‹ L'avariceChapitre 2 sur 6 · FIN · texte numérisé non relu

FIN

MONSIEUR ROLSSET.

« Célail en 1730, j'avais alors une vingtaine d'années, j'étais assez joli garçon, quoiqu'il n'y paraisse guère aujourd'hui. Je n'avais pas ce crâne dégarni, ce gros nez, ces petits yeux éraiilés, ces joues flélrios; j'avais le teiul frais, l'œil vif, le nez vierge de tabac, la taille élégante dans sa pelilcsse, le jarret tendu, la jambe admirable, comme cela peut se voir encore. En somme, j'étais un joli petit cavalier, point gauche, nullement timide, et déjù stylé à prendre toutes les manières, soit bonnes, soit mauvaises, des gens avec qui je me trouvais; faisant des l'warice, t. 2. 5

madrigaux avec les belles clames, jnrant avec les soudards, philosophant avec les beaux esprits, raisonnant avec les ecclésiastiques, et déraisonnant avec les marquis. Enfin, je plaisais et je réussissais partout, et ma profession de comédien homme de lettres était un passeport qui me faisait également bien accueillir dans la bonne comme dans la mauvaise compagnie. Je me rendais de Lyon à Dijon par le coche, pour rejoindre la troupe de campagne dont je faisais partie... C'était vers le milieu de l'automne, le temps était brumeux et déjà assez frais. Je me trouvai faire une dizaine de lieues avec un certain baron de Guernay qu'une affaire avait appelé dans les environs, et qui retournait coucher à son château situé dans une petite vallée de Bourgogne, à cent pas de la grand'route. Il était grand causeur, grand questionneur, grand amateur de vers et de romans. Je le charmai par ma conversation, et il ne sut pas plutôt que j'étais auteur et acteur, qu'il ne voulut plus se séparer de moi. C'était un de ces dUeltanli qui ont toujours en poche quelque petite drôlerie dramatique et qui espèrent vous la faire trouver excellente et vous en faire cadeau, pour avoir le plaisir de la voir représenlée au prochain chefli u de bailliage sans bourse délier. Je ne m'y laissai point prendre, mais j'acceptai l'offre qu'il me fitde passcria nuit dans son manoir. Le coche s'arrôlait fort peu plus loin, et la tenue de mon baron nrannonçail un meilleur gile et un meilleur souper (|ue Ihôtellerie où j'aurais été

forcé de passer douze ou quinze heures en allendant de pouvoir repartir.

» N'ous fîmes donc arrêter le coche à l'entrée de l'avenue qui aboutissait à la grand'roule. Deux domestiques en petite livrée nous attendaient pour porter la canne et le portefeuille de monsieur. Us prirent ma valise, et nous nous acheminâmes vers le castel de Guernay qui était, par ma foi, de fort belle apparence au soleil couchant.

» Parbleuî me dit le baron chemin faisant, la baronne va être bien étonnée de me voir arriver avec un inconnu!

» —Et peut-être plus fâchée encore que surprise, a]oulai-je, lorsque M. le baron lui dira que cet inconnu est un comédien.

„ iSon, répondit- il, ma femme est sarfs préjugés. C'est une personne de beaucoup d'esprit que la baronne, vous verrez! C'est une vraie Parisienne, et même un peu trop, car elle ne peut pas souffrir la campagne, et depuis trois jours qu'elle y est, elle prétend que je veux l'enterrer et la faire mourir d'ennui. Elle sera donc charmée d'avoir à souper un aimable convive comme vous, et si vous n'étiez pas trop fatigué pour lui réciter ensuite quelques tirades, ou lui faire lecture de ma petite pièce de théâtre qu'elle n'a jamais voulu écouter avec attention, comme vous la lirez conmie un ange, j'en suis certain...

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