands Moulins de Corbeil a pour objet : le commerce et l'industrie de la minoterie en général; l'établissement des Grands Moulins établis à Corbeil t-t connus sous le nom d'Anciens établissements Darbiay et Déranger, la création, l'achat, la vente, l'exploitation de tous autres établissements et usines de môme nature et toutes opérations et participations de commorce ou d'industrie se rattachant aux grains, fécules et autres produits analogues.

Les Grands Moulins de Corbeil sont les plus importants do France. Leur production quotidienne est de 0.r)(X) quintaux. La farine fabri(juée en une iournée suffit à produire GlO.OOO kilogs de pain, ce

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qui représente la nourriture journalière d'un million de personnes.

Ils rayonnent sur toute la France. Ils ont des agences dans toutes les villes, des agents un peu partout. C'est donc là une véritable puissance dans l'industrie de la meunerie et, étant donné l'aliment de première nécessité que ces moulins fabriquent, il serait du devoir du gouvernement de s'opposer à ce que, à la tête de la société qui les diri^je, se trouvât un Lucien Baumann, administrateur-déléiiué.

Mentionnons, tout de suite, que Lucien Baumann, avant d'occuper ce poste aux Grands Moulins de Corbeil, s'occupait avec son frère des Illkirche Mûhlenwerke, moulins situés à Illkircli, bourgade àsept kilomètres de Strasbourg.

Or Lucien Baumann est juif et juif allemand.

La question de sa nationalité fut posée dès le début de la nouvelle société à l'assemblée des actionnaires. On lit en effet dans la Vie financière du samedi 4 mars 1905 :

4 mars 1905 :

Compte-rendu de l'assemblée générale ordinaire et extraordinaire des Grands Moulins de Corbeil.

iDiscussion sur les frais trop considérables occasionnés par les directeurs et administrateurs^

17h Ac^êonna/re. — Vous avez présenté tout à l'heure un nouveau candidat, M. Baumann. On vous a demandé quelques renseignements sur lui ; je vous pilerai d'en d(inner. Veuillez me dire qui il es; n ce qu'il a fait.

M. Walhit (administrateur). — C'est bien simple: M. Baumann est Alsacien.

Le même actionnaire. — Allemand ou Français ? (Bruit.)

M. Waliut. — M. Baumann est né dans un moulin car son père était meunier à Strasbourg.

Il a été élevé dans le moulin de son père. M. Baumann a donc acquis, en matière de meunerie, une coin, petence tout à fait spéciale.

Ensuite, il est devenu associé de son oncle, puis directeur de la Société Baumann frères. Cette Société possède à l'heure actuelle à Strasbourg un moulin tout à fait remarquable à tous les points de vue. Ce moulin est excessivement important, jjuisqu'il broie actuelle-ment 2,400 quintaux de blé en 24 heures. C'est, à mon avis, le moulin le mieux monté d Europe. Vous voyez que M. Baumann nous est précieux à tous égards.

Le même actionnaire. — Je retiens ceci, que M. B;iumann est un meunier, qu'il a un ou des moulins très importants en Allemagne, et qu'il est notre concurrent.

On voit qu'à cette époque, l'honorahle M. Waliut était un chaud partisan de M. Lucien Baumann. Il serait intéressant de savoir si, depuis lors, son jugement ne s'est pas modifié. Mais ce qui est encore plus curieux, c'est le débat suivant, tel qu'il nous esf rapporté dans La Vie Financière du 17 avril 1905 .

Séance du 16 avril.

Un actionnaire. — On nous a demandé pourquoi M. Huumann était à la tète do l'administration des Grands Moulins de Corbeil, et comment il se faisait qu'il pût y avoir ici un Allemand, ex-soldat allemand^ dit-on, membre de la municipalité de Strasbourg, et propriétaire do moulins allemands.

M. Baumann no joue évidemment pas ici le rôle de terre-neuvo, venu pour sauver une société qui tombe. C'e-^t un intérêt de spéculation qui le guide.

Mais il y a un fait beaucoup plus ^-tavo s; malheu-

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reusement, une guerre éclatait entre la France et l'Allemagne, que deviendrait M. Baumann ?

