Dans la Liberté du lundi 4 mars 1912 notre confrère
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Il se pourrait même qu'on assistât au curieux spectacle d'une Société « brûlot • de ce genre au capital de laquelle les Allemands n'auraient souscrit que pour
M. J. Bertal, a encore publié sous oe titre « L'Invasion économique allemande ■ un excellent ariicle.
Je le soumets aux méditations des administrateurs français que les Allemands installés en France appellent à collaborer avec eux et qui se flattent de mettre dans leur poche, de « franciser », — comme ils disent, — lesdits industriels allemands et lesdites industries allemandes. Voilà ce qu'écrit M. Bertal :
• Il sera toujours possible à des financiers ou à des industriels étrangers de détenir en fait le contrôle d'une société française et de s'assurer la plus belle part des profits que celloci est appelée à réaliser.
« En ce qui concerne le contrôle administratif de la société, c'est un jeu pour des gens rompus aux affaires que de la conserver quand bien même, à l'origine, la majorité absolue des actions auraient été souscrites par des béinques ou par des individualités françaises. Il n'est même pas besoin pour cela d'acheter sur le marché les titres que les souscripteurs français viennent offrir tôt ou tard. Les firmes allemandes procèdent d'une façon beaucoup plus simple. Sachant avec (quelle facilité s'effectue léparpillement des titres dans les portefeuilles français, il suffit de conserver en tous temps un lot souvent peu important d'actions pour se trouver, au moment de l'assemblée générale annuelle, détenteur de la majorité des actions déposées.
« On sait, en effet, que plus une affaire est prospère, plus ses titres sont classés dans le public et moins le nombre des actions présentes ou représentées aux assemblées générales est considérable. Le souscripteur d'origine qui conserve un paquet bien groupé a, par conséquent, de nombreuses chances de pouvoir faire la pluie et le beau temps dans toutes les réunions d'actionnaires.
« Le but principal du fabricant de matériel étranger qui souscrit une part du capital d'une société industrielle française est d'être le fournisseur obligatoire de la société. Les bénéfices qu'il réalise, soit sur les fournitures directes de matériel, soit sur les redevances perçu<;s pour l'exploitation de la licence de fabrication, sont 8urfiï>amment élevés pour lui permettre d'amortir rapidement les Actions qu'il conserve en portefeuille afin d'avoir la majorité aux assemblées. Il peut même, si les circonstances l'exigent, s'off'rir le luxe d'en augmenter le nombre temporairement pour avoir cette majorité. ■
une part infime, le reste étant bel et bien souscrit par des actionnaires français. Bien plus il ne faudrait pas s'étonner si ce plan magnifiquement machiavélique se trouvait assuré du concours de personnalités françaises qui, avec la meilleure foi du monde, se feraient ainsi les auxiliaires inconscients des adversaires de la France.
En tous cas ces personnalités françaises ne pourraient plus, à partir de maintenant, arguer de Tignorance où elles seraient de ces stratagèmes grossiers des industriels allemands. Elles sont dûment averties et ne tomberaient plus dans de semblables pièges sans y mettre une complaisance qui pourrait s'appeler cette fois de la complicité.
Le centre métallurgique de la nouvelle entreprise Thyssen sera à Colombelles, entre l'Orne et le canal de Caen à la mer, à quelques kilomètres (4 ou 5) de Caen. Or, c'est à cet endroit que l'Orne se rapproche le plus du canal. Cinq cents mètres à peine l'en séparent. Les terrains achetés par la Société des Hauts Fourneaux et Aciéries de Caen commandent l'Orne et le canal, chose très importante à noter, car, en
CAS DE GUERRE, GaBN SE TROUVERAIT AINSI TRÈS FACI- LEMENT SÉPARÉ DE SON PORT VÉRITABLE QUI EST OuiS-
TREHAM. Ce port vient d'être modifié : deux grands bassins ont été construits, et il n'y a, pour défendre ce point de relai occasionnel de notre flottille de torpilleurs de la Manche, que quelques batteries volantes (Merville, Amfreville, Colleville), jamais armées ni occupées en temps ordinaire. Les ingénieurs allemands auront donc beau jeu, surtout quand l'on constate que la ligne électrique fournissant la
FORCE MOTRICE NÉCESSAIRE AU PORT DE OuiSTREHAM, AINSI qu'a la MANŒUVRE DES PONTS TOURNANTS SUR
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le canal, est aérienne et passe sur les terrains
ACHETÉS PAR ThYSSIîN !...
