BRUMAIRE
Références et critique des sources.
Le» journées de Brumaire ont donné lieu à d'innombrables récits insères dans les Mémoires de personnages divers ou faisant l'objet
d'écrits spéciaux. Nous donnons ci-dessous, dans l'ordre de nos pages et avec mention des lignes auxquelles ils se rapportent, l'indication des textes dont la combinaison et la comparaison nous ont servi à reconstituer la trame des événements.
Parmi les textes qui nous ont paru de nature à élucider les points restés obscurs ou douteux, voici les principaux :
1» Éclaircissements inédits de Gambacérès. Ce froid récit porte un caractère évident de sérieux et de gravité.
2" Notes manuscrites de Grouvelle. Ces notes brèves, parfois informes, qui paraissent avoir été écrites d'après les souvenirs immédiats de Sieyès, rectifient ou complètent sur plus d'un point la version accréditée.
3* Notice de Jourdan sur le 18 Brumaire, d'autant plus importante qu'elle renferme des aveux caractéristiques.
4" Conversations recueillies au cours des événements par Le Couteulx de Canteleu et insérées dans le fragment de Mémoires publié par Lescure, Journées révolutionnaires, II, 205-229.
5» Lettres de Madame Reinhard (lettres de brumaire, frimaire et nivôse an VIII), Ces lettres ont paru après l'insertion presque intégrale de notre récit dans la Revue des Deux Mondes (avril-mai 1900, 15 mars 1901) et dans /e Corre5/?oncfa«f (10 et 25 novembre-10 décembre 1900). Nous avons eu la satisfaction d'y trouver confirmées nos appréciations.
D'autre part, le double récit de Rœderer {Journal de Paris du 19 brumaire, réédité dans les OEuvres, III, en note des pages 296 à 301, et Notice de ma vie pour mes enfants, OEuvres, III, 296-302), tout en faits et en documents, demeure un témoignage considérable. Le récit peu connu de Sébastiani, inséré dans Vatout (234-242), donne un bon précis des premiers mouvements militaires. Les Souvenirs d'un sexagénaire, par Arnault le futur secrétaire perpétuel de l'Académie française, sont des mémoires plus littéraires qu'historiques; on ne saurait les admettre qu'à propos de certains traits pittoresques et de certains détails de société. Les journaux de l'époque, fort curieux, doivent être néanmoins consultés avec précaution ; ils sont précieux en ce qui concerne la physionomie de Paris et l'état des esprits. Un ouvrage intitulé : Mémoires historiques sur le 18 brumaire, paru peu de semaines après l'événement, écrit d'après des témoins oculaires, donne beaucoup de détails sur l'aspect matériel des scènes.
Par contre, les récits des principaux personnages mêlés à l'événement, c'est-à-dire de Bonaparte, Barras, Gohier et autres, doivent demeurer très suspects; ils ont naturellement le caractère d'une apologie ou d'une défense rétrospectives. Il faut les lire avec prudence et autant que possible lire entre les lignes. Notre observation s'applique spécialement aux dires de Lucien que l'on a beaucoup trop cru sur parole. Lucien a écrit sa Révolution de Brumaire d'abord pour grandir
«on rôle dans le passé et aussi à l'appui d'une thèse politique qu'il soutenait au commencement de la monarchie de Juillet.
Les relations des acteurs ou témoins secondaires ont été également faites après coup; elles abondent en détails suspects et souvent contradictoires; elles portent l'empreinte des passions de l'époque à laquelle elles furent écrites au moins autant que de l'époque dont elles parlent. En général, à l'égard de ces récits, nous nous sommes fait une règle : c'est de ne présenter comme avérés que les faits résultant de plusieurs témoignages corrélatifs qui se sont produits indépendamment et à l'insu les uns des autres. Les documents contemporains de l'événement, imprimés ou inédits, articles, brochures, rapports de police, lettres particulières, méritent plus de créance; nous nous sommes efforcés néanmoins de les soumettre au même contrôle.