DES DÉPUTÉS
Monsieur le Rédacteur en chef,
J'apprends par le Nouoelliste du mercredi 4 septembre, qui me parvient ce matin même, l'attaque dirigée contre moi par M. Léon Daudet dans ï Action Française au sujet d'un certain port de Diélette.
La réponse que, las de certaines calomnies, je juge, cette fois, à propos de faire sera simple : c'est la première fois que j'entends le nom de Diélelte ; personne ne m'a jamais sollicité à cet égard. L'histoire que vous rapportez est inventée de toutes pièces. Je défie qu'on apporte pour la justifier l'ombre d'une preuve, l'apparence d'une présomption.
Je vous prie, Monsieur le Rédacteur en chef, de vouloir bien publier ma lettre à la place même où a paru l'article lu ce matin, et je vous adresse les assurances de mes distingués sentiments.
J. Caillaux, député de la Sarthe, ancien président du Conseil.
A M. le Rédacteur en chef du Nouoelliste, au Mans.
Nous faisions suivre cette lettre, publiée dans l'Action Française, des commentaires suivants :
Nous ferons remarquer ici que, pour la première fois, M. Caillaux so donne la peine de démentir publiquement ses complaisances «nvers l'Allemagne. Il le fait dans un journal où son silence serait caf^able de nuire à ses intérêts électoraux, qu'il préfère, évidemment, comme tout bon parlementaire, à l'intérêt du pays
Ceci établi, je réponds à M. Caillaux :
1* Qu'il est extravagant qu'un président du conseil avoue publiquement sa complète ignorance de travaux aussi colossaux que ceux de Diélette et de rétablissement d'un port allemand sur la c6te normande! Il ne reste plus qu'à traduire devant une Haute Cour les ministres des Travaux puldics «t du Commerce du cabinet Caillaux, en l'occurrence Augaimeur et Couyba — mon pauvre vieux camarade de Louis-le-Grand — coupables d'avoir caché à leur chef direct des tractations et un événement de cette importance.
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tion de Diélette est l'aboutissement d'un projet savament étudié par nos voisins.
Le personnel allemand * des mines n'est-il pas,
2» Qu'à l'époque où M. Caillaux i^orait Diélette, il était de notoriété publique qu'il ne jouissait pas de la vigilance de toutes ses facultés nnentales. Il a donc parfaitement pu, sans s'en aperceyoir, livrer le port de Diélette à Thyssen, de même qu'il ne s'est peut-être pas aperçu qu'il lirrait le Congo aux Allemands.
Moralité : les démentis de M. Caillaux ne prouvent pas grand'chose, et il les a peut-être déjà oubliés à l'heure actuelle.
1. De l'aveu des habitants du pays, nombreux sont les ouvriers allemands et italiens qui sont employés à Diélette et qui viennent chercher de l'embauche à la Pierre-Butée : « Voyez-vous, me disait un officier, tous ces gens-là nous espionnent maintenant et demain ils prendraient tous le fusil pour nous tirer dans le dos !
« Certes, dans les terrains va^es qui entourent le poste do T. S. F. des Rouges-Terres, il est bien défendu aux propriétaires déposséder des récepteurs qui pourraient leur permettre d'intercepter les messnges. De plus, les communications se font presque habituellement à l'aide de messages chiffrés dont les commandants de navires possèdent seuls le code. Mais l'espionnage n'est-il pas défendu plus que tout autre crime? Non seulement il est difficile de se garder contre de« étrangers qui, établis en maîtres dans leurs propriétés, cherchent par tous les moyens possibles à servir leur pays, mais encore ne faut-il pas compter avec les consciences trop faibles T
« Ilclas! l'argent est tout-puissant, et on m'a certifié que déjà rien n'est négligé pour ménager des intolligences utiles.
