‹ L'avènement de Bonaparte (volume 2)Chapitre 21 sur 63 · IMPOTS ET RECRUTEME:ST · texte numérisé non relu

IMPOTS ET RECRUTEME:ST

chansons. Bonaparte voudrait que Lebrun le poète et Roug^et de risle composassent un chant sur un air connu, tel que la Marseillaise ou le Chant du dépaiH^ et y exprimassent ^ l'idée que, chez les grands peuples, la paix vient après la victoire (1) w . Il faut que cette idée revienne sans cesse aux Français en paroles d'un air familier à tous, machinalement répété, obsédant, et qu'elle se confonde avec l'universel refrain.

Gomme Bonaparte sait aussi que chez un peuple l'esprit bel- • liqueux croit en raison inverse du nombre d hommes qui vont à la guerre, il ne demande que trente mille jeunes gens à la conscription de l'an VIII, mise à sa disposition par la loi du 17 ventôse; cette même loi inaugure en France la faculté du remplacement. Il est vrai que les militaires en congé qui ne se rédimeront point par le versement de 300 francs ou ne pourront faire constater leur état d'indigence sont invités à rallier les drapeaux; amnistie aux hommes qui « auraient déserté à l'extérieur par une raison de mécontentement quelconque, et qui voudraient prouver qu'ils ne l'ont pas fait par lâcheté (2) » , mais à condition pour eux de déclarer dans les cinq jours leur intention de rejoindre. Enfin, en ce pays de France, est-il impossible de retrouver des soldats par vocation? Il ne s'agit sans doute que d'aider ces vocations à se dégager, à prendre conscience d elles-mêmes. Bonaparte fait un appel de volontaires, qui ne serviront que pendant la durée de la campagne. Par proclamations redoublées, il s'adresse au patriotisme des jeunes gens. En même temps, reprenant un mot jugé monarchique, il les appelle au nom de Vhoiineur, au nom de ce sentiment qui a été le ressort des vieilles énergies françaises, etil ne néglige sur eux aucune prise.

Aux agents de l'autorité, aux citoyens, il fait passer des paroles fortes, vivifiantes, excitatrices, et verse continûment ce cordial. Aux préfets, il dit dans une proclamation : ^ Si nous sommes toujours cette nation qui a étonné l'Europe de son audace et de ses succès, si une juste confiance ranime nos

(1) Corr., 4634.

(2) Instructions à RcMtlucr. Corr., 4044.

forces et nos moyens, nous n'avons qu'à nous montrer et le continent aura la paix. C'est là ce qu'il faut faire sentir aux Français, c'est à un g^énéreux et dernier effort qu'il faut appeler tous ceux qui ont une patrie et Thonneur à défendre. Déployez, pour ranimer ce feu sacré, tout ce que vous avez d'énerg^ie, tout ce que votre réputation et vos talents doivent vous donner de pouvoir et d'influence sur les esprits et sur les cœurs... Qu'à votre voix paternelle tout s'ébranle! Ce ne sont plus les accents de la terreur qu'il faut faire entendre aux Français. Ils aiment l'honneur, ils aiment la patrie; ils aimeront un gouvernement qui ne veut exister que pour l'un et pour l'autre.. . (1) . »

Il dit aux Français : « Français, vous désirez la paix. Votre gouvernement la désire avec plus d'ardeur encore... Pour la commander, il faut de l'argent, du fer et des soldats. Que tous s'empressent de payer le tribut qu'ils doivent à la défense commune. Que les jeunes citoyens se lèvent! Ce n'est plus pour des factions, ce n'est plus pour des tyrans qu'ils vont s'armer; c'est pour la garantie de ce qu'ils ont de plus cher; c'est pour Ihonneur de la France, c'est pour les intérêts sacrés de l'humanité. Déjà les armées ont repris cette attitude, présage delà victoire (2). A leur aspect, à l'aspect de la nation entière réunie dans les mêmes intérêts et les mêmes vœux, n'en doutez point. Français, vous n'aurez plus d'ennemis sur le continent. Que si quelque puissance veut encore tenter le sort des combats, le premier Consul a promis la paix; il ira la conquérir à la tête des guerriers qu'il a plus d'une fois conduits à la victoire. Avec eux, il saura retrouver ces champs encore pleins du souvenir de leurs exploits ; mais, au milieu des batailles, il invoquera la paix, et il jure de ne combattre que pour le bonheur de la France et le repos du monde (3) . »

— a Les proclamations, écrit Beugnot dans une corres-

(i) Corr., YI, 4648.

(2) Ibid., 46 V9.

(3) Archives nationales, AB, XIX.

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