Rien ne sera plus facile que de transformer cette énorme usine en une véritable petite garnison allemande, entourée de murs géants, où personne n'aura le droit de pénétrer..., si ce n'est avec une autorisation signée en partie double par Auguste Thyssen, et par quelqu'un du grand état-major, à Berlin.
En ce moment même, on creuse le canal pour permettre à des navires de 4.000 et 4.500 tonnes de parvenir jusqu'à Caen, d'où ils emporteront le minerai français vers les usines Krupp, qui le transformeront aussitôt en matériel de guerre, à destination du peuple français. C'est ce qu'on appelle un circuit fermé ou je ne m'y connais pas.
Le minerai de fer des Mines de Diélette, c'est-àdire de la Manche, sera donc traité par ces Hauts Fourneaux. Mais ils traiteront également le minerai de fer des mines d© la Société des mines de Soumont, de la Société minière et métallur^ gique du Calvados, détentrice de la concession de Perrières.
Pour obtenir plus facilement les concessions de chemin de fer nécessaires à l'exploitation de ces mines * Auguste Thyssen mit en avant le candide Louis Le Chatelier.
1. Nous avons déjà eu au cours de cette étude l'occasion de parler des complaisances du Ministre du Commerce Fernand David, pour les envahisseurs allemands tels qu'Aupuste Thcyssen à Diélette et Lucien Baumann aux Grands Moulins de Corbeil. Or, on a pu lire dans le bonhomme Normand :
« Aujourd'hui, je me permets une question indiscrète. Elle vise le chenim de fer minier destiné 4 apporter, au port de
La Société Française de Constructions Mécaniques (Anciens Etablissements Cail) dont l'attention avait été attirée par les richesses minérales de la
Caen, les richesses minières extraites des flancs de notre département. On se le rappelle, à un moment donné, tout faisait supposer que le Conseil général en refuserait la concession à une société franco-allemande. De son côté, la société des Tramways départementaux y mettait une vive opposition et proposait soit de tenir le chemin de fer actuel en état de transporter tous les produits miniers de Soumont-Saint-Queniin, soit au besoin de « construire à ses frais, un chemin de fer à voie normale ». — Le Conseil général et le préfet paraissaient partisans de cetle combinaison, lorsqu'on un clin d'œil tout changea. Les difficultés disparurent, les formalités furent remplies et la compagnie des Tramways ne fit plus d'objections, comme si Thyssen, le grand distributeur de la « galette » allemande, avait passé par là. Et le chemin de fer fut autorisé au profit d'une société dont la façade est française^ mais dont le fond est bien allem.and.
■ C'est alors qu'un conseiller général put s'écrier, dans un déjeuner donné à la préfecture: « Monsieur le préfet, nous sommes roulés ! Il y en a qui ont touché la grosse somme ! » Ce hors-d'œuvre était dur à digérer ; cependant, il le fut, car le propos ne fut pas relevé. Je me demande si, dans son exclamation indignée, cet enfant terrible de notre Conseil général faisait allusion aux 50.000 francs versés, comme honoraires, à un membre du Gouvernement, pour son arbitrage, ou à des pots de vin du Rhin, apportés par l'Allemand Thyssen lorsqu'il vint, au moment de la délibération, faire un petit voyage à Paris et à Caen.
« Jacques Bonuommb. »
Dans son numéro du 30 novembre 1912, le Moniteur du Calvados réclamait une énergique protestation «des diverses personnes mêlées aux négociations », et il ajoutait;
« Il n'est pas douteux, en effet, qu'au début de la discussion relative au chemin de fer minier, le préfet, le Conseil général et la Compagnie des Tramways semblaient unanimes pour refuser la création d'un chemin de fer allemand. C'était l'intérêt du département et de la compagnie. Tout à coup le choix changea.
« Dans un de nos précédents articles, nous avons attribué ce changement d'attitude à V intervention officielle motivée
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Normandie et les avantages de la création d'une grande industrie sidérurgique à proximité de la mer et des mines, était donc entrée en pourparlers avec la Société des Mines de Soumont et la Société Minière et Métallurgique du Calvados, détentrice de la concession de Perrières. Elle fut chargée de faire les diligences nécessaires en vue d'obtenir la concession d'un chemin de fer reliant les mines à l'emplacement de l'usine, ainsi qu'à la gare et au port de Caen,
Voici maintenant la composition du conseil d'administration de cette affaire franco-allemande, oij l'élément français tire innocemment du feu les marrons de la guerre de demain, qui nous reviendront sous la forme que l'on sait :