‹ L'avant-guerreChapitre 47 sur 59 · MM · texte numérisé non relu

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Louis le Chatelier, ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, président delà Société française de Cons-

par une démarche de l'amboêsndeur d'Allemagne, démarche dont nous eroyont poueoir aj'jlrmer la réalité. A-t-elle été réellement suivie d'une visite de M. Thyssen à Caen et cette ▼isite a-t-elle laissé des traces? C'est ce qu'il serait bon d'éclaircir. »

Le ministre compétent n'éprourera-t-il pas le besoin de fournir ces éclaircissements nécessaires? Le Président de la République, Raymond Poincaré, ne saura-t-il pas l'y contraindre ? La chose en vaut la peine, si l'on réfléchit aux terribles danpert que présenterait, en cas de guerre, ce chemin de fer minier franco-allemand — et plus allemand que français — dont le réseau, une fois amorcé, ne cessera de ramifier à travers la Normandie.

Toutes ces acquisitions étrangères ne vont évidemment pa» sans pots-de-vin.

Combien de temps laisserons-nous les ministres et les parlementaires de la République s'enrichir aux dépens de la Défense Nationale? Car, au bout do tous ces pots-de-vin, il y aurait, au moment d'une guerre, des pots de sang.

tructions mécaniques (anciens établissements Cail), président.

J. Barois, inspecteur des Ponts et Chaussées, administrateur de la Société française de Constructions mécaniques, vice-président.

H. Lartigue, administrateur de la Société française de Constructions mécaniques.

H. Legru, banquier à Paris.

Ch. Rabes.

Jules Rostand, administrateur du Comptoir National d'Escompte de Paris.

Ch.-E. Solacroup, administrateur de la Société des mines de Soumont.

A. Thyssen.

F. Thyssen.

M. A. Bougault, administrateur délégué de la Société française de Constructions mécaniques, secré taire du conseil.

Ces messieurs feront bien de méditer les lignes suivantes de notre confrère J. Bertal publiées dans La Liberté du 4 mars 1912 et qu'a illustrées d'une façon si saisissante le coup de force du lendemain 5 mars, de la Compagnie Générale d'Electricité de Creil (élimination des administrateurs français).

Peut-être s'imagine-t-on que la présence d'un conseil d'administration composé en totalité ou en majorité de personnalités françaises est appelée à assurer à la Société une indépendance administrative capable de contrebalancer, dans une mesure efficace, TmAuence de l'élément étranger dans une atTaire?

On commettrait, en raisonnant ainsi, une très grave erreur.

Que le président du conseil, l'administrateur-délégué, le directeur de la Société soient Français, cela ne gêne

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que médiocrement le groupe étranger qui possède une part du capital. Il sait qu'on lui demandera, surtout dans les débuts et dans toutes les circonstances délicates, le concours technique d'un codirecteur, d'un ou plusieurs ingénieurs, de contremaîtres, voire même de simples ouvriers destinés à mettre au courant des procédés qu'il s'agit d'exploiter en France. Ce personnel auxiliaire, bien que placé sous l'autorité d'administrateurs français, reste, par la force même des choses, sous la direction réelle de la firme étrangère.

Une correspondance, qui est tout d'abord d'ordre technique et consultatif, s'établit directement entre lui et ses anciens patrons. Elle dégénère peu à peu en rapports périodiques par lesquels le groupe étranger se trouve tenu au courant de tout ce qui se passe, et cela complètement à Tinsu de la direction française.

Si des divergences de vues viennent à se produire entre les administrateurs français et étrangers, ceuxci ont ainsi la faculté de pouvoir envoyer, s'ils le jugent nécessaire, à leurs représentants dans l'affaire, des instructions contraires à celles, qui leur seraient données par le siège social. C'est donc, en réalité, de l'étranger que vient le mot d'ordre.