« A supposer que, pour une raison ou pour une autre, le code chiffré de T. S. F. tombe aux mains d'un espion, la défense de nos côtes peut être rendue momentanément impossible, l'ennemi pouvant dévoiler les moindres mouvements de nos vaisseaux. »
On a pu lire également dans V Action Françaue :
« Il y a, aux mines de Diélette, un ingénieur allemand en permanence. En outre, d'autres ingénieurs viennent fréquemment visiter par groupes ces puits et ce port déjà fameux. Enfin, la construction d'un des caissons du warff « Kolossal », que Thyssen projette de construire pour le transport de son minerai — et probablement aussi des canons prussiens, en cas de guerre — la construction de ce caisson, dis-je, bien que
en effet, tout porté pour pratiquer l'espionnage en toute sécurité dans les parages du port de Cherbourg et provoquer ainsi au moment opportun une catastrophe irréparable?
C'est là un premier avantage dont ne manquera pas de tirer parti le patriotisme allemand. Par ailleurs, cette invasion cosmopolite sera la source de conflits multiples dont les conséquences risqueraient d'être fort graves. Il semble, du reste, qu'elles n'ont pas échappé aux autorités et que l'on cherche, sinon à les éviter, du moins à en restreindre l'importance.
On pouvait lire, en effet, dans le Journal de la Manche et de la Basse-Normandie ^ — numéro du 14 septembre 1912, — sous le titre « gendarmerie » et à propos du Conseil Général de la Manche les lignes suivantes :
<c En raison des troubles qui s'élèvent fréquem- « ment dans la région de Flamanville, on demande « qu'il soit créé un poste de gendarmerie à Flaman- « ville.
« La commission est de cet avis et demande que « des mesures soient prises et que des instructions « formelles soient données à la gendarmerie pour « réprimer les troubles qui se produisent au pays.
« Les conclusions du rapport sont adoptées. ^
La gendarmerie fera bien d'être prudente et d'avoir l'œil ouvert, car il peut éclater au moment le
confiée à un entrepreneur français, légitime, autorise la présence incessante desdits ingénieurs allemands, officiers de la Landwehr, naturellement, au cœur du port de Cherbourg.
Ce serait vraiment de la candeur que de s'étonner des faits d'espionnage qui se commettent à Cherbourg, puisque les espions y pullulent. Mais c'est de la trahison tout simplement que de tolérer plus longtemps ces espions dans notre grand port. »
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plus inattendu, et comme par hasard, le plus favorable pour les intérêts de nos voisins, tel incident de grève, d'émeute, de tuerie qui fera fort bien les affaires des sujets du Kaiser.
Qu'à l'occasion d'un conflit toujours possible entre ouvriers français et allemands, un de ceux-ci soit blessé, qu'à l'occasion d'un conflit entre ouvriers et patrons les établissements de MM. Auguste Thyssen et Krupp aient à souffrir quelque dommage, on verra immédiatement intervenir un nouveau Kiderlen Waechter. « Là où il y a un seul commerçant allemand — dit le menaçant axiome — toute la patrie allemande est engagée. » A plus forte raison quand ce commerçant unique dispose de centaines de millions de marks, de milliers de travailleurs et occupe une situation quasi officielle dans son pays.
Il suffit de faire le voyage de Cherbourg pour se rendre compte du sans-gène avec lequel les Allemands s'installent à Diélette.
Un de nos ligueurs nous écrivait l'an dernier :
c Deux de mes amis étant à Diélettç, il y a une quinzaine de jours, apprirent que les Allemands s'y considéraient si bien comme chez eux, que le seul fait de ramasser une pierre sur la chaussée, c'est s'exposer, pour un Français , à être molesté.
Étant entrés dans un restaurant, l'un d'eux dit à voix haute à son compagnon : t C'est tout de même vexant pour des Français d'être ainsi traités dans leur propre pays par des Allemands! »
Immédiatement, la patronne de l'établissement — • une Française — lui imposa silence, en lui disant qu'il l'exposait à des ennuis en parlant ainsi des Allemands. Mes amis ne voulurent pas rester un instant de plus à Diélette et quittèrent indignés et
écœurés cette localité livrée en pleine paix, par la République, au joug allemand... »
Que les sceptiques prennent donc un train et y aillent voir. Ils seront rapidement édifiés. J'affirme qu'avant deux ans, s'il n'y a pas la guerre, le jouo allemand sera devenu si dur et si intolérable DANS LA Normandie qu'il y aura des soulèvements