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CHAPITRE n

LES ALLEMANDS OCCUPENT DE VERITA- BLES FORTERESSES INDUSTRIELLES, DANS LE CENTRE, LE NORD, L'EST ET LE NORD-EST DE LA FRANCE.

1® Dans les environs de paris, dans la grande banlieue et dans la banlieue

Ce n'est pas la régicn la plus encombrée. Ce n'est pas non plus la plus exposée, du moins immédiatement, en cas de guerre. Par contre, les établissement allemands de toute nature deviennent de plus en plus denses au fur et à mesure que l'on s'approche de la frontière do l'Est.

Transportons-nous près de Paris à Puteaux, sur le quai National.

La lampe Osram.

II ne s'agit ici que d'un phénomène de contiguïté ; mais vous avouerez qu'il est inquiétant, quand vous

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saurez qu'il concerne l'arsenal où se fabrique en secret le frein du 75, — et la société allemande dite ¥ la Lampe Osram ».

Voici d'abord ce qu'est la Société anonyme de « la Lampe Oiram » ;

Capital. — Un million deux cent mille francs, divisés en 2.400 actions de cinq cents francs chacune, dont 1.615 entièrement libérées, attribuées comme prix des apports.

Durée. — Cinquante années. — Objet : l'obtention, l'acquisition et l'exploitation de tous brevets, procédés et secrets de fabrication, concernant l'électricité en gè nérai ; l'acquisition et la concession des licences y relatives; la fabrication et le commerce de lampes électriques et de tous autres appareils et machines concernant l'industrie électrique, etc.

Conseil d' Administration :

Président. — M. F. Kallmann.

Administrateur délégué. — M. Richard Heller. Membre. — M. Cahen.

Quant à l'arsenal de Putoaux, il est de t'^ute première importance au point de vue de notre artillerie. J'aime à croire que la surveillance y est étro.^te; mais vous trouverez, comme moi, extravagant qu'il ne soit séparé de la Lam,pe Osram que par la rue Parmentier, laquelle est une étroite petite ruelle, un simple boyau.

J'ajoute que le haut personnel de la Lampe Osram (M. Arndt, directeur technique) est entièrement allemand; que certainsemployés princi{)aux font, comme il est naturel, perpétuellement la navette entre Paris et Berlin; que toutes les relations verbales eiitre chefs ont lieu en allemandy de sorte que les ouvriers français de l'établissement ne peuvent y comprendre

un mot; que le personnel français est mené à la baguette; qu'il est strictement obligé d'adhérer à la loi des retraites ouvrières ; que toutes les matières premières viennent d'Allemagne, à l'exception des culots de lampe, importés de Hollande.

Il est d'autant plus remarquable que la Lampe Osram se soit installée près de l'Arsenal, que sur d'autres points de Puteaux^ et non loin d'ailleurs de l'emplacement choisi, abondaient, au moment de l'installation, des terrains disponibles et d'un prix beaucoup moins élevé.

La Lampe Osram,, payant d'audace, tout comme la fabrique allemande de produits chimiques de La Motte-Breuil, a demandé l'autorisation de construire un bâtiment de deux étages, en bordure et au coin de la rue Voltaire et de la rue Parmentier. Elle a fait acheter les terrains correspondants et entoure ainsi complètement l'annexe de l'arsenal. De plus, quand la construction sera effectuée, le personnel allemand de la La-tripe Osram ne sera séparé des chambres des ordonnances et de l'atelier de gonflage et de réparation des freins du 75, situés au premier étage de l'arsenal, que par la largeur de la rue, ou plus exactement, de la ruelle Parmentier.

Où l'affaire devient encore plus singulière, c'est qu'en fait, on ne fabrique pas de lampes Osram à Poteaux. Même, les lampes à réparer sont envoyées à Berlin. La nécessité d'une aussi vaste et coûteuse installation s'explique difficilement pour un simple entrepôt.

Ma baguette magique m'a permis de pénétrer dans les conseils de la Lampe Osram. Je sais que le directeur allemand de la Lampe Osram, M. Arndt, a recommandé à ses employés, si l'on venait de-

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mander des renseignements de la part d'un journal quelconque, de parler français et de se dire FRANÇAIS. Consigne plus facile à imposer qu'à exécuter. Mais que M. Arndt se rassure. Aucun journal n'aura l'indiscrétion de lui poser la moindre question sur l'aimable voisinage qui le rapproche ainsi do notre arsenal.