Vous savez que les Grands Moulins de Corbeil approvisionnent une partie de Paris. Il est facile de faire des provisions de grains et de farine. Que ferait M. Baumann ? Rcsterait-il Français pour servir les intérêts des actionnaires ?

Un autre actionnaire. — En matière d'industrie, il n'y a pas de nationalisme. Amenez-nous des Russes et des Japonais, pourvu qu'ils nous donnent des dividendes.

Il est dommage que le nom de cet actionnaire si patriote n'ait point passé à la postérité. Certainement, en prononçant ces paroles, il a dû se croire un homme très fort. Le jour où, la guerre étant déclarée, les Grands Moulins passeraient instantanément aux mains de l'autorité militaire allemande, — les collaborateurs de M. Lucien Baumann ayant aussitôt revêtu leurs uniformes — ou bien, paralysés, cesseraient de moudre, cet homme très fort s'apercevrait qu'il a proféré une énorme bêtise... Mais écoutez la fin :

M. Wallut. — M. Baumann est Alsacien. Il est né Français. Ses parents avaient des établissements en Lorraine et il est resté, comme beaucoup d'autres, eu Msace.

Un actionnaire. — Il n'a pas opté.

M. Wallut. — Il avait trois ans.

L'actionnaire. — Depuis, il a eu vingt ans et il aura. t pu devenir Français.

Quelque temps après l'installation définitive de M. Lucien Baumann, il y eut des tiraillements au sein des actionnaires des Grands Moulins de Corbeil, certains se plaignant d'être frustrés au bénéfice du fonds de réserve. Au cours <le la séance agitée de

l'assemblée générale du 13 avril 1908, un des plu?? anciens membres du conseil d'administration, l'honorable M. J..., ût les intéressantes déclarations suivantes :

Enfin, ne me sentant pas capable de donner <^d:\ Moulins de Corbeil rimpulsion nouvelle qu'il leur fallait, je suis allô demander à des gens, de mes amis, M. V..., ici pré>ent, votre vice-président, M. B..., qui estempéch. d'assister aujourd'hui à l'assemblée pour raison de santé, d'entrer au conseil d'administration. Je vous rappellerai que ces messieurs sont, en Belgique, synonymes de jirobité et d'honneur. C'est moi qui les ai introduits au conseil d'administration, et j'espère que les actionnaires ne me paieront pas d'ingriititude.

MM. V.... et B...., qui sont gens d'iionneur et de probué, sont ailés trouver un de leui-s amis, particulièiement compétent en matière de meunerie, M. Baumann, votre directeur actuel etc..

Ainsi donc, d'après Monsieur J..., c'est à la Belgique que nous sommes redevables de l'introduction de la juiverie allemande dans les Grands Moulins de Corbeil dont dépend l'approvisionnement de Paris. Ce processus n'est pas unique.

A la suite de la campagne que nous avions entreprise depuis plusieurs mois contre le formidable daniier de confier la direction des Grands Moulins de Corbeil à un étranger, M. le sénateur Le Breton intervint au Sénat, le mardi 25 juin 1912. Cette intervention amena de la part de M. Fernand David, alors Ministre du Commerce, l'aflirmation que M. Lucien Baumann n'était pas étranger : « Le Directeur de la société dont vous parlez est Français », dit-il.

Il fallait au ministre Fernand David une stupé- /iante audace pour qu'il osât faire une semblable réponse.

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Lucien Baumann appartient à une famille juive allemande, quelques-uns disent d*origine badoise, campée en Alsace depuis plusieurs générations.

La réponse faite par l'actionnaire en 1905 à l'assemblée générale du 16 avril et la prévision des difficultés à venir incitèrent Lucien Baumann à « devenir Français » . Il alla trouver son compatriote Jacques Grumbach, allié du traître juif Alfred Dreyfus, neveu de l'espion juif Emile Weyl et chargé par le gouvernement de la République du contrôle et de la police des étrangers, de la sûreté nationale, au deuxième bureau de la direction générale au ministère de l'Intérieur. A la suite de démarches sans doute compliquées, car elles demandèrent un certain temps*, Tactede dénationalisation attestant que Lucien Baumann avait cessé de posséder la nationalité d'Aisa-

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