Lorsque les arJ ministrateurs et directeurs français s'aperçoivent qu'ils ont Joué le rôle de simples paraventSf il est généralement trop tard pour qu'ils puissent prendre des dcci fiions. Cest alors la rupture et le remplacement des administrateurs gênants par d'autres personnes de moindre valeur peut-être, mais plus aptps à se soumettre, en toutes circonstances, aux colonies des actionnaires étrangers.

La francisation pratique et durable d'une entreprise industrielle est, comme on le voit, un problème très difticile à résoudre.

En revanche et malheureusement, la germanisation du sous- sol et même du sv\ français a fait un grand pas de plus depuis ce fameux essai de franci-

sation tenté si malencontreusement par M. Le Chatelier.

Notre compatriote a été roulé, comme il était facile de le prévoir, par ce vieux méphisto d'Auguste Thyssen.

Dans le Moniteur du Calvados qui a toujours dénoncé très courageusement et patriotiquement la mainmise des Allemands en Normandie, on a pu lire ces lignes suivantes :

Quand nous avons montré le danger patriotique de l'invasion industrielle allemande dans le Calvados — comme d'ailleurs dans une foule de départements, — on nous a répondu par deux arguments :

V Le péril allemand, a-t-on dit, est conjuré; rélément français domine dans la constitution de la Société des hauts fourneaux;

2° L'intérêt commercial de la ville de Caen est une ample compensation au péril chimérique.

Or, le Journal de Caen a publié l'acte de la Société nouvelle des hauts fourneaux. Loin de calmer nos craintes légitimes, les termes du contrat ne peuvent que les justifier et les augmenter.

Nous n'avions jamais cru à l'abandon volontaire, par la maison Thyssen, de la majeure partie des concessions qui lui furent livrées, au profit de Sociétés françaises. Et nous avions raison.

Aujourd'hui, comme hier, dans la réalité, la maison allemande conserve bien la majorité dans la Société des hauts fourneaux. Les noms de la plupart des Fiançais qui figurent parmi les actionnaires sont les noms allemands de banquiers établis à Paris ou d'ingénieurs parisiens aux noms d'outre-Hhin.

Le fait étant indiscutable, nous réservons la publication de la liste au cas où il serait contesté.

Le Moniteur du Calvados ajoute impitoyablement :

Ce n'est pas d'ailleurs sur ce point, depuis lon^tcmiis connu, que nous voulons attirer l'attention, mais sur

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le but poursuivi par la Société des hauts fourneaux.

On a mis l'intérêt commercial caennais en jeu. Il est effectivement complètement en question.

On a cru jusqu'ici que la Société des hauts fourneaux se bornerait à l'exploitation du rainerai. Or, elle vise une véritable mainmise sur les plus grosses industries de la région.

L'article 3 des statuts de la Société des hauts fournaux définit l'objet de la Société c tant en France qu'à Vétranger », ce qui veut dire tant en France qu'en Allemagne.

Outre l'exploitation métallurgique, le but de la Société est :

La construction et l'exploitation de voies ferrées et de transports, ainsi que de tous ports destinés à desservir ou faciliter l'écoulement des produits, non seulement des usines de la Société, mais aussi de « toutes autres usines ».

La conception est donc vaste : construire des voies ferrées, percer des routes, créer des ports partout où cela leur conviendra.

Voilà notre région en bonnes mains allemandes...

D'autant que la Société des hauts fourneaux entend traiter « toutes opérations connexes à l'industrie métallurgique •• et, de ce nombre : la fabrication des engrais minei'aux, la fabrication du gaz, de l'électricité, les tramways, chemins de fer électriques ou à vapeur, la lumière, etc., etc.

S'il n'y a pas là une véritable mainmise sur le commerce local, je ne m'y connais guéro.

Je suis seulement surpris que des protestations ne se soient pas encore produites de la part de ceux qui, par une étrange aberration, approuvent avec désinvolture des projets d*acca{>arement du commerce local.

Ce mal ne serait d'ailleurs que secondaire s'il n'était accompli par une maison allemande.

Mais se Jl/jure-t-on ce que serait notre département au cas d'une déclaration de guerre ? La Prusse serait

chez elle ; sur un simple mot d^ordrCf la conquête serait faite !