Un vol d'une caisse d'objets concernant l'artillerie, en gare de Surennes-Puteaux, dans la matinée du 5 janvier 1912, est demeuré entouré de mystère. L'auteur du vol, un nommé L..., qui demeurait à Suresnes, en garni, déclara avoir agi sous l'empire de l'ivresse, sans savoir même ce que contenait la caisse. Il n'en fut pas moins condamné à plusieurs mois de prison, ce qui laisse supposer que son cas fut jugé grave et suspect.

De l'enquête faite par quelques-uns de nos amis de Puteaux, il résulta que la gare de marchandises de Puteaux était mal éclairée et qu'elle n'était pas gardée. Tout y est laissé à l'abandon, même les wagons de poudre, si mal clos qu'on peut lire les indications de service placées à l'intérieur. Les envois importants effectués par l'Arsenal sont généralement accompagnés jusqu'à la gare par un ou plusieurs factionnaires. Mais une fois là, personne ne s'en occupe plus. C'est l'incurie, d'autant plus coupable qu'il pourrait en résulter des catastrophes.

L'Administration de la Guerre a esquissé une vague réponse quant au vol commis, sur le quai, de la caisse renfermant des pièces secrètes du nouveau canon. 11 y a bien eu « tentative de vol », mais il s'agissait de différents éléments du matériel d'artillerie, qui ne seraient « ni secrets ni même confidentiels ».

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Simple amusette, sans doute pour passer le temps dans une gare que n'éclairaient pas les filaments électriques de la lampe Osram.

Savourons maintenant les lignes suivantes du règlement de cette Lampe Osram, continué à notre arsenal, et dont les employés allemands frayent, — dans les cabarets du voisinage, — avec les ouvriers dudit arsenal *.

« Le personnel est rendu attentif du fait qu'il lui est rigoureusement interdit de communiquer à des tiers des renseignements quelconques sur l'installation et les méthodes de fabrication de l'usine. Il ne devra être fait aucun dessin, croquis, ni aucune note relative à l'installation de l'usine ou à la fabrication. L'inobservation de ces recommandations serait de nature à l'exposer à des poursuites judiciaires. »

Je prie l'administration de la Lam,pe Osram, de vouloir bien remarquer la plaisante ironie du règlement. Je rends mes lecteurs » attentifs au fait » que cette méfiance serait encore bien plus légitime de la part de l'arsenal militaire, alors qu'à deux pas de cette boutique allemande, au premier étage des bâtiments de l'arsenal, dans une pièce donnant sur la rue Parmentier, se trouve l'atelier de gonflage et de préparation des freins du 75. J'ajoute, pour l'édification de tous, que le directeur général de la Lampe Osram, M. Richard Heller, est allemand, que

1. A l'angle de la rue Parmentier et du quai National, se trouve un petit restaurant, où se rencontrent, comme il est naturel, des ouvriers et employés allemands de la Lampe Osram et des ouvriers de l'arsenal. C'e^t ainsi qu'un de nos amis a vu un jour, de ses propres yeux, quelques employés de l'usine allemande cherchant à griser un ouvrier de l'arsennl. lequel, d'ailleurs, ne se laissa pas faire. Le fait peut être iu cent. Il peut ne pas l'être.

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le directeur commercial, M. Bruder, est allemand, que le directeur technique, M. Arndt, est allemand, que les principaux contremaîtres sont allemands, ont fait ou vont faire leur service militaire en Allemagne, que toutes les relations verbales entre chefs se font en allemand, que les matériaux et outils viennent d'AUemaLjne..., et cela est tout naturel.

Ce qui l'est moins, c'est ce voisinage immédiat d'un arsenal contenant d'importants secrets militaires et d'une usine allemande; c'est la promiscuité qui en résulte; c'est l'atmosphère étrange qui règne à Puteaux, et dont le vol de la nuit du 5 janvier 1912 n'est pas le moins inquiétant symptôme.

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