GÉNÉRALITÉS
ceci n'est que trop réel, les événements le prouveront.
Quant aux hommes nécessaires pour faire ces coups d'audace, les Allemands n'en manquent pas, ils n'auront que l'embarras du choix. Il y a leurs officiers d'abord, qui circulent comme ils l'entendent dans toute la région frontière, qui peuvent faire à loisir des reconnaisances et qui, lorsque l'heure aura sonné, seront heureux de risquer leur vie dans une entreprise qui doit tourner au profit de la patrie. Il y a ensuite les trop nombreux Allemands, qui se sont fixés dans les 6* et 20® corps, et dont la plupart ont des missions secrètes qu'ils sauront accomplir le moment venu.
Nous nous rappelons avoir eu entre les mains une fiche concernant un Allemand qui était arrivé, certain jour, dans un village deX., et y avait acheté une petite ferme toute proche d'un important ouvrage d'art de Nancy. Cet homme recevait un volumineux courrier et vivait sur un pied que ne justifiaient pas les maigres profits qu'il pouvait tirer de sa modeste ferme. C'était certainement suspect ; il ne faisait pas de doute pour nous qu'il avait une mission, celle de détruire le grand point de la voie avec quelques complices qui l'auraient rejoint à l'heure fixée. Le gouvernement français prévenu aurait dû l'expulser; les Allemands, dans un cas analogue, n'hésitent pas une seconde. On s'est borné à l'inscrire sur le registre des suspects et en face de son nom, on a écrit gravement : « A arrêter en cas de mobibilisation générale !
L'homme est peut-être toujours là. Il y a longtemps qu'il aura disparu, et que le pont aura sauté quand on viendra pour larrêter.
Nous sommes entourés d'espions et d'agents secrets, et nous ne faisons rien pour nous en débarrasser. Nous l'avons déjà dit, nous le répétons, et nous le redirons encore : Les Français sont incorrigibles, la sévère leçon de 1870 ne leur profitera même pas.
Il est aisé de faire observer au général Maitrot que le gouvernement de la République, étant celui des juifs, c'est-à-dire de la trahison, est dans sa fonction
222 l'avant-ouerre
en tolérant et même encourageant les espions et les acrents secrets. Mais encore une fois, en levant tous les masques, nous rendrons la tolérance et l'encouragement plus difticiles.
L'occupation des points stratégiques est une des formes les plus habiles et les plus hardies de l'Avant- Guerre.
Comme on dit en escrime et en tactique, les Allemands se logent en attendant l'occasion de nous attaquer *.
1. Rendons leur cette justice qu'ils le font *Tec une habileté remarquable. Ils savent revêtir les masques les plus inoffensifs. Voyez plutôt :
Il s'aj^'it du fameux trust de la colle forte Scheidemandel, auquel notre confrère Louis Hruneau a consacré un chapitre fort intéressant de son enquête de la Grande Revue. Comme je l'ai maintes fois expliqué, ce trust commercial et industriel ne m'intéresse pas autrement en lui-même. En revanche, ses applications éventuelles à la Défense Nationale — situation des locaux par exemple — m'intéresse énormément. De même il est important de saisir sur le vif le t fregoUsme » tudesque en matière de sociétés:
On voit, dans les Affichet Parisiennes du 28 mai 1911, la création de la Société Française de l'Industrie chimique (Anciens tlablissements Tancrède et G>llette).
Parmi les administrateurs figurent les anciens propriétaires, M. Willy Heilpcrn, avocat, demeurant à Bruxelles, me Joseph II, numéro 00, et M. Roemer, ingénieur, demeurant à Paris, rue de Flandre, numéro 111.
Voilà une façade irréprochable : quel est l'acheteur qui pourrait se douter qu'il traite avec le groupe allemand Scheidemandel?
Néanmoins, si on va au greffe du Tribunal consulter la' liste des prfMuers actionnaires, on voit qu'ils ne sont que sept] ayant souscrit les 2,000 actions, et, sur les sept, il y a :
Willy Heilpern 200 actions
Roemer 200 actions
Société Scheidemandel 600 actions
M. Hf.ilp'Tn a eu soin, pour la circonstance, de se déguiser] en avo<îai b«lgd, demeurant rue Joseph II, numér© 60.
Le même Heilpern figurait dans l'annexe du Moniteur]
GÉNÉRALITéS 223
C'est ainsi que PAllemagne s'est installée, sans coup férir :
En Noi-mandie, où, nous l'avons vu, elle menace Cherbourg où demain elle aura le port de Diélette et le port de Caen, où ses enclaves sont déjà nombreuses.
En Bretagne, où elle commence à exploiter les mines, à tenir les îles (Bréhat).
Elle s'est également installée dans les environs im^ médiats y dans la grande banlieue et la banlieue de Paris.
Dans la vallée de VOise et dans le Nordj ce sont les forteresses chimiques et industrielles qui prédominent, de préférence le long des voies de chemin de fer, aux embranchements, dans le voisinage des ponts, viaducs, canaux, parcs aérostatiques. Nous
Officiel belge du 18 novembre 1910, comme représentant de la Société anonyme Centrale de Produits Chimiques, autre création, « anonyme » du groupe ycheidemandel. — Il est indiqué dans l'acte comme « Wilhelm Heilpern, industriel, demeurant à Bruxelles, rue Joseph II, numéro 00 ».
Quoique le prénom allemand Wilhelm n'ait pas encore été changé en Willy, on peut le supposer industriel belge.
Si on remonte plus loin, à la création de la Société anonyme centrale de Produits chimiques (Annexe du Moniteur Ô/Jîciel belge du 31 décembre 1908), on voit dans les fondateurs : « M. le docteur Wilhelm Heilpern, représenlaiit la « Zentralgesellschaft fur chemische industrie, établie à Berlin, « Dorotheen Strasse, n*» 43-44. »
Avec quelle habileté ce docteur berlinois s'est tout doucement transformé en industriel belge, puis en avocat, pour opérer en France...
Pourquoi ces masques successifs si ce n'est pour égarer i'opinion publique?
Comment diable ces «herren » à transformations font-ils pour s'y reconnaître dans leurs personnalités succossive.s? Comment le docteur-avocat allemand-franco- belge Wilhelm Heilpern ne s'englue-t-il pas dans ces divers pots de colle vraiment forte?
224 l'avant-ouerrb
avons signalé les dangers de cette invasion dans l'Oise à La Motte-Breuil, à propos de la fourniture de l'hydrogène pour nos ballons ; nous verrons d'autres cas aussi saisissants.
Dans VEst, l' Avant-Guerre allemande a une prédilection pour les fermes, en raison des avantages que celles-ci présentent au point de vue du ravitaillement des armées en marche.
Cette Avant-Guerre, dans la région du Centre de l'Est, du Nord-Est et du Nord de la France revêt ainsi, deux aspects distincts :
Elle se manifeste :
1*> Sous la forme d'usines, d'entreprises, de forteresses industrielles.
2* Par l'accaparement progressif des fermes.
Usines et fermes sont naturellement installées à proximité des voies ferrées et des travaux d'art.