Cest là le vrai danger.

Elle est vraiment peu banale la « francisation » de la Normandie, et je maintiens que tout Français vraiment digne de ce nom, en présence de l'opération des Hauts Fourneaux de Caen, pourra difficilement cacher son indignation et sa stupeur. Cette aventure associe devant l'histoire, le aupeur et la dupe, Auguste Thyssen, maître de forges allemand, et le Français Le Chatelier.

La cause est d'ailleurs tellement exécrable que M. Le Chatelier semble avoir absolument renoncé à la défendre. De temps en temps, ici ou là, il essaie, d'une façon plus ou moins détournée, une vague publicité en faveur de son affaire franco-allemande, beaucoup plus allemande que française. Mais il n'insiste guère et il a l'air gêné de sa propre réclame. Il est impossible que quand il se trouve seul devant son contrat avec Thyssen-Krupp et ces plans, qui peuvent devenir d'une minute à l'autre si funestes à son pays, il est impossible, dis-je, qu'il ne sente pas entre les épaules un léger frisson : « Si pourtant Thyssen projetait réellement de faire de la Normandie une pro\ince allemande. »

Ce n'est plus, hélas! un projet, c'est un fait: toute une province française, côtes et sous-sol, tombe aux mains de l'étranger, de l'ennemi éventuel, sans qud les autorités locales ni le pouvoir central élèvent la moindre protestation.

La Manche, le Calvados, l'Orne, appartiendront bientôt à Thyssen, Krupp et de Poorter.

Citons également dans la Seine- Inférieure l'usine

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d'électricité du Grand-Quévilly, près de Rouen, qui est une entreprise entièrement allemande.

Elle a été construite sous la direction d'ingénieurs et d'administrateurs allemands. Toutes les machines sont allemandes. Tous les matériaux, sauf la maçonnerie, sont venus d'Allemagne, par des douze et quatorze wagons à la fois. Tous les contremaîtres, le concierge lui-même, sont Allemands. « Que sera-ce quand l'usine sera en pleine exploitation! » m'écrivait Je ligueur qui me donne ces détails et qui compte en fournir d'autres à V Avant-Garde de Normandie.

Notez que cette usine allemande est destinée à éclairer plusieurs communes suburbaines des plus importantes : le petit et le grand Quévilly, Sotteville, etc. Elle fournira, au moins en partie, la force motrice à la Compagnie des tramways de Rouen. Le

BUT ACTUEL DE l' ALLEMAGNE EST DE GERMANISER

l'Électricité en France, de telle façon qu'au

MOMENT de la PROCHAINE GUERRE, LES MOYENS DE TRANSPORT ET DE COMMUNICATION, Y COMPRIS LES SER- VICES DE TÉLÉGRAPHIE SANS FIL, SOIENT AUX MAINS DK

l'envahisslur. Que tous les patriotes retiennent soigneusement le nom de l'A. E. G, c'est-à-dire de ÏAUgemexne Electriciiàts Gesellschaft^.

1. La Société française d'Électricité A. E. G. (Allgemeine Fleclricitdts GeseUêcha/t), dont il est question ci-dessus, a le conseil d'administration suivant :

Prdêident : M. Deutsch :

Membre» : MM. P. Mamroth, Thurnauer, Barrell, Roos Koch ; A d mi nittrateur- directeur : M. Koch; Commisiaireê : MM. Neuinann et Pfeffer.

Juger, un peu ce que ce serait si l'A. E. G. n'était pas française !...

Nous connaissons les exploitations de Jos de Poorter en Normandie (Mortain-Bourberouge-Jurques, etc.). Nous savons comment elles fonctionnent.

Grand acquéreur de concessions de mines en France, grand fournisseur des usines Krupp, M. Jos de Poorter a récemment acquis des minières à ciel ouvert en Bretagne. Ce sera, n'en doutez pas, le point de départ d'opérations d'avant-guerre, car notre belle province de l'Ouest excite déplus en plus vivement les convoitises de nos entreprenants voisins de l'Est,

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