L'EST
pondance intime, ont partout réchauffé. » C'est Tétrange caractère de ce temps qu'en dehors des classes et des contrées réactionnaires, la France haletante de dix ans de g^uerre fût à la fois passionnément avide de paix et militarisée. Exaltée d'elle-même et de ses victoires, elle tressaillait aux hauts faits, vibrait aux mâles accents, courait aux spectacles militaires. Le peuple des villes accompag^ne les rég^iments qui passent, les musiques, et les suit en marquant le pas. Chez les citadins et ouvriers, la mode est aux accoutrements, aux coiffures, aux attitudes soldatesques. Une particularité qui depuis la Révolution frappe l'étranger venant en France, « c'est l'air militaire que tous paraissent avoir pris. Les gamins mêmes, dans les rues, ont tous un bonnet comme les soldats, avec la cocarde militaire au centre, surmontant le mot liberté brodé en laine (1) . » Ces jeunes Français jouaient volontiers à la guerre. Autre chose était d'y aller. Le nombre des volontaires fut peu élevé par rapport à la population. Les bataillons de conscrits prélevés en l'an VII sur toutes les classes se détruisaient toujours par la désertion, surtout en traversant les régions montagneuses, les régions de refuge et de recel. La conscription de l'année courante ne donna dans les trois premiers mois que le tiers des appelés. Il fallut ménager extrêmement l'Ouest et le Midi. Dans l'ensemble des départements pacifiés, les conscrits partaient ; à peine mis en route, beaucoup d'entre eux s'échappaient; repris, ils s'échappaient encore : « On arrête jusqu'à quatre et cinq fois les mêmes hommes... Ils se font un jeu de la désertion et, à peine arrêtés, ils annoncent aux gendarmes qu'avant quinze jours ils seront retournés chez eux (2). » Cependant, à mesure qu'on avance vers l'Est, l'insoumission se fait plus rare. On la retrouve encore un peu dans l'Aube, dans la Marne, çà et là dans les Ardennes; dans les départements formés de la cidevant Lorraine et de l'Alsace, elle existe à peine.
(1) RovKO (le la Révolution, 5 mai 1888: La France et Paris sons le Direcliùrc, dépeints par une voyageuse anglaise.
(2) Le préfet de Seine-et-Marne, rapport cité,